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chez elle, et lui nomma les princes du sang (1), qu'elle salua ea présence du Roi. Le Roi s'étant retiré, les princes du sang s'assirent devant i"" la Dauphine (2); Il y avoit longiemps qu'ils avoiiiwt ceMe prétention. Au mariage d» Roi, M. le duc d'Orléans, qui avpit épousé la Reine au nom deS. M... s'assk devant elle; mais, comm« cela étoit insoutenable, il n'en fut plus question. J'ai marqué ci-dessus les démarches qu'avoit faites M. de
»Charùlois pour s'asseoir devant Mesdames. Enfin, les princes du sang ont consulté ee qui est écrit dans 1«8 méoaoircs de M. de Sainctot sur le mariape de W"' la fciuphine (Bavière) et le Hier cure de 1680; c'est sur l'exa^nen de l'un et de l'autre que le Roi décida en faveur des princes du sang. Les princes du sang et M. le prince de Bombes, qui étoient à Étampes, ne jugèrent
Ipas à propos de suivre le Roi en allant au-devant de M"" la Dauphine, apparemment à cause du retour, où ils ne pouvoient être dans le môme carrosse que le Roi. ïout ce qu'il y avoit de ducs et de grands d'Es^pagne à la suite du Roi furent présentas tous enseraljle. Les secrétaires d'État atteudoient le moment d'être présentés, m. d'Anville ne s'étant pas trouvé avec les autres
(^> Les princes du .^ang avoicnt tou& suivi Je Roi, excepté M. le duc d'Orléans el M. \c comte d'Eu, que ju mets tians le même raim, parce qu'il en a le* liiinueurs. M. le comte tl'liu «toil resté à Sceuiix , pour en faire les lionnsnrsà In Ri-iin;. M™* lailuciiesse ilu Maine, qui d'iiboni avoit paru avoir enviiî de s'y Irouvw, avoit enfin firisle parti den'y point Être, sous le prétexte de sa iiiaiivaise santé, f;l tîans la vérité (larce ijuf ne voulant point s'Iniliiller il lui falloil sine [lerinis^ion pour êtn; pi L'senlce ii M""' lu Daupliine et qu'elle ne pouvoit manger avec leRoi. D'aitl«urs, elle n'a vout\i faîre awuof ikipense. M. le [irince du Umnbes et M. le comte d'En nen ont point voulu faire 110» plus; luul a Hé nourri à Sceaux auv déjiens de la Reine. On prétend qu'il y a l»cn eti deux cuilte personnes de ttourries, en comptant la garde et la livrée du R<ji et de la Reine. (Note dv dur. île Lv'jnes.)
(i) M VI, lc4 cardinaux de Rolian et de Tencin, qui avoient été coucher ta veille à laJ«iorviNe, prés lîtampes , lurent préseitlô* inuuLyiateiueot après, el s'assirent devant M"'" la Dauphine, mais ce n'est point nue cho-e à remarquer, parce qu'ils s'assoient devant la Reine. {Note du duc de Lugnts.)
:\!ivMoini.s on nue de li'ines.
ducs, U. de lirancas le lit appeler, et les ministres ne furent présentés qu'apr<>s lui. Aucuns de ceux qui ne sont point titrés ne furent présentés avant les ducs.
Lorsque M"" la Dauphins se fut reposée quelque temps dans son logement, le Roi proposa une partie de lansquenet, et il y joua jusqu'au souper. M""= la Dauphine n'aime point le jeu; les premiers jours de sa route, elle avoit voulu jouer quelque partie de cavagnole; mais, comme elle avoit paru ne s'en point amuser, on avoit substitué le lansquenet au cavagnole; elle n'est pas encore fort au fait de ce jeu, mais M. de la Fare jusqu'à présent s'est toujours mis auprès d'elle pour lui aider à faire les comptes. Le Roi se mit à table entre huit et neuf heures avec M. le Dauphin, M™" la Dauphine, M. le comte de Clermont, M, le prince de Conty et M. le prince de Domines, et toutes les dames qui étoient venues avec M'"* la Dauphine. L'ambassadrice d'Es[jagne et ses deux filleSj qui étoient venues avec M'"*^ la Dauphine, ne mangèrent point avec le Roi. On sait que ce n'est point l'usage. Il y avoit dans une autre pièce la table du grandmaître; quelques-uns des courtisans prétendirent que la. liste de cette table devoit être laite par le premier gentilhomme de la chambre. M, de Charolois, qui ne s'étoit point misa table avec le Roi, s'opposa à cette idée, et en parla à M. de Maurepas, et lui dit qu'ayant Thonneur de faire les fonctions de grand- maUre deïa maison du Roi, il ne pouvoit imaginer que l'intention du Roi fût que pour la taljle du grand-raaitre, qu'il tenoit la liste en fût faite par le premier gentilhomme de la chambre. M. de Maurepas alla en parler au Roi, quiétoit au jeu, et le Roi décida que M. de €harolois feroit la liste de cette table. M. de Charolois pria plusieurs seigneurs; quelques-uns refusèrent, d'autres s'excusèrent; cependant il y en eut dix ou douze qui y allèrent souper, entre autres M. de Lauraguais. Je le nomme en particulier parce qu'il avoit fuit venir un page à lui pour le servir;
le Charolois, trouvant que celaétoit peu convenable à une table où il n'y a que les gens du Roi qui servent, sans en rien dire à M. de Lauraguais, appela le page,
P l'instruisit de l'usage et lui conseilla d'aller se reposer. M. de Cliarolois avoit demandé permission de ne pas se mettre à table ; mais il resta dans la pièce où l'on mangeoit, fort occupé que l'on fit bonne obère et que l'on ne manquât de rien, et marquant toute sorte de politesse et d'attention ; il ne s'en alla que dans le temps que le Roi alloit sortir de table et pour prendre l'ordre.
PCe même jour, la Reine étoit allée coucber k Sceaux. Le Roi lui avoit promis qu'il lui manderoit à quelle heure il falloit qu'elle s'avançât pour aller au-devant de M™"* la Dauphine; le Roi lui envoya un courrier- qui arriva sut* les dix beures avec une lettre fort honnête où il lui mar-
Pqnoit comment il avoit trouvé M"' la Dauphine et qu'il espéroit qu'elle en seroit contente. La Reine fit réponse siur-le-cbamp, et montra la lettre et la réponse à M"' de Luynes, qui m'a dit qu'elles étoient fort bien l'une et l'autre. Le Roi et la Reine s'écrivent sans mettre ni Monsieur, ni Madame, ni aucun autre terme qui y supplée. J'ai oublié de marquer que pendant toute la route de M^Ma Daupbine;, elle a eu tous les jours un courrier d'Espagne. Le dernier fut à Chanteloup.
Du mercredi 2!^, Versailles. — Le jour que la Reine arriva à Sceaux, comme il étoit de fort bonne heure, elle voulut jouer à cavagnole pour attendre le souper; mais Belle y perdit plus de 100 louis en peu de temps; elle quitta ; et on trouva le souper très-long à attendre. Avant-biei', la Reine partit à onze heures et demie, et ■ s'avança à peu près jusqu'à une demi-lieue de Longjumeau. L'arrangement de ses carrosses étoit de môme qu'en ^ allant à Sceaux. Mesdames étoient parties i\ dix heures y et demie de Versailles et menèrent avec elles M™' de Penthièvre. De Sceaux elles suivirent la Reine. M"" la Dauphine étant arrivée fit poui' la Reine comme pour le
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Roi : elle se jeta à genoux; mais la Bcine la releva i'enibrufssa. Eusuite le Koi monta clans le carrosse de ReiDe avec M. le Dauphin, M'"* la Dauphine sur le vantai Mesdames auv portières. Les princesses q>ot étoieflt venues avec la Keine montèrent dans le carrosse de Mes' dames, qni est un carrosse du Roi (1); elles y éteifiot six, parce que M*"" 4e l^enthièvre y étoit déjà.
Tout ce que j'ai marqué d'Étampes, je le sais de lilSj qui y étoit; pour Sceaux, j'y ëtois. Il y eniX grand nombre d'hommes et de femmes qui allèrent faire leur cour à Sceaux; le Roi l'avoit trouvé bon. Les ambassadeurs de Naples et d'Espagne avoient été jusqu'à Orléans »u-devant de M""" lu Dauphine. M. de Vauigrenanl y avoit été aussi; il connoissoii M"' Ift Dauphine, l'ayant vue en Espagne dans le temps qu'il y étoit ambassadeur. Les grandes d'Espagne qui sont ki. et à qui leurs santés [>ermirent d'aller à Sceaux s'y rendirent; il n'y en avoit cependant que six : M'^'^d' mont. M"" de Chalais, M'"'' la maréchale de Villars, M-"" il duchesse de Saintr-Pierre, M"" de Berghes. Le Koi en rivant à Sceaux entra dans l'apparUitûent de M""" la chesse du 3îaine, qui est en bas à gauche. La ciiamiD: de M'"'' la duchesse du Maine est celle où la iReioe av^ couché; le Roi y entra d'abord avec M""" la Dauphine, et cette pièce devint de ce nionie&t la chambre du Hoi el l'ut gardée par les huissiers de la chambre du Roi. M. le Dauphia, M'"'' la Dauphine, ÎMcsdames, lous les pviDce^ et princesses, toules les charges -et toutes les en.trt^s d la charaJii'e y entrèrent, l^e Roi, un moment après, appeler M""" de Brancas, qui n'éloil pas encore aa'rivée, ensuite les dames de M""' la Dauphine; il y en avcinq qui n'av oient point été au voyage. M"" la duché
(() liC noi 3rt à M"ic (le Brancas de monter dans le mCme éloit M"'*^ (le Liiynes, qui étoit le second carrosse de la Reioe. (Ao/e de fAiynes.)
; carrosse où ^J Me du «'"'ifl
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Ide Rohan étant assez malade ne put y venir, et 31'"" de [Cluinipagne, qui est en couche; les quatre autres, qui sont, M°^* de Faudoas, de Pont, de Tessé et de Lorges, s'y [trouvèrent. J'aurois pu nommer M""' de Tessé comme I grande d'Espag^ne, mais elle vint à Sceaux comme idame de M""' la Dauphine. Le Roi fit passer d'ahord toutes les dames devant lui et devant M'"^ la Dauphine; elles traversèrent la chambre et entrèrent dans le cabinet par delà. Le Koi étant ensuite passé dans la pièce où étoient les dames, M""" de Brancas les lit entrer l'une après l'autre dans celle où étoit M""" la Dauphine, et les présenta (1). M"'" la Dauphine baisa toutes celles qui étoient titrées. M. de Richelieu vint dire ensuite que les hommes passassent par l'autre côté de l'apparlement. Cet appartement, qui est dans l'aile en entrant à gauche, n'a point de double ; il fallut donc fuire le tour par la cour et rentrer par une antichambre auprès de la chapelle^ où est une niche dajis laquelle M"^" la duchesse du Maine entend la messe. Nous nous avançâmes ensuite jusc|u'à la porte du cabinet de l'appartement où étoit M""^ la Dauphine. Elle sortit un moment dans une petite galerie, suivie par M""" de Brancas et M. de la Fare, et ce fut là que se firent les présentations, M"* la Dauphine baisant, les hommes titrés comme elle avoit fait pour les dames. L'étiquette qui fut observée pour les hoiumes, ainsi que pour les femmes , fut de baiser le bas de sa robe. Ensuite elle saluoit ceux et celles qu'elle devoit saluer. Le Roi avoit demandé à diner à quatre. heures. Il y eut encore un intervalle après les présentations; enfin le Roi se mit à table à trois heures trois quarLs. La table étoit dans la seconde pièce
(t)D';ilioTd Mni«(îe Branca.s (iiésetila à M"-* la Dait[ihm«ses quatre dames. Mn>= la Dauphine baisa M"'" de Tessé. Ensuite les James de la maison de la Reine lurent présenlées, à la tfite desquelles étoil W^ de Luyaee. ( Noie du dite de lunnes. )
JH MEMOIRE? et' IH C DE LlTKÊv-
de Tappartexaenl doot je viens de puW, qvi où M"' la duchesse dn Maine joaoit aocteaneaMiif. table étoit de dix-huit couverts. Les deux fauteuils du Roi et de la Reine le dos aux fenêtre*, vis-à-vis la cheminée; M. le Dauphin â la droite da Roi, M" la Dauphine à la ^uche de ta Reine, liitdiinf à la droHe de M. le Dauphin, M"* Adélaïde à la fauche de M" la Dauphioe, assis sur des pliant<: suivant Fasage (1) ;eiisBite les six princesses du saog et S"' la dudiesse de I thièvre, assises alternativement à droite et à gauche, \ vant leur rang-; M"* de Tallard, M"" de La3fikes, M^ de" Brancas. Les deux antres places dévoient être remplies , par les deux dames d'atours ; mais comnte on vint dire ' à M*^ de Luynes qu'elles ne vouloient point venir diner^ elle fit avertir une dame du palais de la Reine et une dame de M"' la Danphine; ce fat M" d'Antin et M"* de Caumont. M. le Dauphin présenta la seniette an Roi, et M°" la Dauphine la présenta à la Reine. M. de Chalmazel servoit le Roi et la Reine ; le conlrùlenr de la maison de la Reine M. Mercier) servoit M. le Dauphin. Les maîtres d'hôtel servoient M** la Danphine et Mesdames. Le Roi partit de Sceaux sur les huit heures, et la Reine un moment après. M" la Dauphine coucha à Sceaux. Les dames qui lavoient suivie au voyaee revinrent à Versailles, hors la dame d'honneur et la dame d'atours; et les quatre dames qui n'avoient pas fait 1^ voyage restèrent à Sceaux. ^M
M"' la Dauphine partit hier matin de Sceaux, et arriva ici à dL\ heures ou dix heures et demie ; elle descendit à Tescalier de marbre , et passa tout de suite à son appartement. Le Roi et la Reine vinrent la voir dans le moment, v\ elle se mit aussitôt après à sa toilette. Il étoit près d'une heure quand elle fut coiffée et habillée. Je n'ai point
(1} Toutes lesdames Hoieat siir des plianU cgalfineat. (3o/e du dnc de luynts. )
IKVRIKR 1743.
encoi'e parlé de sa figure; elle n'est pas g-rande , mais elle n'est pas petite ; elle est bien faite et a l'air noijle ; elle est fort blanche et extrêmement blonde jusqu'aux sourcils môine et aux paupières; elle a les yeux vifs. Ce qui la dépare le plus est son nez, qui est grand et peu agréable, et qui parolt tenir à son front sans qu'il ait ce qui s'appelle la racine du nez. Tous ceux qui la connoissent disent qu'elle a de Fesprit et fort envie de plaire.
Il étoit environ une heure apn^s midi quand M""' la Dauphinc lut prête ; elle étoit habillée tout en brocard d'argent, avec beaucoup de perles. M. le Dauphin, qui lui donnait la main , avoit un habit et un manteau d'étoffe d'or, garnis de diamants. La Reine passa aussitôt après chez le Roi, M. le Dauphin et M"" la Dauphine marchant avant elle. Elle étoit suivie par Mesdames , par les six princesses du sang et par M""^ de Penthièvre. Le coup d'oeil de la galerie étoit fort beau (1) ; il n'y avoit point de gradins, mais seulement des banquettes clouées des deux côtés pour laisser un passage libre. Tous les bayeux et bayeuses (2) , à qui on avoit donné des billeLs, étoient derrière cesl)anquettes. Il n'y avoit point de gradins non plus dans le salon du bout de la galerie (.3), mais seulement dans toutes les autres pièces, hors les deux qui donnent sur l'escalier des ambassadeurs et la suivante. Le Roi sortit de chez lui par l'œil de bœuf. M» le Dauphin et M'"' la Dauphine marchant devant lui, ensuite tous les
(l) Il étoit encore lœaiictiiip plus beau en revenant, parce que toutes les femmes de la Cour qui avoient été dans la cliiipclle sur <le* gradins, et qui étoient fort parées, étoient revenues dans la galerie pour vuir paaserM»* (a Dauphine. {Aate du duc de tMsnes.)
(3) Bayer, tenir la tiouclie ouverte en regardant lonpienijis quelque diose. On dit £ai/er «MX cnrneiWeî, pour exprimer tVlat d'un liimime oisif qui sV muEe à regarder niaisement toutes eho(.ea. Jiai/eux el Badaud vienaent tous les deux du latin (mdare, regarder.
(a) Il n'y en avoit point non plus dans le salon de la Coerre, fjui est visà-^fis celui de la Iteinc. ( Aofe du dttc rfe lAiynes. )
MÉMOIRES DU DUC DE LUYMiS.
princes, suivant l'usage. L'attention que l'on avoit eue de mettre des barrières partout, comme je l'ai dit, et auxquelles on avoit mis un tjarde du corps à chacune, outre les Cent-Suisses, faisoit que le passage étoit tort libre, quoiqu'il y eût beaucoup de monde. Le Roi descendit par l'escalier des ambassadeurs. C'est le gouvernement (1) qui donne les places sur cet escalier; il étoit bien rempli, et cela laisoit un spectacle. Celui de la chapelle étoit encore beaucoup plus beau; toutes les travées étoient remplies de gradins , hors les trois de la musique ; la tribune du hoi en étoit aussi entièrement remplie; il y avoit aussi des gradins en bas dans les arcades; il y avoit en bout une travée pour les ambassadeurs dans laquelle étoit M, de Verneuil, introducteur des ambassadeurs ; les minisires protestants ne s'y trouvèrent point. Il n'y avoit qu'un seul envoyé catholique, qui est celui de Gênes ; comme on ne pouvoit garder une travée pour lui seul , on avoit arrangé que dans la ti-avée où dévoient être les ministres plénipotentiaires il y seroit aussi , mais que pour lui donner une distinction il auroitla première place, et que le sous-introtlucteur seroit à sa gauche pour fermer en quelque manière et faire une espèce de séparation entrelui et les ministres plénipotentiaires. Lorsque M, Doria (2) arriva, la travée étoit déjà remplie de ministres, qui ne parurent pas avoir envie de lui faire place ; il prit le parti de se retirer.
M. le Dauphin et M""'* la Dauphine allèrent se placer sur la première marche du sanctuaire. Le prie-Dieu du Roi et de la Reine étoit reculé vers le milieu de la chapelle; entre le prie-Dieu et le sanctuadre étoient à droite . d'abord M. le coadjuteur, à sa place de grand-aumûnier, ensuite les aumôniers du Roi et de la Reine, Tous les évoques étoient à la gauche depuis le prie-Dieu jusqu'à la
(1) Lfi gouverneur du cliàteau de Versailles.
(2) Le marquis Doria, envoyé aitraordinatre de la répubtique de G&oes.
FÉVRIER 174a.
marche du chnenr. M. le cardinal Tencin étoit au bout du prie-LMeu du cAlé de la Reine ; M. TarcKevéque de Rouen étoit après lui {I). Les princes -et princesses éloient placés aliernativcmeût suivant leur rang à l'ordinaire; M. le priuce de Dombes, M. le eonile d'Eu, M. ei: M""" de Penthièvre étotenten seconde ligne. U y avoit en arrière quatre on cinq ducs avec des carreaux : M. d'[Iumi<>res, M. de Bétliune, M. de Bouftters et M. de Chaulnes. Outre cela tous les ducs et grands d'Espagne en charge et en l'oDctious ayoient des carreaux derrière les fauteuils du Roi et de la Reine. M. l'évèque de Mirepoix, comme premier aumônier de M'"* la Dauphine , étoit auprès d'elle dans le sanctuaire en avant. Adroite et dans l'épaisseur du prie-Dieu du Roi étoient le confesseur et M. l'abbé d'Oppède, maître df l'oratoire. Du côté de la Reine, dans l'épaisseur du prie- Dieu, M. l'archevêque de Rouen, M. l'abbé de Fleury et M, l'abbé de Saint-Aulaire, aumônier ordinaire; ensuite les archevêques et évèques.
M. le cardinal de Rohan, qui officia, avoii auprès de lui M. le curé, sur sa droite, en étole (2). M. le cardinal de Rohan vint d'abord donner de l'eau bénite au Roi et A. la Heine par aspersion. Étant retourné à sa place, un peu en avant de la marche du sanctuaire, entre M. le Dauphin et M™'' la Dauphiue, il commença un di.scours qui dura un demi-quart d'heure; il adressa la parole à M. le Dauphin et l'appela Monseigneur, suivaut l'ordre que Roi lui avoit donné. J'étois trop loin pour entendre ce discours, mais il me l'a répété depuis; c'étoit une
(1) Tons les eRclésiasIiquea iHoicnt en liabit'î longs, M. le cardinal Tentin en ronge, les nrdievêquea et év<^ques eu violet, lus auinôniers el abbi^s en manteau long «t roclMît. Il n'y avoit que M. Tublit! de Puaiponne qui J^loit en liadil court; il éloit après les auindnierij du Hoi, et après lui éloient les clinpi'lain<i et clerc» de clitipellc, aussi en manteau long, 'mais sans rocbet. {Noie du duc de Lutjnes.)
(2) Ou n'a point piihliëiin banâ à la paroisse de Ver.>iaîlle8 ;ioui' M. le Dauptiiu,elon«i avoit p(il>lié pour le Koi. (ISote du duc de Luynei. )
Sie MEMOIRES DU DUC DE LUYNES,
instruction courte sur Tétat, les devoirs et la sainteté du mariage; ensuite* les louanges convenables pour le roi et la reine d'Espagne, le Roi et la Reine; il parla aussi des alliances de la France avec l'Espagne, remontant jusqu'à la reine Blanche de Castille ; il fîntt par son attachement personnel et celui de sa maison. Son discours étoit fort éloquent , et il le prononça à merveille. Après le discoursj il fit la cérémonie du mariage. M. le Dauphin fit la révérence au Roi et à la Reine avant que de dire oui, et M"" la Dauphine fit les mêmes révérences. Ensuite, M. le cardinal de Rohan prit sa chasuble, et après les révérences ordinaires commença la messe. Après l'Évangile, un chapelain prit le livre, et le porta ouvert et couvert au prie-Dieu du Roi, le présenta à M. le coadjuteur qui le donna à baiser au Roi et à la Reine.
Celle cérémonie (1) donna occasion à quelques raisonnements des aumôniers du Roi. En Tabsence du grandaum^^nier et du premier aumônicp, la fonction de préseoterle livre des Évangiles appartient sans contredit au plus ancien des aumôniers du Roi. M. de Soissons n'y étoit point ( on prétend même qu'il a eu ordre (2) de ne
(I) M. le cardinal de Rolian a dit à M^»^ de Lofries que si le premier nu-
miVnier y ^voit été, c'éloit en ^flet k lui i l'aire les Tonctions, comme de dcaner le livre à baiser et de prÉsenter Ja plume pour signer au Roi, à la RdM, k M. leDauphin et M™*^ laDauphini> elà Mesilanies; mats 4]ueces mêmes fonc> tions ne pouvoîent être faites par un aumtoier de quartier en pareille circonstance ; que cette différence venoil de ce que la cliarge Je premier aumAaier ne dépend point du grand-aimiOnier, au lieu que tes aumôniers de quartier en sont absolument dépendants.
M. le rartlinal de Roliun a voit prévenu le Roi sur cet arrangeincnt et lui avoil demandé sciofdre.^; le Roi lui dit que s'il étnil trop Taligué ou quMI n'eût pas le leraps dcse déskabillerpoiir se trouver dans le moment des signatures pour présenter la pinmp, il falloit que ce lut le i oadjuteur qui la présentât ; el en eiïel lorsqu'il fut question de signer, M. le cardinal de Roliaa n'étant pas encore revenu de la sacristie, le Roi dit à M. le coadjuteur : « Coadiuteur, prénarez-vous à me donner In pVume. »> Il lui rc|>ondil • •< Sire, je Tois 51. le canlinal qui arrive, i. Le Roi Ini dit : « Cela étant, allez-vous-en. < (Addition du duc de Luijnes, datée du 18 mars 174.. )
(3) J'ai appris depuis que M. de Soissons «voit m ordre d'aller dans son
FlrlVRlER 174iî.
point venir aa mariage, mais je n'assure pas ce fait); M. le cardinal de Kohaii faisoit lafonctiondii grand-aumônier, étant à l'autel ; il semV>loit donc qu'il ne devoit y avoir qu'un grand-aiimôûier; cependant cet article n'a point fait une question.
Le poêle était de brocard d'argent, tout couvert de réseau d'argent (1). Ce poeîe fut présenté à M. l'abbé d'Andlau et à M* l'évèque de Mirepoix par deux clercs de chapelle; M. l'abbé d'Andlau le tenoit du côté de M. le Dauphin, M. de Mirepoix du côté de M"'" la Dauphine; après les oraisons, ils le rendirent aux clercs de chapelle. Toute la cérémonie finit environ à. deux heures (2). M. le Dauphin et M"" la Dauphine revinrent chez le Roi. La Reine étoit déjà rentrée chez elle ; ils y repassèrent ensuite, et de là dans leurs appartements. M"' la Dauphine aussitôt après reçut les serments de sa maison, c'est-à-dire la dame d'honneur, la dame d'atours, le chevalier d'honneur, le premier écuyer, le surintendant de la maison, l'intendant et le secrétaire des commandements. Son premier maître d'hôlel étoit mourant.
J'oubliois de marquer que la maison de M™^ la Dauphine, c'est-à-dire les écuyers, le porte-manteau, les pages et les valets de pied ne commencèrent à la servir qu'au sortir de la chapelle.
diocèse; c'est un ordre verbal donné par M. de Maurepaa au nom du Roi, et ce n'etit [wiat une leUre de cacUet. A PoccasJon du mariage de M. le Dauphin, M. de SoiasQQs a Tait demander perralsâion de venir ici ; elle lui a été refusée. {Adtlition dtiduc de Lai/Nes, datée du 2i mars 174 &.)
(1) Après la cfirémonie on le porta chez M. le Cardinal de Rohan, à qui 11 revient, comme erand-aumônier { Noie du duc de Lut/nes }.
(3) Voir l'eâlampu qui a pour litre : « Cérémonie du mariage de Louis, le Daupltio deFrance, avec Marie-TItérèse, intante d'IO^^pagne, dan& la cliapellc du château de Ver<iailles, le XXIII lévrier MDOCXLV. Les préparatifa pour cette cérémonie ont été ordonnés par M. le dur île RIclielieu, pair de France, en exercice de premier gentilituriime de Ili cliambre du Rui, et conduits par M. de Itonoeval, intendaiu et contrûleur général de l'argenterie, menus plai^ sirs et affaires de la clmmbrt; du Sa Majesté. — C. ^. Cocliin filius delineavil el srnlpsil. frite planche est conservée à la Calcographie du Louvre.