‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 46 sur 94 · S33 MEMOIALS DU DUC DE LU^KES · texte numérisé non relu

S33 MEMOIALS DU DUC DE LU^KES

phine dînèrent ensemble ; Mesdames n'y étoient pas ^1). Le bal paré étoit à su heures au manège. L'arrangement pour les carrosses fut comme la veille, et les choses se passèrent de même aussi entre M*" de Tallard et M"' de Luynes. Toutes les loges de la salle avoient été ôtées (2); on avoit mis des gradins sur le théà.tre, et c'étoit là qu'étoit l'orchestre, qui étoit de près de c«nt cinquante instruments. Le Roi et la Reine étoient reculés du côté de la porte; les danseuses étoient assises des deux côtés en avant, et les danseurs assis sur un banc vis^à-vis le Roi. Â droite et à gauche des princesses du sang étoient d'un côté M"** de Luxembourg et de Tautrt M*"' de Duras, et immédiatement après les princesses. Ce furent M"" de Nivernois et M'°* de Luxembourg qui dansèrent. H""^ deRohan, de Marsan, de Turenne et de Brionne s'allèrent mettre ensemble tout au bout de la salle. On dansa des menuets pendant environ une hem'e ; c'étoit le Roi qui nommoit les danseurs et danseuses. Ensuite on dansa des contredanses. Le bal ne finit qu'à neuf heures et demie ou dix hernies. Le Roi soupa au grand couvert; il n'y eut rien de parlicuber sinon que la table étoit du même sens qu'étoit la veille celle en fer à cheval. Le Roi avoit trouvé bon qu'on laissât les gradins. Du côté de la Reine et |>ai* conséquent de M"' la Dauphine étoient M"" de Luynes, M""' de Brancas et M"** de Tessé ; du côté du Roi et par conséquent de Madame étoient M'"' de Tallard et M™* d'Antin. Il n'y eut rien après le souper.

(i) Le jour du mariage et les deux jours suivante il y a eu ici des Uluioiiutions qui faisoient un fort bel effet ; toute la face du cliiteau étoit éclairée par dcïiterrines ain&i que le» deux ailes, let. ailes de» rninintres, la grande et la petite écurie; on en avoit même mis dans la traverse de l'avenue d'une écurie * l'autre. ( ( ISofe du duc de Luynes. )

(2) M. de Ricbelieo m'a dit que ce qui l'avoit occu(»é le plus dans Tarran* genient de ta salle avoit été de trouver le uiojenqn'eo moins de n ingt-quatrc heures les loges fussent ôtées et la salle décorée pour le bal, et c'est ce qui a été paitailemeat bien exécuté. {Mote du dtic de Luynes.)

Hier il y eut apparlcmeut à six heures daus la y^rande paierie. Le Roi, M. le Dauphiu, M"" la Daupliiue et Mesdames jouèrent au lansquenet; la table étoit dans Lu lilieu de la galerie. La Reine jouoit ù cavagnole en •deçà, du côté de son apparteuieut. Il y avoit d'autres tables rondes quiue furent pas remplies, excepté une où plusieurs dames jouèrent à cavagnole. D^ailleucs

^ beaucoup d'autres tables de jeu et un monde prodi-

^,gieux. Le coup d'ueil de la galerie étoit admirable et l'on entroit fort facilement dans l'appartement des deux côtés. L'appartement étoil censé ûui à la pièce des deux tribunes [1). Cette pièce étoit en dehors, et la porte d'en

Bdeçà étoit gardée par lea huissiers du Roi. Dans le salon delà Guerre, qui est celui du côté delà chapelle, étoit une graude table, longue et étroite, derrière laquelle étoient rangés sans aucuu gradin une cinquantaine d'instruruents des plus bruyants, trompettes, timbales, tambourins, etc. Rebel, maître de musique en quartier, étoit monté sur la table pour battre la mesure. A neuf heures,

■le Roi alla souper au gi'aud couvert, comme la veille. Le balen musique commença à minuit. On n'y entroit que pai' le salon d'Hercule d'un côté, et de l'autre par la salie des gardes et l'OiEil-de-bœuf, Dans chaque compagnie un se démasquoit à la porte; un huissier écrivoit ■ son nom et le nonil>re de masques qu'il menoit avec lui. Cet ordre lut ol>servé pendant quelque temps ; mais U devint iusoutenable par la longueur excessive de temps que l'on étoit obligé d'atteudre. Lii foule s'augmeutoit; elle étoit excessive dans la galerie du côté de la chapelle, encore plus de ce côté-ci dans l'antichambre du Roi; dans rOEil-de-buaui" il y avoit peut-être cinq ou six cents masques assis par terre. On l'ut prêt à renverser la porte de glace. Enlin les huissiers furent forcés, et la

(1) Ou salon de Mars.

mi^i^ioihes dit duc de luym-.s.

foule se trouva si grande dans la galerie qti*on y éloit porté presque d'un bout à l'autre sans mettre pied ù terre. On estime qu'il peut y avoir en quatorze ou quinze cents masques dans Tappartement en même temps. On n'avoit pas donné de billets.

Le Roi ne se démasqua point; il étoit masqué en if, lui et sept autres (1). M. le Dauphin et M'"^ la Danphine étoient en l)erger et bergère. M. le duc de Chartres, M"' de Chartres étoient du quadrille de M. le Dauphin, aussi que M"* d'Andlau, M. de Ségur, fils du lieutenant général; je ne sais pas les autres. La Reine se promena longtemps masquée; M. le Dauphin et M"* la Dauphine n*étoient point encore arrivés, et lorsqu'ils l'eurent jointe elle s'assit avec eux dans la galerie et ôta son masque.

Il y avoit trois tables pour les rafraîchissements, une dans le bout de la galerie des deux côtés de la porte qui donne dans le salon de la Rrine ou de la Pais, une dans le salon de la Guerre qui en tenoit toute la profondeur, une troisième, qui étoit la plus grande, dans la grande pièce qui donne sur Fescalier des ambassadeurs. Tout étoit servi en maigre; il y avoit une quantité prodigieuse de poisson, des vins de toutes espèces, et l'on donnoit à chacun dans le moment tout ce qu'il demandoit. L'indiscrétion des masques fut extrême. On prétend qu'il y a eu des oranges du bal revendues au mar-

(1) Voir l'estampe qui a [loiir titre ; •■ Décoration do bal ma.'îqué donné par le Roi dans la grande galerie du cliàtcnu de VprsJiilks, à l'occasion dn mariage (le LotiiSjdaupliin de France, avec Marie-Thérèse , inrante d'Espagne, U niait du xvv au \x¥i fevrier MDCCXLV, Celle (ùle, ordonnée par M. le duc de Riclitlieu , pair de France, en exercitc de premier gentilhoinroe de la diainbfe du Roi, a été tondtiile par M. tîe Bonneval, inlendanl et contrôleur général de l'argenterie, menus plaisirs el alfaires de la chambre de Sa Majesté. — c. N. Cocliin lilius deliueavit. C. N. Cotbin imler sc!ulp - Celte jifanclicest conserTée à la calcograpUic du Lnuvre. On y remarque à droite I«» pcrsonrtagea di'giiisés en ifs, parmi leîqi'iCls se trouvait le Roi, Le dessin de Cocliin le fils fait éj^aiement partie «le la Colleclion du Louvre.

FKVRIEK 174J.

ché. On dausoit dans quatre endroits différents. Le principal endroit étoit dans le salon d'Hercule ; l'orcliestre, qui étoit extrêmement nombreux, étoit placé dans la porte par où l'on entre ordinairement dans le salon de la chapelle et sur des gradins qui s'étendoïent à droite t à gauche, il y avoit aussi des gradins dans la pièce des deux tribunes, et l'on y dansoit. On avoit mis encore des gradins dans les deux pièces d'en deçà, celle du trône et celle où étoit l'estrade (1). Outre les musiciens du Roi, on avoit pris beaucoup d'instruments de la ville. Le bal dura jusqu'à sept heures et demie ou huit heures du matin. Il y eut une petite difficulté qui n'a eu aucune suite, étant sans fondement. Un huissier du Roi voulut se mettre en dedans du salon de la Reine pour garder la porte, disant qu'il en avoit l'ordre de M. de Richeheu ; les huissiers de la Reine s'y opposèrent, et vinrent faire leurs représentations à M""" de Luynes ; elle parla elle-même à l'huissier du Roi, et lui dit qu'il pouvoit garder la porte en dehors s'il le vouloit, mais que M. de Richelieu ne pouvoit pas lui avoir ordonné de la garder en dedans. L'huissier du Roi ne se détermina à s'en aller qu'avec beaucoup de peine. M. de Richelieu, à qui M^* de Luynes en a parlé depuis, lui a dit qu'il n' avoit jamais imaginé de donner un pareil ordre.

Du samedi 27, Versailks. — Hier vendredi, il n'y eut de divertissement que l'appartement et avant souper seulement, La musique étoit dans la pièce des deux tribunes. La Reine y fut en représentation. On joua le ballet des Éléments (2). Pendant ce temps-là, le Roi, M. le Dauphin, M"* la Dauphine et Mesdames jouèrent

(f) Cest-à-dire les lalons de Mercure et d'Apollon. La Cour n'avait pas adopté l'usage de désigner louLes les pièces des grands apparteiiieiilïi de Ver- &aiile!^ par les sujets «les plaronds, comme i'a fait Piganiol de la Force dans sa Description de Versailles. Cea ptafonds qui subsistent encore peuvent servir à reconnailrc les lucalitfe indiqués par les Mf'nioti es.

(3J Poème de Itoy, nnisique de Lalande et de Dt^tonclit'â.

SM MEMOrefefi fin Î)UC DE LUT5ES.

aa lansquenet dans 1« smlerie, au même endroit quV vant-hier. Apr^ le concert, la Reine vint jotier à cavagnote aussi dans la paierie. L'illuraination étoit la même qne la veille. On avoit laissé les eradins dans les croisées et il y eut sur ces gradins hier et avant-hier plusieurs femmes de Paris pendant rappartetaent. Hier il n'y eut pas "tout à fart autant de foule dans rappartement que la veille, mais il y en avoit encore be«raeonp, surtout autour de la table du lansquenet. Les habits des hommes et des femmes dans ces fêtes ont été maenifiques.

Hier, après le lansijuenet, le Roi sonpa au grand couvert chez la Reine à l'ordinaire; la table tourna comme la veille; les deux gradins subsistant. Il n'y avoit an grand couvert que Mesdames, idadame à droite, îl^ Adélaïde à gauche. M. le Dauphin eflf^ la Daupbine maagiènnt chez eux : ensemble; c'étoit hier maigre, ils font gras Tun et l'autre.

Aujourd'hui le Roi a tHé à la chasse pour la première foisde^is son départ pour Étampes. Ce soir on rejoue le même haliei (1) dans la salle de la grande écurie. Les princes du sang prétendoient avoir chacim un )>aBc au ballet, à droite et à gauche suivant leur rang. Les ambassadeurs, qni veulent marcher immédiatement après les princes du sang, fai«oient des représentations ; la demande des princes du sang éloit trop singulière pour qu'ils pussent espérer d'y réussir, maê ils comptoient qu'an défaut d'un banc ils obtiendroient des pliants et qu'ils seroient plaw^-s derrière les princesses à droite et & gtitiche. Coonne cette question est agitée depuis plasieurs jours, le Roi a demandé qu^on lui rendit compte des exemples. M. de Verneuil le fils a été chargé de cette recherche, et en rendit compte au Roi il va quelques jours,

(1) Celui lie La Primttsse de .\avarre.

un travail particulier. En remontant à ce qui sVUoit passé sous le feu Koi, il se tmuvoit qu'aux balsparéà les princes du sang' avoient toujours été assis au rang des ^danseurs, et qu'aux ballets ils avoient un banc à droite. En 1739, au mariage de M'™ Infante, les princes du sang nVHant pas contents de n'avoir qu'un banc, obtinrent permission d'avoir des pliants et de s'asseoir hors de rang-, où ils voudroient. Par cet arrangement, les ambassadeurs obtinrentle premier banc jV droite; mais deux des princes du sang s'ctant placés avec leurs pliants devant le banc des ambassadeurs, ceux-ci se plaignirent, et présentèrent un mémoire ïl M. Araelot pour en rendre compte à M. le Cardinal. M. le Cardinal chargea M. Amelotde leur faire des excuses et de leur dire que ce qui s'étoit passé étoit contre Fintention du Roi, et que cela n'arriveroit plus.

» Je viens d'apprendre que le Roi, dans cette occasion-ci, a décidé, suivant l'ancien usage, qu'au ballet les princes du sang auroient le premier banc à droite et les ambassadeurs le premier banc à gauche.

Je n'ai encore parlé que de la figure de M"* la Dauphine; je n'ai rien marqué de son caractère, n'ayant pas eu le temps d'en juger. Le jour qu'elle arriva à Étampes le Roi lui dit : « Voilî\ une bonne journée de passée. » Elle lui répondit : '< Sire, ce n'est pas celle que je redoutoisle plus; je me llattois que vous me recevriez avec l>onté. Je crains plus celles de demain et après demain, tous les yeux seront ouverts sur moi et je n'y trouverai peut-être point des dispositions aussi favorables. » Un fourrier de la maison du Roi, qui a fait le voyage avec M"" la Daupbine, me disoit tout à l'heure qu'il Favoit entendu dire à M"" de Brancas qu'elle ne ■»comprenoit pas coiumeot on pouvoit se mettre en colère, " et que s'il éloit possible qu'il y eût quelque cas où cela fût nécessaire, elle prieroil quelqu'un la veille dç prendre cette peine pour elle. D'ailleurs, suivant ce que ^ j'entends dire, le caractère de M'"'' la Daupbine est d'être

82g ME.MOIAKS DV l

gaie; mais ce n'est point uneg;aieté de plaisanteries, elle n'aime ni à les faire ni à les entendre i'I).

Ce même fourrier me disoit que lorsque le Roi fait des voyages, il y a trois corapag^nies pour les logements, c'està-dire trois marécLaux des logis avec chacun quatre fourriers (2) , Les maréchaux des logis ont environ 35 livres chacun par jour^ sur quoi ils sont obligés de se nourrir et de se fournir de voitures. Les fourriers ont 9 livres par jour pour leurs voitures et 3 livres pour leur nourriture.

Ce môme fourrier me disoit encore que pendant le voyage, M. de la Fare comme chevalier d'honneur avoil demandé le logement de préférence, disant qu'il ne cèdoit le premier h M™'' de Brancas que parce qu^elle commandoitla maison; et que M. le grand -maréchal, k qui le fourrier en avoît rendu compte, lui avoit dit que le chevalier d'honneur avoit raison.

Je dois avoir déjà marqué ci-dessus que le Roi a pour ses logements douze maréchaux des logis et quarante-huit fourriers.

J'ai d(!^jà dit un mot de plusieurs difficultés qu'il y a eu pendant le voyage de M""^ la Dauphiue. On a beaucoup parlé d'une histoire de jamhons à Bayonne; on a dit que la ville en ayant donné une grande quantité à JM"' la Bauphine^ M"^"" de Brancas avoit prétendu qu'ils lui apparicnoient; que la première femme de chambre les avoitréclamés comme un droit qui lui étoit acquis, et que l'affaire s'étoit terminée par un partage à l'amiable. M. de Laura-

(l) C'est pnr cette raison que l'on dit qu'elle n'a pns gofilé infiniment jusqu'il présent l"(;s|)rit du M""" de Urancas. M'n^ de Braocas sait beaucoup et » beaucoup d'esprit; mais die a voulu faire beaucoup de plaisanteries à M""U DaupUine puni' l^imuscr, et c'est préciséaient le ton qui ne lui {ilalt pas. (jyntpdti duc de Lnynes.)

{1) l'rtiir aller ati-devant de M'nt la Daupliiucel la ramener, il n'y a eu que deux iniir<!cliau'i «les logis avec i liatun ijw.itrc fourritJis. ( yotc (tu duc dt Lutfnes. )

guais en arrivant ici nia alisolumcnt if fait; cependant i] n'est pas sans fondement. Le détail en fut mandé au Roi pour recevoir ses ordres, et le Koi manda qu'il ne falloit rien changer à ce qui s'étoil passé, mais que dans le fond la première femme de chambre avoit raison ; que les présents dévoient lui revenir, étant chargée d'en faire la distribution à la chambre. Ce qui a pu faire l'erreur de M™^ de Braucas sur cet article, c'est que dans le peu de temps qu'elle a en à se préparer au voyage, elle consulta M™^ de Tallard, qui est de ses amies, sur ce qu'elle devoit faire- M'™" de Tallardj qui avoit fait le voyage avec 51""^ Infante, lui dit que les présents faits à la princesse lui é<oient tous revenus. Mais les circonstances n'étoientpas absolument semblables ; l'usage est que les gouverneurs et gouvernantes ont le bénéfice de tous les présents faits aux princes et princesses confiés à leurs soins.

Il y eut encore une autre difficulté dans le passage de Bordeaux à Blaye. M"""" la Dauphiue étoit accompagnée, comme l'on sait, par un chef de brigade et deux exempts des gardes du corps; elle s'embarqua dans une barque faite exprès, qu'on appelle la chambre navale; dans cette barque étoit un endroit renfermé, dont la porte étoit gardée par les huissiers du Roi, et l'on avoit formé un baluslre dans lequcj M"'" la Dauphine étoit assise. M'"" de Brancas étoit aussi assise dans le balustre; les femmes de chambre de M™" de Brancas et les autres dames étoîent aussi dans la même chambre que M™^ la Dauphine et étoient assises, parce que, quoique ce fût la chambre de M™" la Dauphine, c'ctoit une voiture et un voyage. Le chef de brigade (M. de Saint-André) étoit derrière le fauteuil de M™^ la Dauphine; les deux exempts étoient dans la chambre du côté de la porte. On ne faisoit que de s'embarquer; M""' de Brancas appela un liuissier, et lui dit d'aller ilire aux exempts qu'ils ne dévoient pus se tenir dans lu cJuiuibro de M""' lu Duu-

phiue. L'huissier s'adressa à M. de Montigny, de qui je sais ce fait. M. de Monligny répondit qu'il ne coniprenoit pas ce que vouloildire M""' la duchesse de Brancas, qu'ik étoient charg-és de garder M"" la Dauphine et qu'ils n'avoient d'ordre à recevoir que de M. le chevalier de Saint- André, <]ui devoit les prendre de M"' la Dauphine ellemême. Cette commission rapportée par l'huissier à M"' de Brancas, elle fut peu contente, comme on peut le juger; elle prit la parole, et dit à MM. les exempts qu'ils ne dévoient pas rester dans la chamhre de M"' la Dauphine. M. de Montigny lui répéta tout haut à peu près la même chose qu'il avoit dite à l'huissier, et qu'il n'avoit d'ordre à recevoir que de M. de Saint-André. Pendant toute cette conversation, ni M"" la Dauphine, ni M. de Saint-Andi'é ne direot pas un mot, et les choses en demeurèrent où elles étoient. Le lendemain ou deui jours apriïs, M. de Lauraguais fit une espèce d'excuse à M, de Miontigny, et il n'a plus été question de cette afr^ faire. ^M

La Reine a vu ces jours-ci en particulier dans ses cabinets M"" de la Gardie. C'est une dame suédoise des plus considérables de ce pays-là, que la Heine avoit connue avant que de venir en France ; c'est une grande femme, qui n'est plus jeune, qui a un visage fort agréable; mais elle a dans le ventre un squirre prodigieux.

Je n'ai pas encore parlé de la mort du chevalier de Créquy. H mourut la nuit du 23 au 24; il avoit auprès de lui sa belle-sœur, qui Ta toujours gardé pendant sa maladie. Elle est veuve de son frère et a un (ils, que le chevalier de Créquy faisoit élever ici avec grand soin ; elle est Froulay. Le chevalier de Créquy faisoit élever aussi en môme temps un autre de ses neveux. La charge de premier maître d'hôtel de Ri""" la Dauphine fut donnée dès le lendemain à M. de Muy le fils, à condition de donner 50,000 livres à la famille et 2 jOOO livres de pension sur la charge au petit Créquy, J'ai parlé de cette charge

Page 1