‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 47 sur 94 · FÉVRIER I74«. SST · texte numérisé non relu

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dans le temps qu'elle fut donnée au chevalier; elle n'est point sur le même pied que celle de la Reine; elle vaut environ 19,000 livres d'appointements, mais il n'y a point de charges A vendre qui en dépendent. Outre cela rarransTement n'est point le même que chez la lieine. Il y a un fonds réglt'i pour la table de la Reine, et im beaucoup pins considérable pour celle du premier maître d'hôtel; et dans les occasions où la dépense se trouve nécessairement plus forte, elle est payée sur des états extraordinaires. Lorsque le premier maitre d'hôtel de la Reine est absent pour quelque cause que ce soit, quand ce ne seroit que pour \in seul jour, la table va toujours; le maître d'hôtel ordinaire est averti, et il vient la tenir. Chez M"" la Dauphine, le fonds de sa table est très-considérable; il est pour le dîner et pour le souper; et lorsqu'elle ne mange pas chez elle, les fonds qui auroient été employés à ces repas se mettent en masse et se retrouvent pour les extraordinaires; La table du premier maître d^hôtel n'est peut-être pas si forte que celle de M. de Chalmazel; mais elle est augmentée d'une partie de la desserte de M"' la Dauphine; et lorsque le premier maître d'hôtel sera absent, il est dit expressément qu'il n'y aura point de table, et les fonds qui se trouveront alors seront encore employés pour les extraordinaires. Le maitre d'hôtel ordinaire pourra avoir une table, mais fort petite et servie seulement d'une piirtie de la desserte de M""' la Dauphine.

Jeudi dernier, M. l'abbé de Livry, frère du premier maître d'hôtel du Roi, mourut ici, âgé de vingt-deux ans.

J'appris avant-hier que M. de Vaulgronant s'en va à Dresde par ordre du Roi. M. de Sa irit-Sé vérin, qui y étoit et qui a une mauvaise santé, ayant été malade à l'extrémité, a demandé absolument à revenir. M. de Vaulgrenant, qui a été ambassadeur à Madrid et à Turin et qui dit y avoir mangé 100.000 écus du fonds de son bien, avoit déjà refusé du temps de M. le Cardinal l'ambassade

332 MÉMOIRES DU UUC UE LUYKES.

de Russie et a fait tout ce qui a dépendu de lui pour n'être pas obligé d'aller à Dresde; mais M. d'Argenson lui a dit que le Roi lui ordonnoit.

J'ai toujours oublié de marquer que l'on a quitté le deuil de l'Empereur à l'occasion du mariage ; le Roi le quitta samedi pour aller à Étampes , la Reine dimanche pour aller à Sceaux ; Mesdames aussi ce môme jour, quoiqu'elles ne soient parties que lundi matin. Le Roi et toute la Cour le reprennent demain dimanche, et on portera tout de suite celui de l'archiduchesse (1), sœur de la reine de Hongrie, le nouce ayant fait part de sa mort. M. de Richelieu a dit aujourd'hui à JA^" de Luynes que le Roi reprenoit demain le deuil pour quinze jours.

Il y a déjà plusieurs jours que l'on sait que M. de Sade, qui est notre envoyé auprès de l'électeur de Cologne, a été arrêté par les Autrichiens et conduit à Bruxelles (2).

Du dmancka 28, Versailles. — Hier le Roi revint de la chasse d'assez bonne heure pour aller au baUet j il y fut dans le carrosse de la Reine comme dans les deux autres occasions. 11 n'y avoit que cinq princesses du sang et M"" de Peuthièvre qui allèrent toutes six dans le second carrosse de la Reine. M""" deLauraguais étant malade, M™" de Tallard, de Luynes et de Rrancas se trouvèrent toutes trois seules dans le troisième carrosse. M"" de Tallard ût la môme politesse à M""" de Brancas qu'elle avoit laite à M'"' de Luynes les autres jours; elle se mit sur le devant en aUant; M^'^de Luvnes et M™* de Brancas furent

(1) Marie-Anne-tléonorC'WiIlielmiDe-,Iosèplic,arcliidiicl»ei5se(rAtilriche, seconde fille de Tempercur Cliarles VI, gouvernante des Pays-Bas autrichiens.

(2) On prétend, el cela paroU certain, que c'est JVlccleitr de Cologne même quia donné toutes le* indications et les facilités pour le faire arrêter. M. de Sade avoït Irès-ljien réussi auprès de l'ékcteiir de Cologne, mais ii 'avoit jamais voulu avoir affaîre à ses mini-îtres, dont la plupart, stjiTanl re que j'ai entendu dire , se vendent au pins otfiant. Je crois même nu'il en avoit fait renvoyer un qui est revenu en lavenr, et qui s'est vengé dans celiç occasion-ci. ( .\u(e du duc de Linjuci. )

FKVRIER 1748.

tlaus II! fond. En revenant, M"" de Brancas se mit sur le devant. M"'" de Luynes et M"" de Tailard dans le fond. Elles prirent avec elles en revenant deux dames du palais de la Reine. Au ballet, les princes du sang eurent le premier banc derrière les dames à droite (1), et les ambassadeurs le premier banc derrière les dames à gauche. J'ai déjà parlé de la salle du ballet, mais je ne l'avois vue qu'avec les loges, n'ayant été ni au ballet ni au bal paré. J'ai été la voir aujourd'hui; les loges ont été ôtées pour le bal paré et on ne les remettra plus (2). Il y avoit hier fort peu de monde, et le Roi dit à son souper qu'il y avoit bien deux cents places de vides. La balustrade qui étoit au-dessous des loges subsiste toujours, et donne beaucoup de places; elle règne tout autour. 0 y a un banc auprès de l'orchestre adroite en entrant. L'orchestre est enfermé par une balustrade blanche et dorée , pareille à celle qui règne tout autour. Depiiis cette balustrade jusqu'à la porte il y a environ 87 ou 88 pieds de long, et depuis la balustrade d'un côté à celle vis-à-vis il y en a 32 de largeur ; à la vérité je l'ai fait mesurer dans le plus large, qui est une espèce de demi-cintre qui est dans le milieu de la salle. Devant la porte d'entrée on a fait à droite et à gauche deux espèces de corps de garde, qui sont joints par une barrière. Comme c'est le capitaine des gardes qui a placé au ballet , ce qui ne souffre point de difficulté, les gardes du corps étoient alors dans la salle ; il y en avoit outre cela à la barrière en dehors, et les Cent-Suisses en dedans, depuis la barrière jusqu'à la porte , ce qui fait un espace assez court, de la largeur des corps de garde. Au bal paré, les places ont été données par les premiers gentilshommes de la chambre; alors les huissiers gardoient la barrière dont je ■

(OCene Tiit pat; un haiic qu^curent les pHucea du sang, ccfiifenl des (aboureis, cl les ambassadeurs de même. ( A'o^e du duc de Lui/nes). (2) On Itfs a remi'ps ilepuis. i iSote du duc de Lut/nfn , datée du û mars. )

3U MÉMOIRES OU DUC DE LUTffES.

viens de parler. Le» jtçardes du corps étoient en dehors; ilsavoientvoaluentrereodedaas, disant qu'ils en a voient l'ordre de M. d'Ayen; les huissiers s'y opposèrent; les gardes du corps insistèrent : il fallut aller avertir M. de Kichelieu, qui vint lui-même, et dit à Tofficier des gardes du corps qu'il avoit l'ordre du Roi pour qu'ils refilassent en dehors. Ils obéirent.

On a placé deux guérites adroite et à gauche de la cour de la grande écurie, en dedans.

Aujourd'hui il y a eu deux signatures de contrais de mariage; celui de M- d'Ainboise. iils de M. de Clermontp d'Amboise, avec M"'" du Jonquoy : i'en ai déjà parlé; et celui de M.dePoyanoe» ci-devant guidon des gendarmes et présentement colonel du régiment de Bretagne, avec M'"' de Umville, fille unique de l'eu M. deLeuville, lieutenaiitgénéral, qui est devenue héritière par la mort de son père, mort en Bohème , et de son frère (1). Elle a aujourdliui 2U.0U0 livres de rente, et en aura autant après la rafjit de sa mère. M. de Poyanne a 30,000 livres de rente.

M'"° la Dauphiiie est venue aujourd'hui à la toilette de la Heine, et u. été ù. la messe avec elle.

MABS.

Bal lin U ville «Je Paris — Heure du lever du Roi. — Opéra de Thésée. — Attentions du Roi pr>iir fa Daupliinc. — Voltaire et le ballet de La Princesse de Navarre. — Bal bu masque dans l'appartijmeat «lu Roi. — ArrangOiitenl de U inik: du tiiaiiége. — Gtaïl du Uni pour tes bais inasqué». — Meuble de la [)aM]ihine. — Orguiiisalion du service de ta inaisua de la Daupbitie.— Rejirisi": des assembliies dn Clergé. — Cliangemeuts dans Ida Ingernent.s. — Enltées cbeï la Heine et die? le Roi. — Fin du protiis di; M . et de M™"^ de Brisiac — Presentalion de M"": de Sainl-Héreiii, — Mariages. — La ducbcsse d'AnnonWmc el M'"' de Bouctiel. — Goûts et occupations du Daupliin et de la Dauplitne. — M"^'^ d'Ëtioies. -'

(I) Tu(?. dans c«tte dernière caoïpagoe du Piémont, {Note du duc d«

L^ytiies.)

MABS 174».

Mouvelles (le MM. de B«lle-ldle et de &idc. — Le tils du préleudant se trouve mcognilu aux bals de Veràailles. — Dépenses iJe la Uauphine. — Le Dairjvliin et la DaitpliÏBu à sSiut-Cyr. — Présunl» Ciiits par la DBU|ihine. — Faits aucitins sur MM. de Riulet, de Luce et del'uvaiinfs. — Âneciiote sur un frère de Ravaillac. — La [jriacesse de Couly uu liai de Versailles. — Anecdote sur Monsieur, frère de Louis XFV; d ."^nr sa fllle. — Mariages projelés. — Mort de M™" de Trëville. — Argent donn*^ au marpclial de Saxe. —M. de Ftmaruoo. — lUérope et Le Sylphe. — M^e o'Briea. — Émeute à Lyon. — Morlde M- d'iméuourt. — Le duc de Uetliuac iioiuiné citef du conseil des finances. — Santé do Dauphin. — lucommodilé de rapfiartement de la Dauphine. — Mort de M""" do Gainaclies. — Présentation lie M""=3 lie Sourclicâ el de Resnel. — Nouvelles de l'armée do inarétUiil de Mailkbais. — Mort de M'"": de Ualleroy. — Visite de lu Heine au Daupliin. — Ballet à Saint-Cloiid. — Mot du Roi au duc de Clievreuse. — Le cardtuid d'.\it¥ergtie. — L'abbé d'Aydie. — Irulisposilinn ilu Roi. — M. de Rubempré. — Règlement du Roi pour le* entrées des pcnsonnea de la maîjun delà Daupbiae. — Mariage du prince de la Tour-Taxi.* et de M""^ de Ilrionne. — Spectacle à la salle du manège. — Préparatifs pour la cawpagne de Flandre. — Bulle du jubilt'. — Voltaire a une pension, l'expectative de la place de gentillioinme ordinaire du Rut el le brevet d'iiistoriograplie du Roi. — Maladie de la prince-sse de Soubise. — Préserttation de M"'" de Froulay et du lointe d'Llmstatt. — La Dauphine accompagne le Roi à la cbasse. — M. de Maulevrier-Ijan[^eron déclaré maréchal de France. — Mariage de M'ic de Sourches. — La diicliesse de Nivernois nommée dame du palais de la Reine.

Du lundi 1" mars, Versailles. — M. le Dauphin soupa hier à huit heures, et partit à neuf poui- aller à Paris au Lai I do la Ville. Il avoît avec lui M. deFleury, M, le Premier et ses huit menins. Il alla descendre chez M. le Premier à Paris; il s'y masqua, c'est-à-dire il mit un domino, mais point de masque. On avoit envoyé vingt-quatre gardes du corps pour sa garde à l'iiôtcl de ville. Il y avoit outre cela uu détachement des gardes françoises et suisses. M. le Dauphin monta à l'hôtel de ville, dans une chambre qui lui étoit préparée et qui donnoit sur ]fi bal. Il ne sortit de l'hôtel de ville que sur les deux heures. Il rencontra le Roi à Sèvres; il s'arrêta, monta dans le carrosse du Roi, et après quelque raomenl de conversation il continua son chemin pour revenir ici. Tout le monde savoit que le Koi devoit aller au bal ; mais comme ce de voit être incognito, on ne le disoit point publiquement.

nr> MEMOiRKs DU niui m: luynes.

Le [toi ne vouloît peut-êtro point se troavei au bal avec M. le Dauphin, pour être plus sûr de, n'èti-e point reconnu. Il commença donc par aller ici au bal de la ville, et ne partit que sur les deux heures. Il arriva à Thôtel de ville à trois heures passées ; il trouva les illuminations fort lielles, mais la compagnie peu agréable. Toute la bonne compagnie étoit apparemment partie après le départ de M. le Dauphin. Le Roi se détermina donc à aller au bal de l'Opéra (1), où il demeura assez long-temps. 11 n'estrevenu ce matin qu'àhutthearescldemie. En arrivant il a mis une redingote, et a été tout de suite entendre la messe à la chapelle; il n'y avoit ni chapelains ni gardes du corps : tout a été averti le plus prompteraent qu'il a été possible. Le Roi s'est couché à neuf heures, et a donné Tordre qu'on n'entrât qu'à cinq heures.

Du mardi gras 2, Versailles. — La Reine fut hier an salut ici il la paroisse Notre-Dame, pour les prières de quarante heures. Comme elle avoit demandé ses carrosses à quatre heures et demie, et qu'il ne devoit être jour qu'à cinq heures chez le Roi, ses carosses entrèrent dans la cour desprincesj la garde ne seroit point entrée si le Roi nes'étoit pas éveillé. Il s'éveilla à quatre heures et demie. La Reine fut aussitôt chez lui, et y entra avant les premiers gentilshommes de la chambre, suivant larègle et l'usage. La Reine, comme je l'ai déjà marqué, va presque tous les matins chez le Roi, dans le moment qu'il s'éveille. Ordinairement elle y va seule, parce que c'est avant qu'aucune dame soit entrée chez elle; mais hier M'"" de Luynes y étoit, et elle suivit la Reine. Elle ne voulut pas entrer .dans la chambre , les premiers gentils-

Ci] Je me suis I rompe dans cet arrangement. Le Roi m'a ilit qu'it avoit été d'abord ao bal dan^ Versailles , où il truiivii quelque» persoiinc^de connoisaance; tie là au bal de l'Opéra, où il trouva loil bonne compayiie ot oii il diinsa dtuK coatredajist» ; et qu'unsuite il ëloil allé à la Ville, oiii il iHuit rf»l« jusqu'à sepl heures [lassées ; qu'il y avoit [leii de monde de c<yrmoLs.sancc, l'I que lui n'aToit point élé reconnu. (Note du duc de lAiums- )

MARS i74ii.

mommes de la chambre n'élantpas encore entrés; ccpen-

lantle gouverneur et lesous-gouverneiii' de M. le Dau-

"pliin y entroienl dans le temps des entiuk-s familières.

^-Jd. de Richelieu doit prendre les ordres du Roi par rap-

^Pport à l'entrée de la dame d'honneur de la Heine et de celle de M"' la Dauphine en pareil cas. Je marquerai ce qui sera décidé (1).

M, le Dauphin et M^' la Dauphine allèrent hier au

■lever du Roi, mais plus tard que la Reine. La Reiue revint ici un peu avant six heures, et repartit peu de temps après pour aller à la yrande écurie. M'"" de Luynes

^ avoit envoyé un valet de chambre de la Reine, de la part de la Heine, avertir les princesses suivant l'usage. On exécuta l'opéra de Thésée (2) dans la salle du manège. Madame, qui est malade depuis quelques jours, et M'"" la duchesse de Chartres, qui est grosse, ne furent pointa l'opéra, et il n'y eut que cinq princesses à la suite de la Reine. Le Roi monta dans le carrosse de la Reine, comme les autres jours, avec M. le Dauphin, M™"^ la pauphine et 5|ine Ailélaïdc ; il resloit une sixième place qni l'ut remplie par M"*^ la princesse de Conty. M'"" de Modène, Mademoiselle , M"" de Sens et M"' de La Roche-sur-Yon montèrent dans le second carrosse. II resloit deux places et trois personnes à mener, car les dames dn palais étoient

(allées devant comme le.s autres jours; les trois personnes étoient M'"-^ de TalLArd, M"'= de Luynes et M™* de Lauraguais. M""" de Brancas étant malade avoit demandé permission iï M"'Ma Dauphine de ne )a pas suivre. M*"" de ïallard. et M™" de Luynes auroient pu monter au-ï deux portières, mais M'"* de Lauraguais seroit restée toute seule pour le troisième carrosse; M""^ de Luynes par attention pour M"'* de Lauraguais alla avec elle dans ce troisième car-

(1) La dame ttlionncur de la Reine n les grandes entrées cliez le Roi ; cdle de M""^ Ifl Daiipliint! a [e> iiifmes ejitnte. (Noif^ du duc de fM^nei. ) p.) Ptième (lo QoinaiiU, musique de LuHi.

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