‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 49 sur 94 · MAI^S *74S · texte numérisé non relu

MAI^S *74S

d(i la Keino éloit tout le service du Koi et de la Keine : capitaine des gardes, dames d'honneur, etc. Derrière, un banc à gauche pour les monins, et un à droite pour les officiers des gardes du corps. Derrière les menins, les écuyers du Roi ; et à droite, vis-à-vis^ des officiers aux gardes. Les gens de la Cour étoient derrière les princes du sang.

La décoration de la salle étoit fort belle ; do chaque côté, trois grandes croisées de glaces et trois statues dans (des niches placées alternativement; au-dessu.s des croisées, des rideaux cramoisis renoués à l'italienne. Il y a aussi une grande croisée de glaces au-dessus de la porte, 11 y a en tout quinze lustres indépendamment du théâtre.

Le Roi parolt avoir plus de goût que jamais pour les bals masqués. Avant-hier au soir, il alla à celui de Versailles, dans la ville^ qu'on appelle le bal d'un écu.

• Le bal de cette nuit a duré jusqu'à huit heures. Il y avoit beaucoup moins de monde, mais assez pour le rendre agréable. On avoit d'alwrd dit que l'on donneroit

H des billets ; mais comme cet arrangement étoit capable de dégoûter d'y venir, le Roi avoit fait dire par M. de Marville, lieutenant de police, qu'on entreroit sans billets,

POn écrivoit les noms de tout ce qui entroit. M. le Dauphin, M'"' la Daupbine étoient masqués'[en Espagnols, M. le duc de Chartres en vieux François. On a beaucoup plus dansé qu'au bal précédent, parce qu'il y avoit beau- K coup moins de monde.

• Je n'ai point encore parlé du meuble de M"" la Dauphins. La tapisserie qui est dans la chambre est une an-

■ cienne tapisserie du garde-meuble; celle qui est dans le grand cabinet avant la chambre est ffiite ici depuis peu et ^présente l'histoire d'Esther (1) ; elle a été tendue à Paris

[ I) M . h conlrâleur gonéral iq'» dit que comme celle tapisseiic est iinLqae ,

Ui

MfirtOÎBES DU DUC DE LUTTES.

dans la pi(«e du ir6ne pour la preoiiAre fois ; elle «tt <rès-belle. Le Ut de là diamhre de U"" la Dauphio« est une étoffe cramoisie avec beaucoup de Heurs d'or; elle est faite îi LyoD comme celle du meuble de la Reine: «nais comme il n'y en avoit pas a&sezpour faire le lit, <m y a Huppléé pour les pentes et les soubassements avec une <^toffo il peu près [)areille qui sesl trouvée dans le garde-meuble. Cette étoffe avoit été faite du t^œpe <]o M. de Colbert pour le teodelet (1) d'un MtimentducaoMl de Versailles; il y avoit des Heurs de lis brodées daiK cette étoffe ; on l&s a ôtées, on a mis à la place des Danphios brodés en argent. Tous les fauteuils , talKiurets, chaises et écrans de la cbamlure et da ^'rand cabinet sost pareils. M. de Fontanieu, intendant du s^arde-me^iUle , m'a dit que ce meuble de la cliambre et du caJjinet iroit à environ 45,000 livres.Ce n'est que pour les bois. In broderie elles façonsj puisque Tétoffe étoitau garde-meuble. Dans le petit cabinet particulier de M""" la Dauphioe, qui donne sur la galerie, il y a un meuble fort ricbe, cximposé d'un canapé ^ de fauteuils et taliourets ; ce meuble est d'étoffe de Constantinoplc, avec beaucoup de broderie. M. deFontanicu compte qu'il pourra coûter 15y000 bvres. Du jeudi 4. — J'ai oublié de poirier d'une diflioulté qu'il y eut le jour du mariayo de M""" la Dau.pbijie. M. le chevalier de Saint-André, chef de brigadt' cjui a fait le voyage, aervoit encore M""" laBauphiue. On lui dit «ju'il

il avoit résolu (l>n Tniro faire une co|ii«, et qu'il l'alloit faire faire bot le* mesurer du nrnni\ cabinet de M*""^ la l)«iiphine, (wroe qttV e«l(e-ci , Ih pHcc étant trop gramie, il a fillu la reuipiir cunsidérableinent. ( iVo^e du duc de Luynes.)

Ces tapismries avaient été exécuta d^apr^ les lAbleaux de 9,-7, Detray. Voy. MémoitW' irif^dUs »iir la vie ut im niivraoM des mi>mhfBs rio l'Acadrtnic royale (Je reinlore nt de Sculpture , piibltes par M^I. Dussi^uv, ftiMlte, île CbennevièreB, Mantïet de Moiitaîglun, iH5'i, in-«", tome II , pagea •>6.'>ct suiv.

(1) Tetifiefet. Terme de marine. C'est une pièee d'étoile portée par la fléri» et par de.4 bfttons , pitur couvrir 1» poupe de la galère contre le soleil ou contre lapluie. ( [>k(. de Trévoux. )

devoJt prendre la robe de M""" la Daupliine, que c'ctoit Tusagc le jour des grandes cérémonies; la question éloit de savoir dans quei moment il devoit la prendre. Il suivit ce qui se pratique en pareil cas pour la Reine. Lorsque la Reine sort de son appartement, c'est son portemanteau, ou en son absence un valet de chambre de la Reine, qui prend sa robe et qui lorsque la Reine va à la ti'ibune la porte jusqu'à la sortie du salon qui est avant la chapelle; alors il la remet à un page de la Reine, qui la porte jusqu'à la petite tribune fermée d'où la Reine entend la rnesse. Au retour, le page la porte jusqu'à l'ejatrée du salon dllercule, et là le portemanteau la reprend- Lorsque la Reine descend en bas, et qu'elle descend par le petit escalier de la chapelle, on suit le même arrani;ement, excepte que le page la porte jusqu'à ce que la Reine soit au prie-Dieu, et c'est le premier éQ\iyta? de la Heine qui arrange la robe sur le fauteuil. Lorsque la Reine descend à la chai>elle par l'escalier des apibassadeurs, le portemanteau ne porte la robe que jusqu'à la porte de la pièce qui donne sur l'escalier; alors un page la prend, et dans les grandes cérémonies le p^ge la remet à l'entrée de la chapelle à l'ofticier des gardes qui suit la Keine, C'est ainsi que cela se pratiqua le jour du mariage pour la Reine et pourM""^laDaupbiue. IjCS dames de M"'" la Dauphine se sont arrangées pour le service; elles seront trois par semaine, une titrée et deux qai ne le sont pas. Les menius se sont arrangés aussi pour leur service (1); iJs serviront quatre pendant quinze jours de suite. M. de Monfaigu a quitté le service; ainsi il restera auprès de M. le Dauphin pendant la campagne, ainsi que M. de Sassenage QtM..^e SaintiUérem, qui ne sqi'vcnt plus.

(1) Tja<< menins He »onl arrangés pniiriHre toujoor.s quatre dans Ver.HBilles, mais ils (jeu vent se relever les uns le!» autres et s'ab^entur aafiswn^é. Le Kpi l'a réjçlé ainsi, (yote du duc de Luynes.)

TC DL Ll V>tS.

J*ai marqué ci-dessus que le jourdo mariage, le poelefot lenu par deux chapelains du côté de Faute! . Le fait n'est pas vrai ; il fut tenu du côté de M. le Dauphin seulement par M. l'abbé d'AndIau, aumônier du Roi, et du côté de M"* la Dauphine par M. Tévéque de Mirepoix seulement. Le poêle est d'un tissu d'argent couvert d'un réseau d'argent et garni d'une frange d'argent à graine d'épinard.

J'ai marqué que Ton n'a point publié de bans pour M. le Dauphin, et qu'on en avoit publié pour le Roi; le fait est vrai : je l'ai demandé à M. le curé; mais M. l'archevêque avoit donné dispense de trois bans.

M"" la Dauphine a pour sa garde un exempt des gardes du corps de chez le Roi , qui est relevé tous les huit jours, et une senlinelie qui est tirée de la salle de M. le Dauphin ; cette salle est de douze gardes du corps. Quelques-uns des capitaines des gardes prétendent qu'il ne devroit y avoir pour la garde de la Reine qu'un exempt, et que jamais la feue Reine n'a eu de chef de brigade; que ce fut M. le maréchal de Noailles qui insista pour que la Reine eût un chef de brigade. On prétend aussi qu'avant celte reine-ci il n'y avoit point eu d'exemple qu'on envoyât un capitaine des gardes au-devant de la Reine.

J'ai déjà marqué que le chef de brigade et l'exempt de service chez la Reine relèvent tous les huit jours. L'exempt qui sert chez Mesdames est aussi relevé tous les huit jours. J'ai oui dire qu'il y avoit toujours eu un chef de brigade chez M. Je Dauphin. Ordinairement c'en est un de ceux qui sortent de chez le Roi (1), et il a d'extraordinaire 2,000 francs pour son quartier chez M, le Dauptiin. Depuis la guerre, c'est le même chef de brigade qui sert toute l'année auprès de M. le Dauphin,

(I) Le service ordinaire de chez l«? Roi est comi»»;* de six cliefs de brigade, sans roni|>1er celui rjui sert cliei M. le Oaupliin.et <lc huit exeiiipli^ i.\ole du duc de Lnynet. )

MARS tï4«.

et T^'RjOOO livres de gratification. Tous les officiers de Ja maison du Hoi en sortant de chez le Roi servent, un quartier chez M. le Dauphin. Il n'y a que le premier gentilhomme de la chambre qui étant de quartier sert le Roi et M. le Dauphin; M. le Dau[)hin est servi de môme par le gTand-tnaltre et le maître de la garde-robe en année.

Lorsque M. le Dauphin et M"""^ la Dauphine mangent ensemble dans la chambre de JA"" la Dauphine, c'est M'"'" de Drancas ou M™" de Lauraguais qui les servent l'un et l'autre. Dimanche, M™^ de Lauraguais avoit fait mettre un petit tabouret bas pour se mettre t\ genoux en cas de besoin, comme faisoit M"'" la maréchale de Boufilers lorsqu'elle servoit la Reine. Aujourd'hui M™" la Dauphine a dîné seule chez elle, parce qu'elle fait gras. M. le Dauphin a dinéseul aussi chez lui en maigre. M™' de Lauraguais a servi M"" la Dauphine sans tabouret.

La Reine fait tout au mieux pour M"" la Dauphine, et il parolt qu'elle s'en accommode fort. M. le Dauphin et M""" la Dauphine ont été plusieurs fois voir la Reine dans ses cabinets; la Reine a été les voir aussi dans le cabinet de M""' la Dauphine, et il parolt jusqu'à présent une grande union.

Dimanche dernier, M'"' la Dauphine alla au salut dans la tribune sur le drap de pied; elle y arriva que le salut étoit commencé, et le Roi y étoit. La règle est qu'on n'ouvre plus la porte quand le Roi est entré, et nous avons vu M. le Dauphin, quand il arrivoittrop tard, se mettre dans une des travées; mais le Roi avoit eu l'attention de dire que siM^'la Dauphine venoit, qu'on la laissât entrer. M"" la Dauphine a commencé depuis quelques jours à jouera cavagnole avec la Reine, mais elle ne parolt nullement s'en amuser. Je lui ai entendu dire qu'elle jouoit quelquefois à Madrid, mais qu'elle n'aimoit pas le jeu. Jusqu'à présent l'arrangement de sa vie est, au sortir de dîner, de passer dans son cabinet, où elle est foule seule

Ua MEMOIRES nu DUC DE LUy>T^.

OU bien avec M. le Dauphin; elle aime à se ooacber de l)oune heure, et q'est point paresseuse; ee roule elle étoit toujours prête la première, qu^lqoe matiq qu'il faillit se lever.

Les assemblées du Clergé avoteot été interrompues depuis le mariage; elles n'ont recommencé qo^aujourd'hui. M. l'archevêque de Kouen me disoit Fautre jour ^'en 1710 le clergé donna 2V millions; qu'en 1734, <jui étoit une assemblée extraordinaire, il en donna li ; en 1735 il en donna 8; en 17i2, qui étoit une assemljlé» extraordinaire, il en donna 13 ;et il vient d'en donner 14^ comme je Tai mar(|ué. Des dons gratuits aussi considé râbles font que le Clei^é doit ^0 millions, 4ont il pa] l'intérêt, et cela indépendamment de cette année-c^. impose chaque année siu* chaque diocèse un peu pl\ qu'il ne faut pour Tintérét, atin de diminuer d autant le fond. Dans le temps que le Cle^'gé de voit i3 millions, OJ^ imposoit ^,600,000 livres.

Du tendredi 5, Versailles. — Le Roi soupa Ijùer à. son petit couvert, dans sa chambre, avec H. le Dauphiii ; II. ig Dauphin au bout de la table à droite, comme au grand couvert. M. de Qîichelieu les servoit 1 un et l'autre. La Reine fait collation . M*' la Dauphine fait gras , ctesl qui empêche qu'il n'y a ' 't.

Iht samedi 6. — J*ai i ; i^que)!. etll" de^

Rubempré avoient iin logement neuf dans i'aik i^eave ; cet arrangement est changé. On leur adonné le Ic^ement ^'avoit feu M^ de Mailly ;^ depuis M"' de Maiarin , et ea. dernier lieu M** la maréchale d Estrèes; il donne d'i côté sur la cour des Princes et de l'autre sur la

Les entresols de feu M"* de Ventadour ont été donnés à M. et M** de Faudoas. M" de Fau^oas avoit eu par emprunt^ comme je l'ai marqué, l'appartement de M. le maréchal de Broglie ; cet appartement a été donné par emprunt à U. de Sasseuage.

U a été réglé ces jours-qi que M** de l^»nc^j jt." 4e

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