i2 Mf3IOlRES DU DUC DE LUYNES
Irou^'é que cet atTangemenl fût convenable, et a jugé à propos que M. le Dauphin et M*"' la Dauphine n'allassent dans les cabinets de la Reine qu'environ une demi-heure avant le jeu (1).
A l'égard de M. le Dauphin, on dit qu'il lit^ mais il parolt peu occupé. M**"^ la Dauphine ne marque pas une grande vivacité. J'ai parlé ci-dessus des préseuls immenses que le Roi lui a fails. Ine seule marchande^ qu'on appelle Uébert, disûit que le Roi avoit pris chez elle pour 85 ou 80,000 livres de marchandises; ce sont des montres, des boites, etc. Tous ces bijoux sont dans un coffre fait exprès; leur destination est pour que M"" la Dauphine puisse en faire des présents; non-seulement elle n'en a fait aucun jusqu'à présent, mais on prétend même qu'elle ne les a pas vus. On m'a dit une raison qui a pu retarder les présents , c'est que M""' la Dauphine a voulu avant tout donner quelque chose de convenable à Mesdames, et comme il n'y avoit rien d'assez raagniliquedans ce coffre, il a fallu faire faire du nouveau qui ne doit être fini qu'à Piques. Mais un fait plus singulier pour prouver le peu de vivacité de M""" la Dauphine, c'est ch que me contoit hier M. de la .\Iothe. 11 a été , comme je l'ai marqué, porter à M"" la Dauphine, à Orléans, un fort beau préseul de la part de la Reine (2) ; non-seulement W"" la Dauphine lie lui répondit rien quand il l'eut complimentée, mais elle ne montra aucun empressement de voir ce cof-
(l) Il iatjt que ce fuit ne soit pas vrai, puisque M. le Dauphin <'l M""" la Uauptiine allèrent liior '!.'i clie'/. la Ri'ine, a lroi<; lieun» , el qif ils y reslèrciil f iivirnn deux lieiirfs , avec cetle dilléreuci! nue M"'e la UHU])Uine (il avertir M™" de Faiiiioas pour la suivre el qu'elle lui donna l'Iieure poui la venir reprendre; mais ils ii'avuient avet; eux ni oriiciers Aes gardes, ni valet de pied. ( Sole du duc de. Lui/iies, datée du 2i mars 174à.)
(?.) J'ai tnur(]ué ci-dessus que le clievalier dMionueuf nu i(iiiUoil jamais l.t Reine; il va cependant complimenter lea lèles couronuées. l'ar cuiiséiptenl il n'aiiioil pas dû aller pour .M™f la Daupliiiie; mais coiimie je l'ai dil, M. de Tessé n'éloil point ici quand M. de la Mollie rcçnt les «rdiiîs de la Reine. {!\'ote duduc de Luijnes.)
MARS iTÂS.
fret; on l'ouvrit cependant devant elle, mais elle ne marqua pas de satisfaction, ni ne donna aucune louange au présent, qui cependant en étoit digne. M. de la Mothe m'a ajouté qu'il avoit été témoin à une liarangue qu'on lui avoit fnite à laquelle elle ne répondit rien, et qu'on lui avoit dit qu'elle avoit fait de même à toutes les harangues. Comme "elle est fort timide et qu'elle connoit peu encore ce pays-ci, on prend son silence pour indolence et même pour hauteur; il faut encore du temps pour porter un jugement plus certain.
J'ai mar([ué ci-des.sus que M'"^ la duchesse de Brissac afaitsou accommodement et s'est engagée à ne plus venir à la Cour. La place qu'elle avoit auprès de Mesdames est vacante depuis longtemps, mais le Roi, par considération pour elle, a bien voulu ne la pas remplir que son affaire ne fût finie. Cette place fut donnée avant-hier au soir à sa belle-sœur, M""" de Brissac douairière, belle-mère de M. d'Ayen. On vouloit absolument une personne titrée pour cette place. On prétend qu'il s'en est présenté plusieurs, mais je ne sais certainement que M"* la duchesse de Brissac et M""" la duchesse de Ruffec.
J'appris hier que le Roi a ôté à SI. de Muy le père le logement qu'il avoit ici près, du côté de M. de Gesvres et de M. le Premier (1). Il en avoit un avec M"" de Muy audessus de feu M"" la duchesse de Ventadour et auprès de M""' la comtesse de Brionne et de M*""^ de Montauhan ; il retourne dans ce logement, ce qui doit lui être moins incommode présentement, son fils" et sa belle-iille étant logés dans ccslui qui avoit été fait pour feu M. le chevalier de Créquy.
J'ai marqué que M. de Rubempré avoit le logement qu'avoit M""' de Mazarin et en dernier lieu feu M"" la maréehaled'Estrées ; onlui avoit d'abord destiné un loge-
(() Il Q été i]onn(> ù M^^^ la duchesse de Briaâac donairièrei ( Note du (Luc de Lufinea.)
SM MÉMOmtS DU DUC DE LUYNKS.
ment neuf dans l'aile neuve qui avoit Hv t'ait pour M"" de Mailly ; ce logement s'éiunl trouvé trop petit pour mari et teiiune a été donné à M. de la Vauguyon. Sa femme, qui est petite-fille de M. le duc de Charost, vient peu dans ce pays.
Tous les bals en masque ont donné occasion de parler de nouvelles amours du Roi , et principalement d'une M""' d' Étioles (1), qui est jeune et jolie; sa mère s^appeloitM""' Poisson. On prétend que depuis quelque temps elle est presque toujours dans ce pays-ci, et que c'est là le choix que le Roi a fait. Si le fait étoit vrai, ce ne seroit vraisemblablement qu'uue galanterie et non pas une maltresse.
Il y a eu aujourd'hui sermon suivant l'usage du carême, et à six heures opéra dans lasalle du manég-e.
Je n'ai point encore marqué Farrangement des dames de M""' la Dauphine pour leur semaine. M™" la duchesse de Caumont est avec M™" de Pons et du Roure; M'"" de Tessé est avec M'"" de Lorges et de Champagne ; M™"^ la duchesse de Rohau est avec M'"'"' de Faudoas et de Bellefond s .
Du jeudi 11 , Versailles. — On sut hier par des lettres particulières d'Angleterre que MM. de Belle-Isle sont arrivés le 23 février au port de Wervik (2). M. le Maréchal a été fort incommodé pendant la route, mais cependant fort gai dans les temps qu'il ne souiîroit pas. Ces mêmes nouvelles disent que le chevalier avoit l'air fort triste, mais Ton sait qu'il est naturellement fortsérieu.x et parle
(1) Le IH juillet 1742, Le président Uénault écrirait à M.^" du Deiïand, aitrèj* un " fort tiouper -. qae son cuisinier avait l'ait cliBi M. lie Pontdeveyie: n Je trouvai là «ne des plu» jolies feriuiie<i que j'aie jamais vu^ ; c'est M"* d'Élîules. l'.Ue Si'iit l<i musique iiarfailciiTeut , eJle chante avec (oute la gaieté et tout le ^oiU [)0!t.sibU!, sait eetu chansons, joue la camedie a Ëtioles sur ua théâtre aussi Iteau que celui de l'Opéra.... »
(a) Sans doute Uurwick.