MÉMOIRES DU DUC DE LUTKES
partira point. Cependant le caractère de son esprit ne peut jamais donner une tranquillité parfaite ; il est ks de la guerre, et ses intérêts sont les premières règles de sa conduite. Il n'a nulle espèce de relig-ion, et en fait gloire en quelque manière ; il parle de toutes d'une manière indécente, et ne fait les actes publics ni particnliers d'aucune . Il a été fort fâché [ de rarrestation ? J du maréchal de Belle-Isle; sa douleur parolt présentement trèscalmée. 1! a exilé M. de Schmettau ; il lui a envoyé ordre de rester à Brandebourg. .M. de Schmettau en ëtoit instruit avant que de partir d'ici ; et sans cependant en vouloir rien dire, il pria M. Courten de se charger d'une lettre pour sa femme, qui demeuroil à Berlin ; M. Courten, qui savoit que M. de Schmettau devoit partir deux jours devant lui, fut étonné delà commission. Il le rejoignit en chemin, et M. de Schmettau lui avoua son exil. Le roi de Prusse fit un compliment fort obligeant pour M. Courten à son départ, et le chargea d'une lettre pour le Roi ; il demanda à M. Courten pendant son séjour à Berlin si M"* de Châteauroux étoil aussi belle qu'il l'avoit entendu dire, et lui marqua un grand désir d'avoir son portrait. M. Courten n'osa pas le lui promettre, et en écrivit à M. d'Argenson l'aîné; le portrait lui a été envoyé.
M. de Vaulgrenant prit hier congé; il s'en va à Dresde, comme je l'ai marqué, avec le titre de ministre plénipotentiaire. Il ne dit point la commission dont il est chargé, mais il m'a dit qu'il regardoit comme très-difficile pour ne pas dire impossible d'y réussir. En prenant congé du Roi, il lui dit tout bas qu'il supplioit très-humblement S. M. de vouloir bien ne lui point imputer le succès de la négociation qu'il lui avoit confiée, et le Hoi lui répondit avec bonté qu'il ne lui sauroit nullement mauvais gré de l'événement.
M. de Bauffremont le fils^ qui commandoit en dernier lieu à Menin, arriva ici il y a quelques jours; il nous dit que la démolition de cette place étoit entière-
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nient fîniej que Ton avoit fait sauter environ 7,000 toises de maçonnerie et qu'on avoit dépensé pour cela 222 mil- L liers de poudre.
H J'ai déjà parié du caractère de M""' la Dauphine sur ^■p0/que j'en ai remarqué ou entendu dire. On ne peut ^ encore en porter un jugement certain. Elle se couche de I très-bonne heure, se lève assez matin ; elle est fort exacte Baux heures et ne fait jamais attendre. Elle exécute ponctuellement tout ce qu'elle sait que le Koi désire ou la ^ Reine, et paroit accoutumée à obéir avec exactitude; Belle est d'une timidité excessive. M'"'' de Brancas contoit ■ avant-hier à M™^ de Luynes un fait peu important^ mais ^qui prouve celte timidité. Dans les présents que le Roi a faits à W^ la Dauphine, il y avoit une montre émaillée K qui avoit paru plaire extrêmement au Roi, et M™'' de Lauraguaissavoit que si M""" la Dauphine vouloit lui en faire présent il la recevroit avec plaisir; elle en parla à son mari, qui vint le dire aussitôt à M'°^ de Brancas. M™' de Brancas consulta M. 'de Richelieu, qui lui dit qu'il seroit ridicule que M™" la Dauphine fil un pareil présent au Roi. M""^ de Brancas, qui avoit déjà fait mettre cette montre à part, fut un peu embarrassée de cette réponse; elle s'informa plus particulièrement de M. de Lauraguais par où il savoit ce qu'il lui avoit dit, et enfin assurée de Bla vérité, elle proposa à M'°^ la Dauphine de présenter " cette montre au Roi. Une pareille démarche parut presque
» impossible à M"'" la Dauphine; cependant, dans un moment où elle alloit chez le Roi, M"" de Lauraguais prit la montre, et lorsque M™^ la Dauphine yfularrivée, M""' de Brancas lui en reparla; M"'^ de Lauraguais lui remit la montre entre les mains. L'affaire étoit bien avancée; cependant M"'* la Dauphine ne pouvoit encore se résoudre de la présenlerau Roi. 11 fallut que M""" de Lauraguais la reprit entre les mains de M™" la Dauphine pour la remettre entre celles du Roi. Le Roi, après avoir regardé B cette montre et lui avoir donné les louauges qu'elle nié-
ritoit, la rendit à M™* la Dauphine, disant qu'il ne vouloit la tenir que de sa main. Alors M"""^ la Dauphine, contrainte par la nécessité, la remit toute tremblante dans la main du Roi.
M™* de Soubise est morte ce matin, à dix heures. Elle étoit brouillée depuis quelque temps avec M"" de Carignan, sa mère, qui ne vouloit plus la voir. J'ai dit ci-dessus que M" de Carignan étoit allée, il y a trois ou qaalre mois, à Aix en Provence voir M. de Suze , son frère, qui est prisonnier. M™" de Carignan, ayant été instruite de l'état de M"" de Soubise, est revenue. M"'* de Soubise a désiré de la voir : elle lui a parlé avec toute l'amitié et la soumission imaginables; elle lui a demaniïé mille fois pardon, et de !a manière la plus tendre, de sa conduite à son égard. M°" de Soubise a aussi parlé à M. le cardinal de Bohan, et est entrée avec lui dans un grand détail sur toutes les fautes qu'elle pouvoit avoir faites. Elle rat convenue qu'elle étoit cause de sa mort, ayant voulu prendre les remèdes d'un homme qui n'étoit pas conna^ et les ayant continués quoiqu'elle eût l'expérience qu'ils étoient si violents qu'ils lui causoient une chaleur excessive dans la gor.Eçe et dans l'estomac et lui faisoient cracher le sang. Elle a demandé en grâce que l'on ne fit aucune peine au chirurgien qui lui avoit donné ces remèdes, ni à ceux qui lui avoient conseillé de les prendre. Du mercredi 7, Versailles. — Lundi dernier, lorsque M"* la Dauphine fut montée dans ses carrosses pour la chasse du vol, ce fut M°" de Brancas qui appela les dames pour les carrosses de M™' la Dauphine. M. de Rubempré, qui étoit présent, n'en appella aucune; il avoit même défendu aux pages et aux valets de pied de M"* la Dauphine de répéter le nom des dames. M°" de Saint- Florentin me disoit hier que M. de Rubempré étoit venu la consulter sur sa prétention, et qu'elle lui avoit dit qu'il avoit tort d'avoir agité cette question sans être sûr des faits. En effet, c'est sur ce que lui a dit M"' de Tessé
qu'il a mis en avant cette prétention, et M. de Tessé lui a dit depuis qu'il ne prétendoU point ce droit et que jamais il n'avoit appelé les dames. M""' de Saint-Florentin, qui a monté plusieurs fois dans le carrosse de la Reine, dit qu'elle a été appelée tantôt par un page, tantôt par un valet de pied ; en effet Ions ceux qui sont présents répètent les noms que dit la dame d'honneur.
M"' de la Mothe et M"" de Froulay sa fiUe, qui montèrent il y a quelques jours dans les carrosses de M™* la Dauphine, voulurent faire quelques difficultés le lendemain pour le payement des 10 louis que l'on donne pour monter dans ces carrosses ; mais le Roi a décidé que l'on payeroit cette entrée, et elles ont payé en conséquence.
Du vendredi 9, Versailles. — M.d'Avaray, ancien lieutenant général, mourut avant-hier (1} à Paris; il étoit âgé de qiiatre-ving-t-neuf ou quatre-vingt-dix ans. Il est mort presque subitement; il se trouva mal, il envoya quérir sur-le-champ son confesseur et demanda ses sacrements. Il étoit chevalier de l'Ordre.
Le fils aîné de M. de Saint-Aignaii épousa la nuit du mercredi au jeudi la troisième fille de M. de Fervaques. Il s'est toujours appelé le marquis de Beauvilliers, même depuis la mort de son IVère aîné; j'en ai déjà parlé cidessus. Les billets d'avertissement pour la sig-nature du contrat ont encore été donnés sous le norri de MM. de Beauvilliers. M. de Fervaques n'avoit point exigé de condition sur cet article, et trouvoit fort bon que sa fille ne fût point titrée présentement ; cependant M. le ducdeSaint- Aignan lui a fait prendre le jour de son mariage le nom de duc de Beauvilliers. M. de Saint-Aignan avoit compté que son fils pou voit jouir de la grandesse dès à présent, et cette espérance est encore très-fondée ; cependant elle ne peut être absolument sûre qu'avec le consentement de
(1) Le Mercure di| le 6. (Note du duc de Luynes.)
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^ fv'4i»^»#« pvmi ««M9fe leevs* a*éiaal pas ai «gv. N. 4*Auiin flH à If, le doe d'CNiéu» qa il lui paraissoit «fft'M fioav<lH M Umiver an lit de justice nns anean inêMliféaimti* Le fArlemenlfit de* dtfficoltés, et >. le doc â'OliéÊMÊ M Jtfgcm p*« A propos de les sormonter. Quoi- <|ij«« M*"' d'? Il<!ttfivil(ieni ne soit que la troisième filJe de M. <1« C«rv«(|ij(!*, elle doit avoir beaacoup de bien. M. de ifitrviu^iwn a un firtind nombre de terres, et an revenu tutim(Uu'u\fUi. Il ont vrtii qu'une partie de ces terres est H(jhi«lilti^!(\ lUiS (tthhn , et M. de Kerva([ues n'a que des lUIt'ft 1 mil in rofiirruî In Nuccf-ssion ponvoit être attaquée, il y u 411) int iMU'(*iiiriitHk'iiteriL [inr lc(|tiel il a été dit que les U't^t'V» du M. iUt l<'urvMqueN uu leurs enlanls niAles ne |iHiirn>inMli t»i iiiultru un posscsKiot) ik's terres qu'eu IHtliiiil M)U,00l)i livi'OH fiux lilles do M. de Fervaques. Ouli'n culii M, d»v i^orva(|uui) a des terres qui sont libres, Di tt'ttNt riiitiuuio du monde lo plus urraugé et qui en-
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tend le mieux ses affaires. Il convient que depuis qu'il est maître de son bien, il a épargné 800,000 livres sur ses revenus.
Le Roi revint hier de Choisy ; il y a eu pendant le voyag"e un fort gros lansquenet, où M'"' de Modène a beaucoup gagné. Elle n'a joué qu'un jour à cavagnole, mais ellg y joua six ou sept heures, et y gagna aussi. Le Roi n'a point joué à ce jeu. L'appartement bleu et blanc, qui avoit été fait pour M'"*^ de Mailly et occupé depuis par M'"* de Ghàteauroux , n'a été donné à personne ce voyage-ci. M"" de Lauraguais y a eu un fort bon maintien (1). Le Roi a été assez gai, mais on a remarqué que ses propos étoient beaucoup trop libres.
M'""" de Soubise fut enterrée hier. C'étoit M. le coadjuteur qui menoil le deuil ; tous les parents plus éloignés que les neveux n'éLoient point en manteaux. Le corps fut porté d'abord à Sainl-jean-en-tirève, qui est la paroisse. De là le transport se lit aussi à pied à La Merci^ où est la sépulture de MM. de Rohan. Ce matin il y a eu des messes en cérémonie à La Merci. M™" de Marsan, M'"' de Tallard et môme M'"^ de Duras y étoient en mantes, La première femme de M. te duc de Duras étoit pelite-fiUe de M, le prince de Rohau par sa mère.
M. de Chaulnes fut reçu hier au Parlement. M. le prince de Ck>nly et M. le comte de Clermont avoient dit qu'ils se irouveroient à celte réception, M. le prince de Conty, envoya le matin faire des excuses à M. de Chaulnes, ayant passé la nuit auprès de M""" la princesse de Conty, sa mère, qui étoit assez dangereusemeut malade. M. le comte de Clermonl n'envoya rien dire; on lattendit jusqu'à neuf heures : à neuf heures, on envoya chez lui ; il étoit à
(I) M*"^ de Lauraguais, qui avait été une Hcs niaUreasfs pai^sa^ères de Louia XV fiendant lîi faveur d« M'"" ile CliiileaurouiL , continua à jouer ce rAle aprëa la moi I de sa &œur, jusqu'à la faveur déclarée de M""^ de Ponipadour.