‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 62 sur 94 · S94 MEMOIRES DU DUC DE LUTNES · texte numérisé non relu

S94 MEMOIRES DU DUC DE LUTNES

Berny, et son carrosse l'altendoit dans la cour de l'abbaye. On attendit encore trois quarts d'heure. Enlin M. le premier président jugea à propos de faire la réception, et OD n'a pas entendu parler de M. le comte de Clermont.

Dnsatnedi 10. — J'ai marqué ci-dessus (1) que M. Tabbé d'Aydie a eu une abbaye depuis peu. Celte gTâce du Hoi a donné occasion à plusieurs difficultés. M. Tabb^ d"'Âydie avoit prié M, le cardinal de Rohan d'en parler à M. de Mirepois, et lui avoit dit que sa santé ne lui permettant pas de faire une seconde carapag^ne ( il a fait la dernière avec le Roi), il désiroit se retirer et demandoit cette grâce pour sa retraite. Si. de Mi repoix en conséquence demanda au Roi l'abbaye de Savigny, qui fut accordée sur-le-champ à l'abbé d'Aydie. C'est ainsi que M. le cardinal de Rohan conte le fait: 11 ajoute que M. de Mirepoix, aussitôt après le travail, lui manda la grâce accordée à l'abbé d'Aydie; que cet abbé quelques jours après vint le trouver, et lui dit qu'il désireroit beaucoup faire encore celte campagne avec le Roi ; à quoi M. le cardinal de Rohan lui répondit que ce ne seroit pas lui qui le chasseroit de la chapelle; que sur ce propos l'abbé d'Aydie avoit été dire à Paris qu'il ne quittoit point sa place d'aumônier du Roi ; que M. de Mirepoix instruit de ces propos en avoit été fort mécontent j d'autant plus que pareille aventure lui étoit déjà arrivée avec M. l'abbé de La Fare qui avoit demandé un prieuré pour sa retraite et n'avoit plus voulu se retirer après avoir obtenu ce bénéfice. M. le cardinal de Rohan ajoute encore que M. de Mirepoix alla sur-le-champ demander que l'on n'expédiAt point le brevet de ladite abbaye , voulant absolument avoir la démission de l'abbé d'Aydie. L'abbé d'Aydie conte le fait un peu différemment, et il prétend que ce fut M. le cardinal de Rohan qui lui demanda pourquoi il vouloit

(I) Voy. le 22 mars. ( Note du duc de Lupies.)

quitter, disant qu'il dcvroit encore faire celle campagne pour marquer au Roi sa reconnoissance du bienfiiit qu'il en avoitreçu. Ce qui est vrai et constant, c'est que M. de Mirepoixa été extrêmement mécontent deTabbé d'Aydie, disant qu'il lui avoit demandé la démission de l'abbaye d'Ozerche et celle d'aumônier du Roi, qu'il avoit reçu la premièsf, maisqu'il n'avoit pu recevoii' la seconde, parce que c'est le droit du c^rand aumônier à qui il comptoit qu'elle seroit remise. M. de Mirepoix n'a pas voulu changer de sentiment. Il a demandé effectivement que l'on suspendit l'exécution du brevet ^ lequel n'a été expédié que depuis peu , les démissions de l'abbaye et de la charge ayant été remises toutes deux à M. l'évèque de Afirepoix. L'abbé d'Aydie prétend qu'il a fait demander au 'Roi ses sentiments, et que le Roi avoit répondu qu'il s'accommodoit fort bien de son service et qu'il ne vouloit point qu'il quittât. La démission élant donnée , reste à savoir si le Roi voudra que l'abbé fasse encore la campagne ; c'est ce qui sera décidé dans un travail de M. le cardinal de Rohan avec Sa Majesté {!}.

Du dimanche 11. — L'affaire de l'abbé de La Fare n'est point finie; on lui a demandé sa démission, il ne veut point la donner. On prétend que Ton a eu quelque sujet de mécontentement de sa conduite par rapport au jeu; on disoit même qu'il avoit ordre d'aller dans son prieuré. Ce que je sais de certain, c'est qu'il refuse de donner sa démission.

(t) Je n'ai su qu'aujourd'liui que l'aflairc (ut déciflée il y a plusieurs jours. L'abbé d'Aydie a quitté, el le Roi a nommé à sa place M. Pabhé Lascaris , parent de M. l'archevêque de Paria. Le quartier de M . l'alibé d'Aydie êtoit celui-ci d'avril ; aon confrère du mÉme quartier est M. l'alibé de Montazet. Le Roi a réglé que l'abbé Lascaris ne feroil point la campagne , qu'it serviroit Kenlement huit jours auprès de lui, après quoi il enireroit chez M. le Dauphin; que l'abbé de Saint-Sauveur, qui , après avoir servi le quartier de janvier chez le Roi , est actueliccneat chez M. le Dauphin , iroit en campagne avec l'abbé de Montaiet. (Note du duc de Luynes, datée du 18 avril.)

MÉMOIRES DU UUC DE LUYPÎES

phine ne sortit point

Hier M"'" la Dauphine ne sortit point de chez elle; elle avoit eu quelques rougeurs, parce qu'elle avoit été trop longtemps à se promener la veille au soleil. M"'" de Brancas envoya avertir les dames que M"'" la Dauphine garderoit sa chambre et qu'elle verroit du monde à six heures. Il y eut un lansquenet et dix coupeurs. Le Roi y

vint sur les sept heures; il prît une pour parier,

et s'en alla au bout d'une petite demi-heure. Pendant ce temps -là, la Reine jouoit à cavagnole et la table étoit remplie. La Reine étoit venue un moment avant son jeu voir M"" la Dauphine. La Reine alla faire hier sa collation chez M. le cardinal de Rohan.

Le Roi avoit dû aller à la chasse du daim avec M. le Dauphin et Mesdames; l'apparence du mauvais temps le lit changer de résolution pour la chasse, mais non pour le souper, car il n'y eut point de grand couvert.

Le Roi soupa en particulier en haut, dans ses cabinets ou en quelque autre endroit que Ton ne sait point, mais il n'y eut personne d'appelé pour souper avec lui. On continue k tenir les mêmes propos sur M™ d'Étiolés. ., Avant-hier, le Roi accorda à M'"'' la duchesse de Tallard un brevet de retenue de 50,000 écas sur le gouvernement de Franche-Comté qu'a M. le duc de Tallard, et qui vaut 56,000 livres. M""^ de Tallard avoit parlé directement au Roi, et lui avoit représenté qu'elle avoit fait pendant longtemps une graude dépense sans avoir les revenus de sa place, dont W"' de Ventadour jouissoitau moins en partie. Elle a demandé ce brevet comme un fonds certain pour ses créanciers, au cas que M. de Tallard vint à' mourir avant elle. Celte grâce a été accordée dans un travail de iM. d'Argensou le cadet avec le Roi.

Du jeudi saint 15, Versailles. — Le dimanche des Rameaux le Roi alla il la messe en bas, à rordinaire; il euteiulit l'aprés-dinée le sermon, les vêpres et le salut. M. le cardinal Tencio et M. de Rohnn y étoient en violet; M. le coadjuteur y étoit aussi en habit long violet.

AVRIL 174». »r

M. l'évoque de Mirepoix éloit en habit long, mais noir (1), à côté de M. le cardinal Tencin. M""^ la D^^uphine n'y éloll point; elle est un peu incommodée. Ce fut M""^ de Pons qui quêta.

Au sortir du salut. M"* de Rohan et W' dn Marsan firent leurs révérences au Roi. M'""" de Rohan alloit pour remercier le Roi, qui avoil envoyé chez elle sur la mort de M"" de Soubise sa petile-fille, et M™" de Marsan y alloit faire ses révérences suivant Pusage. M'°* de Rohan est encore en deuil de M""* de Ventadour.

Il y a environ quinze jours ou trois semaines que M, de Catinat, conseiller au Parlement, mourut; il étoit neveu et héritier de feu M. le maréchal de Catinat. M. de Catinat avoit deux filles, dont il y en a encore une à marier; l'autre a épousé M. de Montrevaux, Jils de feu M. de Courson, conseiller d'État.

Lundi dernier la Reine fit ses Pâques à la paroisse; elle fut suivie par toutes ses dames, hors M""' de Villars, M'"* de BoufUers et M"'" de Fleury, Dans le.carrosse de la Reine étoient M"'* de Luynes et M""" de Bouzols sur le devant, M™* de Fitz-Jameset M""deTaUeyrandaux portières. La Reine en montant dans le carrosse dit à M de Tessé d'appeler M'"*' de Fitz-James, de Bouzols et de Talleyrand. M'"' de Luynes montant immédiatement après la Reine lui demanda ses ordres suivant l'usage ordinaire; la Reine parut embarrassée de la question, et lui dit d'un ton qui marquoit cet embarras qu'elle avoit dit à M. de Tessé d'appeler telles et telles dames. M""" de Luynes lui dit : « Madame, Votre Majesté a donc décidé la question en fdveur de M. de Rubempré. » Ce n'étoit pas le moment de traiter cette affaire plus h fond; M™^ de Luynes s'embarrassoit peu de la conservation du droit dont elle a toujours joui, mais elle étoit vivement peinée que la Heine

(l ) Ce ne peut élrp qoe (autc d'allenlion , car il devojl ôlre en TÎolel. ( Kole duduc de Ltti/nes.)

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