‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 63 sur 94 · MÉMOIRES J>U DUC DE LUYNES · texte numérisé non relu

MÉMOIRES J>U DUC DE LUYNES

ait décidé sans lui rien dire, La Reioe alla àlaparoisse, et communia à la messe de M. Falibé de Fleury. M™' de Luynes tenoit la droite de la nappe et M'"" de Fitz-Jaraes la gauche. Lorsque la Reine fut rentrée chez elle , elle appela M'"" de Luynes, et lui parla pendant un quart d^heure; elle lui fit !>eaucoup d'amitié, l'embrassa plu-. sieurs fois, et lui dit qu'elle navoit pas eu intention de rien faire qui pût lui ùtre désagréable, qu'elle l'aimoit beaucoup, et que dans cette occasion-ci elle n'avoit point prétendu décider. M'"*" de Luynes reçut avec respect ces marques de bonté, et lui dit qu'il lui paroissoît cependant que c'étoit une décision ; elle lui demanda même si elle ne la feroit pas dire à M""^ de Braucas; la Heine lui répondit que bien loin de croire avoir décidé, la première fois qu^elle sortiroit eu carrosse, ce ne seroil point à M. de Tessé mais à M™^" de Luynes à qui elle donnei'oit Tordre. Immédiatement après, M"'' de Luynes partit pour Dampierre, dont elle ne revint qu'hier.

Hier M"'* de JLuynes alla chez M. de Haurepas, qui lui dit avoir été instruit de tout ce qui s'éloit passé sur celle affaire et que M. de Tessé lui en étoit venu parler. M. de Tessé, qui étoit venu aussi en parler à M""" de Luynes un moment avant son départ pour Dampierre, convient qu'il n'a jamais appelé les dames, parce que quand il avoit voulu le faire M"*' la maréchale de Boufllers s'y étoit opposée avec vivacité, soutenant que ce n'étoit point son droit, mais celui de la dame d'honneur. M. de Tessé ajoute que M™^ de Mailly, dame d'atoors , n'avoit jamais prétendu avoir ce droit, et que M. le maréchal de Tessé en avoit toujours joui du temps de M""^ la Uauphine. RI. de Mauiepas dit à M""^ de Luynes qu'il lui avoit paru d'abord que cette prétention ne pouvoit pas être fondée, par une raison tirée de la chose môme : c'est que le premier écuyer marchant dans un carrosse qui précède celui de la Reine, ne doit avoir rien de plus pressé que de monter dans ce carrosse, pour ne pas faire attendre la

AVRIL iî4e.

Reine, et cela dans l'instant môme qu'il a mis la Reine dans son carrosse. M. de Maurepas ajouta à M'"" de Luynes que le Roi, ayant été instruit de ce qui s'éloit passé le lundi saint, lui en avoit parlé, et que sur le compte qu'il avoit rendu à S. M. de cette affaire, le Roi avoit décidé qu'il falloit suivre ce qui se pratiquoit chez la Reine depuis qu'elle est en France, et qu'en conséquence !a dame d'honneur, et en son absence la dame d'atours , appelleroil les dames, M. de Maurepas parut désapprouver extrêmement la conduite de la Reine, et dit qu'il lui en avoit parlé très-fortement, lui représentant qu'elle ne devoit pas se hasarder à décider sans savoir les intentions du Roi; que lui-même personnellement étoit intéressé dans cette affaire, d'autant plus que le public seroit en droit de croire que la Reine nWroit agi que par son conseil.

M. de Rubempré a eu ces jours-ci une autre difficulté parrapportaux valets de pied de M""= la Dauphine. Il prétendoit avoir le droit de mener en campagne deux pages et deux valets de pied. Les valets de pied ont fait des représentations etont donné un mémoire t\M. de Maurepas, disant que si c'étoit le droit du premier écuyer ils éloient prêts d'obéir, mais qu'ils savoient que feu M, le qiaréchal de Tessé avoit fait la même tentative du temps de M""" la Dauphine, et qu'il avoit été décidé qu'il n'en mèneroit pas. Ils prétendent même que dans la règle, des quatre petits valets de pied qui servent le premier écuyer, lorsque celui-ci alloit en campagne, il en laissoit un pour monter derrière le carrosse des écuyers. ils conviennent que cet usage s'est aboli, et c'est présentement un des grands valets de pied qui monte derrière le carrosse des écuyers. La nouvelle tentative de M. de Rubempré ne lui a pas réussi, et il a été décidé qu'il ne mèneroit point de valets de pied. A l'égard des pages, ilm'adit qu'il n'eu mèneroit qu'un ; il prend pour prétexte qu'ils sont trop jeunes et trop foibles pour qu'il en puisse mener deux.

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