MEMOIRES DU DUC DE LUYKES
l'Ordre ensemble et marchoient au môme rang (1). Du samedi saint il, Versailles, — Avant-hier M. l'évêqoe de Mirepoix travailla avec le Roi, Il y eut plusieurs abbayes de données, dont une grande partie éloit aux économats. On sait qu^il fut fait un arrangement il y a quelques années pour faire bâtir la paroisse de Saint- Louis de Versailles ; j'en ai parlé dans le temps. M. de Muy, chargé des économats, fit cet arrangement avec M. le Cardinal ; il fui dit que ce bâtiment se feroiteu plusieurs années et que les sommes nécessaires seroient prises sur les économats. Les économats éloient déjà chargés de dépenses assez considérables, tant pour l'éducation des enfants des protestants, que pour donner des pensions à de nouveaux convertis (2). Il fut donc
(1) J'ai oubifé de parler un rendredi sainl. Le sermon de la Passion fut à dix lieures, ensuite le service et radoraiion de la croix à l'ordioaire. Les autres années, cVtoit Madame qw suirail la Reine lorsqu'elle aiJoit adorer la trois et qui norloit son oiïrandc; vendredi ce fut M""« la Daupliine qui fil celle fonction. Après que Ift Roi , la Reine et M. le Datipliiii eurent été adorer la cruiv, M""' la Daiipliine y fut suivant l'usage. M"": de tVancas tUoit dans l'incertilude de .savoir si elle ne devoit pas suivre M™*: la Daajiliineel [^»or!er son offrande; elle consulta M""" de Luynes, qui lui dit qu'elle lie CToyoil pas qu'elle dût y aller. M me de Luynes en effet ne suit point la Reine en celle «ecasion ; mais cet exemple ne parut pa* décisif ii M""^ de Brancas, parce que la Reine a toujours été suivie |jar Madame et cette année-ci par M""' la Daiijiliine. M™< de Brancas voulut donc savoir la volunlé du Roi ; elle pria M. de Biîtliune, qui ^ loi t derrière h\ fauteuil, île lui en parler. Le Roi lui manda de faire comme M«>^ de Luyne'^ ; ainsi M''"^ la Datipliine alla seule. M. le Dauphin avoit été seul tiussi adorer la croix. Lorsque le Roi va à l'adoration de la cniix , M. le Ddujdiin le suit et porte l'offrande; mais Tusage est diJférenl pour, M. le Dauphin et M<nc la Dauptiine ; ils ne âont suivis par personne. Missdanies ont toujours lilé seules h l'adoration de la croix. M. le cardinal de Rolian ne se trouve jaiiiuis ii celte céréuiuute, n'élaut pas eo état de fdire les génuflexions. M. le coailjuteur y étuit, et lit la fonction de grand aumùnier, qui est de demeurer auprès de la crois et d'y tenir le plat où l'on met l«s olTrandes ; mais il ne les re^it que de la famille royale. Après que M'^'^ Adélaïde eut adoré la ctoIk , il remit le plat à un aumânier de quartier du Roi. (A'o^e du duc de I.uynes, dati'e du IB avril. )
(2) On a fort diminué les pensions aux nouveaux convertis, et on u*enac corde presque plus, jugeant IVducatiou de^ t>nfanl.<t plus utile et plus néc«$s.iire; uia)>i les pensons que l'on donne pour ceuv-ci sont si modiques, i^u^il
AVRIL 1741$. 40t
convenu que l'on laisseroit plusieurs abbayes aux économats pendant le temps que dureroit le Ijâtiment de Saint-Louis. En conséquence, à la mort de M. le cardinal de Fleury, MM. ses neveux ayant refusé , comme je l'ai mai'qué, les abbayes de Sainl-Étiennede Caen et de Tournus, qu'avoitM. le Cardinal, elles furent mises aux éco- Inomats. M. l'évêque de Mirepoix a trouvé que cet arrang-ement étoit contre l'esprit de l'Église, qu'il préjudicioit aux droits du Roi en diminuant ses nominations et qu'il faisoit tort à ceux de la cour de Rome par rapport aux bulles; d*ailleurs, des bénéfices sans titulaires ne peuvent jamais être aussi bien administrés ; il a donc cru plus K convenable de prendre une somme par an sur les béné- H fices que le Roi donneroit jusqu'à la concurrence de H 100^000 livres, et cela pendant dix années pour paracheverl bitiment de Saint-Louis ; c'est ce qui vient d'ôtre fait dans la nomination des dix abbayes que le Roi a données et dont on trouvera la liste ci-après. Outre cela, ^L on a mis des pensions sur quelques-unes de ces abbayes, de sorte qu'il a fallu accorder quelque grâce pour dédommager ceux à qui on les donnoit. L'usage ordinaire V'est de rendre des bénéfices de moindre valeur quand on en reçoit de plus considérables : M. l'abbé de Canillac a ^ eu permission de garder celle qu'il avoit déjà, pendant H. dix ans, à cause de Saint-Louis. M. l'arcbevêque de Rouen, qui avoit deux abbayes, n'en rend qu'une.
I Voici la liste des bénéfices :
Abbaye deSainL-Étienne de Caen, à M. l'arcbevêque de Rouen ; Celle de Tournus, à M. l'évêque de Limoges ; Celle du mont Saint-Quentin, à M. de Noyon; Celle de Saint-Remy de Reims, à M, l'évêque de Laon ;
est souveot difficile de trouver quetqu'an qui veuille s'en charger. (Nclf du dite de Lui/nes. )