‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 68 sur 94 · MEMOIRES DU DUC DE LUTTES · texte numérisé non relu

MEMOIRES DU DUC DE LUTTES

Roi lui parla beaucoup, et paroissoit désirer qu'il demeurât.

Les nouvelles de Bavière continuent d'être mauvaises; les Autrichiens ont forcé un poste à Wilshofen (l],et l'armée électorale combinée avec la nôtre se retire derrière le Lech.

L'armée de M. de Maillebois est toujours sur la Lahn, et les ennemis ont abandonné Wetzlar, dont ilss'étoient emparés. M. de Maillebois n'a jamais eu le commandement de cette armée, mais seulement un ordre pour faire la disposition des quartiers. De là il devoit aller prendre le commandement de l'armée, qui est sur les frontières de Piémont. M. delà Fare devoit d'abord se rendre à l'armée qui est sur la Lahn pour la remettre à M. le prince de Conty à son arrivée. Depuis, M. de la Fare avoit eu ordre de rester à Strasbourg, i'ai appris ces jours-ci que M. de la Fare, est actuellement à l'armée et que M, le maréchal de iMaJllehois vient à Strasbourg au-devant de 5f. le prince de Conty. On prétend que M. de Maillebois viendra de là ici; mais il paroit que cet arrangement n'est pas absolument sur. On parle beaucoup d'envoyer M. de Maillebois en Flandre, et l'on juge que le mariage de son lils avec M"^" d'Argenson pourroil bien avoir décidé cette destination. M. le maréchal de Saxe y est depuis dix ou douze jours, mais sa santé est si mauvaise qu'on ne peut compter sur lui. Les médecins lui donnent tout au plus quelques mois à vivre; il est hydropique, et on va lui faire la ponction.

Nous avons fait fermer la porte ici à cause des jours saints, et il n'y est venu que quelques amis particuliers. La Reine y vint hier et avant-hier faire la conversation jusqu'à minuit cl demi,

M""" la Dauphine se couche de beaucoup meilleure

(I) Sur le Danube, un peu à l'ouest de FasssHi.

AVRIL I74JÎ.

heure qne la Reine; elle dit que la vie qu'elle a menée en Espagne lui a donné de l'aversion pour veiller, L'arrançemeut de la vie du roi et de la reine d'Espagne est fort singulier pai' rapport à nos usages. Ils voiçnt leurs eufanlslous les jours k deux ontrois heures après minuit. M""* la Dciuphiue et Pinfanie Marie-Anloinette sa sœur demeuroient en grand habit jusqu'à cetle heure-là , accablées de sommeil et d'ennu'.

Du dimanche de Pâques 18, Versatiles. — M. le comte de Noailles me dit hier que M"'" la comtesse de Noailles a obtenu depuis peu du grand maître de Malte la permission de porter la croix et le cordon de l'Ordre. La princesse de la Tour-Taxis et sa fdle joiiissentde la même distinction, mais M'"" la comtesse de Noailles est la setde femme en France, Elle porte le cordon pendu au col lorsqu'elle est en robe de chambre ; elle le portera en travers lorsqu'elle sera en grand habit.

J'ai oublié de marquer que le Roi donna il y a quelques jours une charge de secrétaire des commandements de M"* la Diiuphine à un neveu de M. de Coulanges, contrôleur de la maison du Roi. Ce M, de Conlaoges avoit trois neveux, dont Ton, nommé Moudra ^'on, éloit un sujet de mérite et de distinction, qui avoit été en Hongrie et avoit fait une relaîion fort exacte de ces deux campagnes avec des plans. Ce Mondragon fut tué l'année passée au siège de Fribourg; un autre neveu de M. de Coulanges est mort depuis peUj de maladie. Il avoit obtenu pour lui une charge dé secrétaire des commandements de M'"' la Dauphine; c'est celle-là que le Roi vient de donner à son frère, lequel a déjà la survivance de celle de conlrAleur de la maison du Roi.

Aujourd'hui le Roi a été à l'ofBce en bas à la chapelle; c'est lM, l'archevêque de Bordeaux (Lussan) qui a officié à la grande messe et à vêpres. Le compliment du P. Ségaud a été une véritable instruction. C'est M"" la princesse de Rohan qui a quôté. Le Roi a remonté en haut

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