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zarin; mais M"" la inaréchnle de Duras et M™' d'Aumont pensent fort différemment, et projettent de marier M"* de Durasau fils aîné de M. d'Aumoni, quia environ deux ans {>lus qu'elle. L'état de la santé da petit d'Aumont ne donne pas grande espérance que ce projet réussisse, étant malade depuis six semaines.
Le détail que j'ai marqué ci-dessus par rapport aux brouilleries qui sont dans le quartier du Roi n'est pas exact dans tousses points, suivant ce que Ton m'a assuré aujourd'hui; et c'est quelqu'un à portée d'être instruit de tous ces détails et qui a demeuré à l'armée pendant dix jours. On prétend que M. de Riclielieu est mieux ([ue jamais avecle Roi. La chambre où il couche est fort près de celle du Roi ; dès que le Roi est levé il y entre, M. de Richelieu étant encore dans son lit et à peine éveillé; il y demeure trois quarts d'heure ou une heure, avec un air de familiarité et de plaisanterie qui annonce la continuation de la faveur. M. de Richelieu ne dîne presque jamais avec le Roi, mais il donne à dîner chez lui et lient un grand état. Ordinairement dès que le Roi est hors de table, il entre encore chez M. de Richelieu pour voir la compagnie qui y dîne; il s'asseoit quelquefois auprès de la table et fait la conversation. M. d'Argenson (de la guerre) parle sur M. de Richelieu dans des termes, et 'M. de Richelieu de son côté sur M. d'Argenson, à pou%^oir faire juger qu'il y a entre eux une grande liaison. M. te duc de Duras, pour lequel on sait que M. de Richelieu prend un grand intérêt, fait sa cour au Roi avec beaucoup d'assiduilé et de familiarité. Il vient d'obtenir une place d'aide de camp du Roi sans que cela ait passé par M. d'Argenson. Cette grande affaire a été indécise pendant plusieurs jours; le Roi ne le vouloit pas; mais M. de Duras n'a pas été étonné de ce refus, il a continué d'insister toujours sur le ton de plaisanterie, soutenant au Roi lui-même qu'il lui accorderoit celte grâce, et enfin il Fa obtenue.
MEMOIHES J)U DUC DE LLIYNKS.
Il est bien vrai que le maréchal de Noailles est brouillé avec les deux frères ministres ; je dis les deux, car M. d'Ai^ genson l'ainé a une grande dôférencô et une grande attention pour celui de la guerre.
Le maréchal de Saxe e^ réellement fort mal av^ M. d'Arg-enson. Il y h eu ces jours-ci une espèce de r. commodément entre eux, mais on ne le juge pas bien sincère. Le maréchal de Saxe n'est pas content que Ton suive aussi peu ses avis; il ne vouloil pas que l'on donnât huit jours au gouverneur de Tournay pour recevoir les ordres des États (îénéraux par rapporta la citadelle ; et quand le Roi s'y fut déterminé, son sentiment étoit que l'on mit au moins ce temps à profit pour avancer les ouvrages de l'attaque, comme les ennemis faisoient de leur côté pour se préparera une longiu^ défense^ taisant entrer dans la^j citadelle une quantité immense de provisions et de mil^^H nitions. M. de Saxe voudroit aussi que le Roi ne fit pkis^" aucune entreprise après la prise de la citadelle et qu'il ne . , songeât qu'à conserver sa g^loire et ses conquêtes ; mais ( M. d'Argenson de la guerre n'est point du tout de cet avis. Le Roi n'en est point non plus, ni tous anix dont il est environné et qui ont du crédit sur son esprit; et l'on ! ne parle, après la prise de la citadelle, que d'aller à Ath ou à Oudénai'de ou même à Gand, et de ne point éviter une seconde hataillo si l'occasion s'en présente. M. le maréchal de Saxe ne va point tous les jours chez le Roi, , mais de temps en temps seulement; il est dans un état ' digne de compassion ; le Roi le traite bien, mais on ne * peut pas juger qu'il ait un grand crédit après ce que je I viens de marquer. |
Le Roi ne n>onte pas à cheval tous les jours, mais de ' deux ou trois jours l'un. Il ne va point à la tranchée ; et quand il sort, c'est pour aller se promener quelques 1 heures sur le grand chemin. D'ailleurs, il joue au piquet, ' quand ila le temps, contre M. de Souhise et M. de Luxembourg, ou bien contre M. de Tingry en l'absence de M. de
Soubise ; queliquefois le soir aux trois dés chez M. de RiôhelieUj où Ton joiie un jeu prodigieux; Lé Roi ne soupe point; sa tabloy à dîner, êtoit dans les commencements de vingt couverts; il ne s'est pas trouvé assez de monde pour la remplir^ il a fallu la réduire à douze, et il arrive encore asfeëz souvent qu'il n'y a pas de quoi remplir les douze couverts. On a même remarqué des gens qui après avoir été mis sur la liste présentée au Roi pour le dîner ne s'y étoient pas trouvés, et qui cependant auroientdù être pins jaloux que d'autres de profiter de cet honneur. Un seul mot du Roi mettroit remède à pareil abus; il le remarque; mais il n'en dit rien.
M. le Dauphin dîne , comme je l'aï dit^ tous les jours avec le Roi, et ne sort jamais qu'avec S. Ml, hors- quelques promenades* à pied pour aller chez te comte de NoaiUei^, à un quart de lieue de son quartier. Le Roi marque toutet; sortes d'aimitié à M. le Dauphin; on ne peut lui faire plus dé plaisir que de lui en dire du bien ; il l'attaqUe de pdaisantérie, et cherche à le mettre à son aise avec lui. Il n'y a paS encore totalement réussi , mais on peut dire que M', le Dauphin est beaucoup moins embarrassé avec le Roi qu'il' ne l'étoit avant le départ pour la -campagne. Le mardi de la Pentecôte, il se leva à trois heures du matin, et fit ses dévotions dans la tente où lè- Roi entend la messe. Il a mandé à M. l'évéque de Hirepoix qu'il continuoit ses exercices de piété j cependant,- il est fort à craindre que ces bons sentiments ne souffrent quelque altération. Ceux qu'il aime le mieux de l'armée et qu*'il voit le plus souvent en public et en particulier sont M. le duc d'Ayen et M. le comte de Noailles. M. d'Ayeû est intime ami de M. de la Vaugu jton, menin de M. lé Dauphin. M. d'Ayen a sans contredit beaucoup d'esprit et en trouve aussi beaucoup à M. le Dauphin ; mais dans ces conversations il se trouve trop souvent des propos libres et caustiques et des plaisanteries indécentes dans la bouche de tout le monde, encore
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Wli.MOlItES nu DUC DE LUyWKS.
pins dans celle d'un prince (1); cependant ces plaisanteries se font tout haut, à table même, et en adressant la
parole aux gens sur qiii f4les tombent, lesquels n'ont point d'autre parti à prendre que d'en rire eux-mêmes. M. de Montaigu. l'un des menins de M. le Dauphin , qui est un homme fort sage et fort sensi'i, se tient fort sérieusement r't ;ivec silence au milieu de ces conversations. M. le Daupliin lui en tiL des reproches il y a quelques jours, et lui dit r « Je crois que vous me boudez. » M. de Montaiçu répondit avec respect, mais M. le Dauphin le pressant davantage, il lui dit qu'il avoit cru que le .silence êtoil ce qui lui cohvenoit davantage ; qu'il est vrai que si M. le Dauphin avoïl voulu lui demander ses conseils et les suivre, il n'anroit pas toujours parlé et agi comme il avoit fait. D'ailleurs, comme je l'ai déjà marqué^, il n'y a personne qui ne chante les louanges de M. le Dauphin depuis le plus petit jusqu'au plus grand; il donne beaucoup, dit à chacun ce qui convient, et parle à tout le monde avec bonté et attention. Étant à la tête de sa compagnie de gendarmerie, il dit à M. de Blet, qui commande ce corps, qu'il étoit juste qu'il le saluât comme son commandant, et il le salua en effet. Si M. le Dauphin suivoit son goût , il ne porleroit jamais que Tuniforrae de ses régiments ou de gendarmerie ; mais le Hoi a voulu qu'il mit de temps en temps d'autres habits. M. le Dauphin a une aversion naturelle pour M. de Richelieu, et l'on peut juger que ce sentiment ne fera qu'augmenter en voyant
(1) Il se trouve que dans l.i gendarmerie il y a un liomme dont le nom propre est Cocu ; on a prolU^avecsoîn de ce nom pour tenir île très-mauvais propos, Ces |iropos ont été portés f)gens qui mi^ritoient en eiïetde porter ce nom l'I leur nnttHf^ adressés eti public, ilcvant tout le monde, et à table raème, M- le Dauphin y entrant comme les autres ; de sorte que la plaisanterie s'est établie rie dir« : nn tel est digne d'enlrer dans la gendarmerie. Quelquefoig même en jiarbrtt aii\ personnes, on a njoulé : " Ce <|ui vous a déptu davantage est de fwrter ce nom de la liiçoii d'iia tel. " (iS'ote dv duc de Luyncs.}
souvent M. d'Ayen, qui ne se cache pas de penser de même.
On sait que le caractère de M. d'Ayen est de ne se refuser aucun propos; il en tient même sur lui. Pour M, son père, il ne l'épargne pas, et cela n'est pas nouveau ; il dit hautement et de bonne foi que ce seroit le plus grand malheur qui pût arriver à M. le maréchal de Noailles que d'avoir le commandement de l'armée, qu'il est trop indécis et a trop peu de fermeté dans l'esprit , que l'on en peut juger par la manière dont il s'est conduit à la bataille (1).
En effet, on croit que la résolution du Roi, en cas que M. le maréchal de Saxe vienne à manquer, est de donner son armée à commander à M. de Belle-Isle, si on peut le ravoir, sinon à M. le maréchal de Coigny. Le Roi s'est toujours flatté jusqu'à présent de pouvoir obtenir la liberté de MM. de Belle-Isle, d'autant plus que la nation angloise le désire beaucoup, voulant ravoir ses prisonniers (2) ; mais on doute fort que le roi d'Angleterre y consente. 11 est à Hanovre; on lui a envoyé un courrier pour recevoir ses ordres ; on a remis l'assemblée au 27 de ce mois pour recevoir cette réponse. Le Roi espère encore qu'elle sera favorable.
M. de Meuse est médiocrement bien avec le Roi , mais parfaitement avec M. de Richelieu.
M. de Chaulnes et M. de Soubise sont tout au mieux avec M. d'Ayen ; M. de Soubise et M. de Luxembourg toujours fort bien avec le Roi. Le Roi désiroit beaucoup que M. de Richelieu demandât la charge de colonel des gardes, et dans ce cas auroit donné celle de premier gentilhomme de la chambre à M. de Luxembourg. Tous les amis de M. de Luxembourg ont fait l'impossible pour
(1) Sans doute la bataille de Dettingen.
(2) Faits i Fontenoy.