MÉMOIRES DU DUC DE LUYNKS
déterminer M. de Richelieu, mnis il n'a pas été possilile d'y parvenir ; M. de Richelieu a toujours dit que si l'in tention du Roi étoit de réloij^ner de sa personne, e'ét en effet une porte Lieu honorable qui lui seroiiouveri mais qu'il regarderoit ce changement comme une grâce.
M. de Biron tient le plus grand état qu'il soit possi de tenir, et en raèrac temps les propos les plus hauts rapport à la charge, qu'il en est flatté, honoré, tra porté de joie de l'avoir, mais qu'il n'a pas fait la moin démarche pour y parvenir; qu'il a fait dans toutes iKîcasions tout ce qu'il a pu pour se rendre digue hontes du Roi; que quoiqu'il n'en eiU nul besoin, il aë pouvoit s'empêcher de les désirer comme une preuve la satisfaction que S. M. a de ses services.
M. d'Argenson, ministre de la guerre, tient tous les jours une table de soixante couverts avec grand nombre de petites tables; tout officier en uniforme y est reçu.
Son frère a tous les jours une table de douze couverts seulement , mais parfaitement bien servie. H prie à dîner.
Ou sait que M, de Richelieu et M. de Maurepas sont brouillés depuis longtemps et très-vivement; il sembleroit qu'ils voudroient se rapprocher; ils avoient eu ici, avant que de partir, une conférence assez longue chez le Roi au sujet des comédiens; cétoit un procès que les comédiens ont gagné. M. de Maurepas a eu l'attention de le mander aussitôt A M. de Richelieu, et M. de Richelieu de son côté a voulu que les ordres pour les comédiens et pour l'opéra passassent par M. de Maurepas.
L^atïaire de M. le grand prieur avec le Clergé se suit toujours avec grande vivacité ; il me parolt que MM. de Malle, quoique disposés à le soutenir, disent qu'il a agi sans les consulter.
Il parolt depuis peu de jours une sixième édition poëme de Voltaire, à laquelle il a fait plusieurs changements et additions, el qu'il a augmentée d'une épltit
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dédicatoire au Roi, d^un discours préliminaire et d'un plan de la bataille dé Fontenoy.
Roy, le poëte^a £ait aussi des vers sur la bataille; mais il ne fait aucun détail sur l'action , il ne parle que de la joie et du succès. Cette pièce, qui est:intitulée : Discours au Roiy a éprouvé le sort ordinaire ; elle a été approuvée par les uns et critiquée par les autres; il y a grand nombre de beaiwc vers. • . ^ .
Entre les compliments qui ont été faits au Roi par les cours souveraines , le discours prononcé par M. de Fontanieu à la tète du grand conseil est un de ceux qui a été le plus approuvé. Si je puis en avoir une copie^ on la trouvera à la fin de ce livre (1). .
Il est plus question que jamais de fêtes pour cet hiver. M. de Richelieu est extrêmement occupé à donner tous les ordres nécessaires ; on a fait tout ce que l'on a pu pour persuader au Roi de faire bâtir une salle de comédie ^ mais il n'a jamais voulu y consentir. 11 a été décidé que l'on conserverait la salle du manège couvert, et que l'on bâtiroit un autre manège couvert dans la place du manège découvert; on travaille actuellement aux plans pour ce nouveau manège, et dès qu'ils seront arrêtés par le Roi on commencera à bâtir. Dans ce projet est comprise une écurie de deux cents chevaux ; ce qui est fort nécessaire aujourd'hui , les augmentations faites à l'occasion de la chasse ayant mis dans l'obligation indispensable de louer des écuries dehors pour un grand nombre de chevaux; car pour ce qui regarde le manège, le nombre de chevaux n'est que de cent ou environ qui sont distribués sous deux écuyers.
Du samedi 19, Versailles. — M"^ d'Étiolés est toujours à la campagne près de Paris, et n'a jamais voulu aller
(1) Ce discours n^â pas été recueilli parle duc de Laynes; il est reproduit dans le Journal de Barbier,
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en Flandre . Le Roi en est plus amoaretu qae jamais ; U Im écrit et loi envoie des courriers à tout momenL Elle toiI fort peu de monde à sa campagne. V(dtaîre a ^1 qoelqaa vêts pour elle à l'occaskHi de la bataille. On les troaTCit à la fin de cet article; il y a en toot quinze vers ; ksdâ premiers sont de lui ; les cinq derniers sont faits par «M femme qai a de Tesprit , et sont comme une espèce de traduction des vers de Voltaire. On travaille loajooR id à Tappartemeut de M"' de Chàteauroux pour M"' d^Êtioles; l'on change presque entièrement cet appartement. Elle prendra, comme je l'ai dit ailleurs, W litre de marquise de Pompadour ; la terre est achetée, et elle sera présentée. M"' d'Estrades, parente et amie de M"* d^Étioles, doit être aussi présentée dans le même temps i^l).
M"^ de Belzunce, fille de M~ d'Heudieourt et bell^ tille de M"" de Castelmoroo, a fait demander à la Reine d'avoir l'honneur de manger avec elle; la Reine a o^ donne à M"* de Luynes d'en écrire à M. de Richelieu, /"ai vu la réponse que M. de Richelieu a faite; il marque qu'il a lu au Roi la lettre de M'°'^ de Luynes, et que pour toute réponse le Roi lui a dit qu'au milieu des siég^es et des hatailles il n'avoil pas le temps de songer à pareilles affaires. M. de Richelieu ajoute que ce n'est pas la première fois que le Roi lui a faitsembluble réponse.
Il n'y eut de procession du Saint-Sacrement, jeudi de^ nier, que dans l'église, à cause du mauvais temps. Ui Reine alla à la paroisse, et tout se passa comme à l'ordinaire. M"" la Dauphine n'y étoit point : elle avoit mal à la gorge; elle a été saignée, et cette incommodité paroU se renouveler aujourd'hui.
Quelque précaution que l'on prenne au siège de la citadelle de Tournay, nous y perdons assez considérable-
(I) Voir sur lacomtesse d'Estrades lea Mémoires de Marmonlet, t. H, p. 30, éilil. 1804, 4 vol, in-S"
ment toutes les nuits; les assiégés font jouer de temps en temps des mines , dont quelques-unes sont sans effet; d'autres ont fait périr beaucoup de soldats et travailleurs. Le compte que Ton rend au Roi de toutes les nuits n'est jamais exact, ainsi que ce qui est mis dans les bulletins que Ton envoie à la Reine ; on diminue toujours considérablement le nombre des morts et des blessés. M. le maréchal de Saxe ayant remarqué que nos bombardiers et canonniers ne tiroient pas à beaucoup près avec assez de justesse, a donné sej^ ordres pour remédier à cet abus. On mande du 17 que les ennemis avant que défaire jouer les. mines nous en ont fait avertir, pour que l'on ait à se retirer de la tranchée ; que cela est arrivé déjà deux ou trois fois sans qu'on ait voulu profiter de ces avis. On mande aussi qu'ils jettent beaucoup de bombes qui ne sont point chargées.
L'adjudant du roi de Prusse que l'on attendoit est arrivé; il s'appelle M. deWilhck; il paroltparson rapport que la perte des Autrichiens est plus considérable que Ton avoit dit d'abord ; les prisonniers passent 5,000 au lieu de 3 ou i,000 qu'on avoit dit d'abord, et on a pris 66 pièces de canon au lieu de 40.
yers de Foliaire à i»/«e éP Étioles.
Quand César, ce héros charmant Dont tout Rome fut idolâtre, Gagnoit quelque combat brillant, On en faisoit son compliment A la divine Cléopâtre.
Parodie.
Quand Louis ce héros charmant Dont tout Paris fait son idole Gagne quelque combat brillant On en doit faire compliment A la divine d'Êtiole.