‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 4)Chapitre 1 sur 18 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

^f>€ctacles des cabinets, acteurs et décoratious.'^Cacleaux faits aux musiciens et à M. de Moncrif. — Nouveau contrôleur des b&timents de Gompiègne. — Grâce accordée au duc de Randan et mariage de sa fille avec le duc de La Trémoille. — Réception de M. de Paulmy et deGressetà TAcadémie. — Mort de Moustier, cuisinier. — Mouvements de Tarmée dans les Pays-Bas. — Adoration de la croix. — La Reine fait ses pâques. — Présentation des priDces de Wurtemberg. — Le Dauphin et la Dauphine font leurs pâques. ^ Investissement de Maëstricht. — Patente donnée au comte de Clermont.

— Cène du Roi et de la Reine. — Affaire de Savone. — Musicien nouveau à la chapelle. — Concerts spirituels chez W^^ de Pompadour. ^ Manufacture de porcelaine de Vincennes. — Ouverture de la tranchée devant Maëstricht. — Mort de M. de Savines et de M. de Caumartin. — Gouvernement et capitainerie de Choisy donnés. — Présentation. — Concert spirituel chez M»ne de Pompadour. — On arrache une dent à M"e Victoire. — Présentation. — Nouvelles de Maëstricht. — Présentation du duc de Modène. ^Nouvelles de Maastricht. — Chasse du vol. — Mort du marquis de Saint-Pierre. — Signature de contrat de mariage. — Présentation. — Le cardinal de la Rochefoucauld revient de Rome. -^ Visites de l'ambassadeur de Venise. — Usages des ambassadeurs de la République. — Présentation et audience de congé. — Canonicatn et grande prévôté du cliapitre de Strasbourg. — Mort du grand fauconnier. — Nouvelles du siège de Maëstricht. ^ Le duc de Saint-Aignan gagne un procès contre les trésoriers de France.

— Mort de la petite Madame^ fille du Dauphin. ^ Signature décentrât de inaraige. — Mort de Barjac. — Préparatifs du départ du Roi. — • Intendant nommé conseiller d'État. — Signature de contrat de mariage. — La petite Madame emportée aux Tuileries. — Défense de porter des haltes À la tranchée tlevant Maëstricht. —• Autopsie et convoi de la petite Madame,

i MÉMOIRES DÛ DUC DE tÙVNËS.

Du lundi 1®' avril, Versailles. — Avant-hier on exé-« ciita les trois actes d'opéra dont j'ai*^ parlé dans Farticld précédent, aVec deux petits morceaux détachés, dont l'un étoit un compliment au'ftoi. Ce fut M. de la Salle qui le chanta. On ne peut rien ajouter à la perfection du jeu, du gqûlét âe là V^îx à^ M"? de Pofcçaâour^ M^^ yMârchais a urte jfetite voix, mai? joKe. M**^ Trusson en a uné*plus grande et plus agréable. Les décorations sont charmantes; le vaisseau de Cléopâîrè est beaucoup mieux qu'à l'Opéra; et dans Tacte de la Fue, Tarc-en-ciel d'Iris est parfaitement bien iteprésÉeutt.' /' ' /

Samedi fut la dernière représentation de ces petits spectacles. Aussi dit-on en badinant que c'est pour la capitation, comme c'est réellement l'usage à TOpéra. Il n'y aura plus de ces sortes de-Ôîtél^tissements qu'au mois de décembre prochain.

Hier, M"* de Pompadour distribua les présents que le Roi a faits à tous ceux qui composent l'orchestre. M. de Dampierrc; M. Ferrand et M. Duport ont eu chacun une tabatière avec le portrait du Roi; les auttes, qui ne sont point musiciens de profession, ont eu"une montre ou tabatière; M. de Moncrif, comme auteur, a eu une montre à répétition. Les musiciens du Roî qui sont à l'orchestre et sur le théâtre sont payés en argent, 25 ou 30 louis chacun.

Jeudi sera la dernière comédie qui sera représentée ici jusqu'à la Toussaint, et samedi" le concert, jusqu^au lundi d'après la Quasimodo.

Le conseil des parties, qui s'assemble ici et auquel préside M. le chancelier, «'est assemblé aujourd'hui et s'assemblera encore le lundi saint; il aura ensuite vacance jusqu'après la Ûuasimôdô; c'est fuéiage.

Le sieur Ittignotel, qui étoit inspecteur de§ bâtiments de Compiègne, a été nommé contrôleur desdits bâtiments à la place du sieiir BillaudeL Du mercredi 3, Versailles. — La nouvelle d'ici aujour-

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i'hxÀ est la grâce qui yiçnt. d'être accpydée à M. le duc de R^ndan. M. de Raujian , n'ayajût qi^'u^e fille unique et peu d'espérancç d'avoir d'autres enfants, avoil désiré marier sa fille , qui a i^j^ize ans , avec son neveu, &\^ du comte de Lorges , lequel a neuf ou dix aijs ; mais M"' de Randan ne l'a pas voulu,. et d'îjilleuTS, la dispropç^tion d'âge étoit un obstacle. M. de Randan s'est déterminé à marier sa fille à M. le duc de la Trémoille , et pour dédommager M. son frère qui espéroit le mariage, il a obtenu du Roi pour son nçjyeu la survivance de Sa charge de lieutenant général du comté de Rourgdgne, avec à peu près le n;ième brevet .de retenue qu'il a, qui est de 180,000 livres et qui est seulement diminué 4e 20,000 livres- Outre cela, poqr prévenir tout sujet de difficulté et de procès entre le cousin et la cousine germaine, M"* de Randan assure au fils de M. le- comte de Lorges une terre qu'elle a dans le comté de Bourgogne, et qui vaut 10 à 11,000 livres de rente. Le duché de Randan ou Lorges doit vraisemblablement être recueilli par le fils du comte de Lorges; mais M"® de Randan n'a pas moins .de droits de ^succession à exercer sur cette terre; ces droits peuvent aller à 10 ou 12,000 livBes. Le don que fait M"® de Randan mettra le fils du comte de Lorges en état d'échanger la terre; qu'il aura edntre les droits de sa cousine germaine* L'agrément du Roi poi^r le mariage a été demandé en même temps, et Ton fera signer ce contrat incessamment. M. de la Trémoille, qui a douze ans, jouit de 150,000. livres de rente au. moins*; et M. de Randan donne à- sa fille*, en la mariant, 18,000 livres de rente , 12,000 livres de plus à la mort de M"® de Poitiers, sa grand'mère , et 20^000 livres de rente encore déplus après M"** de Randan, sa mère; ainsi à tout événement d'enfants ^ju'auroit M°*® de Randan, sa fille aura toujours 50,000 livres de rente; et il est vraisemblal^le qu'elle aura 140,000 livres de rente. Voilà une Sprt bQnne affaire de partit, d'autre. ^ ' ^ ^ * » , '

Du samedi 6, Versailles. — Avant-hier, M. de Paulmy et M. Gresset furent reçus à l'Académie françoise. Ce fut M. de Boze qui leur répondit. Il parolt que Ton a été assez content du discours de M. Paulmy, et beaucoup plus de celui de M. Gresset.

Moustier mourut ici avant-hier, d'une fièvre maligne. C'étoit un homme fameux dans son état; il avoit environ quarante-deux ans. Il avoit été cuisinier de M. de Nevers. Le Roi Tavoit pris pour travailler dans les petits cabinets, et lui avoit ensuite donné une charge à la bouche. Il travailloit à Choisy, et depuis quelque temps il y étoit dhargé de toute la dépense et y servoit quelquefois sur la table du Roi.

Nos troupes font actuellement des mouvements importants dans les Pays-Bas. M. de Lowendal avec un corps considérable a passé la Meuse, s'est avancé jusqu'à Marche en Famine , sans trouver d'autres troupes ennemies que quelques hussards. M. Fischer, un de nos fameux partisans , a enlevé plusieurs bagages aux 'ennemis. Pendant ce temps, M. le maréchal de Saxe a fait conduire un convoi considérable à Berg-op-Zoom pour que cette place soit abondamment pourvue de tout pour trois mois. Il avoit d^ abord commandé une escorte de 20,000 hommes; mais ayant appris quelques mouven\enis des ennemis, il a commandé 10,000 hommes de plus ; il y a marché lui-même. On eut nouvelle hier que le^convoi étoit entré dans Berg-op-Zoom sans que les ennemis aient osé Tattaquer.

Du mardi 9, Versailles. — On attend à tout moment des nouvelles de l'investissement de Maôstricht, qui doit avoir été formé hier ou aujourd'hui.

Dimanche dernier, jour des Rameaux, le Roi et la Reine descendirent en bas pour l'office, suivant l'usage. 11 y a ce jour-là une adoration de la croix qui est dans le péristyle, vis-à-vis la chapelle. On dresse un autel dans la partie la plus près de la voûte ; il n'y a que le

Roi et la Reine et la famille royale qui adorent la croix ce jour-là. Il n'y eut point d'évêque qui officiât dimanche dernier; ce fut M"' de Chastellux, la belle petitefille de M. le chancelier, qui quêta.

Dimanche , M. le duc de Randan et M. le prince de Talmond vinrent demander Tagrément du Roi pour le mariage de M""* de Randan avec M. le duc de la Trémoille. Ce mariage ne peut se faire de trois ans, M. de la Trémoille n'en ayant actuellement que onze.

La Reine fit ses pâques hier à la paroisse. Ce furent M"' de Luynes et M"'' de Fitz-James qui tinrent la nappe de communion. M"* d'Antin la tint l'année passée, quoique M"' de Fitz-James y fut. J'ai marqué que c'étoit une faute que Ton a reconnue et qui a été réparée cette année.

Le Roi a permis à M. le prince de Turenne d'aller faire cette année la charge de colonel général de la cavalerie; il commandera la cavalerie de l'armée du Roi en Flandre. M. le duc de Bouillon, son père, lui donne un équipage considérable et se charge de payer tous les frais.

Les deux petits princes de Wurtemberg sont venus ici aujourd'hui, et onl été présentés au Roi par M. de Verneuil. Il y a déjà quelques mois qu'ils sont en France; ils viennent de passer Vhiver à Angers, où ils ont monté à cheval.

Il y a environ quinze jours que le Roi a donné ordre pour le départ de sa bouche pour la Flandre, le 29 de ce mois; cet ordre a été donné de bonne heure pour éviter l'augmentation de dépense de l'année passée causée par la trop grande précipitation.

Du jeudi saint 11, Versailles. — M. le Dauphin et M"* la Dauphine allèrent mardi dernier à la paroisse faire leurs pàques; ce furent M. de Fleury et M. le comte de Noailles qui tinrent la nappe de communion à celle de M. le Dauphin; et à celle de W" la Dauphine

6 MÉMOIRES DU DtC DE LUYNES.

ce fy^ept M"** de Rohan ( Chàtillon ) et dç. Lauraguais. M"!' la duchesse de Brancas étoit allée à Paris. .

Hiet, il arriva un courrier de M. de Lowendal; il parplt que rin,vestissement de Maëstricht est pres(jue entièrement fait. Les ennemis ont été surpris par la promptitude de nos mouvements; ils ont fui partout devant nous. Le corps que M. de Lowendal commande a passé sur une partie des terres dépendantes du, Luxembourg. M. de Saint-Germain , qui étoit à la tété d'une division , a trouvé un bataillon et un escadrou des ennemis qui étoient en quartier dans un. village dépendant de Luxembourg; comme ces troupes ne s'attendoient point à Tarrivée des François, elles n'avoient d'autre parti à prendre que de se rendre prisonniers de guerre. Mais , en vertu de la neutralité du pays.de Luxembourg, M.. de Saint-Germain les a renvoyés avec une escorte dans la ville de Luxembourg. Cette neutralité est une convention verbale faite il y a plusieurs années entre M. le maréchal de Belle-lsle, commandant à Metz, et le général Neufbert [sic], commandant à Luxembourg, et a toujours été observée avec la plus grande régularité de part et d'autre, et elle a été très-utile aux deux partis. Ce passage dans le pays neutre s'est fait avec tout l'ordre, possible , et toutes les mesures ont été prises si justes que nos troupes n'ont point été à charge au pays de Luxembourg. M. de Lowendal fait l'investissement de Maëstricht par la rive droite de la Meuse, et M. le maréchal de Saxe par la rive gauche.

Il y a environ, quinze jours ou trois semaines que M. le comte de Clermont a eu une patente à peu près pareille à celle de M. le princç de Conty, c'est-à-dire pour commander M. le maréchal de Lowendal et M. le maréchal de Tonnerre, qui sont les deux seuls maréchaux de l'armée de Flandre ; car M. le maréchal de Saxe est nommémenjfc excepté dans la patenjte.. 0^ avoit. cru que cet arrangement pourroit former quelque embarras

pour le départ de' M. le comte de Clermont; tûsië cette opinion est sans foiidétoent, et* M. le comte de Clermont doit partir incessamment.

La cène du Roi s'est passée aujourd'hui conime les années précédentes ; c'est-à-dire les plats ont été portés par M. le Dauphin, par M. le duc de Chartres, M* lé prince de Condé , M. le comte de Clermont , M. le prince de Conty, MM. de Dômbes, d*Eu et de Penthièvre, et ensuite des gens de condition. L'usage ancien et le droit des pairs qui avoit été rétabli l'année dernière n'a pas eu lieu cette apnée.

M°' la duchesse de Brancas (Moras) a perdu ces joursci son frère qui étoit religieux. Le Roi et la Reine ont envoyé lui faire des compliments.

L'évèque qui a officié à la cène du Roi et à celle de la Reine est M. dé Saint-Brieuc (du Breignon). Le prédicateur de la cène du Roi (1), n'ayant pas paru, on a averti celui qui étoit préparé pour la cène de la Reine. C'est un abbé qui s'appelle Boismont, chanoine de la cathédrale de Rouen ; il ne comptoit que sur le sermon de la Reine et il n'étoit point habillé quand on vint l'avertir de la part de M. le cardinal de Soubise , et conimé il n'avoit de compliment préparé que pour la Reine , il n'en fit point au Roi. L'après-dlnée, il prêcha le même sermon devant U Reiiie. Je ne l'ai point entendu, mais il me parolt que tout le monde en est fort content.

La cène de la Reine s'est passée suivant l'usage ordinaire. Madame , M™^ Adélaïde , M"*" Victoire et M"* la duchesse de Chartres portoient des plats; il n'y avoit point d'autres princesses. Les dames titrées qui en portoient ensuite étoient M"" de Brancas douairière, de Rohàn (Châtillon ) , de Beauvilliers (Creil), de Boùfflers (Villeroy), de Fitz-James (Matignon) , d'Antln (Lux^Pftbourg),

(t) C'étoit un corcleUer. {Note du duc de Luynes.)

d'Agénois (Plélo) et de Fleupy (d'Auxy). Les dames non titrées et oient M"" de Flavacourt (Mailiy) , de Ru* pelmonde ( Gramont ) ^ de Talleyrand (Cany) et deBellefonds.

Du vendredi saint 12, Versailles. — Il arriva hier un courrier d'Italie avec la nouvelle que M. de Richelieu avoit eu connoissance que les ennemis, voulant faire une entreprise sur l'Ile de Corse, avoient pour cet effet assemhlé un assez grand nombre de munitions et provisions dans le fauhourg de Savone, que l'on pouvoit leur enlever. En conséquence il avoit détaché M. d'Agénois avec un corps de 3,0Q0 hommes , soutenu d'autres détachements par échelons. De Gênes à Savone , il y a dix lieues par terre , et il n'y en a que huit par mer, M. d'Agénois s'embarqua sur de petits bâtiments génois, comptant arriver à Savone avant le jour. Les patrons des barques ne s'étant point trouvés à Theure qu'il auroit fallu partir, on n'a pu arriver qu'à une heure de jour. L'entreprise étant découverte ne pouvoit réussir entièrement; cependant M. d'Agénois né jugeant pas à propos de se retirer sans rien tenter, il attaqua un poste des ennemis, les culbuta, leur fit 197 prisonniers et 8 ou 9 officiers, et après avoir perdu seulement 25 ou 30 hommes tués \)u blessés, il se retira à Gènes par terre. On espère que cette petite aventure aura au moins retardé les projets sur la Corse. C'est de M. le maréchal de Belle-Isle que je sais ce détail; cette action s'est passée le 26 mars.

Avant-hier, hier et aujourd'hui , le Roi n'a point été à la chasse; il n'y va que demain. Il y a eu les ténèbres à l'ordinaire sans aucun psaume en musique. Il y a un musicien nouveau à la chapelle , qui a chanté une leçon chacun de ces jours-ci ; c'est un abbé qui est sous-diacre; il vient de Tours; c'est une basse-contre d'une force étonnante.

Hier et wjourd'hui , il y a eu chez M"* de Pompadour

une espèce de concert spirituel dans son grand cabi- ^ net. Le Roi n'y vint point hier; aujourd'hui il est venu vers la fin. Hier, on exécuta le Miserere à grand chœur de M. de Lalande; ensuite Géliotte chanta un petit motet qu'il a composé. On chanta ensuite un motet de Mondonville, qui est parfaitement beau ; c'est Juhilate Deo omnis terra. Aujourd'hui on a exécuté deux motets de Mondonville; Tun est Venite eœcellemuB, et l'autre Dominus regnavit. C'est la plus belle musique qu'on puisse enten* dre. Entre les deux motets le petit Chrétien a joué une sonate de violoncelle de sa composition qu'il a très-bien exécutée. Ensuite Mondon ville et Guillemain ont joué ensemble plusieurs petits airs doublés, triplés et brodés avec tout Tart possible ; ces duos, qui sont d'une exécution très-difficile, sont de la composition de Guillemain.

Dans les grands motets, les chœurs sont chantés par les mêmes musiciens qui formoient les chœurs sur le théâtre des petits cabinets. Les récits ont été chantés par M°" de Pompadour, par M"* de THÔpital ( Boulogne), qui a une très-belle voix. M"® Trusson, M"* Marchais, M. d'Ayen le fils, M. de Clermont-Tonnerre , M. de la Salle, qui joua aussi du violon , M. le vicomte de Rohan, Géliotte y a aussi chanté aujourd'hui.

Du samedi saint 13, Versailles. — M. de Fulvy, qui est toujours chargé de la manufacture de porcelaine de Vincennes, a fait apporter aujourd'hui à la Reine un vase de porcelaine dont la compagnie de cette manufacture fait présent à S. M. Ce vase est de porcelaine blanche travaillée. Ce vase est accompagné de trois petites figures blanches; le tout monté. sur un pied de bronze doré. Dans le vase, il y a un bouquet de fleurs naturelles, aussi de porcelaine. M. de Fulvy nous a dit qu'il y avoit quatre cent quatre vingts fleurs dans ce bouquet. Le pied, le vase et le bouquet peuvent avoir environ trois pieds de haut. La monture seule en bronze doré coûte 100 louis; la porcelaine coûte à peu près autant; c'est un

!0 MÉMOIRES DU DUd DE LUYISES.

ouvrage parfait. dans son genre ^ tant pour le blanc que pour rexécution iés petites figures et des. fleurs. Cette manufacture surpasse àctuellenaent celle de Saxe pour les fleurs.

Du jour d$. Pâques 14, Versailles. — Il est arrivé ce soir un courrier par lequel on a appris que la tranchée devant Maôstricht sera ouverte demain t5. Il y aura deux attaques : Tune du côté du faubourg de Wyk , Tautre le long de la basse Meuse de l'autre côté de la rivière. C'est M. d'Aylwa, HoUandois, qui commande dans la place. On croit que la garnison n'est que de sept bataillons hollandôis.

M. de Savines est mort ces jours-ci à Paris ; il avoit au moins quatre-vingi-sept ans. Depuis un an ou deux sa tète étoit frès-affoiblie. Il étoit ancien lieutenant général et chevalier de l'Ordre de 1739.

Du lundi de Pâques 15 y Versailles. — M. de Caumartin mourut hier à Paris d'hydropisie. Il n'avoit qu'environ cinquante ans. Il y avoit six mois qu'il étoit malade. Il étoit conseiller d'État, et en cette qualité avoit tenu le grand conseil l'année dernière. C'-est M. de Marville qui tient le grand conseil cette année. Il laisse un fils et une fille, qui a épousé M. de la Porte, maître des requêtes.

Hier il n'y eut point de grand couvert le matin, non plus que l'année dernière , et même je crois celle d'auparavant. La Reine, qui n'a point joué pendant lasemaine sainte, recommença à jouer comme à l'ordinaire, et le soir il y eut grand couvert. Le Roi avoit. été le matin à la grande messe en bas avec M. le Dauphin, M™® la Dauphine et Mesdames; la Reine étoit en grand habit, mais s'étant trouvée incommodée elle entendit la grande messe de sa niche en haut. Ce fut M*"® de la Suze (Chauvelin) qui quêta. M. l'évêque de Saint-Brieuc (du Breignon ) officia. L'après-dlnée , le sermon suivi des vêpres, à l'ordinaire. Le compliment du P. Teinturier

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me parut assez bien. Après le$ vêpres, le Roi remonta chez lui, et revint au salut.

Le gouvernement de Choisy est enfin donné ; on vient de l'apprendre : c'est au fils de feu M. le comte de Coigny, lequel n'ayant qu'onze ans n'exercera point; ce sera le fils de Cliampcenetz qui en fera les fonctions sous les ordres de M. le maréchal de Cqigny.

La capitainerie de la plaine de Choisy a aussi été don* née à M. le duc de la VaUière.

M. le duc de la Trémoille , qui n'a que onze ans , et qui se marie, comme je l'ai marqué, a été présenté aujourd'hui par M. le duc de Bouillon; il est assez grand pour son âge et d'une jolie figure.

Du mercredi 17, Versailles. — Avant-hier il y eut encore concert spirituel chez M"^ de Pompadour. On exécuta le motet Dominus regnavit de Lalande, et Magnus DomintÂS de Mondon ville. Entre ces deux motets, M. de Dampierre joua une pièce de viole qu'il a composée; il étoit accompagné par Mondon ville. Le Roi vint au concert, et y resta assez longtemps.

Avant-hier une dent arrachée fit un événement à la Cour. M. Mouton , chirurgien dentiste de Mesdames, avoit prononcé qu'il falloit arracher une dent à M"* Victoire. Cette sentence confirmée par la faculté et approuvée par le. Roi étoit sans appel; mais M"® Victoire ne pouvoit se résoudre à la laisser exécuter. C'étoit le dimanche même de Pâques que la dent devoit être arrachée. M"^ Victoire remettoit de demi-heure en demiheure, et enfin la journée se passa sans qu'on pût la déterminer. Le lendemain, même incertitude, mêmes délais. M. le Dauphin et Mesdames renouvelèrent leurs instantes sollicitations. Enfin le Roi prit le parti d'y aller après les vêpres et y resta deux heures et demie. M. le Dauphin se mettoit à genoux devant M"® Victoire, et à toutes les exhortations que la religion et l'amitié lui inspiroient, il ajoutoit des réflexions touchantes sur la*

bonté du Roi^ qui auroit pu ordonner qu'on la tint et qu'on lui arrachât par force , et qui cependant vouloit bien attendre et compatir à sa foiblesse et & sa déraison^ mais qu'il ne falloit pas cependant abuser de cette bonté. En effet, le Roi ne pouvoit se résoudre à donner ordre que Von arractiàt la dent; il différoit toujours, et M*"* Victoire lui faisoit pendant ce temps-là mille amitiés. Elle proposa au Roi de la lui arracher lui-même. On pourroit dire que c'étoit une espèce de scène tragique et comique. La Reine avoit été chez M"* Victoire au sortir de la chapelle, et voyant que le Roi ne pouvoit se résoudre à prendre le ton d'autorité , elle lui représenta la nécessité indispensable de s'en servir; et M"** Victoire, vpyant enfin qu'elle n'avoit plus qu'un quart d'heure à se résoudre , après quoi on la tiendroit par force, se laissa enfin arracher sa dent, mais elle voulut que le Roi la tint d'un côté, la Reine de l'autre, et que M"'' Adélaïde lui tint les jambes. La Reine ne tint pas longtemps la main , et ce fut Madame qui la remplaça. Lorsque cette opération fut faite, M"* Victoire disoit : ce Le Roi est bien bon, car je sens que si j'avois une fille aussi déraisonnable que je l'ai été, je ne l'aurois pas souffert avec tant de patience, lo

-Hier, M""'' la maréchale de Belle-Isle présenta M"* de Soyecourt, sa sœur de père. MM. de Soyecourt sont parents de MM. de Gesvres parles Boisfranc. Ils sont en possession d'épouser des filles de condition, mais aucune jusqu'à ce jour n'a voit été présentée. M. de Soyecourt est riche; c'est lui à qui appartient le beau château de Tillolois, qui est entre Gournay etRoye en Picardie. Sa pre mière femme étoit fille de M. le duc de Saint-Aignan.

Il arriva hier un courrier avec une lettre de M. le maréchal de Saxe, du 15. Ce général mandoit : « Nous ouvrirons la tranchée ce soir. L'on forme deux attaques, l'une à Wyk et l'autre de ce côté-ci de la Meuse, vers la porte de Bois-le-Duc ; il ne doit y avoir que les maréchaux

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de câtifip qtii montent la tranchée. » M. le 'maréchal de Saxe a envoyé ordre au régiment des gardes de s'avancer sur-le-champ; ce régiment n'est arrivé que le 13 et le 14 à Bruxelles.

On avoit dit que dans Maeslricht il y avoit peu de drapeaux et que la garnison n'étoit composée que de détachements qui montoient à 7 ou 8,000 hommes. Le Roi dit hier que la garnison étoit de 22 bataillons au moins , à la vérité pas complets, mais que l'on estimoit que le tout pouvoit monter à 11 ou 12,000 homlnes.

Du jeudi 18, Versailles. — M. le duc de Modène fut présenté hier par M. de Verneuil; il est ici incognito sous le nom de comte de Saint-Félix. Il a pris l'incognito pour éviter de demander qu'on lui rendit lejs honneurs qu'on a coutume de donner aux souverains. Il vit le Roi sur les huit heures du soir, dans son cabinet, après le conseil fini. Il vint ensuite chez la Reine, qui étoit à son jeu et qu'elle quitta un moment pour venir recevoir M. de Modène dans sa chambre , debout auprès de la table , suivant l'usage des audiences particulières.

Du vendredi 19. — On apprit hier la mort de M"' Sincère ; elle étoit fort jeune ; elle étoit fille de M*"* du Roure ; son mari est petit-fils du fameux Bernard.

Du samedi 20, Versailles. — Le courrier qu'on attendoit de Maastricht est enfin arrivé aujourd'hui. Le Roi a dit ce matin que la garnison étoit de 23 bataillons, qui font environ 12,000 hommes, partie hoUandois, partie autrichiens. Les assiégés opt fait une sortie inutile le 14, croyant trouver nos travaux commencés, mais la tranchée n'a été ouverte que la nuit du 15 au 16, comme H. le maréchal de Saxe l'avoit mandé au Roi. La garnison a fait une seconde sortie le 18, au nombre de 15,000 hommes; ils ont balayé notre tranchée et comblé une partie de nos ouvrages, mais on y a peu de regrets parce qu'ils étoient fort mal faits. Ils ont été repoussés avec perte et on leur a fait quelques prisonniers, du nombre desquels

i^ MÉMOIRES DU DUC DE LtlYNES.

sont trois officiers. Notre perle n'a été que de 20 où 24 hommes ; on dit que que nous avons eu un ipgénieur qui a eu le ])ras fracassé; M. de Saxe mande au Roi que le 20,- qui est aujourd'hui, il y aura 60 canons ou mortiers qui tireront. Il a fait faire des lignes de circonvallation soutenues de dix redoutes , et marqué un très-beau champ d^ bataille en avant de ces Ugnes.

, Le Roi alla* hier e|i carrosse à la chasse du vol avec H. le Dauphin 9 Mesdames et M"* la maréchale de Duras. Mesdames n'étoiaitpoint en habit de chasse ; elles étoient, aussi bien que M*"*" de Duras, en petite ^obe sans paniers.

Du dimanche 2J, Versailles. — M. le marquis de Saint- Pierre, mourut hier à, Paris; il étoit âgé de quatre-vingthuit ans. Il étoit premier écuyer de M"* la duchesse d'Orléans. Son fils, qui a environ cinquante-cinq ans, exerce depuis longtemps cette charge.

Le Roi a signé aujourd'hui le contrat de mariage de M.deMastin avec M^^* de Boulainvilliers ; elle est fille de M. de Boulainvilliers, capitaine de vaisseau , qui périt malheureusement avec son vaisseau il y a quelques années; elle est attachée à M"^ la duchesse de Chartres; elle a environ vingt-cinq ans. Son mari est à peu près de même âge. C'est M""* la duchesse de Chartres qui fait ce mariage. , . .

Du mardi 23, Versailles. — Avant-hier, M"® de Surgères présenta ici M'*® de Langeac; elle est, comme je Tai marqué, fille de M. Thomas, de Fextraord inaire des guerres; M. de Langeac est, comme je l'ai dit, frère de M. l'archevêque d'Alby, Jls sont la Rochefoucauld.

Avant-hier M* le cardinal de la Rochefoucauld arriva à Paris; il vint ici hier matin; M. de Puisieux le mena au lever du Roi. Il a versé dans sa chaise en revenant dei Rome, auprès de Roanne; il s'est un peu blessé, ce. qui. l'a retardé de quelques jours. Jl est un peu vieilli, mais d'ailleurs peu changé. Il n'a que quarante-sept ans; il estde 1701i Lorsqu'il partit pourRome, M. le duc de

ÂVRlt.i74e. :,,,, ,. ., 1^

Sâiirt-Aigjtiàii lui remit un mémpire d'obseFVfttions qu'ij avoit fait sur^la cour de Rome. M. le cardinal de la Rochei^ foucauld dit hier à M. le duc de, Sa^ntfAig^an que ce mémoire lui avoit été çxtrêna^ment; utile^ , qu'il Tavoit coqsulté en plusieurs occasions , et qu'il y avqit toujours trouvé la plus grande exactitude.

Il y a sept ouhuitjours que l'ambassadeur de,yenise, Trott/reudit visite en cérémonijB à nos jppiinistres à Paris; c'est r^isage des.ambassadeui^s à leur arrivée et à leur départ 'j^ et ces y^ites étoient oell^s.de l'çirrivée. Aujourd'hui il a pris congé. Il est venu, dajpsjes carrosses du Roi, conduit,par.M..le prijQwjpcÇamillfi^ il;fL;eu rhpnoem: d^s arnies^[l), aii^ence ppbliqv^ja, elle Roi V^ armé chevalier suivant rasage. L'usagçdesam^ssadeurs de Venise est différent, des autres ambassadeurs. Ils ne restent jamais que trois ans ici ; la première année ils sont comme incognito. A la première audience, ils sont habillés en grande robe ; à leur audienç^e de congé ils sont ha,billés à la françoise. Le Roi les ceint de l'épée, en leur disant : « De par saint Georges je vous, fais chevalier (2). » Ensuite le maître de lia garde-robe remet entre. les mains du Roi un grand bqiudrier très-paagnifique avec une épée d'or. Le Roi raet ce baudrier sur les. épaules de l'ambassadeur (3), îui va eqsuite, avec le baudrier, aux audiences de la Reine,: de M. le Dauphin, de M""' la.Dauphine et de Mes-

M"'* lamaréchale dé Duras présente aujourd'hui M"*® la comtesse de Bentbeim, qui a vingt-six ans. J'ai déjà parlé de M. le comte de Bentheim , qui est depuis un an en-

(1) Les Cent-Suisses garnissent Tescalier, la haUebarde à la main , les tamiMdrs y sont, la baguette haute mais sans battre, {^otedu duc de Luynes.)

(2) G*çst.comme4e çlieC de la chevalerie. Le hasard a fait que c'est aujourd'hui la fête de Saint-Georges. ( Note du duc de Luynes, ) ,

(3) Cette même cérémonie se fait en Espagne; celui qui doit succéder à Mi Tron vient de Madrid, et comme il y aura été sûrement armé chevalier, il n'aura plus cette cérémonie à faire ici. (Note du duc de Luynes, ) .

tft MÉMOIRES bu DUC DE LUYNES.

viron en possession de sa souveraineté. Bentheim est uil vieux château fort, b&ti à l'antique, où il y a une garnison des troupes deTévèque de Munster^ lesquelles prêtent serment à M. le comte de Bentheim. M"^de Bentheim est Bournon ville. Elle a deux sœurs chanoinesses de Mons ; elle est la cadette de sept enfants. Son père^ M. de Bournon-vilie, qui a été connu sous le nom de baron de Câpre et qui demeure à Bruxelles^ y étoit pendant le temps du dernier siège que M. le maréchal de Saxe a fait de cette ville. 11 étoit cousin de feu M. le prince de Bournonville, père de M"* la maréchale de Duras et qui avoit épousé ma grande-tante, dont il a eu M"* de Duras et un fils mort à quinze ou seize ans. M"^^ de Bentheim n'est ni petite ni grande; elle est bien faite et est fort blanche; le nez trop long, le front trop avancé, et en tout cependant une figure assez agréable; elle paroit avoir de Tesprit, de la vivacité et un caractère doux et aimable.

Du mercredi 24, Versailles. -— M. le prince Constantin a pris congé aujourd'hui ; il part pour aller à Strasbourg faire son stage. Il a un oanonicat et outre cela la grande prévôté. La règle du chapitre est d'y être trois mois chaque année, sans quoi Ton perd le revenu de- son canonicat. Les devoirs de la charge de premier aumônier pourroient faire obtenir une dispense, mais il a mieux aimé l'aller demander lui-même après un séjour de quinze jours ou trois semaines qu'il compte y faire. Les canonicats se donnent par l'élection du chapitre; le choix de l'évêque se fait aussi par élection, et le Roi la con* firme. La grande prévôté se donnoit aussi autrefois par élection. 11 y a environ cent ans qu'il y eut contesta^ tion sur cette élection ; on s'adressa à Rome, et celui que le Pape nomma fut pourvu; depuis ce temps, c'est toujours le Pape qui a nommé. Le prince Constantin est le troisième nommé par le Pape. Avant lui c' étoit le cardinal d'Auvergne, qui l'a été quarante-six ans, et avant le cardinal d'Auvergne un princ« de Nassau.

Aujourd'hui Ton parle beaucoup du départ du Roi pour les Flandres.

Du samedi 27, Versailles. — M. des Marets, grand fauconnier (1), mourut avant-hier, à Paris, d'une fluxion de poitrine; il avoit environ trente-sept ans; il ne laisse point d'enfants (2), et il n'avoit point de brevet de retenue sur cette charge ; elle ne vaut que 24',000 livres d'appointements fixes , mais on prétend que par les casuels elle valoit bien 50,000 livres par an. Il parolt que le projet du Roi est de retrancher beaucoup des droits de cette charge.

Les nouvelles du 22 que l'on reçut hier par un courrier de M. le maréchal de Saxe sont que les^ennemis se sont retirés à la droite de la Meuse à même hauteur que le lieu où ils étoient rassemblés. Notre cavalerie avoit eu ordre de se tenir prête à se rapprocher de M. de Saxe, mais on croit cet ordre révoqué, et Ton parolt ne point craindre d'être inquiété pendant le siège. D'ailleurs les fourrages sont encore si courts que Ton évite toutes les occasions de consommation.

Le siège avance malgré le mauvais temps et les inondations de la Meuse ; l'artillerie de la place tire peu présentement , et les défenses commencent à être endommagées; cependant deux de nos ponts sous Maëstricht ont été dérangés par deux bateaux remplis de pierres et de sable que les ennemis ont laissés aller de Maastricht au courant de l'eau pendant une nuit obscure et une pluie affreuse. Si les ennemis, qui ne sont qu'à quatre ou cinq lieues de nous, avoient saisi ce temps pour attaquer M. de Lowendal, ils nous auroient peut-être embar-

(1) Reçu &k survivance le 13 novembre 1717, marié le 23 février 1734« (Noie du due de Luynes,)

(1) U avoit épousé M^'*' de Lamoignon, qui reste , à ce que Ton dit , mal dans ses afiaires, ayant beaucoup signé pour son mari. {Note du duc de

m MÉMOmËS btJ Duc DE LUYNES.

rassés. Nous avons eu de l'eau dans nos tranchées, et les ennemis ont fait une sortie qui a troublé nos travaux et qui en a même comblé xme partie. Nous avons eu deux officiers tués^ Tun du régiment idu ftoî, l'autre de Normandie, qui ont été pages du Roi.

M"® de Hastin Bpulainyilliers fut présentée avanthier par M°** la duchesse de Chartres.

M. le duc de Saint-Aignan a gagné aujourd'hui un procès au conseil comme gouverneur de Bourgogne. Les trésoriers de France, malgré deux décisions du Roi et les exemples de M. de Villars en Provence et de M. de Richelieu en Languedoc et autres, disputoient à M. de Saint- Aignan le monseigneur. Il a été décidé tout d'une voix que les trésoriers de France le traiteroient de monseigneur en public et en particulier.

La petite Madame, fille de M. le Dauphin, eut hier mal £Jux dents et le soir un peu de convulsion. Ce matin elle étoit mieux, mais elle est morte ce soir à huit heures (1). La musique, qui étoit prête à commencer chez la Reine, à six heures, a été contremandée, et la Reine s'est enfermée dans son cabinet avec M. le Dauphin.

(1) On lui donna hier «u soir et oa lui a redonné ce matin de la poudre de M"*^ .de Carignan pour les convulsions : c'est un remède très^connu et très^estimé ; les médecins^ n étant pas contents apparemment de reffet de cette pondre, ont jugé à pfoposde lui donner de l'émétique. Ce remède trèsviolent par lui*m6ine, et surtout poqr un enfant de cet Age, a fait vomir Madame plusieurs fois ; mais elle ne rendoit que de l'eau dans ses vomissements. On ne sait point encore ce qui Ta fait tourner à la mort; il parott que, soit par Teffet de la maladie ou de Témôtique, il y avolt de Tirritation, et que, ce qu'elle a?aloit ne faisoit aucun. effet par en bas. La Reine y a descendu à une heure après midi ; elle Ta trouvée avec un assez bon visage et qu'elle jouoit dans son lit. A six heures, M. le Dauphin est venu dire à la Reine Tétat ou étoit Madame ; c*est sur cette nouvelle que la musique a été contremandé€). ^a Reine a dçseenclu ches W^ de TallarcJi et .vouloit entrer chez Madame; Mesdames y éloient déjà, e1 Madame» qi^e Je nommerai ici Mme Henriette» e^tM^tée,auHdQvai|t 4'6lJiej,^t.)> priée de ne point entrer pour ne pas voir un spectacle qui ne.OÙroit qu'augmenter sa douleur. Madame est morte à sept heures et demie, sans convulsions et sans parottre souffrir. {Note du d%m 4e Luynes,)

AVRIL 174Ô. itt

Champcëneiz , premier valet de chambre du Roi , a fait signer aujourd'hui le contrat de mariage de son fils avec la fille de Texier (ci-devant notaire de feu M. Bernard), lequel acheta il y a deux ans une charge de trésorier de la grande écurie; on dit qu'il donne 500,000 livres à sa fille.

Du dimanche 28, Versailles. — Il n'y a encore rien de .décidé sur la charge de grand fauconnier. M. de Souvré, beau-frère de M. des Marets, son gendre , M. de Saint- Chamant, comme ayant épousé la fille de la sœur de M. deis Marets, M. le maréchal de Duras, enfin M. le prince de Conty, demandent cette charge.

Il y a environ quinze jours que Barjac est mort, à Paris. On prétend qu'il avoit environ 50,000 livres de rentes; il étoit bien connu du temps de M. le cardinal de Fleury, qu'il a servi pendant longues années et jusqu'à sa mort.

Il partithier et avant-hier un détachement de la grande ef de la petite écurie. Les équipages de la bouche partent demain ou après-demain ; on en faisoit la revue aujourd'hui.

J'ai oublié de marquer que la place de conseiller d'État vacante parla mort de M. de Caumartiu a été donnée â M. Le Nain, intendant de Languedoc.

Du lundi 29, Versailles. — M. de Bachi est nommé pour aller à Munich. Je ne sais pas encore quel cai^actère il aura ; il fit hier son remerciement.

Le Roi signa hier. le contrat de mariage de -M. le comte de Gramont avec HP^ de Faoucq (i). M. le comte deGramont, que nous avons connu sousle nom de comte d'Aster, est le second fils de feu M. le duc de Gramont et de M"* de Biron. M"*' de Faoucq est fille de M. de Faoucq, homme de condition de Normandie et officier de gen-

(1) On prononçait de Faux, et c'est ainsi que le duc de Luynes écrit ce nom.

darmerie, et de M"® Sonning, fille d'un receveur général. On dit que M"® de Faoucq, qui est fille unique et qui n'a plus ni père ni mère, jouit de plus de 35,000 livres de rentes. H. le comte de Gramont n'a point de biens, ou au moins fort peu. M. le duc de Gramont, son frère , et sa belle -sœur se sont engagés pour l'assurance de la dot.

On emporta hier le corps de la petite Madame aux Tuileries ; elle étoit toute habillée et à visage découvert, mais on lui jeta un mouchoir sur le visage quand elle fut sortie de la cour. M™* deTallard étoit dans le carrosse avec une sous-gouvernante, M"** de Bukler, et M. le curé de Notre-Dame à la portière à gauche, et Tabbé de Saint- Âldegonde à la portière à droite, ayant à la main chacun une étole. Elle a été ouverte aujourd'hui, et demain elle sera portée à Saint-Denis. Le guet des gardes du corps, gendarmerie, chevau-légers et mousquetaires; outre cela, les gardes françoises et suisses. C'est M"'' la duchesse de Chartres qui est nommée pour conduire le corps, et M*"* la princesse de Montauban. Elle étoit née le 19 juillet 1746.

J'ai oublié de marquer que M. le maréchal de Saxe a déclaré aux officiers généraux, au commencement du siège, que le Roi leur défendoit de faire porter des haltes à la tranchée, et 'l'on s'est conformé à cet ordre. L'on a trouvé que l'usage de porter des haltes étoit une occasion de déranger les officiers de leur poste, déboire quelquefois un peu plus qu'il ne falloit, ce qui pou voit même s'étendre jusqu'aux soldats, et d'attirer un grand feu de la place sur l'endroit où l'on étoit assemblé, où il pouvoit arriver souvent plus d'accidents; outre cela, cet usage coùtoit fort cher aux officiers généraux.

Du mardi 30, Versailles. — J'ai oublié de marquer que le Roi donna il y a quelques jours les entrées de la chambre à M. le cardinal de la Rochefoucauld.

Le Roi fait payer d'avance 15,000 livres pour les frais

du convoi de Madame. Presque toute cette dépense se fait par l'intendant des Menus^ sous les ordres du premier gentilhomme de la chambre. On ne croit pas qu'elle aille en total à plus de 18,000 livres.

L'ouverture du corps se fit hier aux Tuileries. On a trouvé quelques taches rouges dans le cerveau ; il n'y avoit rien dans la poche de l'estomac ni de la poitrine; on trouva un intestin plus court de dix pouces que l'autre, et le choléra- morbus rentré; et on prétend que la qualité du lait qu'elle prenoit n'étoit pas bonne. Le corps a été mis dans l'appartement bas aux Tuileries, où a logé feu M. le Duc. On a envoyé 40 des gardes du corps (1), 16 des Cent-Suisses avec 1 fourrier, k huissiers, 8 valets de chambre du Roi; mais il n'y avoit point de gardes dans la cour, de sorte qu'il y eut hier une foule incroyable de peuple. Il y a toujours eu une spus-gouvernante dans la chambre et beaucoup de femmes de Madame. Ce sont les Feuillants qui ont gardé le corps. M. le cardinal de Rohan, qui est malade depuis longtemps et qui crache le pus, ne pouvant faire la cérémonie de l'enterrement, ni M. le cardinal de Soubise , qui a été saigné deux fois pour un crachement de sang, on a fait rester M. le prince Constantin, qui devoit partir pour Strasbourg. C'est lui qui accompagne le corps à Saint-Denis, où tout est tendu de blanc avec des armoiries. Il portera en même temps le cœur à Saint-Denis , et le rapportera ensuite au Valde-Gràce. Les carrosses du Roi ne sont pas drapés; ce sont des carrosses dorés à l'ordinaire. M. le prince Constantin portant le cœur monte le premier, et se met à la droite; M"*® la duchesse de Chartres dans le fond, à sa gauche. M"® de Tallard sur le devant. Il doit y avoir à

(1) Pareil nombre de mousquetaires de chaque compagnie, ainsi que des cherau-légers et gendarmes ; tous ces détachements ayant chacun un flambeau, de Paris à Saint-Denis étoient rangés sur la place lo^ d^ départ. {NoU 4u due de Luynes,)

Qàté d'elle une autre dame titrée, mais je n'en sais pas le nom (1); une dessous-gouvernantes à une portière, et à Vautre une dame de M"® de Chartres.

Mf de Gesvres me disoit aujourd'hui que la dame d'honneur alloit autrefois dans le carrosse de la princesse; qu'au convoi de M, le duc de Bourgogne ou de M. le duc de Bretagne , le gouverneur du prince du sang nommé pour accompagner lé corps prétendit monter dans le carrosse du Roi. Cette prétention donna occasion à des disputes qui ennuyèrent le feu Roi , qui dit que Ton Ht monter comme on vbudroit; en conséquence le gouver* neur monta en septième.

Pendant que le prince Constantin présente le corps à Saint-Denis, il remet le cœur entre les mains de l'aumônier de quartier (c'est ici l'abbé de Sainte-Aldegonde). L'aum6nier reste dans le carrosse pendant la cérémonie, les gardes du corps autour du carrosse ; ensuite on vient au Val-de-Grâce.

Détails sur la maladie et le convoi de la petite Madame. — Mort de M. de Terlay. — Nouvelles de Maëstricht. — M. deBissy blessé; le Roi lui envoie le cordon de FOrdre ; cireonétances. '-^ Changements dans les logements à Versailles. — Le Roi à Choisy. r- Capitulation de Maëstricht. -* Mort de M. de Vérac. — Le duc de la Vallière nommé grand fauconnier. — Nouvelles diverses. — Détails sur la capitulation de Maëstricht. — Projets de voyages du Roi. — Détails sur la charge du grand fauconnier. — Nouvelles d'Italie. — Mort du duc d'Ëlbeuf. — Milady Ogilwi. •— Gouvernement donné à M. de Maulevrier-Colbert. — Pension donnée à M. de Cernay. — Appartement donné à M*""" de Lauraguais. — Pension donnée à la comtesse de Coigny. — Sur les cliarges de premier aumônier et de grand aumônier. — Présentation. ^ Nouvelles des négociations d'Âix-la-Chapelle. — Mort de la comtesse de Maillé. — M. |ïardion chargé de Tinstruclion de Mme Victoire. — Somme réglée par le Roi pour les dépenses de Mme Victoire. —Détail sur les sommes payées à Mesdames pour leurs menus plaisirs. — Le maréchal de Belle-Isle nommé pair de France. — Mort do

(!) M*"® 46 Hontaubàû.^^ Addition du4uç d^ iMynes,)

MAI i74§. as

M"** DoplessIS'Belllère. — La reine de Hongrie adhère aux préliminaires d'Aix-la-Gliapelle. — Suspension des travaux de l'église Saint-Louis de Versailles. !u i

Du jeudi 2 mai, Versailles, — M"** dç Tallard revint ici hier saluer le Roi, la Reine, M. le Dauphin et M™^ la Dauphine, à la tôte de la chambre de feu Madame (Marie* Thérèse) ; elle vint ensuite voir M™* de Luynes, qui est in* commodée. Elle nous raconta le détail que je vais mettre, de cequi s'estpassé dans la maladie et au convoi de Madame»

Il avoit été déterminé que Madame seroit sevrée; et le jour que Ton commença à lui donner du bouillon fut le vendredi 26. Elle vomit le bouillon; elle étoit de mauvaise humeur; elle se plaignoit de quelque chose qui piquoit sa bouche ; elle avoit en effet cinq grosses dents prêtes à percer en même temps. Il y avoit déjà deux jours que l'on avoit remarqué quelque changement dans sa santé. Le vendredi au soir, pendant que M"*" de Tallard soupoit, les femmes qui étoient auprès de Madame remarquèrent des mouvements de convulsions ; elles allé* rent en avertir M"™* de Tallard, qui y entra sur-le-champ et ne remarqua rien dans le moment; elle envoya avertir la faculté, et il fut résolu de lui donner de la poudre de M"® de Carignan , qui est très en réputation pour les enfants qui ont des convulsions. On donna à Madame une prise de cette poudre le soir, et une le lendemain au matin. Il y avoit eu dans la journée du vendredi une bouffée de fièvre assez violente; elle tomba le soir, et le samedi matin Madame en avoit peu, mais les vomissements continuoient. Il y eut une grande consultation de toute la faculté , en présence de M. le Dauphin qui , voyant que tous les sentimeqts n'étoiènt pas réunis, prit lui-même les opinions de chacun , et à la pluralité des voix il fut résolu qu'on lui feroit prendre de Fémélique. Il avoit été proposé de donner un €oup de lancette pour ouvrir la gencive que les dents ne pouvoient pas percer; on parla aussi, maîs fort peu^ 4'^^^ petite saignée pour

diminuer le gonflement des vaisseaux occasionné par les cinq grosses dents. C'éloit bien le sentiment de M"** de Tallard; elle demanda à M. le Dauphin ce qu'il falloit faire; M. le Dauphin décida qu'il falloit suivre la pluralité des voix. Madame ne vouloit rien prendre que de la main de M"* de Tallard, encore falloit-il lui dire que c'étoit de la part du Roi, ou de la Reine, ou de M. le Dauphin. BP* de Tallard avant que de présenter Témétique demanda encore les ordres à M. le Dauphin , et il ne fît prendre ce remède que les larmes aux yeux. Quoique Madame vomit continuellement, cependant Fémétique fit apparemment quelque impression et augmenta l'irritation. Ce fut alors que Ton jugea qu'il y avoitpeu d'espérance. M. le Dauphin monta chez la Reine avant la musique, comme je l'ai dit, pour lui cendre compte de la maladie. La Reine, qui après sa messe avoit été chez Madame et l'avoit trouvée dans un mieux considérable , fut fort étonnée d'un changement si prompt. L'état de la maladie devenant toujours plus fâcheux^ on se détermina à lui administrer les cérémonies du baptême, ayant été ondoyée en naissant suivant l'usage ordinaire. On envoya avertir M. le curé de Notre-Dame (1), et en sa présence un aumônier du Roi fit la cérémonie. M. le maréchal de la Mothe, s'étant trouvé chez M™* de Tallard, fut choisi pour parrain, et M"*® de Tallard pour marraine. M. de la Mothe donna le nom de Marie-Thérèse suivant l'ordre de M. le Dauphin. Madame mourut à sept heures ou sept heures et demie du soir. M"*' la Dauphine gardoit sa chambre pour une légère espérance de grossesse, qui s'est évanouie au bout de trois jours; le Roi, la Reine, M. le Dauphin descendirent chez elle jusqu'au grand couvert,

(1) On avertit M. le curé une henre trop tard, de sorte qu'il n'arriva qu'après la mort. On n'eut que le temps de nommer Madame et de lui lire un évangile, ce que fît TaumOnier du Roi ( M. Tabbé du Barrail). {Note du duc d^ luynes.)

OÙ il n'y eut que Mesdames qui soupèrent. Le Roi devoit partir le dimanche pour Choisy jusqu^au mercredi; le voyage fut contremandé. La Reine passa les soirées du dimanche , du lundi et du mardi cheiz M"* la Dauphine^ depuis six heures jusqu'à neuf, n'ayant voulu ni musique ni jeu; elle n'a recommencé à jouer qu'hier.

Le corps de Madame fut exposé le dimanche, dans son berceau , à visage découvert , gardée par des Missionnaires et des Récollets. Sur les six heures du soir, M"* de Tallard emporta^ à Paris, dans un carrosse doré du Roi, le corps de Madame, tout habillé. M. le duc de Fleury lui fit dire en partant que Tintention du Roi étoit que les officiers de sa maison qui alloient à Paris et les femmes de chambre de Madame fussent nourris aux dépens de S. M. Ce senties Menus qui sont chargés de cette dépense et de presque toutes celles qui regardent ces tristes cérémonies. On estime que celle-ci n'ira pas à plus de 18 ou 20,000 livres. M"** de Tallard, qui est logée aux Tuileries, dans Tappartement que le Roi lui a donné à la mort de M"* de Ventadour, et qui avoit envoyé sa maison à Paris, a voulu nourrir les huissiers et les valets de chambre du Roi et femmes de chambre de Madame , afin que ce qu'ils toucheront du Roi fût une gratification pour eux. Le lundi, dès six heures du matin, suivant les ordres que M"® de Tallard avoit reçus de la Reine et de M"* la Dauphine, elle fit venir un peintre pour peindre Madame, qui ne Tavoit pas encore été. Cet ouvrage dura jusqu'à oeuf heures; on dit que la ressemblance a été assez bien attrapée ; on en doit faire deux portraits différents : l'un comme elle étoit dans ce moment; la Reine Ta demandé; l'autre pour M"® la Dauphine ; on y mettra des couleurs pour la faire paroltre vivante. A neuf heures la faculté entra, en présence de laquelle La Martinière, premier chirurgien du Roi, fit l'ouverture du corps (1). Toutes les

(1) Louslonot présenta rinstrument à La Martinière, qui ouvrit.la peao de

d6 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

parties essentielles à la vie se trouvèrent extrêmement saines, et rien daiïs restomac, dont la plénitude suppoi^e avoit donné occasion à Témétique ; beaucoup de gonflement dans le cerveau ; et il parolt qu'il a été reconnu que les dents étoient la seule cause de la mort. Le cœur fut remis à M"*" de Tallard, suivant l'usage, et ensuite mis dans une boite pour le porter au Val-de-Grâce. On dressa le procès-verbal d'ouverture, qui doit être signé parla faculté. H. Cbicoyneau, premier médecin du Roi, signa le premier; après i lui M. Marcot, médecin ordinaire du Roi. M. Delavigne, qui est médecin ordinaire de M"® la Dauphine , médecin du grand commun de la Reine et médecin de quartier du Roi, mais non pas en quartier actuellement, signa le troisième. M. La Martinière ne voulut pas signer après H. Delavigne, et par conséquent aucun chirurgien ne signa. La Martinière a dit pour raison de son refus que, quoique M. Delavigne fût mé* decin ordinaire de feu M"* la Dauphine, il n'avoit signé qu'après M. de la Peyronie au procès-verbal de l'ouverture de M"® la Dauphine. M. Delavigne répond que ce qui le détermina à céder à M, de la Peyronie, ce ne fut pas sa qualité de premier chirurgien, mais celle de médecin consultant du Roi. H. Delavigne ajoute que malgré cela il avoit été blâmé par ses confrères. La question a été portée à M. de Maurepas; je ne sais si elle est entièrement décidée, mais les chirurgiens ne paroissent pas contents. En effet, on prétend que le premier chirurgien est là pour opérer et faire le rapport à la faculté, et que pour ces raisons il ne doit signer que le dernier. Lorsque le corps fut mis dans le cercueil (1) , il fut gardé par des

la tête, ensuite il rendit IMnstrument à Loustonot qui fit le reste. ( Note du duc de Luynes.)

. (1) Sur lequel on mit l'inscription suivante : C'est le corps de très-haute et très-puissante Dame Marie-Thérèse, fille de très-haut , très -puissant et très-excellent prince Louis Dauphin de France, et de feu très- haute, tri^rpmssantç et très-e^ellente princesse ^arie-Thérèse d'^s^agne,

Feuillants, suivant l'usage , et on laissa entrer le peuple, qui ne fut pas. aussi nombre^x qu'on auroit pu le croire. M"* de Tallard fut presque toujours dans la chambre avec les sous^gouvernantes et les six femmes de chambre. Il y avoit quatre huissiers et huit valets de chambre du Roi ; deux garçons de la chambre ; des gardes du corps, mais point de garde dans la cour. Il n'y eut point non plus de garde à pied, à Saint-Denis, M. de Dreux s^ prétendu qu'il ne devoit pas y en avoir et qu'il n'y en avoit point eu à M. le duc d'Anjou, ni à Madame troisième. M"^ de Tallard, qui étoit à l'une et à l'autre de ces tristes cérémonies et qui a écrit ce qui s'y est passé, croit être sûre qu'il y avoit des gardes françoises et suisses à Saint-Denis , et m'a dit se souvenir encore de Tendroit où elle avoit vu les gardes suisses, portant leurs fusils le bout du canon en bas, suivant l'usage; mais la décision de M. de Dreux a été suivie (1).

Le lundi on ferma la porte de l'appartement de Madame à six heures, et on ne la rouvrit le mardi qu'à cinq heures après midi, à l'arrivée de M"® la duchesse de Chartres. A six heures et demie ou environ, le corps et le coeur ayant été mis dans un carrosse doré du Roi, M. le prince Constantin, premier aumônier et portant le cœur, monta le premier et se mit dans le fond à la droite ; M"** de Chartres se mit à sa gauche; M™* de Tallard sur le de-

décédée le 27 avrils âgéfi de, vingt et un mois huit jours, {Note du duc de Luynes,)

(1) M. le duc de Fleiiry m'a dit que lorsqu'il y avoit des gardes françoises et suisses en pareille cérémonie, Tusage étoit de donner des flambeaux aux officiers, fournis par les Menus, et qu'il n'avoit point vu de fourniture de flambeaux pour les gardes françoises et suisses dans les comptes de ce tempslà. M. le ducdeGesTres m'a confirmé la même chose, et m'a ajouté qu'il sa- ▼oit de M. le duc de Biron, colonel des gardes françoises, que dans les registres de ce régiment il n'y est point marqué aucune garde à Madame troisième, ni à M. le duc d'Anjou. Il est certain que s'il n'y a point eu de garde françoise, il n'y en a point eu de suisse. ( Addition du duc de léUynes^ datée du 13 mai 1748. )

vant, vis-à-vis de lui; M"* de Montauban, vis-à-vis M"*^ la duchesse de Chartres; Tabbé de Sainte-Aldegonde, aumônier de quartier du Roi, à la portière auprès du premier aumônier, et une sous-gouvernante à l'autre portière; toutes les dames en mantes. M. le cardinal de Rohan étant malade depuis longtemps d'un tubercule, et M. le cardinal de Soubise ayant été saigné deux fois pour un crachement de sang, le prince Constantin, qui devoit partir pour Strasbourg, comme je l'ai marqué, a été obligé de rester pour cette cérémonie. Le carrosse du Roi étoit escorté par les gardes du corps, et les quartiers des gendarmes , chevau-légers et mousquetaires. Derrière le carrosse du Roi marchoit immédiatement le carrosse de M"** la duchesse de Chartres avec sa dame d'honneur et ses dames; ensuite celui de M"* de Tallard. Le convoi partit à sept heures et demie et arriva à dix heures à Saint-Denis, où tout étoit tendu de blanc avec des armoiries. M. le prince Constantin, en descendant, remit le cœur à l'abbé de Sainte-Aldegonde, qui resta dans le carrosse pendant la cérémonie de Saint-Denis, les gardes du corps autour du carrosse. Le compliment du prince Constantin, en présentant le corps, fut assez court; la réponse du prieur fut plus longue. Les détachements des compagnies rouges s'en allèrent; il ne resta que les kO gardes du corps; le guet des rouges n'avoit pas marché en entier, il en étoit resté environ un quart. Le carrosse du Roi avec le cœur partit à onze heures et demie ou minuit pour aller au Val-de-. Grâce. Le cortège fut le même, à l'exception des rouges, comme je viens de le dire. Tout le quartier de valets de pied de M"* la Dauphine avoit marché ; il y avoit un relais de valets de pied à moitié chemin, à La Chapelle; ils avoient tous des flambeaux, même les gens de M*"® de Tallard; les troupes en avoient aussi. Le convoi arriva sur les deux heures au Val-de-Gràce; le compliment du prince Constantin fut encore assez court , en présentant

le cœup, et la téponse de Tabbesse fort longue. Après la cérémonie. M"® la duchesse de Chartres remonta dans son carrosse et retourna chez elle ; M"™* de Tallard revint dans le carrosse du Roi, accompagnée des gardes du corps, aux Tuileries; elle vint aussi hier matin ici dans un carrosse de Sa Majesté.

Il y a trois ou quatre jours que M. de Terlay mourut à Paris; il étoit fort âgé. Il avoit été longtemps lieutenantcolonel des gardes françoises, et s'étoit retiré il y a plusieurs années.

Du dimanche 5, Versailles. — M°* la duchesse de Nivernois accoucha hier, à Paris, dun garçon qui mourut quelques heures après; elle n'étoit grosse que de sept mois. On l'avoit cru blessée ici dans le commencement de sa grossesse, comme^e l'ai marqué dans le temps , et il y a deux jours qu'on la saigna deux fois, parce qu'on craignoit que son enfant ne fût mort , parce qu'elle ne le sentoit pas remuer depuis quelque temps. M"* de Nivernois a deux filles et n'a qu'un garçon, qui a déjà pensé mourir et qui est extrêmement délicat.

On trouvera ici les nouvelles de Haëstricht du 2d au 30 avril et du 30 au l'^*' mai.

On a couronné l'angle saillant du chemin couvert dé la basse Meuse, et on s'est emparé des deux flèches qui étoient sur notre droite ; moyennant quoi l'on s'est logé sur les angles saillants de cette partie. Les ennemis ont fait jouer quatre mines , et nous avons perdu à cette attaque environ 260 hommes tués ou blessés, dont plusieurs officiers du régiment d'Auvergne.

M. le marquis de Bissy, qui avoit fait la disposition de l'attaque, a eu une jambe fracassée par un éclat de bombe; on la lui a coupé sur-le-champ, et c'est M, le marquis de Rothe, nbaréchal de camp de tranchée , qui a exécuté la disposition qui avoit été faite par M. le marquis de Bissy, sous les ordres de M. le maréchal de Lowendal.

8Ô MÉMOIRES btj DtrC t)E LUYNESi

Malgré cette horrible blessure ^ M. de Bissy continua de donner les ordres nécessaires pour le momeni présent jusqu'à ce qu'on l'emporta à la queue de la tranchée, où on lui coupa la cuisse. Il a fallu depuis lui faire une seconde amputation, et l'on croira aisément qu'il est en très-grand danger. Le Roi lui a envoyé le cordon de Tordre du Saint-Esprit (1). On sait qu'il fut nommé dans un chapitre de l'Ordre tenu en Flandre il y a trois ou quatre ans. Depuis ce temps, on n'avoit parlé de lui dans aucune promotion, et il n'avoit pu êjre reçu n'ayant pas encore l'âge.

Le Roi vient de faire un changement ici dans les logements. M. et M""* de Lauraguais logent depuis plusieurs années dans un appartement qui est,auprès de celui de M"® de Pompadour, et auquel l'on monte par un petit escalier qui donne auprès de la petite cour qui va chez M"® la comtesse de Toulouse.; le Roi donne l'appartement de M"* de Lauraguais à M"® d'Estrades, et celui de M. de Lauraguais au bailli de Froulay. M. et M"**^ de Lauraguais (2) ieturont celui de M. et de M'"® de Rubempré, qui est auprès de celui de M. de Livry et fort près aussi de celui de M"* de Luynes. M. le bailli de Froulay et M"*' d'Estrades ont

(1) Ce fut samedi dernier que le Roi assembla à Choisy ce qui se trouva de chevaliers de l'Ordre. On y fit venir le prévôt, le chancelier, le trésorier, rhaissier et le secrétaire de l'Ordre et le généalogiste. M. Amelot, maître des cérémoBies, ne put y être, à cause de sa mauvaise santé. Ce fut au sortir de ce chapitre que M . de Saint-Florentin dépécha un courrier pour lui porter le cordon. Mais M. de Bissy étoit déjà mort; on ne l'a su que depuis.

M. de Bissy, qui été it comme Ton sait commiksaire de la cavalerie et qui yenoit d'acheter la charge de mestre de camp;général, comptoil commander la cavalerie, d'autant plus que M. de Turenne ne devoit pas la commander de trois mois, suivant le premier arrangement qui avoit été fait. Lorsque M. de Bissy ^ut la permission que M. dé Turenne avoit obtenue, il prit cette nouvelle avec beaucoup de douceur et de politesse, mais il dit que s'il Tavoit ' su ir aurait demandé à aller en Italie ; c'est ce qui fait que M. de Bouillon dit aujourd'hui , avec beaucoup de douleur, que c'est lui qui est la cause de la mort de M. de Bissy. {Addition, du duc de Luynes, datée du 6 mai. )

(2) Voyez la fin de l'article du 14 mai. (l<fote du duc de luynes,)

MAI iMÔ. ai

chacun un logement dans la même petite galerie que celui de M. le maréchal de Sàie , qui est celui de M"* de Rupelmonde première douairière. On donne à M. et à M"* de Rubempré les appartements de M. le bailli de Froulay et de M"* d'Estrades.

Le Roi partit mercredi pour Choisy, d'où il reviendra mardi. Tous les nainistres sont allés à Paris; M. de ï^uisieux est resté seul ici pour y pouvoir travailler plus commodément; il lui est arrivé presque tous les jours des courriers, et il parolt que les négociations sont vives à Aix-la-Chapelle. Hier M. Tefcier, secrétaire d'ambassade de M^ de Saint-Séverin, arriva ici, et M. de Puisieux, qui ne devôit aller qu'aujourd'hui à Choisy pour le conseil, y alla hier pour recevoir les ordres du Roi. On ne disoit encore rien à Choisy, hier, sur les négociations; car H. et M"* la Dauphine, qui y allèrent hier dîner et qui'vinrent voir la Reine, qui soupoit chez moi, ne savoîent rien de l'arrivée du secrétaire d'ambassade.

Du mercredi 8, Versailles. — J'ai marqué ci-dessus que le Roi avoit envoyé à M. de Bissy, samedi dernier^ le cordon de l'Ordre; comme il ne l'a pas reçu, il ne peut être mis au nombre des chevaliers nommés, et cela seulement à cause du chapitre de samedi dernier, car quoique le Roi eût désigné en 45 ou 46 M. de Bissy pour être chevalier de TOrdre , ce n'étoit point être nommé. L'on ne peut être nommé que dans un chapitre, et le Roi ne tient point de chapitre sans les officiers de l'Ordre, et ils n'étoient point en Flandre lorsque le Roi déclara ce qu'il désiroit faire pour M. de Bissy.

M. de Guerchy est arrivé aujourd'hui de Maastricht au lever du Roi; il a été trente-neuf heures en chemin. On l'attendoit dès hier, mais M. le maréchal de Saxe n*a pnle faire paMr plus tôt. La capitulation même n'étoit pas entièrement finie, parce qu'il restoit à régler l'article des magistrats et de la ville ; et que comme il y a une partie de la ville de Maêstricht qui appartient à Tévêque de Liège,

d2 • MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

il a été nécessaire d'entrer dans des discussions qui n'é» toient pas encore finies. Cependant tout étoit convenu pour la garnison, à qui on accorde les honneurs de la guerre. L'ouvrage à cornes n'étoit point pris, mais il ne vaut rien. D'ailleurs le corps de la place n'étoit point entamé. M. d'Aylwa a envoyé demander les ordres du stathouder. Le stathouder auroit bien voulu avoir vingtquatre heures pour envoyer aux JÈtats-Généraux, mais M. le maréchal de Saxe avoit refusé ce délai. Sur la ré* ponse du stathouder, M. d'Aylwa a assemblé un conseil de guerre, qui a duré cinq heures; c'est ce qui a retardé ledépart deM. de Guerchy. M. le maréchal de Saxe, ennuyé de ce que le gouverneur ne se déterminoit pas, lui a fait dire qu'il alloit faire recommencer à tirer. Le drapeau blanc étoit arboré et les gardes françoises dévoient prendre possession des portes hier. M. de Guerchy a apporté au Roi la lettre de M. d'Aylwa à M. le maréchal de Saxe.

La capitulation prématurée de Maastricht et les bruits de l'armée ont fait dire dans tout Paris que les préliminaires de la paix sont signés; on dit que la France, l'Angleterre et la Hollande ont signé, mais que la cour de Vienne, l'Espagne et le roi de Sardaigne n'ont pas voulu signer. Ces raisonnements peuvent bien être fondés, mais les ministres ici ne conviennent de rien. Haôstricht rendu est la seule nouvelle du jour.

Du jeudi 9, Versailles. — Il n'y a point de nouvelles de l'armée depuis le 5. La suspension subsistoit, et mal^ gré cela il y a eu un petit combat entre un de nos détachements et des hussards ennemis, mais la perte a été médiocre de part et d'autre ,

M. de Vérac, fils du lieutenant général, et officier dans les chevau-légers , vient de mourir à Paris, pour avoir pria depuis deux ans des remèdes d'un empirique.

M"*^ de Champagne est un peu moins mal.

La charge de grand fauconnier a été donnée à M. le duc de la Yallière; il a fait son remerclment aujourd'hui

MAI 1748. Sd

ati Roi^ au retour de lâchasse. On dit que le Roi a donné sar la charge une pension à M"' des Harets^ et que Ton a retranché le droit qu'avoit le grand fauconnier de vendre les charges de la fauconnerie. Je crois que l'on a ôté aussi les privilèges attachés aux dites charges.

Il parolt décidé que la cour ira à Compiègne au mois de juillet.

Le Roi ira niercredi 15 de ce mois à Crécy pour jusqu'au 18.

H. le duc de Penthièvre qui étoit sur son départ pour aller en Bretagne n'y va plus.

M. de Cyoïa, ministre de Hodène^ part ces jours-ci pour Aix-la-Chapelle.

M, le maréchal de Belle-lsle revient aujourd'hui de Bizy, et prend congé demain pour retourner en Italie; on le presse de partir.

Du vendredi 10^ Versailles. — Le courrier de la capitu* lation de Haëstricht est arrivé ce main; c'est M. de Bisemont^ qui est dans l'état-major. Nos troupes ne sont entrées que le 9 dans la ville. La garnison a les honneurs de la guerre, mais les Autrichiens sont traités différemment des HoUandois. Ceux-ci avoient demandé 20 pièces de canon aux armes de la reine de Hongrie, et des chariots couverts, ce qui leur a été refusé. On m'a dit cependant qu'ils avoient eu quelques pièces de canon. M. d'Aylwa en a eu 4 pour lui. Les HoUandois ont eu & ou 8 pièces de canon, je ne sais pas précisément lequel des deux; ils ont eu quelques mortiers et quelques chariots couverts ; d'ailleurs il n'y a point de suspension avec la reine de Hongrie, et nous l'éprouvons de la part des hussards, qui nous tirent tous les jours quelques coups de fusil.

On veut douter du voyage de Compiègne; le Roi en effet ne Ta pas déclaré et a dit même à M. de Toumehem qu'il n'avoit point encore d'ordre à lui donner; mais je ne le crois pas moins assuré, et il me parolt que Ton y

»4 MËMOiRKS bij bue M LtYNES*

compte. Le hôi veut y rester cinq semaîhi^', et être îcî le 15 d'août pour tirer des perdreaux. Il y aura^ comme je l'ai marqué, €récy mercredi jusqfU 'à samedi; la semaine suivante^ \é' mardi Vraisemblablement, Choisy; ensuite des voyages de chasse à Rambouillet pendant tout juin ; et Fontainebleau aîi mois de septembre.

La charge de grand fauconnier, dont les appointeinents sOhtde24,Q00 lïvï^es, est réduite premièrement à 21,000 livres, parce qu'il y a 6,000 livres sur la cassette dont on retranche la moitié; outré ôelà, le Roi donne une pension à la veuve sur la charge; on croit qu'elle sera de 6,000 livres; résteroit à 15^000 livrés ; Inais quoiqu'on supprime la vente au profit du grand fauconnier des charges principales, on lui en laisse quelques petites, dont le avenant bon ei^t estiméannée commune à 2,000 livres ; ainsi son revenu sera de 17,000 livres.

M. le maréchal de Belle-blé a pris congé àujoùrdlfiui, et part lundi.

Du samedi 12, Versaitle$J — Il vient d'arriver un courrier de Gènes parti du 3, dépéché à M. le maréchal de Belle-Isle seulement par M. de Mirepôix, et qui comptoit trouver M. de Belle-Isle à Lyon ; ainsi il n'àppbrtè point de lettres pour M. d'Argehson. La tète de ràrriiée ennemie estaëtuellement sur le Taix). M. lé maréchal dé Bélle-Isle cotnpte qiie nous avons 41 bataillons, tant françois qtfespàffnols, les françois tous complets, et les espagnols à' près de 600 hohamés chacun. Il en faut 9 pour Gênes et 5 environ pour la garde des places; ainsi reste à 27 en campagne, et c'est assez pour s'opposer aux entreprises des'cnnemis.

L'armistice ' est bien en effet par terre et par mer, comme dit la Gazette, mais il faut le temps d'instruire cëuxquiïe doivent être; et ce ternes est plus ôii moins long, suivàtt la distaVice de^ lieux. '

On compté' que les entiemis marchent sur la rivière du Levadt aVec 65 bataillons. 'Ici reine de Hongrie en à

eh iotii 85 en Halie^ dont 13 du côté de Lësiri de Ponente > et 62 du c6té du Levant.

Du mardi i%j Versailles . — M. le prince Charles vint hi^p rendre compte aii Roi de la mort de M. le duc à'Élbeuf, aPl-iA^ée là veillé ; îl est mort à sa terre d'Elbeuf, en Normandie; ilavoit près de quatre-vingt-sept ans. Son frère, le prince d'Elbéuf , qui a près de soixante et onze ans, hérite du duché. J'ai parlé Tannée passée de son mariage avec M"* de Coëtenfao ( Rougé-du-Plessis-Bellière ) ; il n'a point d*enfant et n'en aura vraisemblablement pas : ainsi on peut regarder ce duché comme prêta s'éteindre. Partotte mort, M. le prince Charles entre en pleine puissance du gouvernement de Picardie, dont il avoit la sur-^ vivance.

M"** la princesse de Talmond présenta hier au Roi et à la Reine milady Ogilwi; c'est une dame écossoise, fort grande, pointjolie; elle n'a que dix-neuf ans, quoiqu'elle en paroisse d'avantage; elle est grosse, prête d* accoucher; elle compte aller faire ses couches en Angleterre, si elle peut obtenir un passe-port, afin que Tenfant dont elle accouchei*a puisse hériter des biens de la maison d'Ogilwi, dont elle est aus^i] et qui est unfe des maisons j les plus coOfliiâérab'les d'Écosf^e. Milady Ogrlwi a donné au prince Edouard de grandes preuves de son attachement pbur ses intérêts; elle lui a mené des troupes, elle Ta suivi dans ses expéditions, enfin elle a été prise et conduite à la Tour de Londres, et s'en est sauvée déguisée en blanchisseuse; eUe fut quelques jours cachée dans Londres , changeant tous les jours de maison. On prétend que dans cet état elle eut l'imprudente curiosité d'aller voir le parlais de Londres, qu'elle croyoit devoir être bientôt le séjour du prince Edouard. Enfin elle a trouvé le moyen de se isaùver éïi Fràticé avec son mari, qui est entré au service de France et à qui on a donné un régimeiitVSotïbéâh-i père est aotiiélfëment coddamné comme rebelle, et par conséquent ses biens sont confisqués dé droit, à nloiiiB

36 MÉMOIRES DU JDUC DE LUYWES.

que M""^ Ogilwi ne mette son enfant en état de les recueil» lir en accouchant en Angleterre^ sans quoi Tenfant ne pourroit pas hériter, suivant les lois de ce royaume. M"* de Talmond s'est chargée de cette présentation parce qu'elle est extrêmement amie et outre cela parente du prince Edouard.

Le gouvernement deSaint-Jean-Pied-de-Port, qu^avoit feuM. de Terlay, fut donné il y a quelques jours à M. Maulevrier-Colbert, qui est très-digne des bontés du Roi par ses services et ses malheurs. C'est lui dont le fils unique, qui avoit épousé M"** Chauvelin, mourut il y a peu de temps, dans le moment que son père arrivoit d'Itsdie, où il sert sous les ordres de H. le maréchal de Belle-Isle, qui estime beaucoup M. deMaulevrier et a extrêmement sollicité en sa faveur. Ce gouvernement valoit 2,000 écus de plus à M. de Terlay qu'il ne vaudra à M. de Maulevrier, parce que M. de Terlay avoit une pension de cette somme sur le trésor royal ou sur l'ordre de Saint-Louis, et qu'il avoit obtenu d'en être payé par augmentation sur son gouvernement.

M. de Terlay, qui étoit cordon rouge, avoit 4,000 livres en cette qualité. Ces 4,000 livres ont été données & ]^. de Cernay, qui a eu le bras coupé, comme je l'ai marqué dans le temps, et à qui le Roi avoit accordé la permission de porter le cordon rouge.

J'ai marqué ci-dessus que M"** de Lauraguais changeoit d'appartement avec H. de Rubempré. J'ai su depuis que M. de Rubempré étant fort attaché à son logement, tant parce qu'il l'a fait accommoder que par la commodité de sa position pour son service, a demandé et obtenu de le conserver; cela s'est fait de concert avec M"**^ de Laura* guais. Il n^est pas moins décidé que M"** de Lauraguais quitte son appartement, mais on ne sait pas encore celui que le Roi lui donnera.

Le mariage de M. de Gramont se fit, à Paris, mardi ou mercredi dernier.

Du mercredi 15, Versailles. — Je n'ai su qu'aujourd'hui que le Roi donna avant-hier un appartement à H"* de Lauraguais. C'est celui qu'avoitfeu M. le comte de Coigny, dans l'aile neuve; c'est le premier à droite dans la petite galerie, à laquelle on arrive par quinze ou seize mar* ches en venant de la galerie qui est au niveau du bas de la chapelle. Ce logement étoit celui du feu maréchal d'Estrées; il a été occupé par M.. de Prie, par M"*^d'Alègre, dame d'honneur de M"*^ de la Roche-sur-Yon, par M™*^ de Conflans, sœur de M"*' d'Armentières; le Roi Tavoit donné au petit de Vintimille, et en dernier lieu [ildonna] à M. le maréchal de Coigny le logement qui est immédiatement après celui-là, et qui étoit à feu la maréchale d'Estrées, et celui-ci, à H. le comte ^e Coigny; iP^ la comtesse de Coigny n'avoit point de logement, et par cet arrangement le Roi lui en donne un, qui est celui que quitte M"* d'Estrades, et dont j'ai parlé ci-dessus. Le Roi lui adonné aussi une pension de 8,000 livres.

Aujourd'hui le Roi est parti vers midi, après le conseil d'État, pour aller à Crécy .

Du vendredi 17, Versailles. — J'avois voulu écrire au 9 mars quelques détails sur les charges de premier aumônier et de grand aumônier, à l'occasion de M. le prince Constantin ; mais non-seulement je ne suis pas assez instruit des droits de ces deux charges, mais outre cela même je ne sais pas si ces droits sont bien constatés. M. l'archevêque de Rouen prétend qu'il est le premier exemple d'un premier aumônier qui ait prêté serment entre les -mains du Roi (parce que c'étoit dans le moment de la création de la maison), sans cela ç'auroit été entre les mains de la Reine, et non entre les mains du grand aumônier; que ç'avoit été une honnêteté que lui avoit faite M. l'évêque de Fréjus, alors grand aumônier; qu'il avoit voulu avoir la même politesse pour le petitrueveu de M. de Fréjus; etque lorsque M. l'abbé de Fleury avoit été nommé premier aumônier^ il g'çp alla à Pontoise pour

M MÉMOIRES mj DUC DE LUYNES.

pOiivoii*^irè'cpi'îl éloit dans sbti-dibcêsei'et'iitieM. l'abbé de ïlèury 'pût prêter seWiènt' sahs difficulté entre les maïns de k Reînè; qu'il' lie fit mêiiie cette démarche qu'après en avoir rendu compte au Roi, qui l'approuvia. M. l'archevêque de Rouen m'a ajouté que lorsqu'il prêta germent entre les ibâins du Roi, comme je viens de le^ dire, il fut donné à' M. l'évêque de Fréjus une rédohrioîsgance portant que cette prestation de serment du pwmier aumônier ne préjudicieroit point âtix droits de la charge de grand aumônier. Cependant ce droit du grand aumônier me parolt mériter èclaircissenièiït. Ilest cêî'tain que quoique le premier aumônier ne dépende ^bint du grand aumônier, il ne peut prendre l'ordre de la Reine' quaild le grand aumônier l'a reçu, et que le grand aumônier seroit en droit à la rigueur de lui ôfei^ tout service qui ne seroit pas commencé; mais quoique ces mêmes droits existent chez le Roi , le premier aumônier prêté' sans difficulté serment entre les mains de S. M. Il seroit peut-être difficile de trouver des exemples anciens, parce que les papiers de M. de Gùénégaud, secrétaire de la maison du Roi , furent brûlés en 1670. Il est constant que Marie-Thérèse n'est point la première Reine qui ait eu un grand aumônier. On trouvei*a ci' après (1) les- grands et les premiers aumôniers de la reine Anne d'Autriche; mais on né Voit point si les premiers aumôniers ont prêté serment entre les mains des grands aumôniers.

Du mercredi 22. — Dimanche dernier, M*^ la duchefese de Gramont (Riron) présenta sa nouvelle belle-fiUé, M"® la comtesse de Gramont ( de Fàoucq ), qui n'est pas jolie. '

M. de Lussan, colonel du régîtoent de Soissbnnois,

(1) pelle p. IdU

Le duc de ^uyn^ cite un passage de VHUtpire ecclésiastique de la chqdesroisdeFranceij^r rabbéArçhôn, 2vol.in-4". Paris, 1711;— l. II,

a pris congé ànjoupd'hui* pour aller joiûdre sôài' i^égîment en Daupbiiié: Il eist Faittë de ta maison d^Aubèterre^ dont le nom ëàt Esparbès; et'iV Jreiid actuellement le nom d^Esparbès. Il dit que c'est le Roi qui Ta voulu;

Du samedi 25, Versailles. — M, dé Puisieux a reçu aujourd'hui les ratifications d'Angleterre et d^HôUande.

Il est vraisemblable que Ton est instruit depuis plu* siem^ jours des dispositions favorables de la cour de Vienne pour accéder aux préliminaires, car le Roi déclara il y a trois jours qu'il iroil à Compiègne toiit au commencement de juillet : ce doit être lé 4 ou le 6, S. M. doit y rester jusqu'à la Notre-Dame d'août. La décision de ce voyage dépendoit de la détermination de la reine de Hongrie, à cause de la continuité de bois, presque non interrompue, qu'il y a depuis la forêt de Compiègnejusqu'à celle de Soigne.

Le départ du Roi pour Choisy est toujours demain ponr jusqu'à vendredi; on dit que c'est le dernier voyage.

Du lundi 27, Versailles. — On apprit hier la mort de M°* la comtesse de Maillé; elle est morte à Paris, grosse de six mois et âgée de trente-sept ans ; elle avoit épousé en premières noces M. Hennin', dont elle n'a eu qu'une fille, qui est la femme de M. de Muys, premier maître d'hôtel de M°* la Dauphine. M. de Maillé, son second mari , dont elle a eu deux filles , est frère de M"*® de Sade, et par conséquent fils de M"® de Carman, dame d'honneur de M™* la Duchesse (Hesse-Rhinfeld).

J'ai toujours oublié d'écrire que le Roi, désirant que M*"* Victoire eût pour son instruction quelqu'un dont l'habileté et la sagesse fussent connues , a choisi pour cette commission H. Hardion , qui est de l'Académie , qui sait plusieurs langues et demeure toute l'année à Versailles, étant chargé de la bibliothèque particulière du Roi et de se& pierres gravées.

J'ai aussi oublié de marquer (Jue jeudi dernier, jour

de l'Ascensioq , il n'y eut point de grande messe du Roi. La Reine alla à la grande messe des Missionnaires y comme elle fait presque tous les dimanches et fêtes ; elle retourna à la messe à midi et demi. Le Roi entendit la messe à sa tribune comme à l'ordinaire.

Du mardi 28 , Versailles. — Je ne sais que depuis fort peu que le Roi a réglé 100,000 livres par an pour M""* Victoire. Cette somme comprend ses menus plai* sirs , ses habits et son linge ; et c'est M*"^ la maréchale de Duras qui est chargée de tout ce détail (1).

Je viens d'apprendre dans le moment^ par une lettre de M""^ la maréchale de Relle-Isle^ que le Roi a accordé la dignité de pair de France à M. le maréchal de Belle-lsle.

Il parolt que toutes les puissances belligérantes y soit par la nécessité des circonstances y soit par l'attitude de la guerre , se porteront à accéder aux articles préliminaires signés le 30 avril à Aix-la-Chapelle , les recrues que la reine de Hongrie envoyoit en Flandre et en Italie ayant eu ordre de suspendre leur marche.

Je n'appris qu'hier la mort de M"® du Plessis-Bellière, mère de feu M. du Plessis-Bellière, qui avoit épousé M"® d'Albert, ma cousine germaine, et de M"' de Co6tenfao, aujourd'hui pj*incesse d'Elbeuf.

(1) Mesdames ont 4,000 livres par mois poar leurs menus plaisirs, comme je Pai marqué. Cette somme leur est payée par le garde du trésor royal. Mme victoire u^a que 1,000 écus par mois pour ses menus plaisirs. Le garde du trésor royal apporte en même temps les 1,000 écus de Mme Victoire, quMl remet à Mme la maréchale de Duras. Outre cela et les 64,000 lîTrea qui font les 100,000 livres au total, le Roi a fait donner 72,000 livres à M""^ la maréchale de Duras, à Tarrivée de Mn^e Victoire, pour les habits et le linge. Toutes ces sonuues sont remises directement à M"** de Duras, laquelle paye aussi directement les marchands et ouvriers, donné pour W^^ Victoire Targent dont elle a besoin pour jouer ou pour des gratifications ; et lorsque Mesdames font donner quelque argent ou à ceux qui leur apportent des présents, ou pour des aumônes , c«t argent est payé par la première femme de chambre de Madame (M*"^ de Rémond ) ; W^^ la maréchale de Duras fait rendre à W^^ Rémond le tiers de la somme pour Mme Victoire. (Addition du duc d0 léUtfnes^ dfitée du 13 juillet.)

Du mercredi 28, Versailles. — Le Roi reçut avant-hier, à Choisy, un courrier par lequel il apprit que la reine de Hongrie avoit accédé aux préliminaires de paix signés le 30 avril à Aix-la-Chapelle. Nous ne Tapprlmes qu'hier au soir par le retour de M. le Dauphin, qui avoit été dîner àChoisy.

Du jeudi 30, Versailles. — Il y a cinq ou six jours que les ouvrages de l'église de Saint-Louis ont été arrêtés, parce que M. de Huy, qui a les économats, n'a point de fonds pour continuer cet édifice, dontja dépense jusqu'à présent a été presque toute prise sur les revenus des économats.

Baptôme da fils du comte de Tresmes. — Cérémonie des chevaliers. — Le Roi à Dampierre; il y soupe et fait lui-même son café. ^ Louis XV accorde les grandes entrées au duc de Luynes. — Détails sur le voyage du Roi à Dampierre. — Détails sur la signature des préliminaires d* Aix-la- Chapelle. — M. de Béthune nommé mestre de camp général de la cavalerie.

— Serment prêté par les cardinaux. — Indisposition du Dauphin. — M. de Castries nommé commissaire général de la cavalerie. — Logement donné à Mme d^Egmont. — * Maladie de la duchesse d^Âyen. — Le Roi soupe à La Celle. — Prix de la charge de commissaire général de la cavalerie. — Mariage de M. d'Aremberg. — Mort de M^^ de Saint-Chaumont. — Fête- Dieu et procession. — Mort de M."^^ de Champagne. — Détails sur la signature des traités. — Mort du grand prieur et détails sur ce personnage et ses revenus. — Affaires des loups et du maître des eaux et forêts d^Amboise; à quoi est employé l'équipage de louveterie du Roi. — Procession.

— Le Roi ne prend pas le deuil pour le grand prieur. — M. d'Humières se démet du gouvernement de Compiègne, qui est donné au duc d^Aumont.

— Régiment Royal-Bavière. — Le Roi soupe à La Celle. — M™* Victoire commence à aller à la chasse. — Suite de Taffaire du maître des eaux et forêts d'Amboise. — Visite de Mesdames à Saint-Cyr.

Du mardi 4 juin, Dampierre. — Le 30 du mois dernier, le fils de M. le comte de Tresmes reçut les cérémonie du baptême à Paris ; il fut tenu par M. le prévôt des marchands au nom de la Ville et par M"® la maréchale de Hontmorency, sai grande-mère. La Ville fit un présefit

de 15,000 livres à la mère et de 10,000 livres à Tenfani.

Dimanche 2 de ce mois, il n'y eut que la cérémonie des chevaliers , à l'ordinaire, et point de chapitte. Ce fut M. l'abbé d'Harcourt qui officia ; M°»* d'Herbouville, fille de M"*^ de Cambis, quêta. Le prédicateur fut un chanoine de Téglise de Toul, que l'on appelle Roland ; il a fort peu de voix, de sorte qu'on Tentendoit irèsnlifficilement et que Ton n'a pas pu trop juger de son ser^ mon; par ce que l'on a entendu de son compliment, il parolt qu'il est assezs bien. Il n'y avoit à la cérémonie que vingt- deux ou vingt-trois chevaliers.

La veille il y avoit eu les premières vêpres à l'or* dinaire. Le Roi et la Reine les entendirent de la tribune suivant l'usage. Le jour de la cérémonie, la Reine étoit à la tribune en haut , en grand habit et se mit sur le drap de pied avec M*® la Dauphine et Mesdames.

Dimanche, après la cérémonie, M. de la Vallière prêta serment entre les mains du Roi pour la charge de grand fauconnier.

Je viens d'apprendre dans le moment que M. de Puisieux arriva hier chez le Roi, à onze heures du soir, au sortir du grand couvert, et travailla un moment avec S. M. Le Roi a dit que la reine de Hongrie avoit accédé aux préliminaires.

Du mercredi 5, Dampierre. — Le Roi arriva hier ici, à six heures et demie; il entra dans la maison, et vit presque tous les rez-de-chaussée. Il avoit amené avec lui M"" de Pompadour et d'Estrades, MM. d'Ayen, de Bouillon, de Fleury, de Soubise et de Luxembourg ; M. de Chaulnes et M"*" d'Egmont étoient arrivés avant le Roi ; M. le président Hénault et M. Tabbé de Salabéry étoient restés ; le Roi parut le trouver bon, et les traita avec beaucoup de bonté. Il étôit environ sept heures quand le Roi sortit avec les Dames et ceux qui avoient eu l'honn<ftjr dele suivre. La foule du peuple dans les coui'S et

JUÏN 1748. ■■'■■'> ^ 48

dans les jardins-étoit trè^-graDde. Le Roi alla*'à'pied 1^ long de la pièce d'eau par le côté du grand parc et entra dans rjle, dont il parut content. Il vit tons les cabi* nets^ et resta un bon quart d^heure au moinsà se promener dans rile ; il passa et repassa le va*et- vient ; la chaloupe suivoit et trois calèches. S. H. alla dans le nouveau plant par delà Tlle jusqtfà la grille, et sortit un moment dii jardin pour avoir le coup d'œil de la patte d'oie du plant de Senlisse. Le Roi revint ensuite par le même côté de là pièce d'eau jusqu'au plant qu'on appelle Plant-Neuf, et monta, à la salle des tilleuls. Il ne voulut point entrer dans le grand parc, qu'il a déjà traversé en allant à la chasse. Il suivit la route qui mène à l'étoile des charmilles, et parut content de cette étoile. 11 entra dans la dernière des Chimères (1), descendit au bassin de décharge, entra dans le quinconce, traversa le canal dans le va-et-vient, se promena dans le petit bois, et rentra dans la maison par le parterre à l'angloise. Il voulut voir tous les appartements, même les hauts. Il se mit à table avant neuf heures; M"*^ de Luynes lui présenta la serviette; j'eus l'honneur d^ le servir pendant près d'une demi-heure; il m'ordonna ensuite de me mettre à table. Il fut de fort bonne humeur pendant le souper et parut le trouver bon ; il resta à table jusqu'à onze heures et un quart. Il prit son café au sortir de table; c'est du café qu'il fait lui-même ; il l'avoit commencé avant souper, et le finit pendant qu'il étoit à table. Il fit assez longtemps la conversation après souper^ et fut assez touché d'une iUumination qu'il trouva au sortir de table, qui en effet faisoit un bel effet, sans former d'autre dessin que celui du parterre. Il joua à la comète avec M*"*^ de Pompadour contre MM. de Soubise et de Luxembourg.

(1) Les Cbimkes sont les bosquets situés entre le fer à cheval et i'extré* tiaÙé du grand canal ; ces bosquets existent encore, /^

n y eut un reversîs de M"* d'Estrades, M. d'Ayen, M. de Ghaulnes.et moi. Le Roi alla se coucher un peu avant deux heures ; il s'est levé ce matin sur les neuf ou dix heures, mais il n'a appelé qu'à onze heures passées. Il a entendu la messe à onze heures troisquarts, et est parti pour la chasse fort peu de temps après. Il est impossible de paroltre plus à son aise, plus gai et plus content qu'il a paru Tètre ; et nous ne pouvons assez nous louer des marques de ses bontés. S. H. voulut bien me donner les grandes enti*ées chez lui pendant le temps de son séjour à Dampierre.

Du jeudi 6, Dampierre. — Comme Dampierre est sur le chemin de presque toutes les chasses que le Roi fait entre Versailles et Rambouillet, non-seulement S. M. connoissoit le pays, mais il avoit vu le château sans cependant entrer jamais. Il avoit passé le long de la pièce d'eau en venant de Rambouillet, tourné sur la chaussée, sans vouloir s'arrêter, et traverséle parc pour allercourre aux bois du Tartelet. Une autre fois, en revenant de la chasse 4 cheval, il étoit entré dans Favant-cour. Toutes ces différentes occasions , ce qu'il avoit entendu dire de la maison à l'occasion des voyages que la Reine, M. le Dauphin et Mesdames ont bien voulu y faire, et encore plus l'empressement que je lui avois toujours marqué qu'il voulût bien un jour m'honorer de sa présence, lui avoit fait former le projet d'y venir; il me faisoit l'honneur de me dire souvent que ce projet étoit de difficile exécution pendant la guerre ; peu de temps après la signature des préliminaires, le Roi voulut bien se souvenir de ce qu'il m'avoit fait espérer; il me parloit souvent de Dampierre, et me demandoit en badinant quand je voulois qu'il y allât. Enfin il me fit dire pendant le dernier voyage de Choisy que si cela convenoit à nos arrangements, à M"® de Luynes et à moi , qu'il pourroit y venir coucher le mardi de la Pentecôte, ajoutant avec l^onté qu'il différeroit ce voyage si nous le désirions.

Oa peut croire que la première proposition fut acceptée avec joie et reconnoissance.

Le Roi arriva donc mardi à six heures et demie, dans une gondole, avec M"*^* de Pompadour et d^Estrades^ MM. d'Ayen, de Bouillon, de Fleury, de Soubise et de Luxembourg. M"*^ de Livry devoit être du voyage, mais elle ne fut point avertie. M"*^ de Cambis et M"® d'Herbouville, qui étoient revenues ici avec M"® de Luynes dès le dimanche, étant assez peu connues du Roi, étoient reparties quelques heures avant l'arrivée de S. M. M^^^d'Egmont étoit venue exprès avant le Roi. H. deChaùlness'étoit rendu aussi ici. Mon fils n'y étoit point, parce qu'il n'est pas encore arrivé de l'armée; on lui a cependant envoyé son congé; le Roi me fit l'honneur de me le dire en arrivant. Pour M"** de Chevreuse, elle n'est pas en état d'y venir, à cause de sa grossesse. M. le chevalier de Hanherbe, aide major des gardes du corps, étoit arrivé quelques heures avant le Roi; il étoit arrivé aussi un détachement de douze gardes du corps. Il en arriva douze autres avec S. M. Le Roi a bien voulu n'amener personne de la faculté, pour ne pas multiplier les logements. Il a amené seulement quatre officiers des gardes du corps, deux chefs de brigade et deux exempts, un écuyer cavalcadour, un écuyer de quartier, un chirurgien de quartier, un premier valet de chambre , deux garçons de la chambre, un porte-manteau, quatre pages, quatre valets de pied, deux grands et deux petits, cinq cochers , cinq postillons , cinq garçons d'attelage. Il y avoit pour la personne ou la suite du Roi soixante chevaux qui logèrent dans mon écurie ; il y logea outre cela un attelage de la Reine qui étoit venu amener une gondole avec des officiers de cuisine et d'office. Je ne compte pas dans les soixante chevaux ceux des gardes du corps.

Les trois calèches qui suivirent à la promenade ne servirent qu'à M"»« de Luynes, à M™^ d'Egmont et à deux du

4è MÉMOIRES DU DttC DE LtJYNËS.

trois hommes; M*** dô Pompadour et d'Estrades suivirent le Roi à pied.

M. le président Hénault et M. Tabbé de Salabéry avoient dîné ; ils - né soupèrent point suivant leur usage.

On avoit donné la grande salle poiir servir de salle des gardes; il y eut seulement six gardes qui couchèrent dans des Util dé sangle dans le vestibule; les autres couchèrent datis la grande salle.

On trouvera ci-après Tarrangement de la table du Roi et le détail des autres tables.

M. le président Hénault et M. l'abbé de Salabéry ne jouèrent point aprèi^ lé souper ; ils allèrent se coucher de bonne lieure. MM. les'officieris des gardes jouèrent au piquet et à la comète dans un salon auprès de celui où jouoit le Roi.

Le Roi se- leva et entendit la messe, comme je l'ai marqué ; il n'aVoit amené ni aumônier, ni chapelain, ni même apporté' iié livré. Ce fut moi qui lui prêtai un livre et qui eus l'honneur de le lui présenter. Ce fut M. le curé de Dàmpierre qui dit la messe, assisté de son vicaire et de mon àutoôniér. 11 n'y eut point de gardes dans la chapelle ; séùlenient M. le duc d'Ayen, M. de Manhérbe,M"* de Luyne^ et plusieurs hommes, et la porte fut feriuée. Fort peu de temps après la messe, lé Roi partit pour aller coUi're le cerf au Plein-Veau â deux lieues d'ici. Le Roi a paru satisfait de Tempressement que nous lui avons marqué pour tout ce qui pou voit lui plaire. '

À la table du Roi étoient M"* de Pompadour à sa droite, M"** de Luynes à sa gauche; à la droite de M"** de Pompadour et tout dé suite en tournant jusqu'à M"® de Luynes> M.déSoubise, M. de Luxembourg , moi, M. de Fleury, M. de Chaulnes, M"* d'Egmont, M. de Rouiïlon , M-« d'Estrades et M. d'Ayen.

-La tablé où mangèrent les officiers des gardes étoit dans la grande "salle ; ceux qui y mandèrent furent MM . de

Sauméty et d^Espaux, chefs de brigade , MM. d'Espinchal et de SesmaisODS^ exempts , M. Marchais, premier vaïet de chambre , M. de Billy, premier garçon de garde-robe , M. de Croismare, écuyer de la petite écurie , et M. le chevalier de Rupière, écuyer de quartier.

Il y avoit uhe autre table dans l'antichambre de la bhambrè jaune ; cette table étoit tenue ^ar Randel, et

étoit composée de M , garçon de garde-robe,

M ...., autre garçonde garde-robe, M. deCourtemer,

porte-iiïànteàu, M. de BoiscaiÙaùd,' chirurgien de quartier, lé sieur Robert, barbier du Roi, les quatre pages du Roi, deux mousqiietaires qui estôient venus coucher à Dsimpierre pour l'ordre du lendemain (le gendarme et le cKevau-Iéger n'arrivèrent que le mercredi) . Les deux tables dont je viens de parler furent servies à peu près en mènie temps que celle du Roi. Il y avoit outre cela dettx tables pour les gardes du corps servies à une heure I%ie dé l'autre.

Du vendredi 7, Versailles. — M. de Saint-Séverin arriva ayàht-hier à Versailles; il vient d'Aix-la-Chapelle, et ne coiàapte rester ici que peu de jours.

J'ai marqué ci-dessus (suivant ce qu'on m'a voit dit) ^ qii*étaiit retourné chez lui le jour de la signature , on l'atdît envoyé prier de revenir. Il m'a dit que ce &it n'^étbîl pas vrai; qu'il avoit suivi pendant quinze jouris ou trois semaines un premier plan et que, le succèsf lui'paroissant plus difficile et plus long, il s'étoit déterminé à uii second, qui avoit concilié tous les esprits, et que la signature des préliminaires avoit été l'affaire de deux jours; qu'à la vérité le 30 on n'avoit signé qu'à minuit. M. de Saint-Séverin, qui je crois n'a guère que quarante-cinq ans, est actuelleinent le plus âgé de tous leà ministres qui sont â Aix-la-Chapelle.

Du samedi 8, Versailles. — H y a environ huit jours que Taffaire de M. de Béthune est terminée; le Roi lui a donné la chargé de mestre de camp général de la cava-

lerie. Feu M. de Bissy avoit un brevet de retenue de 200,000 livres sur cette charge ; le Roi a bien voulu, outre ces 200,000 livres, donner 50,000 livres de plus au père , pour aider à payer les dettes de son fils. Ces 250,000 livres seront payées par celui qui aura la charge de commissaire général de la cavalerie, qui n'est pas encore donnée. M. de Béthune n'avoit que 120,000 livres de brevet de retenue sur la charge de commissaire général.

Du dimanche 9, Versailles. — U y a huit jours que M. le cardinal de la Rochefoucauld prêta serment entre les mains du Roi. C'est un usage constant que les archevêques ou évèques, lorsquHls sont cardinaux, prêtent un nouveau serment. Anciennement, la nomina^ tion au cardinalat rendoit vacant l'évêché du «prélat nommé. Il y a environ trois cents ans qu'un archevêque de Rouen fit supprimer cet usage. Celui qui a été sub-> stitué est que tous les bénéfices à la nomination de celui qui y a été nommé tombent en régale, c'est-à-dire que le Roi y nomme de plein droit. Le Roi a bien voulu donner une surséance à M. le cardinal de la Rochefoucauld parce qu'il étoit à Rome.

M. le Dauphin nous donna de Tinquiétude avant-hier. Il avoit eu un peu d'indigestion jeudi dernier. Il se bai-gna vendredi de fort bonne heure, et alla à onze heures un quart au lever du Roi. L'après-dlnée il alla dans la forêt de Saint-Germain, où il se promena à pied, mais pas assez longtemps pour se fatiguer. U revint pour le grand couvert, étant dans un accablement très-effrayant ; il avoit mal à la tête et de la fièvre. Le pouls ne fut pas net hier; toute la journée il demeura dans son lit. Il est parfaitement bien aujourd'hui; il s'est levé, il a fait diète et beaucoup bu; il doit être purgé après demain.

M"® la duchesse d'Ayen (Brissac) est assez mal; elle a été saignée quatre fois, grosse de huit mois; elle est ac-

couchée d'un garçon ^ qui est mort, et l'on craint encore pour elle.

Nous venons d'apprendre par M. le duc de Fleury que le Roi a accordé à M. de Castries, son beau-frère, la charge de commissaire général de la cavalerie. M. le marquis de Béthune^ qili avoit acheté cette charge de M. de Bissy, lorsque celui-ci eut obtenu celle de mestre de camp général qu'il acheta de M. le maréchal de Tonnerre, a obtenu depuis huit jours celle de mestre de camp général, comme il est dit plus haut.

Nous apprîmes hier que le Roi a donné à M*"® la comtesse d'Egmont (Duras) l'appartement de M. le duc de Lauraguais, qui est auprès de celui que M"™*^ d'Estrades vient d'avoir. M"* d'Egmont logeoit depuis trois ou quatre ans danis la petite galerie qui donne dans celle de M. le cardinal de Rohan ; ce logement faisait partie de l'appartement de M. et de M"® de Saint-Simon; et avant cela elle étoit logée dans la galerie au-dessous de l'appartement qu'elle quitte dans l'aile neuve. L'appartement que quitte !!"• d'Egmont a été donné à M. de Lauraguais.

Du lundi 10, Versailles, — On a appris ce matin que M"* la duchesse d'Ayen a la petite vérole; M. le duc d'Ayen reste, à Paris ; M. le maréchal de Noailles est revenu aujourd'hui, n'ayant pas vu sa belle-fille.

Le Roi est allé aujourd'hui souper à la petite maison de M"* de Pompadour à La Celle, qu'on appelle le petit château; c'est à une lieue d'ici.

J'ai parlé ci-dessus de la charge de commissaire général de la cavalerie. M. de Castries ne la paye que 250,000 livres, qui sont, comme je l'ai expliqué, le brevet de retenue et les 50,000 livres accordées à M. de Bissy le père; mais il ne pourra la vendre que 200,000 livres, et il n'a que 100,000 livres de brevet de retenue, au lieu que M. de Béthune avoit 50,000 écus.

Du mardi il , Versailles. — Le mariage de M. d'Arem^ bergavecM"' delà Mark sefithier, àParis. M. d'Aremberg

est au service de rimpératrice-reine , et fils de la sœur de M. d'Egmonl, père de M™*^ de Chevreuse. Il n'est point à Paris; le mariage s'est fait par procuration : c'est M. le duc deRohanqui en a été chargé; il est cousin germain du père de la mariée. M"* de la Mark, mère du comte Louis, étoit sœur de M. le prince de Léon, père de M. le duc de Rohan. Le comte Louis a épousé en secondes noces M"® de Noailles, dont il n'a point d'enfant; mais il avoit épousé en premières M"* de Bienassis, dont il a euM"*® d'Aremberg d'aujourd'hui. La nouvelle mariée doit partir incessamment pour aller en Flandre ; sa belle-mère n'y va point; c'est son père qui la mène et M"* la princesse de Berghes, sa grande tante.

J'appris hier la mort de M"® de Saint-Chaumont; elle est morte à Paris; elle étoit Gruyn, sœur de M"**^ de Cambis; eUe a été très-peu de temps malade. M. de Saint- Chaumont, son mari, qui est mort il y a peu de temps, étoit fils de M. le comte de Vienne, et je crois d'une demoiselle de Saint-Chaumont.

M"^ de Saint-Chaumont laisse un fils, qui n'est point marié, et une fille, mariée depuis peu à M. de Custine ; j'ai parlé de sa présentation.

Du jeudi 13, jour du Saint-Sacrement, Versailles. — Hier, il n'y eut point de concert ; la Reine avoit dit qu'elle ne vouloit point de musique, à cause de la veille de la fête.

Aujourd'hui, le Roi est arrivé à la paroisse un peu après dix heures. M. le Dauphin, M™® la Dauphine et Mesdames, M. le duc de Chartres, M. le comte d'Eu et M. le duc de Penthièvre étoient à la procession avec S. M. La Reine a attendu la procession à la chapelle, et l'a suivie au retour. La grande messe a commencé à midi. M. le Dauphin ayant pris des eaux hier et avant-hier, le Roi a voulu qu'il eût un parasol à la procession ; il étoit le seul homme qui en eût, car le Roi n'en porte jamais.

M. le duc de Chartres avoit une coiffure assez extraop-

dioaire ; c'est une grande calotte noire, qu'il a par-dessus ses cheveux ; il ^ fait usage de cette calotte à l'armée : il ne Ta àtë^ a]jjou??d'bui que dans les temps qu'il a été à couvert du soleil,

. Du dimmche 16^ Versailles. -~^ M"'' de Champagne mourut avantrhier au soir ou hier matin, à Paris,, après une très-longue jnaladiç. Elle étoit fille de M"** de Donges et avoit été i^ommée dame de M"*' la Dauphine à la création de la maison; elle avoit environ trente ans; elle avoit une iSgiu'e fort agréable, et un caractère fort doux et fort aimable ; elle avoit beaucoup de vertu et de piété ^ dout elle a donné de grandes marques dans sa maladie. Elle avqit eu deux filles, dont il ne lui en reste qu'une; elle n'avoit jamais eu de garçon, au moins qui ait vécu* ,,

M. de Pui^ieu^s a fait prendre congé ce matin à M. de Saîjat-Séverin, qui retourne à Aix-la-Chapelle.

Toutes les gazettes marquent les articles des préliminaires. Je trouvai, il y a quelques jours, dans la gazette de. (Cologne, que M. dç Sandwich, ministre du roi d'Angleterre, parle et signe le premier et avant M; de Saint- Séverin. J'aideiaanâé la raison de cette primauté à M. de SaÎBt-Séveriq ,. qui m'a dit que l'usage entre la France, la reine de Hongrie, l'Espagne, l'Angleterre et le roi de Sardaigne, étoit que dbaque ministre a une expédition particulière des traités dans laquelle son maître parle le premier. Les républiques ne signent qu'après. La Hollande et Venise alternent entrç elles pour la primauté comice les couronnes ; ce sont celles dont nous avons ici des ambassadeurs. A l'égard de celles dont nous n'avons que des envoyés , elles ne signent qu'après, comme Gènes. On remet à chacune des républiques autant d'expéditions du traité qu'il y a de tètes couronnées qui Y ont signé ^ par rapport à cette préséance de signature. Si la Hollande n'avoit que l'expédition de l'Angleterre^ où le ministre anglois parle le premier^ il semble-

roil qu'elle seroit dépositaire d'une preuve de préséance de TAngleterre sur les autres puissances.

Du lundi 17, Versailles. — M. le grand prieur'(l) mourut hier, à onze heures du matin, à Paris ; il étoit dans sa quarante-sixième année. Il avoit été ce que l'on appelle jeune , et peu occupé de ce qui regarde la religion ; mais depuis plusieurs années il avoit absolument changé de conduite. L'action la plus remarquable qu'il fit peu de temps après qu'il eut commencé à penser sérieusement , ce fut son raccommodement avec le bailli de Conflans, par qui il avoit été offensé d'une manière bien sensible , par des paroles peu mesurées qu'il tint dans un chapitre de l'Ordre. Le combat du grand prieur avec M. de Conflans, neveu du bailli , suivit de près cet événement ; le grand prieur y fut blessé très-dangereusement d'un coup d'épée , au travers du corps, qui s'arrêta dans les reins, et sa santé a toujours été mauvaise depuis cette blessure. II est aisé de juger que le grand prieur et le bailli ne- se trouvoient pas dans les mêmes endroits et évitoient de se voir. Cependant le grand prieur, reconnoissant que quelque choquante qu'eût été la réponse du bailli, c'étoit lui qui y avoit donné occasion (2), et par une générosité vraiment chrétienne, surmontant les obstacles de la nature les plus difficiles à vaincre , alla chez le bailli de Conflans , lui fit des excuses et lui demanda son amitié.

La santé du grand prieur étoit déjà mauvaise , lorsqu'en 1744 il voulut aller servir comme volontaire; il fut blessé à la cuisse, au bord du Rhin , lorsque nous marchions aux ennemis qui avoient passé cette rivière et

(1) Jean-Philippe d'Orléans, fils naturel du Kégent.

(2) Autant que je peux m'en souvenir, sur une proposition faite dans le chapitre par le bailli, le grand prieur en s^y opposant dit : « Cela seroit inf&me » ; le bailli, qui étoit brusque jus(|u'à Pexcès, adressant la parole au grand prieur, lui dit : « Je ne connois ici d'inrâme que vous. » ( IS'ote du due de Luynes. )

étoient entrés en Alsace. La blessure^ qui étoit considérable, fut très-longtemps à guérir, parce qu'un morceau de drap étant demeuré dans la plaie il fallut , après plus de deux mois , faire de nouvelles opérations. Quoique ce nouvel accident eût augmenté encore les incommodités du grand prieur, et qu'il fût réduit à ne vivre que de légumes, il voulut absolument, en qualité de général des galères , aller commander celles dont le Roi avoit besoin dans la Méditerranée. Il sentoit et disoit que c'étoit un moyen sûr d'abréger ses jours , mais que rien ne pouvoit Farrèter, puisque c'étoit son devoir. Il a fait les deux dernières campagnes sur les côtes de Provence ; il y a environ deux mois qu'il est tombé malade, d'une fièvre continue avec des redoublements. On prétend qu'il étoit assez déraisonnable sur les remèdes , non pas pour refuser d'en prendre , mais au contraire pour en prendre des doses plus fortes que celles qu'on lui ordonnoit. Il a donné de grandes marques de courage , de résignation et de piété dans cette dernière maladie. Il jouissoit d'un revenu considérable; le grand prieuré vaut environ 70,000 livres de rente ; il tombe à la nomination du grand maître , mais qui ne fait rien en pareil cas sans l'agrément du Roi. La charge de général des galères vaut &0,000 livres de rente; il avoit un brevet de retenue de 600,000 livres sur celte charge. Il jouissoit outre cela de l'abbaye d'Auvilliers en Champagne, qui, par un marché fait avec les moines, lui rapportoit 22,000 livres de rente, toute déduction faite des charges et réparations.

Du vendredi 21, Versailles. — H y a déjà environ quinze jours ou trois semaines que sur la nouvelle que l'on a reçue qu'il y avoit des loups du côté d'Amboise , que l'on dit enragés et qui avoient tué et blessé grand Dombre de personnes , le Roi a ordonné à M. de Flamarens d'y envoyer un détachement de la louveterie. M. de Flamarens me dit il y a quelques jours que le maître

54 xMÊMOlRES DU DUC DE LUYNES.

des eaux et forêts d'Amboise avoit fait signifier des défenses de chasser, et aux tireurs de s'assembler pour la chasse. Cette conduite est assez singulière lorsqu'il s'agit d'un équipage du Roi et du bien du pays.(l)..

Le Roi revint avant-hier 4^. Rambouillet)* et fut hier à la procession à Tordinaira. La Rein^.a'y alla points à cause de sa santé , ni M"* la Q^uphine^ parce qu'elle a pris des eaux tous ces jours-ci ; il n'y eut qqe . M^ le Dauphin et Mesdames qui y allèrent avec le Roi.

Quoique le grand prieur eût été reconnu par feu H. le duc d'Orléans, le Roi n'a point envoyé faire compliment à M. le duc d'Orléans ni à JU"*^ la duchesse de Modène^ et par conséquent n'a poiqt pris le deuil (2). Ce n'est pas M. le duc d'Orléans qui a donné part au Roi de la mort de,M. le grand prieur, c'est M. le bailli de Froulay, comme ambassadeur de Malte.

Nous apprîmes hier que M.. d'Humières ayant donné sa démission du gouvernement dé Compiègne^ le Roi en a donné l'agrément à M. le duc d'Aumont. La santé et principalement Fàge de M. d'Humières et l'état de M"" d'Humières , qui est plus âgée que lui et dont la tête est fort affoiblie, mettoientM* d'Humières danis l'impossibilité de faire usage de son gfouv^nement ^ où il a toujours vécu fort grandement et honorablement pendant les voyages du Roi. Outre cela, ses affaires étoient fort dérangées ; ce qui lui faisoit désirer d'avoir de l'argent pout donner à ses créanciers* M. d'Humières n'avoit que 20,000 écus de brevet, de retenue sur le gouvernement, et cette somme n'auroit pas suffi pour les arrangements auxquels elle étoit destinée. M. d'Aumont lui donne 4>0,000 écus et lui laisse sa vie durant les appointements et émoluments , et les gratifications que le Roi a la bonté d'accorder au gouverneur à chaque voyage. Le Roi

(1) Voy. au 28 juin.

(2) Voy. au 4 juillet.

donne à M. d'Aumont un brevet de retenue de 40,000 écus. On estime que le gouvernement vaut environ 6,000 livres de rente.

J'appris il y a quelques jours que c'est le gardemeuble du Roi qui fournit les tapisseries qui sont tendues au Palais-Royal pour la procession du Saint-Sacrement. C'est M. le duc d'Orléans qui Ta demandé , et cet usage a toujours été suivi depuis.

Du dimanche 23, Versailles. — Je n'appris qu'hier que le Roi a donné le régiment de Royal-Bavière à M. le baron Delphinberg, fils naturel de l'empereur Charles VIL Ce régiment avoit été levé par Télecteur de Bavière Maximilien, père de Charles Vil; il le donna au Roi comme un gage de son union avec la France , désirant qu'il portât le nom de Royal et de Bavière, comme un signe plus authentique de cette union intime. Le comte de Bavière , alors chevalier de Bavière , fils naturel de Haximilien , fut le premier colonel de ce régiment. Le comte de Bavière ayant été tué à Laufeld, comme il a été marqué dans le temps , le régiment étoit vacant. Le Roi a désiré que ce fût Fimpératrice , veuye de Charles Vn, et l'électeur son fils qui nommassent pour commander ce régiment l'un des deux fils naturels qui restent du feu empereur. L'un des deux avoit déjà un emploi militaire en Allemagne , et celui-ci étoit au collège. Comme le régiment étoit en Provence, et que le voyage auroit été long pouç un jeune homme sortant du collège, l'on a différé la nomination jusqu'au mois de février, et c'est du 11 ou du 12 de ce mois qu est datée la commission de M. Delphinberg.

M"® la comtesse de Maillebois ( d'Argenson ) accoucha hier, à Paris, d'un garçon.

Du mardi 25, Dampierre. — Avant-hier dimanche, le Roi alla souper au petit château; c'est, comme je l'ai dit, la maison de M'"^ de Pompadour à La Celle. Il y coucha , et revint le lendemain matin, qui étoit hier, et alla Ta-

56 WÉMOIRKS DU DUC DK LUYNKS.

près-midi courre le daim^ fort tard, avec Mesdames. M'* Victoire commence à aller à la chasse; comme elle n^avoit jamais appris à monter à cheval, elle a pris quelques leçons de M. de Bridge, écuyer du Roi de la petite écurie.

Du jeudi 27, Dampiern. — J'appris hier que M"** de Gacé se remarie; elle épouse un homme dont le nom n'est point connu, et lui donne tout son bien; elle est fille de feu M. de Châteaurenaud et sœur de M. de Châteaurenaud qui avoit épousé M"* de Montmorency. Il y avoit longtemps qu'elle étoit séparée d'avec feu M. de Gacé , lequel portoit le nom de comte de Matignon plusieurs années avant sa mort.

Je suis ici depuis dimanche. M""* de Luynes vint me trouver mardi, et nous retournons aujourd'hui à Versailles. M™* de Villars a été obligée d'aller à Paris à cause de l'état de M"® la maréchale de Villars, qui a la goutte dans la poitrine. La Reine, s' étant trouvée assez seule , alla mardi, après le grand couvert, jouer à cavagnole, <ivec Mesdames , chez M"*® la maréchale de Duras. Hier elle soupa chez elle avec des dames.

Du vendredi 28, Versailles. — En conséquence de la défense de chasser que le maître des eaux et forêts d'Amboise a fait signifier à la louveterie, le Roi a donné ordre à M. de Saint-Florentin de le faire mettre en prison, et cet ordre a été exécuté. On vient de le faire sortir de prison , et Ton prétend qu'il a été traité un peu durement , d'autant plus qu'il n'avoit aucun tort. On dit (jue c'est un homme d'esprit et incapable d'un mauvais procédé. Pour sa justification, il soutient que bien loin de s'opposer aux ordres du Roi, il a donné sur-le-champ tous les moyens nécessaires pour faciliter la chasse; il convient d'une opposition signifiée, mais opposition seulement conservatoire de son droit, et dont il avoit prévenu les gens de la louveterie; il ajoute que comme maître particulier 4es eaux et forêts, c'étoit à lui que

devoit être adressé l'équipage de la louveterie, et qu'ayant un supérieur, qui est le grand maître des eaux et forêts, il étoit obligé de lui rendre compte de la conservation des droits d'une charge dont il n'est que le dépositaire et dans laquelle il remplace le grand maître; que par cette raison il n'a fait qu'une espèce de protestation, c'est-à-dire une opposition conservatoire, qui n'est qu'une forme; mais que, d'une part, ayant rempli les mesures de politesse, puisqu'il en avoit prévenu les gens de la louveterie, et de l'autre ayant contribué à la prompte exécution des ordres du Roi et au soulagement du pays par les mesures qu'il a prises pour que l'on chassât sur-le-champ, il n'est en aucune manière coupable.

Mesdames sont allées aujourd'hui à Saint-Cyr, à cause de M"® Victoire, que l'on désiroit beaucoup d'y voir depuis son arrivée ici. Mesdames ont trois carrosses, deux carrosses du corps et un carrosse des écuyers, parce qu'il y a trois écuyers de main et trois portemanteau.

Cliangemeiits dans les logements à Versailles. — Voyages du Roi et de la famîlfô royale. — Audience du prince de Wurtemberg. — Le Clergé prend congé du Roi. — L^assembiée accorde 16 millions au Roi. — Pour qui le Roi ^rend le deuil. — Départ de la famille royale pour Compiègne. — La Chapelle se règle sur la Bouche. — Changements dans les logements de Compiègne. — M"*^ d'Egmont douairière et son fils gagnent un procès. — Le Dauphin à la grand'messe; difficulté. — Mort de la maréchale de Noailles; — ses enfants, petits-enfants et arrière- petits-enfants. .— Mort de Mn»ede Sabran. — Les princes de Wurtemberg. — Chasses du Roi. — Indisposition de la Reine. ^ Maladie à Compiègne. — Mauvaise qualité des eaux de cette ville. — Le duc de ta Valiière présente des oiseaux au Roi.

— Inutilité de cet usage. — Le maréchal de Saxe à Compiègne. — La Reine aux Carmélites — Morts. — Fête de Saint-Jacques à la paroisse du château de Compiègne. — Prise d'habit aux Carmélites. — Éclipse de soleil.

— Usage pour les quêtes. — Abbaye donnée. — Règlement pour les carrosses du Dauphin , de la Dauphine et de Mesdames. — Salle du grand coiivert ^ Compiègne. ^ Décision de M'"^ de Luynes.

Du mercredi 3 juillet^ Versailles. -—Il y a quatre ou cinq jours que le Roi a fait plusieurs changements dans les logements ; je crois même que c'étoit pendant le dernier voyage de Rambouillet. L'appartement dans la galerie des Princes vacant par la mort de M. le grand Prieur a été donné à M. le chevalier de Montaigu, menin de M. le Dauphin (l). Il avoit un appartement en entresol donnant sur la seconde cour de la surintendance en allant chez M. le contrôleur général ; cet appartement a été donné à mon frère , qui n'en avoit point encore, et qui a toujours logé chez moi jusqu'à présent. L'appartement que M"** de Champagne avoit au-dessus de la Reine, entre M. l'archevêque de Rouen (Tavannes) et M. l'évèque de Chartres ( Fleury ) , a été donné à M"" de Civrac, ce qui la met plus à portée de M*"® la duchesse d'Antin, sa mère, qui loge dans l'aile des princes; et celui que W^ de Civrac avoit dans l'aile neuve a été donné au prince Constantin , ce qui le rend voisin de H. le cardinal de Rohan. L'appartement qu' avoit feu M. de Bissy a été donné à M. de Crémille.

Le Roi revint mercredi dernier de Rambouillet; il est parti lundi matin pour aller dîner à Choisy , d'où il partira samedi 6, de fort bonne heure, pour Compiègne<

Mesdames allèrent toutes trois souper et coucher à Choisy; elles vont aujourd'hui à la chasse avec le Roi. M. le Dauphin y est allé d'ici, et demain il va à Choisy. Le départ de la Reine est toujours fixé au mardi 9 de ce mois. Mesdames vont avec la Reine ; pour M"' la Dauphine, rien n'est si incertain que son départ; il dépend absolument des circonstances de sa santé : s'il y avoit le moindre soupçon de grossesse, elle n'iroit point du tout; sinon elle partira le samedi 6 , ou peut-être le jeudi li , et dans ce cas-là même elle ne sera que seize ou dixsept jours à Compiègne.

(1) TiC Roî s'y réserve un entre-sol. ( Note du duc de Luynes. )

Dimanche dernier 30 juin , le prince de Wurtemberg eut une audience particulière du Roi dans le cabinet. C'est le prince régnant; il a environ vingt ans; il est ici incognito (1), et a pris le nom de comte de Grunin- . gen (2). Il a avec lui plusieurs des grands officiers de sa maison, dont voici les noms : M. le baron de Reider^ grand écuyer; M. le comte Welchkinstein , lieutenant générai; M. le comte de Sintzheim, lieutenant-colonel; M. le comte de Papenheim, lieutenant-colonel ; M. le baron Schack, capitaine^ des gardes^ dont plusieurs ont le cordon de son ordre , qui est rouge.

Le même jour, le Clergé vint prendre congé du Roi. Ce fut M. rarchevèque de Toulouse (la Roche-Aymon) qui porta la parole. Le départ du Roi a avancé de quelques jours cette audience de congé. L'assemblée extraordinaire du Clergé, qui dure depuis un mois ou six semaines, doit finir dans peu de jours. Cette assemblée extraordinaire a été convoquée pour satisfaire au désir du Roi, qui ayant besoin d'argent a eu recours au Clergé. Il leur a demandé 16 millions, qui ont été accordés suivant Tusage; il leur a fait remise de 500,000 livres, comme cela se fait ordinairement. Le Clergé n'a point harangué la Reine, ce n'est pas Tusage.

Dn jeudi 4, Versailles. — J'ai marqué ci-dessus ( 21 juin ) que le Roi n'avoil point envoyé faire compliment au sujet de la mort du grand prieur; j'ai appris depuis que le Roi, la Reine, et par conséquent toute la famille royale,

(1) Sll avoit été traité en sonverain, il aaroiteii rhonneur des armes et les carrosses dn Roi; mais l'incognito est toujours d'usage en pareil cas. Le Roi Va très- bien reçu.

Il a ici ses deux frères ; iis^ont en France il y a quelque temps ; mais ils ne sont point venus avec loi , parce qnlls n'auroient pu être présentés qu'à la porte du cabinet. (Note du duc de Luynes,)

(2) On prononçait alors Groningue, Le comté de Gruningen , auquel était attachée la cornetle impériale, (ionuait au duc de Wurtemberg le droit de porter cette cornette.

60 MÉMOIRES DU DUC DK LUYJNES.

envoient chez M. le duc d'Orléans , chez M"® de Modène et chez M. le prince de Conty, à cause de feu M"*" la princesse de Conty, sa femme. A Tégard du deuil, le Roi ne le prend . que des souverains, ou des princes et princesses de son sang ou qui en ont les honneurs.

C'est M. de Chalmazel qui a été faire des compliments de la part de la Reine.

Du dimanche 7, Versailles. — M. le Dauphin et M"® la Dauphine partirent hier à onze heures et demie du ma* tin. Ils ont traversé Paris étant arrivés par la plaine.

Le Roi partit aussi hier pour Compiègne ; il s'embarqua à Choisy dans une gondole , à quatre heures après midi ; il avoit passé à Bercy, où il avoit monté dans ses carrosses; il avoit vu en passant la maison de M"** de Montmartel, où il resta un bon quart d'heure.

Rien n'avoit été si incertain que le départ de M"*® la Dauphine. On vouloit attendre qu'il fut assuré qu'il n'y eût aucun soupçon de grossesse ; et ce ne fut qu'hier matin qu'on en fut instruit. H. le Dauphin se leva à huit heures en robe de chambre, et alla lui-même donner l'ordre de faire avertir pour le départ , au garde du corps qui étoit en sentinelle.

La Reine a décidé aujourd'hui qu'elle partira mardi à la pointe du jour ^ elle passera par le pont tournant et les remparts; elle a chargé M™® de Luynes d'en avertir M. le prévôt des marchands.

Du vendredi 12, Compiègne. — Le Roi arriva ici le samedi 6, sur les onze heures du soir, et soupa à minuit dans ses cabinets.

La Reine alla entendre la messe le mardi 9, à la chapelle à Versailles, à trois heures du matin , et monta en carrosse à quatre heures. Dans le carrosse de la Reine il y avoit Madame dans le fond, M°»^ Adélaïde et M"* Victoire sur le devant, M"® de Luynes à la portière du côté de la Reine , M"** la maréchale de Duras à l'autre portière. Cette place devoit être occupée par M""* la duchesse de

Villars , qui a été obligée de s'en aller à Paris à cause de la maladie de M""* la maréchale de Noailles^ sa grandemère. La Reine avoit à sa suite ses deux autres carrosses du corps et un de Mesdames , qui étoient remplis par les dames du palais et les dames de Mesdames. M"*'' de Lalande et M"' de Charleval ont monté dans un carrosse de Mesdames ; parce que c'est un carrosse du Roi; elles ne montent point dans les carrosses de la Reine.

J'ai marqué ci-dessus que le premier médecin a droit d'avoir une place dans le carrosse des écuyers. M. Helvélius ayant voulu pour sa plus grande commodité venir dans son carrosse , sa place dans le carrosse des écuyers a été remplie par M. Delavigne, médecin ordinaire de M"* la Dauphine et médecin du commun chez la Reine. Outre tous ces carrosses , il y en avoit un en particulier pour la faculté de la Reine , c'est-à-dire quatre chirurgiens et un apothicaire. La sixième place étoit remplie par mon chirurgien, par un arrangement fait par M°* de Villars pour une de ses femmes.

Depuis que M™* la Dauphine est arrivée jusqu'à hier, elle a toujours vécu de la bouche du Roi , c'est-à-dire du détachement pour la bouche de M. le Dauphin, hors le dimanche au soir, qu'il y eut grand couvert. Quoit[ue ce fdt de la bouche de M. le Dauphin, M"* la Dauphine a été servie dans la même pièce où elle a coutume de manger. Sa dame d'honneur, sa dame d'atours et ses femmes l'ont servie comme à l'ordinaire; mon frère môme y a fait une fois les fonctions de premier aumônier ; mais depuis ce temps jusqu'à l'arrivée de la bouche de M™* la Dauphine le service a été fait par M. le cardinal de Soubise ou par un aumônier du Roi, étant certain que la chapelle aux repas doit se régler suivant la bouche. Nous avons vu dans d'autres voyages , et je dois l'avoir marqué , que la Reine donnant à souper au Roi en arrivant, l'aumônier de la Reine faisoit seul les fonctions. Au grand couvert, les deux aumôniers sont en

fonction parce que les deuk bouches servent; et tous les jours M*"^ la Dauphine donnant à souper à M. le Dauphin, mon frère ou Taumônier de quartier dit seul le Benedicite et les grâces.

Le Roi, qui n'étoit point venu ici depuis 1740, y a trouvé plusieurs logements nouveaux qu'il avoit ordonnés avant d'en partir; un nouveau jeu de paume construit auprès de la porte-chapellej Tancien, pas entièrement détruit, dans lequel on a fait des logements et des cuisines pour M"* la Dauphine. .

L'appartement qu'avoit M. le Dauphin en 1740 est occupé présentement par Madame et M"® Adélaïde, et M"* Victoire a celui d'au-dessus, qui étoit à feu M"® la Duchesse douairière. La salle des gardes, qui séparoit Tappartement de M. le Dauphin en 1740 et celui destiné à M*"* la Dauphine qu'occupoit M"* de Chàtillon , a été séparé en deux et forme deux antichambres , l'une pour Mesdames et l'autre pour M"* la Dauphine.

L'appartement qu'occupoit en 1740 M. le cardinal de Fleury est présentement celui de M. le Dauphin. Celui qu'a voit M. le Cardinal auparavant et qui depuis a été à M. le duc d'Orléans, a été donné à M*"® de Luynes et à moi ; il donne sur la terrasse de la Reine. Celui que j'avois auparavant a été donné à M. le Premier; il est en bas dans la cour, ainsi que celui qu'occupoit M"" de Clermont, et qui a été donné à M°*® de Modèn^.

M. le cardinal de Soubise a le logement qu'avoit M. le cardinal de Rohan dans la cour de l'ancien jeu de paume.

M. le cardinal de Tencin est logé à l'abbaye Sainte- Corneille.

La Reine alla hier aux Carmélites, où elle s'est fait faire un petit appartement, qui n'a été fini qu'eni 740 et qu'elle n'avoitpas encore vu. M. le Dauphin et M"® la Dauphine y avoient déjà été deux fois et Mesdames une fois.

Les ministres étrangers arrivent ici depuis deux jours ;

ils sont logés ici dans la ville ^ comme à Fontainebleau.

Nous avons appris aujourd'hui, par une lettre de IP* de Chalais à M"* de Luynes, que M"* de Périgord est accouchée à Versailles d'un garçon.

Nous avons appris aussi que M"'*' d'Egmont douairière et M. son fils ont gagné un procès considérable au sujet de la substitution de la. maison d'Egmont, qu'on prétendoit faire casser en rapportant un testament fait par l'un des ancêtres de H. d'Egmont; mais il s'est trouvé que ce testament n'étoit olographe qu'en partie et qu'il étoit fini par la main d'un secrétaire y et d'ailleurs il s'est trouvé i^mpli d'absurdités insoutenables. Entre autres^ le testateur ne donnoit que 1^000 écus une fois payés à sa sœur, et laissoit 4.^000 livres de* pension à son page. Les parties adverses ont été condamnées aux dépens et à Faménde.

Du mercredi 17, Compiègne. — M. le Dauphin et M"® la Dauphine allèrent dimanche dernier entendre la grande messe à la paroisse Saint-Jacques. L'aumônier de quartier du Roi qui est auprès de M. le Dauphin et mon frère y étoient. Ce fut l'aumônier de quartier (l'abbé de Sainte- Aldegonde) qui présenta l'évangile et la paix à baiser à M. le Dauphin et à M"' la Dauphine et le pain bénit; il avoit raison pour le pain bénit , mais non pas pour l'évangile. M. le Dauphin en a fait l'observation aujourd'hui à mon frère, et en effet ce ne peut être une question; elle a été décidée provisionnellement en faveur de M. le cardinal d^Auverjgne, qui n'étoit plus premier aumônier lorsque le Roi alla au Te Deum à Notre-Dame, au retour de la campagne de 1745. Le même cas arriva au mariage du duc de Penthièvre ; il n'est pas douteux que lorsqu'il il y a un cardinal , un archevêque ou un évêque , quoiqu'ils ne soient point en charge , ils doivent présenter l'évangile et la paix à baiser, de préférence à un simple prêtre quoiqu'on charge. Il est vrai que mon frère n'étoit point en rochet et camail; mais M. de Sainte-Aide-

gonde n'étoit pas non plus en rochet et en manteau long.

DujeudiiSjCompiègne. — Nous apprîmes ici avanthier que M"® la maréchale de Noailles mourut, à Paris, la nuit du 15 au 16. Elle étoit Bournonville ; elle avoit au moins quatre-vingt-treize ans, on avoit dit même quatre-vingt-seize. Elle avoit eu vingt et un enfants , dont dix garçons, dont il ne reste que M. le maréchal de Noailles, et onze filles, dont huit ont été mariées et une religieuse. Ces huit sont : M™® la duchesge de Gramont, M"* de Coëtquen, M'"Ma maréchale d'Estrées , M"»^ de la Vallière, M"' de Beaumanoir, M"** de Gondrin, depuis comtesse de Toulouse, la première femme de M. de Chàteaurenaud, et M™* de Louvois, qui est aujourd'hui j|rae ^ç Mancini. Il ne reste plus que cinq de ces filles, savoir : M"*" de la Vallière , M™® de Beaumanoir, M"*^ la comtesse de Toulouse, M™* de Mancini et la religieuse, qui est aux filles Sainte-Marie de la rue du Bac. Les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de M^Ma maréchale de Noailles, tant morts que vivants, ont été au nombre de près de cent; il en reste encore près de soixante vivants. Il y a trente-six où trente-sept personnes chez qui il faut se faire écrire indispensablement, sur quoi vingt-six de titrés, chez qui le Roi, la Reine, M. le Dauphin , M™' la Dauphine et Mesdames envoient faire des compliments.

Il y a quatre ou cinq jours M""^ de Sabran mourut de la poitrine ; elle étoit fille de M™^ de Coëtlogon du Revest, qui étoit attachée à M"® la Duchesse. Elle étoit extrêmement petite, le nez fort long. Elle étoit dame d'honneur de M""^ la duchesse de Chartres.

Les princes de Wurtemberg arrivèrent ici lundi, et soupèrent chez M. de Puisieux; mardi ils dînèrent chez M. d'Argenson et soupèrent chez moi. Hier, le cardinal de Tencin leur donna à dîner et M. de Maurepas à souper. Aujourd'hui ils ont déjeûné chez le prince Charles, qui les

a menés au rendez-vous ; ils ont été à la chasse du cerf sur des chevaux du Roi de la petite écurie et iront coucher ce soir à Chantilly. L'alné est le duc de Wurtemberg, qui a 10 ou 12)000 hommes de troupes et 9 millions de revenus. Il est d'une assez jolie figure; ils sont tous trois catholiques. J'ai marqué que Falné s'appeloit le comte de Gruningen (1), à clause d'une espèce d'incognito. C'est un comté qui est dans ses États. Il s'en retourne dans fort peu de jours chez lui. Il doit épouser le 30 du mois prochain une princesse de Bayreuth , fille de la sœur aînée du roi de Prusse. Les deux princes sont : l'un, le prince Louis , qui est chevalier de Malte ; l'autre, le prince Frédéric, qui a l'ordre de Wurtemberg.

Du nombre de ceux des principaux officiers du duc de Wurtemberg qu'il a amenés avec lui , le baron de Reyder, son grand écuyer, n'est point venu ici : il est resté malade à Paris; et le comte de Papenheim est parti pour retourner à Stuttgard. Celui^i est un jeune homme, qui cependant a le grade de lieutenant-colonel. Il est fils du grand maréchal de l'Empire. Les autres principaux officiers du duc ou des princes qui sont venus avec eux sont au nombre de six, savoir : le comte de Walkenstein , qui a le grade de lieutenant général et le cordon rouge de Wurtemberg; le comte de Sintzeim, qui aie grade de lieutenant-colonel ; le baron de Schack, capitaine des gardes du duc de W^urtemberg; un François réfugié; que Ton appelle M. de Montaulieu, qui est protestant ; il est gouverneur des deux princes ; le fils de M. de Montaulieu et un autre jeune homme , que l'on appelle le baron de Ickschel [?]. Les deux princes ne s'en vont point avec le duc de Wurtemberg; ils restent encore quelque temps.

Le Roi va à la chasse ici ordinairement quatre fois

(l)OiiGroningue<

dans la semaine ; trois chasses du cerf et une du sanglier. Mesdames ont été beaucoup à la chasse , et toujours à cheval toutes trois. M"' la Dauphine court souvent en calèche. M. le Dauphin monte à cheval aussi à presque toutes les chasses de cerf, mais il parolt s'en amuser peu.

La Reine a presque toujours été incommodée depuis qu'ejle est ici ; elle eut de la colique dès le lendemain de son arrivée, qui Ta obligée de se purger au bout de trois ou quatre jours. Elle n'a fait encore d'autres promenades que sur la terrasse et n'a été à d'autres couvents qu'aux Carmélites. Cette incommodité de la colique est fort à la mode ici depuis le commencement du voyage. Le Roi même s'en est un peu senti, mais heureusement sans aucune suite. On prétend que les eaux en sont la cause, parce que ce sont presque toutes des eaux de puits; cependant le Roi et la Reine boivent ici la même eau qu'à Versailles, et presque tous ceux qui sont en état d'envoyer quérir de l'eau à Mouchy, à deux lieues d'ici> ou à une autre fontaine qui est à une lieue , ne font point d'usage . de l'eau de Compiègne.

Du mardi 23, Compiègne. — Avant-hier, M. le duc de la Vallière vint faire les premières fonctions de sa charge de grand fauconnier. Il présenta au Roi des oiseaux que l'on envoie tous les ans pour la fauconnerie et qui sont pris dans différents endroits du royaume ; c'est apparemment un usage ancien, mais très-peu utile. J'ai entendu dire au Roi que de ces oiseaux il y en avoit peutêtre trois ou quatre dont on faisoit usage et que l'on tuoit les autres.

11 y a deux ou trois jours que M. le maréchal de Saxe est arrivé ici avec plusieurs de ses aides de camp, entre autres M. le comte de Frise, son neveu , colonel d'un régiment nouveau, qui porte le nom de M"^ la Dauphine. Il a laissé le commandement de l'armée à M. de Lowendal ; il est venu faire une course et s'en retourne aprèsdemain. Il a été très-bien reçu , cela est aisé à croire.

Depuis que la Reine est entièrement guérie de la colique qu'elle a eue en arrivant, elle a beaucoup fait usage des Carmélites; elle y fit porter hier son dîner, y dîna avec M'^*' de Saint-Florentin, M*"*^ d'Agénois, et y resta jusqu'à six heures. Hier étoit le troisième jour d'une solennité qu'il y a eue dans cette maison à Toccasion de la centième année de leur établissement à Compiègne. Le Saint-Sacrement a été exposé samedi, dimanche et lundi; il y a eu sermon tous les jours, par différents ecclésiastiques de Compiègne. La Reine a assisté à deux sermons; samedi et lundi, il y eut un salut chanté par la musique du fioi. Cette maison n'est actuellement composée que de quatorze religieuses de chœur, cinq sœurs au voile blaûC et une postulante ; elles n'ont que 1,000 livres de rente et doivent 26 ou 27,000 livres. Le Roi leur fait donner totts les ans; la Reine, cette année, leur a fait donner 100 louis; M. le Dauphin et M""^ la Dauphine 50, et Mesdames 25 entre elles trois. Il y a eu aujourd'hui une élection dans cette maison; la prieure étoit morte il y a trois mois. C'est M°*® Descajeuls qui a été élue à sa place ; elle est sœur d'un chef de brigade des gardes du corps, qui est maréchal de camp.

La Reine alla pour la première fois dimanche à la grande messe à Saint-Jacques et au prône. Tous les autres jours elle a entendu la messe ici è, la chapelle, où tout se passe comme à Versailles, excepté qu'on n'allume point de flambeaux au sanctuSy ni à la messe du Roi ni à la sienne (1).

Le départ de M"*^ la Dauphine est fixé au 3 du mois prochain ; on croit que celui du Roi et de la Reine pourroit bien être i^etardé de plusieurs jours.

(t) M;' rarchévèqae de Rouen m^adit en aToir demandé la raison. On lui a dit que ce sont les. missionnaires de la chapelle de Versailles qui sont chargés de fioumir les flambeaux^ et que cet usage n'a point été établi ici, où ce sont les Capucins qui desservent la chapelle, et que Ton n'a point chargés de cette fourniture. (Note du duc de Luynes.)

Il y a ici une mauvaise comédie établie dans la ville comme ' les autres voyages , et Ton commence à y aller.

J'ai oublié de marquer la mort de M. l'évèque de Dol (Sourches), âgé de soixante-quinze ans. Il est mort dans son diocèse, le 30 juin. L'abbé de la Briffe est mort, à Dijon y le 23 juin, âgé de trente-sept ans ; et le 20, à Paris, l'abbé Raguet, prieur d'Argenteuil, âgé de quatrevingt-un ans.

On a appris depuis plusieurs jours la mort de M, de Guitaut, le 10, âgé de soixante-six ans, ancien lieutenant général. Sa veuve est Villatte-Chamillart, sœur de M"*^deBrienne.

J'ai aussi oublié de marquer l'accession de M. de Soto* Major aux articles préliminaires, au nom du roi d'Es* pagne, et celle de M. Doria pour la république de Gênes. Cet article est du 28 juin. La ratification de la reine de Hongrie est arrivée à Aix-la-Chapelle à peu près dans le même temps.

Du vendredi 26, Compiègne. — Hier étoit la Saint- Jacques, patron de la paroisse du château. M. le Dauphin et M'"^ la Dauphine allèrent à la grande messe. M. le Dauphin alla à l'offrande, et M"^ la Dauphine n'y alla point, parce que c'étoit M. le Dauphin qui rendoit le pain bénit. Dans tous les voyages de Fontainebleau et de Compiègne, c'est Tusage. Le Roi , la Reine , M. le Dauphin, M"® la Dauphine, et tous les princes et princesses qui ont leur maison, rendent le pain bénit; quoique M. le Dauphin n'ait point de maison à lui , cependant il a un détachement de la bouche du Roi pour sa personne. Il n'y eut que M. le duc de Fleury qui suivit M. le Dauphin à l'offrande. Ce fut mon frère qui présenta l'Évangile et la Paix à baiser à M. le Dauphin et à M"' la Dauphine, ce qui est de droit comme évêque ; je l'ai dit ci-dessus. L'aumônier du Roi, qui est auprès de M. le Dauphin , étoit occupé pendant ce temps à marcher à la tête du pain

bénit ; mais il auroit été présent, les deux fonctions dont je viens de parler auroient toujours appartenu à mon frère. L'aumônier fut revenu assez tôt pour présenter le pain bénit à M. le Dauphin ; il le présenta aussi àM*"^ la Dauphine, ce qui est suivant la règle.

Aujourd'hui, M"*® la Dauphine a fait la cérémonie d'une prise d'habit aux Carmélites , et c'est mon frère qui y a officié en rochet et camail. L'évêque officiant reste à la grille en dehors. Tout ce qui étoit à la suite de M. le Dauphin et de M"* la Dauphine, hommes, femmes, les gardes du corps, les valets de pied et porteurs de chaises, tout est entré; on nous a fait entrer aussi, M"' de Luynes et moi , quoique nous n'eussions pas eu l'honneur de les suivre. Quoique M. le Dauphin ait assisté à toute la cérémonie , il n'y avoit que M"* la Dauphine qui fût en représentation ; et c'est à elle que le prédicateur, qui est le recteur des Jésuites d'ici , a adressé la parole.

Hier, le Roi a été occupé toute la matinée à observer l'éclipsé du soleil, qui a été de neuf doigts. M. deThury, fils de M. de Cassini , et H. de la Condamine , tous deux de l'Académie des sciences, étoient venus ici exprès pour faire les observations, et ils en sont venus à bout quoique le temps fût assez couvert. Le Roi, la Reine et toute la famille royale allèrent Taprès-dlnée entendre les vêpres à Saint-Jacques, et M"® de la Rivière quêta. Lorsque c'est une dame qui quête, il n'est pas douteux que c'est le Roi qui donne lui-même, et l'argent est remis à S. Ml par l'un de ses aumôniers ; mais lorsque ce sont des quêteuses de la paroisse, c'est l'aumônier qui donne pour le Roi. C'est l'usage qui s'observe à la paroisse Notre-Dame à Versailles . Ici le Roi donna lui-même il y a quelques jours à une quêteuse de la paroisse. M"* la maréchale de Duras prit la liberté de lui faire l'observation que je viens de marquer, et le Roi lui répondit que ce n'étoit pas comme à Versailles, que c' étoit ici les dames de Compiègne qui

quêtoient. M. le Dauphin et M"® la Dauphine ont suivi l'exemple du Roi, et ont donné eux-mêmes.

M. Tarchevôque de Tours ; est venu ici faire son remeyclment ; le Roi, vient de lui donner l'abbaye de Vauluisant, diocèse de Sens, vacante par la mort de Tançien archevêque de Resançon ( Monaco ) .

Du lundi 29, Compiègne, — Le Roi a réglé depuis peu de jours que lorsque M. le Daupbin , M*"* la Dauphine ou Mesdames iroient avec lui ou avec la Reine, leurs carrosses marcheroient devant, au lieu qu'ils avoient coutume de marcher derrière. Les dames qui montent dans les carrosses de M"*^ la Dauphine et de Mesdames ne pouvant arriver soit au rendez-vous de chasse, soit dans une église, que longtemps après le Roi, M""® la Dauphine et Mesdames se trouvoient seules en arrivant, et au rendezvous de chasse même elles étoient obligées d'attendre. J'ai déjà marqué que cet usage avoit été pratiqué à Versailles pour les carrosses et les dames de la Reine à l'occasion des ballets.* J'ai vu partir le Roi aujourd'hui pour le rendez-vous , en gondole, avec M"*^ la Dauphine et Mesdames ; tous les autres carrosses marchoient devant celui où étoit le Roi. M. le Dauphin n'a point été à la chasse; il a une fluxion sur les deux joues; il ne soupa point hier au grand couvert.

Je dois avoir parlé, à l'occasion d'autres voyages , de la position de l'appartement de la Reine ici. Je répéterai donc seulement qu'une grande pièce à trois croisées, donnant sur la cour que Ton trouve après avoir traversé la salle des gardes , est également le passage .pour entrer chez le Roi en tournant à gauche, ou chez la Reine en allant tout droit. Cette pièce est celle où le Roi mange au grand couvert. Tout le jour elle est censée être de l'appartement du Roi; mais le soir, lorsqu'il y a. grand couvert, elle fait par extraordinaire une partie de l'appartement de la Reine, et est gardée par des huissiers de l'antichambre de la Reine , parce qu'il est de règle que

AOUT i748. 71

lorsque le Roi mange au grand couvert avec la Reine, c'est toujours chez la Reine. Dans cette pièce, il y a deux chandeliers dont le revenant bon des bougies est partagé par la moitié entre les huissiers du Roi et ceux delà Reine par un accord fait entre eux. La première femme de chambre, qui a droit sans contredit sur toute la bougie derappartement de la Reine, et par conséquent sur celle de la pièce où le Roi mange ordinairement au grand couvert, a prétendu que les bougies de cette pièce de voiençt lui revenir; elle en a même parlé au Roi, chez qui elle a les entrées familières, ayant été sa nourrice ; mais le Roi n'entre point dans de pareils détails. L'affaire est revenue à M"" de Luynes, qui, sachant que le Roi n'avoit point donné de décision, a décidé en faveur des huissiers, parce que c'est un extraordinaire. J'ai déjà marqué une décision semblable donnée par M™^ de Luynes contre la première femme de chambre de la Reine , par rapport' aux bougies de l'appartement de M. le comte de Clermont, dans le temps que la Reine l'occupoit, parce que cela fut regardé comme extraordinaire.

Flnxion du Dauphin. — Mort de M. de Mailly. — Présentation. — Le Roi blesse M. de Bottier à la chasse. ^ Difûculté entre les aumôniers. D^où Tienniont en général les diffîcuité^. — Chasses du Roi. — Chapitre de l'Ordre. — Travaux dans les appartements à Versailles. — La Reine, le Dauphin et la Dauphine font leurs dévotions. — Chasses du Roi. — Piété de la Reine et de ses enfants. — MM. de Saint-Séverin et^e Lowendal font leurs révérences au Roi. *-> Aventure arrivée à la Martinique. — Procession pour le vœu de Louis XIII. — Aventure tragique arrivée pendant la procession. — Pourquoi la niaison-bouclie du Roi et celle de la Reine rendent le pain bénit le 16 août. — Indisposition de Madame. — Attention du Dauphin et de la Dauphine pour la Reine. — Retour de la Reine à Versailles; elle s'arrête à Sèvres chez M"® d'Armagnac. — Le Roi tombe de cheval. — Rédnction de l'armée. — Mort deTorfévre Germain. — Retour du Roi à Ver sailles ; H fait collation à La Celle. — Grand couvert le jour de la Saint- Louis, —r Panégyrique de saint Louis. — Le Roi à Choisy. — Audience

du Roi à la Ville et aux États de Languedoc. -* Nouvel arrangement à la chapelle. — Le Dauphin et la Daupliine à Paris et à Sèvres che% jVfme d*Armagnac. ^ Le roi de Pologne à Trianon et à Versailles.

Du jeudi 1" août, Compiégne. — M. le Dauphin et M""^ la Dauphine dévoient partir demain pour retourner à Versailles ; cet arrangement est changé d'hier. M. le Dauphin a depuis trois ou quatre jours une fluxion assez considérable sur la joue, qui vient d'une dent gâtée. La fluxion s'est étendue sur l'autre joue. 11 s'est formé un petit abcès qui donna occasion avant-hier au soir à un petit mouvement de fièvre.^ La nuit, la douleur fut assez grande ; M. le Dauphin désira fort qu'on lui donnât un petit coup de lancette , ce que La Martinière fit hier matin; il sortit peu de matière dans le moment, mais il en vint dans la journée ; l'enflure diminua et la douleur se calma dans le moment. On a fait venir de Paris le nommé Mouton , arracheur de dents , qui a arraché la dent ce matin ; c'étoit une grosse dent qui étoit gâtée ; il ne reste plus présentement d'autre douleur que celle de l'opération. On ne dit encore rien du jour du départ de M. le Dauphin et de M"*® la Dauphine. Les dames qui doi' vent suivre M™* la Dauphine étoient dès hier en robe de chambre. Elles ont été deux jours dans cet habillement.

On apprit hier matin la mort de M. de Mailly; il avoit environ cinquante-trois ou cinquante-quatre ans et étoit malade depuis bien longtemps. C'est l'ainé de la maison de Mailly. 11 avoit épousé la fille aînée de M. de Nesle, qui fut faite dame du palais de la Reine à la mort de M"* de Nesle sa mère. M"^ de Mailly, en se mariant, n'avoit point eu de douaire; mais tout le bien de M. de Mailly, montant à 15 ou 16,000 livres de rente, lui avoit été assuré par le contrat de mariage.

M. le duc et M"*^ la duchesse de Chartres viennent de temps en temps ici, mais ils ont presque toujours été à Villers-Cotterets. W" la duchesse de Chartres présenta il y a sept ou huit jours, ici , m lïQUvelle dame d'honneur.

M°* de Polignac , qu'elle a prise auprès d'elle à la place de M"'' de Sabran. M"® de Polignac est Curzé; son mari, qui est de même maison que le cardinal de Polignac, est chambellan du roi de Pologne duc de Lorraine.

11 y a sept ou huit jours que le Roi alla tirer des perdreaux ici dans la forêt. M. de Buttler, écuyer de la grande écurie, qui court toujours achevai devant le Roi, étoit à cheval à la suite de S. M.; il vit partir un petit perdreau qui voloit fort bas , il leva la main pour le prendre ; le Roi, qui vouloit tirer ce perdreau , vit le mouvement de M. de Buttler et laissa le perdreau s'éloigner, après quoi il le tira; malgré cette précaution , il y eut un grain de plomb qui se sépara des autres et qui perça un doigt de part en part de la main droite de M. de Buttler, dans les chairs; la blessure fut très-légère et n'a eu aucune suite. Dès que le Roi l'aperçut, il vint à M. de Buttler avec toutes sortes de marques de bonté, et parut affligé de cet accident et infiniment occupé de tout ce qui pouvoit contribuer à le guérir promptement.

Du samedi 3, Compiègne. — J'ai parlé ci-dessus de ce qui s'est passé ici à Saint-Jacques au sujet de présenter l'Évangile à baiser. Le prince Constantin a écrit à M. le cardinal de Rohan au sujet des droits que pouvoit lui donner sa charge de premier aumônier. En pareil cas, le prince Constantin a dit à M. Tarchevêque de Rouen , de qui je le sais, la réponse qui lui a été faite par M. le cardinsd de Rohan. M. le cardinal de Rohan convient que lorsqu'il y a un évéque en rochet et camail, quoiqu'il ne soit pas en charge , il doit présenter au Roi et à la Reine , et en l'absence de l'un et de l'autre à M. le Dauphin et à M"*® la Dauphine , l'Évangile et la Paix à baiser, à l'exclusion de Taumônier de quartier du Roi ; mais il faut pour cela , à ce qu'il prétend , que l'évèque soit en rochet et camail. Il ajoute que ce n'est pas la même chose pour le grand et le premier aumônier; que

l'un et l'autre sont en charge , au lieu que les aumôniers de quartier n'y sont pas ; et qu'ainsi, quoiqu'il y ait un évoque en rochet et camail, quand même il seroit grand aumônier de la Reine ou premier aumônier de. M"® la Dauphine, le premier aumônier du Roi doit avoir la préférence pour présenter au Roi ou à la Reine , pu en leur absence à M. le Dauphin et à M°® la Dauphine, l'Évangile et la Paix à baiser. Il sembleroit que les exemples devroient décider cette prétention (1); mais comme on n'a aucune attention à écrire les faits qui se passent journellement et que Ton oublie souvent ceux qui se sont passés l'année d'auparavant, à plus forte raison ignoret-on les faits anciens. On ne se souvient que d'un premier aumônier qui le fut avant que d'être évèque et qui le fut depuis ; c'étoit M. de Coislin , évéque de Metz , et on n'a aucune idée de ce qui se passa dans ce temps-là. Ce qui pourroit donner quelque fondement à la prétention du premier aumônier, c'est qu'il a droit d'être en rochet et camail noir, quoiqu'il ne fût pas évêque ; cela a été décidé par le Roi en faveur de M. le prince Constantin. M. l'abbé deFleury, aujourd'hui évêque de Chartres , lorsqu'il fut fait premier aumônier, demanda de pouvoir être en rochet et camail, ce qui lui fut refusé. Il demanda en même temps de pouvoir avoir un tabouret devant le prie-Dieu du Roi et de la Reine, ce qui

(l) 11 y en a même d'assez récents : Tan est à Notre-Dame à Paris en 1745. Le Roi y entendant la grande messe, à son retour de la campagne, M. Pabbé d'Ândlau, aumônier de quartier de S. M., prit le livre des Évangiles pour le présentera S. M., qui lui dit: « Ce n'est point à vous, c'est à M. le cardinal d^Auvergne. » En conséquence, M. le cardinal d^Auvergue fit cette fonction, quoiqu^il ne fût plus en charge.

Un autre exemple est au mariage de M. le duc de Penthièvre. M. Tarchevéque de Bourges et M. Parchevéque de Rouen étant présents , lorsqu^on a[>porta le livre des Évangiles pour le présenter, S. M. demanda lequel des deux archevêques étoit le plus ancien et lui adjugea Thonneur de lui présenter le livre des Évangiles. On pourroit citer beaucoup d'autres exemples. ( JNote du duc de Luynes, }

AOUT 1748. 7b

\ lui fut accordé seulement pour les jours que la Reine seroit à la chapelle^ le Roi n'y étant point. M. Tarchevêque de Rouen, qui m'a raconté tout ce détail, m'a ajouté que M. l'abbé de Breteuil, qui a été depuis évéque de Rennes, et quiavoit la charge de maître de la chapelle , avoit pris une fois le rochet et camail en conséquence de sa charge , mais qu'on lui avoit dit de ne plus faire usage de cet habillement. Aux cérémonies de l'Ordre, M. l'abbé d'Harcourt, quoiqu'il ne soit que prêtre, porte le rochet et le camail violet. M. Tabbé de Ponaponne. porte aussi le même habillement à ces cérémonies ; ce qui est encore plus remarquable , parce qu'il fait ses révérences comme les commandeurs laïques, et non pas comme les ecclésiastiques. M. le cardinal de Rohan , pour confirmer le droit du premier aumônier, privativement aux évêques, ajoute l'exeimple de M. de Coislin, alors évoque de Metz et premier aumônier, qui se trouva à une grande inesse avec le Roi , M. le cardinal de Polignac y étant; et ce fut lui, et non pas M. le cardinal de Polignac, qui donna l'Évangile à baiser au Roi.

Du lundi 12, Compiègne, — Je partis d'ici dimanche 4 de ce mois pour aller passer quelques jours à Dampierre. Je revins ici hier. Je trouvai en chemin le Roi, qui alloit tirer dans la plaine de Saint-Denis et qui de là a été coucher à la Meutte, d'où il compte continuer à tirer aujourd'hui et demain , et revenir ici mardi ou mercredi matin pour courre le cerf ce même jour mercredi.

Le. départ du Roi, de M. le Dauphin, de M'"*' la Dauphine est fixé au 21. Le Roi couchera à la Meutte, et retournera le 24- au soir à Versailles. M. le Dauphin, M"® la Dauphine iront tout droit à Versailles.

La Reine part d'ici le 19 avec Mesdames. Pendant mon absence , la Reine a fait l'honneur à M""^ de Luynes de venir souper chez elle ; elle y est venue tous les jours qu'il n'y a pas eu grand couvert, c'est-à-dire le li)ndi 5, le mercredi 7, le jeudi 8 et le samedi 10.

Il y eut ici vendredi dernier un chapitre de TOrdre pour recevoir les preuves de M. de Saint-Séverin (1). Je ne m'y trouvai point ; j'étois , comme je l'ai dit , à Dampierre, et M. de Saint-Florentin ne voulut point qu'on m'envoyât un courrier pour m'avertir. Il y avoit ici la surveille deux ou trois chevaliers de l'Ordre qui allèrent à Paris pour leurs affaires et n'assistèrent point au chapitre; ils avoient demandé permission. Il s'y trouva dixhuit ou vingt chevaliers, et il ne fut uniquement question que de la lecture d'un mémoire contenant les preuves de M. de Saint-Séverin; en conséquence, le Roi lui permettra sans doute de porter le cordon de l'Ordre.

La Reine avoit paru déterminée à n'aller ici dans aucun couvent que dans ceux où elle iroit avec le Roi et aux Carmélites, qu'elle aime particulièrement; cependant elle alla dimanche dernier entendre le salut à la Congrégation, avec M. le Dauphin, M™^ la Dauphine et Mesdames.

Dans mon petit voyage , j'ai passé par Versailles ; j'y ai vu le nouveau plafond du cabinet du conseil, qui est fini et qui est trois pieds plus bas que l'autre ; bn a gratté et blanchi tout ce qu'il y avoit de dorure dans ce cabinet, et on la refera à neuf pendant le voyage de Fontainebleau,

On travaille aussi à quelque nouveau changement dans l'appartement que le Roi a donné à M"** de la Rivière, qui n'en avoit point; cet appartement estr celui qu'occupoit M. des Marets, grand fauconnier. C'est dans l'aile neuve, dans la petite galerie, en haut, auprès de ce qu'on appelle la rue de Noailles, où logent actuellement M. et M™* de Chalais, M"»^ de Boufflers, M. et M™« de Talleyrand,

(1) Chacun y assista en habit ordinaire. On ne se sert des habits de cérémonie que lorsque Ton va du chapitre à l^église. ( Note du duc de Luynés.)

J'ai appris pendant mon absence que les ordres ont été envoyés pour faire revenir la maison du Roi, qui se mettra en marche du 12 au 15 de ce mois.

Pendant que j'ai été absent , la Reine a envoyé Madame faire la cérémonie de donner le voile à une fille postulante aux filles Sainte-Marie d'ici.

Du mardi 13, Çompiègne. — M. de Saint-Séverin , dont on annonçoit l'arrivée depuis plusieurs jours, est enfin arrivé ce matin ; il ne doit y passer que trois ou quatre jours.

Dm mercredi 14. — La Reine a fait ses dévotions aujourd'hui aux Carmélites , M. le Dauphin aux Jésuites , et ensuite M"* la Dauphine. Mesdames ont été à la Congrégation.

M. le duc de Gesvres m'avertit hier au soir que M. le Dauphin souhaitoit que j'eusse l'honneur de le suivre pour tenir la nappe de communion. Je me suis rendu à huit heures .chez M. le Dauphin, qui s'étoit levé dès six heures et s'étoit habillé tout de suite. Le P. Pérusseau l'attendoit dans sa chambre; il Ta fait entrer dans son cabinet, où il s'est confessé ; il est sorti fort peu de temps après avec l'habit, le manteau, le collier du Saint-Esprit et celui de la Toison ; il est monté en carrosse à la porte de la cour, le Roi n'étant point éveillé. M. de Gesvres a monté ensuite le premier, comme service , et s'est mis sur le devant. M. le Dauphin m'a fait signe de monter; je me suis mis à côté de M. de Gesvres; il a fait signe ensuite à M. de Sassenage , il s'est mis à la portière du côté de M. le Dauphin; il n'y avoit que lui de menin. On ne peut faire un voyage plus, court, les Jésuites étant à la porte du château. M. le prince Constantin attendoit M. le Dauphin aux Jésuites, pour lui dire la messe. M. le cardinal de Rohan est dans son diocèse ; M. le cardinal de Soubise, qui a une très-mauvaise santé , se. trouva mal , étant aux Jacobins au salut avec le Roi, le dimanche 4. C'étoit le commencement d'une

maladie qui l*a obligé d'aller à Paris. M. de Gesvres s'est mis avec son carreau derrière le fauteuil de M, le Dauphin, et moi avec le mien à la droite de M. de Gesvres. Le P. Pérusseau étoitàcôté du prie-Dieu en rochet; il avoit à sa droite , en avant du prie-Dieu , Taumônier de quartier du Roi qui sert auprès de M. le Dauphin et qui étoit aussi en rochet. M. le pri<aoe Conjstantin est venu d'abord donner de l'eau bénite à M. le Dauphin^ suivant l'usage ordinaire. On sait que l'on ne présente jamais Teau bénite au Roi, à la Reine, à M. le Dauphin , à M"*' la Dauphine et à Mesdames, et qu'elle se donne par aspersion après Tévangile- Le clerc de chapelle est venu apporter à l'aumônier de quartier plusieurs pains, sur la patène , non consacrés; Taumônier en a pris un , avec lequel il a touché tous les autres et Fa donné au clerc, qui l'a mangé sur-le-champ; l'aumônier a présenté ensuite la patène à M. le Dauphin , qui a pris un pain et Ta remis au clerc de chapelle ; c'est ce p^in qui a été consacré. Le clerc a aussi apporté le livre des Évangiles, ouvert et couvert du voile du calice ; il l'a présenté à l'aumônier de quartier, qui l'a donné à baiser à M. le Dauphin ; ensuite il Fa rendu au clerc qui l'a fermé et reporté à M. le prince Constantin , qui attendoit à l'autel, parce qu'à la messe d'aujourd'hui il n'y a point de Credo. La nappe de communion étoit placée sur le balustre du chœur. L'aumônier de quartier a passé, en dedans du chœur, et s'est placé au coin de la nappe , du côté gauche de M. le Dauphin; je me suis mis à la droite de M. le Dauphin et M. de Gesvres à sa gauche, et nous avons soutenu chacun un coin de la nappe. J'ai pris la droite, comme plus ancien duc et pair, parce que, comme je Fai dit ailleurs , ceci est une fonction de dignité et non de charge. La messe finie, le prince Constantin est venu apporter le livre corporal à baiser à M. le Dauphin, et le clerc de chapelle a présenté le goupiHon A F aumônier de quartier, qui a donné de Feau bénite à M. le

Dauphin y et a rendu ensuite le goupillon au clerc. Je n*ai mis tout ce détail que pour en parler une fois; c'est ce qui se pratique ordinairement ; j'ai eu peu d'occasion de voir cette cérémonie. M. le Dauphin a entendu une seconde messe dite par un clerc de chapelle , après quoi il a remonté en carrosse pour revenir au château ; il n'a pas descendu dans la cour, parce qu'il n'étoit pas jour chez le Roi^ qui n'étoit arrivé qu'à quatre heures du matin.

Du jeudi 15, jour de Notre-Dame^ Compiégne. — Le Roi arriva la nuit d'avant*hier à hier sur les quatre heures du matin. Dimanche, il monta à cheval au Bourget, à la fin d'un grand orage dont il essuya une grande partie en chemin. Il tira dans la plaine Saint-Denis et dans le petit parc de la Meutte. Le dimanche, le lundi et le mardi, on compte qu'il y a eu environ 3,000 pièces de gibier tuées ou estropiées, tant par le Roi que par ceux qui avoient.Phonneur deple suivre avec des fusils. Le Roi en a tué environ 400. Le mardi , après sa chasse , il vint à Louvres , dans une assez belle maison à la porte de Louvres, en deçà, et qui appartient à M. Le Féron > officier aux gardes. Gomme cette maison est entièregient démeublée, M. le Premier y avoit fait porter de la Meutte , par ordre du Roi , tout ce qui étoit nécessaire pour le souper. Le Roi y soupa avec les dames et les hommes qu'il avoit menés à la Meutte , et repartit après souper pour revenir ici. Il courut le cerf hier, et aujourd'hui il a été entendre une messe basse à la Congrégation.

La Reine a été entendre deux messes basses aux Carmélites. M. le Dauphin, M"® la' Dauphine et Mesdames ont été entendre la grande messe à Saint-Corneille. Les Bénédictins de Saint-Corneille sont curés primitifs de Compiégne. La Reine alla hier auxCarméUtes, où elle entendit le salut.

M. de Saint-Séverin, qui arriva avant-hier, fit hier sa

révérence au Roi entre le lever et la messe ; il avoit le cordon bleu ; aussitôt après le chapitre de vendredi , on lui dépêcha un courrier, qui le trouva en chemin.

M. le maréchal de Lowendal, qui arrive de Flandre et vient passer quelques jours ici y a fait aujourd'hui sa révérence.

Le Roi parla ici, il y a quelques jours, d'une aventure arrivée à la Martinique. Un jeune homme , qui n'y étoit point connu et qui ressemble beaucoup à M"® la duchesse de Modène, a débarqué dans cette lie; ayant remarqué que des gens qui connoissent M"® de Modène étoient frappés de la ressemblance, il en a pris occasion de composer une histoire. Il a dit qu'il étoit le fils aîné de M. le duc de Modène; que l'arrangement fait par les traités ayant obligé M. de Modène de céder ses États d'Italie pour servir d'augmentation à ceux que Ton abandonnoit à l'Infant don Philippe, il avoit été convenu entre la France et l'Espagne que l'Ile de Saint-Domingue lui seroit donnée pour dédommagement, et que c'étoit en conséquence qu'il venoit prendre possession de l'Ile au nom de M. de Modène. Une figure agréable, des ma- Tïièms polies et engageantes , lui ont acquis beaucoup d'amis en peu de temps; on désiroit que ce qu'il avoit dit fût vrai, et on ne pouvoit pas le regarder absolument comme sans aucun fondement. M. le chevalier de Caylus, qui commande pour le Roi à la Martinique , paroissoit par les dernières nouvelles qu'on a reçues assez embarrassé sur la conduite qu'il devoit tenir. Ce prétendu prince de Modène a dit qu'il étoit un peu brouillé avec M*"® sa mère, mais qu'il espéroit qu'elle lui pardonneroit; et en conséquence il a écrit une lettre dont il a chargé un officier de marine qui est venu ici. Cet officier, en arrivant, étoit pleinement convaincu de la vérité du prétendu prince , et croyoit qu'on se moquoit de lui quand on lui disoit que ce prince étoit un imposteur. Il faut que cette affaire ait fait beaucoup de che-

min^ car le Roi a dit que cette illusion étoit plus sérieuse qu'on ne l'avoit cru d'aJjord.

M. de Rubempré , premier écuyer de M""*^ la Dauphine, étant devenu Fainé de sa famille par la mort sans enfants de M. le comte de Mailly , prend le nom de Mailly.

Du vendredi 16, Compiègne, — Hier le Hoi, la Reine, M. le Dauphin , M"* la Dauphine et Mesdames allèrent entendre les vêpres à Saint-Corneille et le salut. Après les vêpres on fit la procession pour le vœu de Louis XIII, suivant Tusage observé ce même jour dans tout le royaume. La procession sortit par une porte au coin à gauche en entrant, passa par la place de l'Hôtel-de -Ville, et continua parle chemin le plus court jusqu'au grand portail par où elle rentra. La Reine ne suivit point la procession ; pendant ce temps elle se promena dans la maison, et alla voir le logement de M. le cardinal Tencin dans ce cloître. On porte à cette procession une figure de la sainte Vierge. Lorsque la procession fut rentrée, on dit le salut.

Il arriva aux environs de Saint-Corneille une aventure tragique. Un garde du corps, qui n'étoit point de garde, se sentant marcher sur le pied dans la foule, donna un soufflet à rhomme; c'est un menuisier de Compiègne, qui à été soldat aux gardes et qui rendit le soufflet à ce garde du corps, lequel tua le menuisier de trois coups de l'épée qu'il arracha au nommé Pastourelle, ayant d'abord cassé la sienne sur la tète de ce misérable (1). Il vint ensuite se jeter aux pieds de M. le duc de Villeroy pour lui demander sa grâce ; M. de Villeroy répondit qu'il ne pouvoit pas s'en mêler pour pareil cas ; en conséquence le garde du corps a pris le parti de se sauver.

M. Dutheil, qui est depuis longtemps employé dans les affaires étrangères, a fait aujourd'hui son remerci-

(l) Les deux on trois Coups d'épée ont été réellement donnés, mais Thommô n'est pas mort. ( Note du dtœ de Lvyneu )

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