IX. C
ment au Roi. S. H. vient de le nommer deuxième plénipotentiaire aux conMrences pour la paix à Aix-la- Chapelle.
Ce matin^ le maître d'hôtel de quartier de la Reine, qui ne prend jamais le grand bâton de service qu'au grand couvert^ Ta pris un moment lorsque la Reine s'est mise à table à dîner pour lui présenter un morceau de pain bénit et une brioche. C'est Tusage que le lendemain de l'Assomption la maison-bouche du Roi et de la Reine rendent chacun le pain bénit , à cause de Saint-Roch^ qu'ils regardent comme leur patron. La bouche du Roi présente un morceau de pain bénit (1) et une brioche au Roi^ et n'en présente point à la Reine; celle de la Reine en présente à la Reine y et point au Roi. Ordinairement ces pains bénits sont rendus à la chapelle du grand commun à Versailles.
Dusamedi il, Compiègne. — Le voyage que Mesdames dévoient faire à Arcy a été dérangé par l'incpnimodité de Madame. Mesdames allèrent hier courre le cerf à cheval avec le Roi. Pendant la chasse^ Madame se trouva mal d'étouffement et de palpitations de cœur^ ce qui Tempècha de suivre la chasse , mais elle ne voulut pas revenir; en rentrant chez elle eUe se trouva extrêmement mal. La Reine, qui a coutume de voir arriver toujours chez elle Mesdames au retour de la chasse, fut fort étonnée de ne voir arriver que M™* Adélaïde, et lui demanda des nouveUes de Madame , et ayant su qu'elle étoit incommodée , la Reine quitta son jeu avec précipitation, et alla chez Madame; on croit que ce pourroit être Teffet de la lipiaille que Madame a prise pendant deux jours.
Du mercredi 21, Dampierre. — Je partis de Compiègne
(1) C'est à la chapelle que Ton a béni le pain bénit du Roi ; celui de la Reine a été béni aux Carmélites, parce qu'elle Pa ordonné. (Note du duc de Luynes. )
dimanche au soir, 18 de ce mois. Ce même jour, M. le Dauphin^ M°' la Dauphine vinrent après le grand couvert chez VP^ de Luynes^ qui étoit alors chez la Reine; ils y rattendirent que la Reine y fût arrivée, et lui dirent qu'ils avoienfe apporté de l'argent pour faire son jeu et Gpntribuer à son amusement. La Reine fut extrêmement sensible à cette marque d'amitié; la soirée se passa en conyersatioa. '
l4fi Reine partit le lundi, à neuf heures un quart. EUe dîna dans la forêt de ce côté-ci de Senlis; son dîner dura environ cinq, quarts d'heure; elle arrêta à Sèvres, dans la maison de M"* d'Armagnac, où étoit M"* la duchesse de Villars; elle y fut un quart d'heure, et arriva à Versailles à sept heures et demie ; elle vint souper et passer la soirée chez M"'' de Luynes.
-Ce mèfxxe jour, le Roi alla à la chasse à Compiègne, et y fit une chute de cheval, m^s sans se faire aucun iHftl- La B^e, dès qu'elle en fut instruite , envoya un page savoir des nouvelles du Roi. Le Roi lui a mançlé que ce petit événement ne l'a voit point empêché de contim&c à coiirre, et qu'il se portoit très-bien.
.Le Roi a ordonné, une réforme de 30,000 l^ommes de ses troupes. Il y a près de trois semaines que cet arrangement est JEait ; c'est en conséquence des articles préliminajbpes.par lesqu^ il est réglé que le§. troupes russieniies^ niontant èf ce même nqmbre, à la solde des £tatMîénér^ux> retourneront dans leur paya.
germain ^ fameux orfèvre e^ gyande réputation dans toute l'Europe, mourut* à Paris,. il y a, environ quinze
J0l|rB.|' ,, , . . :,
Z>ti . (fûfumcfte ^5,. FemtMes. — JiC. Roi revint le np.medi 24^ deia Meqitte àla Celle, quQ ^o^ appelle, çoomie ja,^i'ai dit, le pejtit château ; il y fit un léger repas, et arriva ici avant quatre heures. 11 alla à la chapelle aux premières vêpres de saint Louis , chantées par les missionnaires. Gomme saint Louis est le patron de la cha-
pelle, la veille on dit les premières vêpres et on fait mémoire de saint Barthélémy (i). C'est ordinairement le curé de Notre-Dame qui vient officier à la chapelle; mais il est actuellement absent. Le soir il y eut grand couvert avec une grande affluence de peuple.
Aujourd'hui mon frère a dit la messe à Paris pour l'Académie françoise, et a assisté au panégyrique de saint Louis, prononcé par l'abbé Poule, dont il m'a paru fort content ; c'est un usage, qui s'observe tous les ans.
Le mariage de la petite M"" de Rohan, chanoinesse, seconde fille de M"* de Montauban , avec M. de Brionne, est conclu; on le déclarera dès qu'on aura demandé l'agrément.
Du mardi 27, Dampierre. — Je partis avant-hier de Versailles pour venir ici. Le Roi soupa ce jour-là au grand couvert. Il partit hier à trois heures après midi pour aller coucher à Choisy, où il reste jusqu'à samedi prochain.
Hier matin S. M.. donna deux audiences à la Ville pour le scrutin (suivant l'usage ordinaire, et comm.e je l'ai marqué ailleurs ) et aux États de Languedoc. Ce fut M. l'archevêque d' Alby ( la Rochefoucauld ) qui harangua; il y a, comme l'on sait, huit ou neuf harangues.
Je ne sais si j'ai marqué que depuis l'arrivée de M"' Victoire le Roi a décidé un nouvel arrangement à la chapelle. On sait qu'en bas M. le Dauphin est à genoux derrière le Roi sur le drap de pied , et quand le Roi est assis il est à sa droite , et tous les princes et légitimés à la droite de. M. le Dauphin. De même M°"* la Dauphine est à genoux sur le drap de pied derrière la Reine, et Mesdames aussi sur le drap de pied derrière M. le Dauphin et M"* la Dauphine ; et lorsque la Reine est
(1) La fête de saint Barthélémy, apôtre, tombe le 24 août.
assise^ M""" la Dauphine et Mesdames se mettent toutes à sa gauche. Le même arrangement s'étoit toujours observé à la tribune, même depuis le mariage de M. le Dauphin. On en avoit déjà remarqué rincommodité, la place qui est à gauche de la Reine pouvant à peme contenir trois personnes. L'arrivée de M"* Victoire a rendu cet arran-» gement impossible , et il a été décidé qu'elles alterneroient à la tribune, c'est-à-dire que Madame seroit à la droite de M. le Dauphin , et H""" Adélaïde à la gauche de M"** la Dauphine.
Du jeudi 29, Versailles. — M. le Dauphin et M"* la Dauphine allèrent hier après midi à Paris. M. le Dauphin étoit dans le carrosse de H™^ la Dauphine. Sur le devant étoient M*"® de Brancas et M"^ de Caumont ; et aux portières, deux autres dames de M"'' la Dauphine. M"' de Lauraguais n'avoit point suivi M"* la Dauphine ; elle se trouva seulement au Luxembourg. Outre le carrosse des écuyers de M™® la Dauphine , il y avoit un carrosse de H. le Dauphin où étoient ses gentilshommes de la manche. Ils allèrent d'abord à Saint-Sulpice pour voir Féglise. On trouvera à la fin de ce livre le détail de la manière dont ils y furent reçus; il a été écrit par mon frère, qui éloit présent (1). De Saint-Sulpice ils allèrent au Luxembourg, voir la maison et le jardin. S'il y a quelques détails qui méritent d'être rapportés , je les ferai mettre à la fin de ce livre lorsque j'en serai instruit.
Le projet de ce voyage à Paris étoit formé depuis plusieurs jours , et il avoit d'abord été question d'aller du Luxembourg laux Chartreux; mais comme il n'y auroit pas eu assez de temps, les Chartreux ont été remis à une autre fois. Le peuple de Paris a paru extrêmement content de M. le Dauphin et de H"*'' la Dauphine. Elle étoit en grand habit, fort bien mise, avec beaucoup
(1) Voy.à rAppendice de Tannée 1748, la pièce justificatife n*" 4.
de pierreries^ et elle a paru faire attention à Tempressement qu'on avoit de la voir et en. savoir gré. En revenant de Paris, M. le Dauphin et M™^ la Dauphine arrêtèrent à Sèvres dans la maison que M. le duc d'Orléans (^ donnée à M"* d'Armagnac et à MT de. Villars, laqùdle maison tient au parc de Saint-Cloud; ils y sdlèrent voir jjme d'Armagûaç et arrivèrent ici à neuf heures et idemie. On trouvera à la fin de ce livre.(l), une petite relation que M. le duc de Gesvresm'a envoyée (2).
Du samedi Si y Versailles. — Le roi de Pologne (^Star nislas ] arriva avant-hier à Trianon; Il pattit dé L«néville lundi 26 à cinq heures du matin , ayaât dit qu'il xto partiroit qu'^ huit» Jl dîna à huit hcTures et demie (3) , fit trois ou quatre visites en chemin^ entreautres^'à H. de Meuse , à sa: terre de Sorey, et arriva à trois heures après midi à Goxnmercy, où il séjourna le mardi.iLÀ Reine ne Tattendoife que samedi ; maisi il se fait toujours un plaisir de surprendre par son arrivée et son départ* La Reine soupoit à son petit couvert dans le cabmef de m"® deLuynes, quand on lui apprit l'arrivée du roi dô Pologne; elle donna ordre sur-le-champ à M. le maréchal de la Mothe d'y aller de sa part; il y alla avec M. l'archevêque de Rouen; il fut chargé; d'une petite lettre de la Reine en réponse A une qu'elle avoit reçue du roi de PoJogne un moment après qu'elle eut appris son arrivée. 11 étoit dix heures quand ces Messieurs arrivèrent à Trianon. Ils trouvèrent le roi de Pologne couché.
Hier le roi de Pologne vint ici dès «neuf heures du matin entendre la messe à la chapelle, et alla ensuite
(1) Voy. à l'Appendice, la pièce n*» 5.
(2) Oe ai août ( Note du duc de iMynes. )
(3) A Nancy, à la mission. Il lui avoit demandé à dtner entre neaf et dix ; mais comme il y arriva à huit heures et demie, il voulut être servi sur-le-«hamp, sans se mettre en peine si les viandes étoient cuites ou non. (Note du dite de Luynes,)
chez la Reine; il retoùtna dîner de très-bonne heure à Trianon.
La Reine entendit la messe à Fordinaire^ et monta au sortir de la messe dans son carrosse, avec M. le Dauphin, M"® la Dauphine et Mesdames. M"™® de Luynes et M"* la maréchale de Duras étoîent dans le second carrosse. Le carrosse de M. le Dauphin avec ses menins et ceux de M"** la Dauphine et de Mesdames suivoient avec leurs dames. La Reine mena tous ses enfants voir le roi de Pologne à Trianon ; cette visite ne fut pas longue et la Reine revint dîner.
M. le Dauphin et M"' la Dauphine ont été aujourd'hui après la messe rendre visite au roi de Pologne.
Le roi de Pologne a amené ici un détachement de sa bouche, comme les autres voyages ; c'est-à-dire un contrôleur, un cuisinier et un officier; ils ont fait venir de Paris ce qui leur est nécessaire. Outre cela ils ont été aidés par les officiers de la maison de la Reine. La dépense est aux frais du roi de Pologne.
Les^ gardes du corps du Roi qui avoient attendu le roi de Pologne ne s'y trouvèrent point à son arrivée , maié ils allèrent à Trianon fort peu de temps après avec M* de Balincourt, chef de brigade, frère du maréchal.
L'arrangement du roi de Pologne est comme les autres voyages , de venir ici à trois heures dans l'appartement de M. le comte de Clermont ; la Reine y passe deux ou trois heures avec lui , ce qui n'empêche pas qu'il ne permette, quand on le lui demande, à quelques personnes connues, hommes et femmes, de venir lui faire leuTGOur. j
Le Roi revint hier au soir de Choisy , à neuf heures, après avoircourulecerfàSénart. Il a été aujourd'hui tirer dans le petit parc. Le roi de Pologne est venu lui rendre visite avant qu'il partit pour la chasse.
Le roi de Pologne a amené avec lui M. le duc Ossolinski, grand maître de sa maison, et deux chambellans, M. le
marquis de Boufflers, gendre de M. de Craon, et M. de ThiaDges, neveu du chevalier de Thianges, ci-devant grand veneur du roi de Pologne à Lunéville.
Fête dooDée au Roi par Mme de Pompadour. — Chasses da Roi. — Morts.
— Réyérences à la Reine. — Le P. de Menou. — Procès entre les médecins et les chirurgiens. — Détail sur la mort de Germain. — Le roi de Pologne repart pour Lunéville. — Voyage de Louis XV à Crécy. — Sémiramis, tragédie de Voltaire. — M™e d'Ayen vient faire sa cour. — Ck>nstruction d'un nouveau théâtre pour les cabinets. — Le prince de Condé à Cbanliily. — Le Dauphin, la Dauphine et Mesdames au mont Valérien.
— Mort de M™« de Vogué. — La famille royale à Choisy. — Voyage de Mme Infante. — Détail sur le procès de MM. de Montbelliard. — Le Roi à Choisy. — M. et M"" de Loss. — Grâce accordée par le Roi à M"» Victoire. — Départ de M. et M°>e de CUalais , de M. de PHÔpital , de la du* chesse de Nivernois , de M^e de Bachi^ de M. de Wiette.
Du mardi 3 seplemhre , Versailles. — Nous vîmes hier ici deux seigneurs polonois que M. le duc Ossolinski nous amena, et qui dînèrent chez moi ; ils sont tous deux fort jeunesrTun s'appellele comte Potowski, etTautrelecomte Kredendowski.
Avant-hier, le Roi partit après le salut, et alla à la petite maison de la Celle, qui est à M™^ de Pompadour, à une lieue d'ici. Il y joua avant souper et y coucha. Le long de la maison il y a d'abord une terrasse, ensuite une seconde et enfin une troisième à droite, et à gauche de laquelle sont deux petits bois en berceaux couverts et en arcades. Un peu plus bas que le petit bois qui est à gauche, en sortant de la maison, est un petit canal entouré de treillage, avec une petite chaloupe au milieu. Le Roi en arrivant voulut descendre dans le petit bois; mais M"^ de Pompadour le pria de se promener d'un autre côté. Le Roi se douta qu'il pouvoit être question de quelque divertissement après le souper, mais il ne savoit point la fête qu'on a voit préparée. M"® de Pompadour a voit envoyé des billets à M. d'Argenson, M. de
Haurepas, M. de Puisieux, M. de Saint-Florentin, M. le contrôleur général et à quelques autres, du nombre desquels j^étois. Il n'y avoit sur ces billets que : « Bon pour entrer. » Elle avoit fait dire qu'on se trouvât à dix heures à la Celle. A la fin du repas, le Roi étant encore à table, nous vîmes entrer un grand nombre de musiciens, tous vêtus d'habits différents, et chacun jouant de son instrument : violons, bassons, hautbois , musettes, violoncelles. Lorsqu'ils se furent rangés autour de la table , M™* de Pompadour se leva de table, et représentant le rôle de la Nuit, elle chanta quelques vers à la louange du Roi, étant accompagnée par toute la musique. Le commencement et la fin de ces vers étoient : Venez, venez, suivez-moi tous. A ces paroles, le Roi se leva de table ; tous les musiciens jouant de leurs instruments marchèrent devant. Le Roi et toute la compagnie les suivit ; ils descendirent les deux terrasses et entrèrent dans le bosquet qui est à droite de là maison . Ce bosquet étoit couvert et fermé de toile, et on y avoit élevé trois ou quatre marches au haut desquelles on trouvoit une grande place pour les spectateurs, ensuite un orchestre, et plus loin un théâtre que Ton avoit élevé autant qu'il convenoit et orné d'une manière agréable. M. le duc d'Ayen y parut sous la figure du dieu Pan. M"* Marchais jouait le rôle de Flore, et M""® Trusson celui de la Victoire. On exécuta un fort joli ballet, qui dura environ une demi-heure; les paroles faites par Lelio- Riccoboni, de la Comédie italienne, la musique par le sieur Biaise, et les danses par le sieur Deshayes. Ceux qui dansèrent furent les petits enfants qui dansoient l'hiver dernier dans les cabinets et M. de Courtenvaux. Dans le moment que le ballet fut fini, les musiciens sortirent en jouant la marche, et ensuite chantant le chœur du second acte de Scanderberg (l), qui commence par ces paroles : c< De nos sultans obscurcis la mémoire. » Ils
(1) opéra de Lamotte et Laserre, mis en musique par Rebel et Franjj^ur.
étoient' suivis du Roi et de toute la compagnie. Au lieu d'aller tout droit à Tautre bois^ qui est pareil à celui d'où ils sortoient, ils prirent un peu à droite et allèrent gagner le petit canal et en firent le tour. Au Bout de ce canal, l'on monte un peu pour aller gagner réxtréibîté du bois dontj'ai parlé. Le oanal^ la petite gondole étoient ii^ luminés, et l'on avoit suspendu des lanternes dejven^e dans le milieu des arcades que forment naturellement les deux petits bois. En entrant dans le petit bois à l'extrémité du canal, le Roi trouva M. de la Salle habillé en berger, qui> paroissant surpris de voir arriver le Roi dans ces demeures champêtres qu'il habitoit, lui adressa un oomplimejity qu'il chanta fort bien, dont le sens étoit : qu'à l'exemple du soleil qui veut bien quelquefois cacher, la splendeur de ses rayons en se couvrant de nuages, le Roi voulût bien aussi caéher l'éclat de S. M. En même temps on présenta à M. de Maillebois^ qui étoit auprès du Roi^ un domino que le Roi prit; tous leà hommes et femmes prirent en même temps, des dominos et des masques , sans exception, les ministres, M. de Grimberghen luimême. Pendant ce temps^ quelques-uns des petits enfants qui avoient dansé au ballet et qui étoient habillés, en pierrots, exécutèrent une petite danse,, après laquelle le Roi s'étant un peu avancé trouva une salle de bal qu'on avoit formée avec des toiles dans le bois à gauche de la maison et au-dessus du canal. La^décoration decette salle étoit fort agréable et ingénieuse. L'orchestre étoit placé assez élevé pour voir commodément les danseurs>f et l'on avoit mis en bas des banquettes pourries spectateurs et ceux qui dainsoient : on y dansa jusqu'à préside quatre heures du matin. Le Roi ine. dansa point, mais il resta jusqu'à trois heures et demie.
Hier U alla tirer, et tua dans le petit parc 288 pièces. Aujourd'hui il est parti à onze heures pour aller courre à Sénart et coucher à Choisy, d'où il ne doit revenir que saijiedi.
M. le duc de Gesvres est venu aujourd'hui rendre compte à la Reine que le Roi prendroit samedi le deuil pour jusqu'à mardis à cause de la mort de la duchesse de Brunswick, qui est Courlande et qui est parente éloignée du Roi par sa mère, qui étoit Bavière (1) .
Nous avons appris aujourd'hui la mort de M"® la comtesse d'Ei?taing, dont le mari, mort depuis longtemps, étoit lieutenant général et chevalier de TOrdre ; elle étoit Yaubecourt et fort âgée.
. On aappriâ aussi la mort d'une sœur de M"® de Yaubecourt (Puységur) ; elle s'appeloit M"^ la marquise de Choisy.
M. le Dauphin eut encore un peu de fluxion à la joue samedi dernier ; il lui étoit venu un petit bouton dans la houche, qui donna occasion de faire venir Mouton, son arracheur de dents. Il perça ce bouton, et cette petite opération n'a pas empêché H^ le Dauphin de souper ce même jour au grand couvert.
On a appris depuis quelques jours que M. le marquis de Rannes, frère de M. le lieutenant civil, étoit mort, au château de RanHes, le 15 d'août; il étoit âgé d'environ quatre- vingts ans. IL étoit le plus ancien de tous les maréchaux de camp.
Du jeudi &j Versailles. — Dimanche dernier étant le l*' septembre, on ne put pas^ dire la messe de Requiem pour l'anniversaire de Louis XIV, comme à. l'ordinaire.
(1) J'ai marqué au a décembre de Tannée dernière que M. le Dauphin porta le deuil dix jours pour la'mort d'une duchesse de Brunswick , et que le Roi Be le prit point, croyant qu'il n*y avoit nulle parenté. Le roi d'Angleterre, qui est^ comme l'on sait, de la maison de Brunswick, auroit désiré que le Boi prît le deuil Tannée passée et en a fait parler par son ministre à Aix-la-Chapelle à l'occasion de la mort de la duchesse de Brunswick qui vient de mourir. M.deClairembault a trouvé une parenté qui, quoique éloignée, suffisoit pour porter le deuil. Toutes pes raisons ont «déterminé le Roi à prendre le; deuil pour trois jours. M. le Dauphin, M™© la Dauphine et par conséquent toute leur maison Tout porté six jours et ne Tout quitté qu'aujourd'hui. (Addition dudtic de luynes, datée du 13 septembre.) •
On devoit la dire le lundi; elle ne fut dite que le mardis parce que le Roi entendit le lundi la messe à la Celle. La Reine n'eut point de musique à sa messe le lundi , une grande partie des musiciens ayant été employés au divertissement de la Celle. J'ai déjà marqué que lorsque le V de septembre n'est point un dimanche, il n'y a point de motet à la messe du Roi et de la Reine, parce que presque toutes les voix vont ce jour là à Saint-Denis.
M. de Valory, ministre du Roi auprès du roi de Prusse, est arrivé hier et a fait sa révérence à la Reine aujourd'hui, le Roi étant absent. Il y a neuf ans qu'il est auprès du roi de Prusse; il n'est point changé, seulement un peu engraissé; il a le cordon rouge. Il vient ici par congé pour quelques mois, et compte retourner à Berlin.
M. le duc Ossolinski a amené aujourd'hui à la Reine son petit-fils, qui s'appelle le comte Ossolinski et qui a douze ans. Il estd'une très-jolie figure. C'est le fils aîné du fils aîné de M. le duc Ossolinski, de son premier mariage, quiest marié en Pologne et a 400,000 livres de rente. Ce fils aîné marié en Pologne a encore un autre garçon. Celui-ci a été élevé au collège des jésuites à Varsovie ; il vient passer deux ans à celui des Jésuites à Paris ; il me parolt que son grand-père compte qu'il retournera en Pologne.
J'ai marqué ci-dessus ceux que le roi de Pologne a amenés avec lui. J'ai oublié de parler du P. de Menou, jésuite, qui étoit à sa suite. C'est un homme d'une bellefigure et de beaucoup d'esprit, qui s'est appliqué à la prédication et aux missions, et que le roi de Pologne a mis à la tête de la mission qu'il a établie à Nancy, dont j'ai parlé dans le temps du voyage de la Reine en 44.
Le séjour du roi de Pologne ici y attire tous ceux qui ont l'honneur de lui être attaché; il y est venu aujourd'hui M. d'Adhémar, qu'on dit être de la maison de Grignan. C'est un jeune homme qui est au service de France et qui a la croix de Saint-Louis ; il est le fils de M. de Marsanne, premier maître d'hôtel du roi de Pologne à
Lunéville. Nous y avons vu aussi M. de Jablonowski, fils d'un frère de M"' la duchesse Ossolinska et de M"* de Talmond.
Du vendredi 13, Versailles. — Samedi dernier, 7 de ce mois, il y eut une assemblée chez M. le chancelier, au sujet du grand procès entre les médecins et les chirurgiens; le Roi a remis le jugement de ce procès à Fontainebleau. Les chirurgiens, en conséquence d'une déclaration que M. de la Peyronie obtint en 1743, par laquelle ils ont été séparés des barbiers, ont prétendu devoir faire un corps à part et être indépendants des médecins ; les médecins au contraire soutiennent que les chirurgiens doivent leur être subordonnés, et qu'un chirurgien ne peut refuser de saigner un malade quand un médecin l'a ordonné. On prétend que cette dispute a été en partie la cause de la mort de Germain, orfèvre, dont j'ai parlé ci*dessus. Il avoit une espèce d'apoplexie ; le vieux Dumoulin, fameux médecin, fut appelé; il ordonna deux saignées dans la nuit; le chirurgien ne voulut pas les faire, et le malade mourut. On dit queDumouUn et Vernage, autre fameux médecin, ont dit qu'ils abandonneroient la médecine si les chirurgiens gagnoient leur procès.
l'allai à Dampierre samedi et j'en suis revenu mardi. Cest ce jour-là que le roi de Pologne est parti. 11 vint ici dès huit heures du matin dire adieu à la Reine; il alla ensuite, à Bercy dîner chez M. de Montmartel, et alla coucher à Germigny, maison de campagne de M. l'évêque de Meaux, où la Reine envoya un page savoir de ses nouvelles.
Le Roi arriva hier à Crécy (1) à huit heures et demie
(1) Le Roi étoit arrivé le 7 deClioisy, et avoit soupe dans ses cabinets. Le 8 il y eut grand couvert. Le 9 il avoit tiré dans le petit parc, ensuite il avoit déjeuné à la porte de Saint-Cyr. Ce déjeuner avoit été préparé par les ordres de M. le comte de Noailles. Il partit tout de suite pour Crécy; M™c de Pompadour j étoit allée la veille. ( JSote du duc de Luynes, )
du soir, et soupa au grand couvert ; il y soupe encore aujourd'liui^ et demain il va courre à Sénart et; coucher à Choisy, où il restera jusqu'à vendredi.
Du dimanche 15, Versailles. -^ l\ y a. un. mois ou six semaines que Ton a commencé à représenter à Paris une nouvelle tragédie; elle est intitulée Sémùramis; elle est de Voltaire. Tout Je monde convient qu'il y a de trèsbeaux vers ; on ne convient pas de même sur le succès de cette pièce, et l'on pa^*le surtout de deux vers que les acteurs môme vouloient retrancher ; Voltaire a obtenu qu'on les laissât dans la pièce. Ce qui est certain, c'est qu'on la joue encore actuellement,
J'ai; parlé ci-dessus de la place que le premier gentilhomme de la chambre a sur la même ligne que le capitaine des gardes, derrière le fauteuil du Roi, aux cérémonies, comme sermons, ballets, opéra^ etc. Il ^st arrivé quelquefois que la femme du gentilhomme de la chambre a été assise à cette place, lorsqu'elle n'avoit pas pu en avoir d'autre.
jime d' Ayen vint ici avant-hier faire sa cour. Elle n'avoit point paru depuis la petite vérole qu'elle avoit eue en couche, et dont elle a été fort ma,l ; elle n'en est point marquée et est aussi pâle qu'à l'ordinaire.
L'on construit depuis quelque temps ici un nouveau théâtre dans les cabinets du Roi ; il sera achevé pendant Fontainebleau. On Ta élevé dans la cage dij grand escalier de marbre ou des ambassadeurs> sans gâter ni le marbre ni les peintures de cet escalier.' On défera ce théâtre pour toutes les /occasions de cérémonies où il sera nécessaire, comme par exemple pour les cérémonies de rOrdre. On compte qu'il fai^t quatorze heures pour le défaire et vingt-quatre heures pour le remettre en place. On a défait celui de la petite galerie, à laquelle on n'a rien trouvé d'endommagé.
M. le prince de Condé revint jeudi dernier de Chantilly. Il a été y passer dix jours; c'est le premier voyage
qu'il y a fait. M. le con^te de Charolois, son oncle et son tulew, s'est occupé avec grand soin à faire entretenir tout a^u mieux cette belle maison. Il y a fait même des réparations^ qui ^n augmentent la beauté < U a songé à mettre en ordreîles affaires de son neveu et à payer ses dettes^. L'application qu'il a mise à ce travail lui fait beaucQup d'honneur. U a été occupé dans ce petit voyageci à faire, trouver à M. le: prince de Condé tous les amusements qui pouvoient. convenir*: à son âge; il a prié MT* la princesse de Conty d'y allçr et en même temps douze ou quinze darnes^ dont plusieurs aiment à danser. M. le prince de Condé^ qui aime beaucoup la danse , a eu un b^ ions les jours j 'et tous les deux jours ce bal se protlon^eoit jusqu'à trois ou quatre heures du malin ; ce n'étoit point ,^^s bals masqués. Il y a eu des chasses de sanglier dans les toiles^ des battues^ etc.
B(i^r, ^91. le Dauphin^ M°^^ la Dauphine et Mesdamîes partirent d'ici à trois heures et demie pour aller au mpnt Valérien^ où ils entendirent le salut. C'étoit la fête de l'Exaltation 4^ la Croix ; ils revinrent ici à huit heures et demie. ^ ^, ^
Hiiar, M"*® de Vogué mourut^ à Paris, forf; âgée. Elle étoit sxBur du feu maréchal de Yillars. Elle laisse un fils qui a eu un régiment et qui a quitté le service. MM. de Vogué sont de Vivarais.
Du jeudi 19. — Avant-hier mardis Mesdames allèrent souper à Choisy et revinrent ici à quatre heures du matin. Aujourd'hui^ M. le Dauphin çt M'"^ la Dauphine y vont souper^et coucher; le Roi en revient demain après avoir coi|ru le çe]?f . i, ,
H°^,^la duchesse de Grampnt (Gramqnt) accoucha avanthier d'un garçon; c'est son second fils.
Du dimanche 22, Versailles. — Le voyage de M"® Infante ici, dont on parle depuis quelque temps, fut déclaré hier; elle vient par Bayonne. On a envoyé ici un état des dames et hommes qui la suivent. M°® Infante, sa
9r, MEMOIRES DU DUC DE LUTNES.
fille (1), vient ici ; elle marchera deux jours après elle. Le Roi envoie douze gardes, avec deux brigadiers, par le messager (2) la plus grande partie du chemin, e tle reste en poste. Il y en aura six avec un brigadier pour accompagner chacune de ces princesses. M. de Sesmaisons compte accompagner M"* Infante, et M. le chevalier de Breteuil, aussi exempt, est nommé pour la petite Infante. Le Roi n'envoie point de détachement de la bouche , ni de contrôleur, mais seulement des carrosses, et la route se fera en poste. M. le comte de Noailles est Dommé pour l'aller recevoir sur la frontière. Elle ne doit arriver que lorsque le Roi sera revenu de Fontainebleau.
J'ai parlé ci-dessus du procès de HM. de Hontbelliard ; j'en ai appris aujourd'hui quelques, détails. M. le contrôleur général leur a mandé qu'il falloit qu'ils donnassent une renonciation par écrit à toutes les terres et seigneuries sur lesquelles ils avoient des prétentions. On leur donnera 20,000 livres de rente, dont 8,000 viagères et 12,000 foncières, et ce à prendre sur les États de Bourgogne. Ils m'ont dit que le duc de Wurtemberg disoit que c'étoit lui qui payoit ces 20,000 livres.
Le Roi partit hier pour Choisy, où il y a aujourd'hui conseil d'État; il n'y en aura plus qu'à Fontainebleau, d'aujourd'hui en huit.
M™® de Loss, qui retourna hier à Paris, a resté ici trois ou quatre jours. Elle revient des eaux de Plombières , où elle a été pour sa santé. Ce voyage l'a empêché d'être présentée à M"* Victoire ; elle espéroit que cette présentation pourroit se faire pendant son séjour ici, mais il s'est trouvé des difficultés qui ont obligé de remettre cette présentation à Fontainebleau. M. de Puisieux désire maintenir
(1) Marie-Élisabeth* Louise- Antoinette, née le 31 décembre 1741.
(2) Cet arrangement n'a pas pu avoir lieu» le messager n'ayant pas assez de clieyaux ; ils iront en poste. (Addition du duc de Luynes, datée du 29 septembre. )
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la règle établie depuis longtemps que toutes les cérémonies qui regardent les étrangers se fassent le mardi. M. de Loss voudroit bien avoir quelque distinction des autres ambassadeurs et être un peu réputé comme ambassadeur de famille , mais il me parolt peu d'espérance pour lui d'obtenir ce qu'il désire. Pour la présentation de M"' de Loss, il auroit fallu une audience, et par conséquent il auroit été nécessaire d'avertir M. de Sainctot^ introducteur des ambassadeurs, qui étoit retourné à Paris > dès mardi dernier. La présence de M"^ la maréchale de Duras étoit aussi très-nécessaire ; il faut qu'elle vienne recevoir M"' l'ambassadrice, et elle étoit à Paris pour plusieurs jours.
M. d'Espinchal, e,\empt des gardes du corps , a obtenu ces jours-ci le grade d'enseigne. On trouvera au 26 février ce qui s'est fait pour pareille grâce pour M. de Hontigny. M. d'Espinchal a été à Fontevrault prendre M"* Victoire, et l'a conduite ici. Lorsqu'elle fut arrivée, elle dit avec bonté à M. d'Espinchal qu'elle seroit fort aise de lui rendre service si l'occasion s'en présentoit ; il a cru devoir profiter des offres d'une aussi respectable protection, et a supplié M*"* Victoire de vouloir bien demander pour lui le brevet d'enseigne, ce qui le met à portée d'être maréchal de camp. Comme M. d'Espinchal est de la compagnie de Noailles, M"* Victoire en parla à M. le maréchal de Noailles, chez le Roi, et lui dit que s'il ne croyoit pas pouvoir demander celte grâce , elle la demanderoit elle-même. Le Roi entendit quelques mots de cette conversation et demanda de quoi il étoit question, S. M. n'a pas voulu refuser cette grâce à M""* sa fille ; c'est vraisemblablement la première qu'elle lui ait demandé.
Le Roi dit vendredi à son coucher qu'il arriveroit le jeu.di 3 à Fontainebleau.
H. et M"* de Chalais partirent il y a trois ou quatre jours pour aller dans leur terre de Chalais en Saintonge. M*"*^ de la Suze, de Talleyrand et de Périgord restent ici ;
les deux dernières sont dames du palais, et l'autre reste à cause de son mari, grand maréchal des logis. Il paroît que le projet de M. et de M"** de Chalais est de ne point revenir ici au moins d'un an, et que c'est un arrangement d'affaires qui les a déterminés à ce voyage; Il n'y a qu'mi des enfants de M"*' de Chalais, qui est M. de Courcelles , qui ira avec elle. M. et M"* de Chalais n'ont pris congé ni l'un ni l'autre. ♦
M. de l'Hôpital a pris congé ces jours-ci ; il s'en retourne continuer à Naples ses fonctions d'ambassadeur.
Du mardi 24, Versailles. — M"^ la duchesse de Nivernois et M"^ de Bachi prirent avant-hier congé du Roi et hier de la Reine. La première part ce3 jours-ci pour Rome avec M. de Nivernois; ils vont par terre; leurs enfants vont par mer avec M"*' de Watteville, sœur de M"® de Nivernois.
M"*® de Bachi part aussi incessamment pour Munich ; M. de Bachi y est déjà arrivé, et il paroit jusqu'à présent qu'il y a fort bien réussi.
M. le comte de Wiette a pris congé aujourd'hui. Je n'ai point parlé de lui depuis l'année passée qu'il arriva à Fontainebleau, de la part de l'électeur de Bavière; ildevoit s'en retourner peu de temps après , mais il a eu des affaires à Paris qui l'ont retenu; il dit même qu'il a été malade. Il écrivit il y a deux jours à M. de Puisieux; il demandoit d'avoir une audience du Roi pour prendre congé de S. M. M. de Puisieux lui a dit ce matin qu'il ne pouvoit pas avoir d'audience. M. de Wiette, après plusieurs instances réitérées, a demandé d'être au moins présenté par M. de Sainctot, comme homme de condition étranger. M. de Puisieux a envoyé quérir M. de la Tournelle, secrétaire à la conduite des ambassadeurs (ce que l'on appelle sous-introducteur), et lui a dit d'aller avertir M. de Sainctot d'aller prendre l'ordre du Roi pour lui présenter M., le comte de Wiette. En conséquence, M. de Sainctot, après avoir reçu les ordres de
S. M., a présenté M. de Wiette, auprès de la nouvelle salle des gardes qui est au plain-pied de la cour, avant que le Roi montât en carrosse pour aller tirer dans le parc ; il a dit au Roi que M. de Wiette prenoit congé pour s'en retourner en Bavière,
L'on sait d'aujourd'hui que la Reine partira mardi !•' oèlobre pour aller à Choisy ; on ne dit point encore le jour de son arrivée à Fontainebleau, mais ce sera vraisemblablement le vendredi.
Dtner cliez la Reine. — La famille royale à Choisy. — Contrat de mariage^
«gpié. — Mariage de M. de Brionne La Cour à Fontainebleau. — M. de
Jat)lonowski et l'ordre de Saint-Hubert. — Appartement de Mesdames et chasgements faits dans les logements à Fontainebleau. — Mort de rancieu étèqne de Saint-Paponl. — Lettre de l'ambassadeur d'Angleterre au canton de Frîboui;g et réponse de ce canton. — Présentation. —Le maréchal de Saxe à Fontainebleau. — Chasses du Roi ; favorables à sa santé. — Mort de rabhéde Ctteaux. — Détails sur l'élection des abbésdeClteaux. — Mort de la princesse Dorothée, première duchesse douairière de Parme. —^ Amusements de la Cour. — Chasses du Roi. — Mort et circonstance étrange. — Le cardinal de Soubisç. — La Reine fait donner un grade à un Polonais. -^ Le chanteur Reginella Défense du roi de Suède au sujet des ha-
bltg. — Morts et naissances. *— Signature de la paix à Aix-la-Chapelle. — Le Roi nomme à l'évéché de Poitiers. — Mort de M. Dufort. — Statue équestre de Louis XY par Rouchardon. — Finances et crédit de la ville de Paris. — Nomination d'un fermier général. — Château de Petit-Rourg. ^ Fortune du duc d'Antin. r— Mot de Louis XIY au duc d'Antin. — Reconnaissance des Génois envers le duc de Richelieu. — Don gratuit accordé par les États de Rretagne. — Indisposition de la duchesse de Luynes. — Martin'es d'amitié que lui donne la Reine. — Le duc de Riron à Raréges.
Du mercredis octobre, Paris. — La Reine dîna hier avec M. le Dauphin, M""" la Dauphine et douze dames, dans- le grand cabinet avant sa chambre. M"*® la maréchale de Duras étoit la première adroite, et par conséquent à la droite de M"* Victoire , et M"*" de Brancas ia première à gauche, et par conséquent la première après M™® Adélaïde; après M"** de Duras, M"™® de Lauraguais,. ensuite
M"* de Brissac, etc. De toutes les dames qui ont suivi la Reine, il n'y eut que M""" de Villars et M"* de Boufflers qui ne se mirent point à table ; M™® de Luynes n'y étoit point ; elle s'étoit trouvée incommodée depuis quatre ou cinq jours. La Reine lui a permis de venir ici pour faire quelques remèdes, et nous y vînmes hier. La Reine monta en carrosse à deux heures un quart avec M. le Dauphin, M"*^ la Dauphine et Mesdames; M"° de Villars monta dans le second carrosse. M"^ de Charleval ne dîna point avec la Reine , mais elle y soupa le soir à Choisy ; c'est une grâce que le Roi lui a accordée et dont elle jouira dorénavant dans toutes les occasions.
Le Roi ayant permis qu'on lui portât à Choisy le contrat de mariage â signer de M. de Brionne, MM. de Brionne et de Montauban ont été à Choisy ce matin avec plusieurs parents des deux côtés. C'est M. de Maurepas qui a présenté la plume , à cause de la charge de M. de Brionne* Le mariage se, fera demain à Panthemont (c'est M. le prince Constantin qui les marie); le souper dans la belle maison de M. de Montauban, rue de Varennes.
M. d'Argenson est resté â Versailles à cause de la goutte dont il est fort incommodé depuis plusieurs jours.
Du samedi 5, Paris. — Avant-hier jeudi, la Reine après avoir dîné à Choisy en partit de bonne heure pour Fontainebleau, ayant dans son carrosse M"*' la Dauphine, Mesdames et M""® de Villars. M. le Dauphin resta pour partir à quatre heures avec le Roi.
J'ai parlé ci-dessus du mariage de M. de Brionne; il y eut un grand dîner à Clichy, ensuite uii fort bon concert suivi d'un feu d'artifice* Le soir il y eut un grand souper et une illumination chez M""" -de Montauban. Il y a eu à l'occasion de ce mariage plusieurs présents faits à M™^ de Brionne. M. le prince Constantin lui a donné 20,000 écus; M. l'archevêque de Reims autant; M"* la princesse de Rohan lui a assuré 100,000 francs, mais elle n'a pas voulu qu'il en fût parlé dans le contrat, ni
qu'il y eût rien d'écrit ; elle lui a donné, outre cela, trois belles pièces d'étoffes. M"4a ducliesse de Tallard a donné une aigrette de diamants, M. le cardinal de Rohan plusieurs pièces de dentelles ; M'"'' d'Ëlbeuf a fait aussi un présent en pierreries. Hier, la noce soupa chez M"® d'Ëlbeuf, et aujourd'hui c'est chez M™*' de Tallard. M"* de Brionne, en comptant ce qui lui est donné par M. l'archevêque de Reims et par H. le prince Constantin, jouit actuellement de 18,000 livres de rente.
Du jeudi 10, Fontainebleau. — Je ne suis arrivé ici que lundi. Ce même jour, les concerts chez là Reine ont commencé, et avant-hier mardi il y a eu comédie pour la première fois.
Hier matin, H. de Jablonowski (1), cousin germain de BP** d'Ossolinska et de Talmdnd et du roi de Pologne Stanislas, vint chez M"® de Luynes savoir à quelle heure il pourroit voir la Reine et lui parler ; M"* de Luynes lui dit que ce seroit à la toilette de la Reine; elle en rendit compte à S. M., qui fut étonnée de ce qu'il étoit ici (2). 11 paroit avoir quarante ans; il aune assez belle figure. Sa femme est une princesse Radzivill , et il n'y a pas longtemps qu'il est marié. 11 a l'ordre de Saint-Hubert de l'électeur palatin (3).
(f ) Le père de M*"®' d^Ossolinska et de Talmond et le père de M. de Jablonowski étoient tous deux frères de la grande mère de la Reine. (Addition du duc de Luynes, datée du 10 octobre 1748. )
(2) Lorsque M. de Jablonowski eut fait sa révérence à la Reine, il lui parla lin moment en polonois. Quoique ce moment eût été fort court, on put croire qu'il avoit au moins dit quelque chose à la Reine du sujet de son Toyage ; la Reine nous dit le soir qu'elle n'en savoit pas un mot, qu'il lui aYoit dit qu'il étoit venu pour lui faire sa cour, mais qu'elle ne croyoit pas qa^ eût aucune affaire. Il me semble qu'il ne compte pas rester longtemps ici , d'autant plus que le roi de Pologne est actuellement en Pologne et que la diète est assemblée. ( Note du duc de Luynes, )
(3) Le duc de Wurtemberg donne aussi l'ordre de Saint-Hubert. Je crois que l'électeur palatin prétend que ce seroit à lui seul à le donner. 11 y a quelque petite différence au cordon et à la plaque; le cordon de Télecteur est
On dit ici les nouvelles d'Aix-la-Chapelle très-bonnes.
11 n'y a encore ici ni princesses ni princes, que M. le duc de Penthièvpe.
I>u samedi 12, Fontainebleau. — On a fait ici quelque changement à l'appartement de Mesdames, qui est, comme je Tai dit, celui de la Reine mère. La grande antichambre à été retranchée ; on en a fait deux, dont la première est fort petite. La pièce qui servoit de seconde antichambre est devenue la chambre de M"*^ Victoire. On a fait aussi un nouveau cabinet à droite du grand cabinet doré; c'étoit ce qui faisoit la chambre à coucher de la Reine mère ; ce nouveau cabinet est partagé en deux; celui de derrière est une espèce d' oratoire.
L'appartement qu'avoit autrefois M. de Chevreuse, mon grand'père, et depuis M. le maréchal de Chaulnes/et qui est entre la chapelle et la voûte qui communique de la cour du Cheval-Blanc à celle des Fontaines, a été trèsbien accommodé ; c'est M"*^ d'Estrades qui y loge.
L'appartement que M"* de Pompadour avoit Tannée passée dans la Cour ovale a été donné à M*"^ la duchesse de Brancas , la dame d'honneur ; et le sien dans la cour de la Conciergerie ou des Princes à M"*® de Lauraguais ; et celui (fe M. de Brancas à M. et M"' de Pons. M"* de Pompadour a celui qu'a eu" M. le duc d'Orléans et depuis M"*^ la princesse de Conty, sous la galerie des Réformés et donnant dans la cour des Fontaines. On a fait aussi un appartement dans la pièce qui faisoit ci-devant la salle à manger des cabinets.
Il y a déjà plusieurs jours que l'on a appris la mort de M. l'ancien évêque de Saint-Papoul, frère de M. de Ségur. Il étoit dans la cinquante-troisième aniiée.de son âge ; il est mort à Paris, où il étoit retiré.
Il y a quelques jours que l'on voit des copies d'une
bordé d'un petit liseré vert, et il n'y en a point à celui du duc de Wurtemberg. (yoteduduc de Luynes,)
lettre du ministre d'Angleterre au canton de Fribourg à Toccasion du roi Jacques, que les Anglois appellent le Prétendant; cette lettre m'a paru mériter d'être copiée, aussi bien que la réponse qui a été faite par le canton.
Lettre écrite par M. Boumabyy ministre du^roi d'AngleterrCy au canton de Fribourg,
Le 8 septembre 1748.
Magnifiques Seigneurs,
Ayant appris dans son temps la proposition qui vous fut faite à Arbergdelapart de M. l'ambassadeur de France, mon devoir ne me permit point de la laisser ignorer au Roi ; j'ai eu soin aussi d'informer S. M. de la réponse que vous jugeâtes à propos de faire rendre à M-. l'ambassadeur par Yos députés en lui notifiant que le Louable Canton de Fribourg consentoit à recevoir et donner asile au fils aîné du Prétendant, le traitant dans cette réponse d'Altesse Royale. Le Roi a bien eu de la peÎDâ dans le commencement à y ajouter foi; mais je vous laisse à juger de sa surprise extrême lorsqu'en même temps que j'eus l'hon* neur d'envoyer à S. M. la lettre du Louable Corps Helvétique en date du 30 juillet, je me suis donné l'honneur de lui confirmer mes préeédents avis. £n effet, il me passe moi-même qui suis sur les lieux, que sans me consulter, ni m'en faire la moindre communication, vous ayez voulu prêter l'oreille aux bruits artificieusement répandus dans le public, comme si le Roi consentoit ou eût jamais consenti que ce jeune honmie établît sa résidence en Suisse.- Il faut, Magnifiques Seigij^qrSy que vous n'ayez point dans ce moment réfléchi que ni S. M. le feu Roi, de glorieuse mémoire, ni S. M. la reine Anne, n'ont jamais voulu permettre, ni en tel cas que ce fût, ni à quel prince que ce fût en amitié avecla couronne dé la Grande-Bretagne, de donner protection au père de ce jeune Italien dans aucun pays en deçà des Alpes; à plus forte raison, S. M. glorieusement, régnante, qui vient de sauver l'Europe des fers qu'on lui forgeoit, et qui est actuellement prête à lui faire rendre la paix avec des condition^ justes et honorables^ est en droit de se promettre qu'après tous ses généreux efforts pour soutenir les États^ibres, mais chancelaiïts dans leur indépendance ; qu'après avoir consacré des trésors immenses au rétablissement du repos public, ni vous. Magnifiques Seigneurs, ni aucuns des Louables Cantons Suisses ne voudroient recevoir, protéger, ni donner asile à la persocne qui prétend à sa couronne, nia aucun des descendants, race odieuse à ses sujets et proscrite par les lois de la Grande-Bretagne. Une pareille
104 MF:iMOlRES DU DUC DE LUYNES.
démarche de votre part, sans la participation de vos alliés, seroit un contraste assez bizarre avec les expressions du Louable Corps Helvétique, rempli de reconnoissance (contenu de votre lettre ci-incluse, tout fraîchement écrite à S. M. )• Je vous prie de réfléchir sérieusement là-dessus , de même que sur le contenu de la mienne que je vous adresse par ordre exprès du Roi mon maître ; et afin qu'il n'y ait point de méprise dans une réponse si importante et si délicate, je vous demande une réponse formelle, souhaitant qu'elle soit telle qu'elle puisse engager S. M. à s'intéresser vivement comme par le passé dans tout ce qui peut vous être utile.
Magnifiques Seigneurs,
Votre très-affectionné à vous servir,
BOURNABY.