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teur; que nos ambassadeurs en Espagne ne sont pas non plus conduits par les introducteurs, et, qu'en dernier lieu, M. de l'Hôpital à Naples avoit été traité de même. M. le Cardinal parla avant^hier à M» de Puysieux, lequel lui rendit compte du traitement qu'il avoit reçu à Naples, conforme à ce qu'avoit dit M. de Castro-Pignano ; malgré cela il a été décidé que ce seroit l'introducteur. M. de Verneuil prétend que M. de Gastellar, à toutes seB audiences, avoit été conduit par l'introducteur des ambassadeurs, et qu'à l'égard de la première audience de M. de Castro-Pignano , on n 'avoit averti l'introducteur qu'une heure auparavant , ce qui fit qu'il ne put s'y trouver.
L'on prétendoît que M. de Castro-Pignano devoit prodigieusement dans ce pays-ci ; il me dit, la veille qu'il a pris congé, qu'il avoit payé généralement toutes ses dettes tant en argent que par arrangements faits avec le Sr Cioya, banquier, entre les mains duquel il a laissé plusieurs effets et entre autres beaucoup de galon d'or et d'argent, que ledit Sr Cioya s'est chargé desdits effets, et que, moyennant l'estimation par compte arrêté entre eux, il ne devoit plus qu'environ 22,000 livres, que ledit Sr Cioya s'est aussi chargé d'acquitter moyennant une lettre de change payable au mois d'août par M. de Castro- Pignano, lequel m'a dit qu'elle seroit acceptée au mois de juillet immédiatement après son arrivée ; que pour faire ces payements il avoit fait venir en dernier lieu 140,000 livres de chez lui; que sa dépense, depuis dixsept ou dix-huit mois qu'il étoit en France , montoit a 550,000 livres \ que sur cela le roi des Deux-Siciles lui avoit donné environ 100,000 livres par an , outre 20,000 écus qu'il lui avoit donnés pour son ameublement, et sans compter ses appointements de capitaine général , dont il étoit payé ici comme à Naples; et que malgré cela il lui en coûtoit 100,000 écus de son bien.
Mi lord Clare, neveu de feu M. le maréchal de Ber-
wick (1), a hérité depuis peu de 20,000 livres sterling d'un oncle à la mode de Bretagne, mort en Angleterre, nommé milord Woutmout[?]. 11 devoit hériter de toute la succession en vertu d'une substitution , et cet héritage monioit à plus de 50,000 écus de rente ; mais il falloit changer de religion et quitter le service de France. Milord Clare a refusé Tune et l'autre de ces conditions; il étoit dit qu'en ce cas il n'auroit que 20,000 livres sterling une fois payées, ce qui fait environ 450,000 livres de notre monnoie , mais avec obligation de changer de nom et de prendre celui de Woutmout[?j.
La direction de M. de Gramont est changée en inspection et a été donnée à milord Clare.
Nous apprîmes hier que M10* de Rupel monde avoit obtenu la permission de se démettre de sa place de dame du palais en faveur de sa belle-fille, qui est fille de M. leducde Gramontd'aujourd'hui ; elle se réserve les appointements.
Nous apprîmes aussi que M. de Terlay, lieutenantcolonel du régiment des gardes, qui se retire, avoit obtenu le gouvernement de Saint-Jean Pied-de4>ort qu'avoit feu M. le duc de Gramont; il est sur l'état du Roi à 10, kOO livres.
Quoique H. le duc de Gramont ait eu toutes les charges qn'avoit M. son frère, hors le gouvernement de Saint- Jean Pied-de-Port, il ne jouira pas des mêmes revenus. Premièrement, sur le gouvernement il y a 10,000 livres de pension pour la veuve; son beau-frère a sollicité luimême cette grâce. Outre cela, il y a changement sur les logements du régiment. Toutes les maisons des faubourgs de Paris, hôtels ou autres, dès qu'elles ne sont point occupées par les propriétaires, sont sujettes au logement des gardes françoises ; ce logement est estimé
(I) Il était fils de Charlotte rie Bulkeley, «rur d'Anne de Bulkeley, duchessc de Berwick ; nous n'avons pu trouver le nom de son oncle à la mode rie Bretagne.
ordinairement en argent, et forme une recette très-considérable. Un officier, fort instruit de ce qui se passe dans les gardes suisses, m'a expliqué un détail qui peut faire juger à peu près de la valeur de cette taxe. Les gardes suisses n'ont que trois compagnies logées dans les faubourgs de Paris ; leurs compagnies sont de deux cents ; ils logent tous leurs soldats et leur fournissent des lits, draps et quelques ustensiles nécessaires ; ils ont dans chaque compagnie cinq officiers auxquels on paye en argent leurs logements. Les gardes françoises ont sept officiers par compagnie, auxquels il n'est payé aucun logement, et leurs compagnies ne sont que de cent dix hommes; par conséquent l'on estime que la dépense d'une compagnie suisse par rapport aux logements est plus forte que celle d'une compagnie françoise d'environ 3,000 livres par an. Malgré cela, il est constant que le revenant bon des logements dans les compagnies suisses , toutes dépenses prélevées, monte par an à près de fc,000 livres par compagnie. Il y a trente-trois compagnies dans les gardes françoises ; il est aisé de voir que le produit des logements est un objet très-considérable. Il est d'usage de retenir sur ce produit, tous les ans, une somme de 60,000 livres au moins, que le Roi emploie, sur le rapport du colonel, en gratifications pour les officiers du corps. Le surplus, indépendamment des 1,000 écus de moins de dépense que dans les Suisses, formeroit encore un objet de 72,000 livres. M. le maréchal de Gramont n'avoit sur cela que 25,000 livres ; mais le duc de Gramont, qui vient de mourir^ avoit obtenu peu à peu le surplus de ce revenant bon. En donnant la charge à celui-ci, on a réduit le profit aux 25,000 francs anciens; le logement des cent dix hommes est remis en argent entre les mains de chaque capitaine, lequel y gagne plus ou moins suivant l' arrangement qu'il fait avec ses soldats (1). Les appointements
(l) M. le duc de Gramont ine dit, il y a troi» ou quatre jour», que le total
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du colonel des gardes ne sont que 10,000 livres; il y a outre cela une pension de 8,000 francs attachée à la charge. Ces deux articles joints aux 25,000 livres dont je viens de parler, en font &3,000 , mais il y a encore les six deniers pour livre , ce que Ton estime encore pouvoir monter à 35,000 livres. Cette somme est regardée comme un droit du colonel qui se lève sur la paye des officiers et des soldats.
M. de la Trémoille mourut le 23 au soir de la petite vérole (1). Il venoit de s'établir depuis peu à l'hôtel de Nesle sur le quai , qu'ils avoient loué. M"* de la Trémoille y a eu la petite vérole dont elle s'est tirée fort heureusement. M. de la Trémoille craignoit beaucoup cette maladie; sa femme , qui le sa voit, lui avoit fait promettre dans d'autres temps que si jamais elle l'avoit il ne s'enfermeroit point avec elle; M. de la Trémoille, qui l'aimoit beaucoup, n'a pas voulu la quitter pendant sa maladie, et MB* de la la Trémoille , à qui on a toujours laissé ignorer qu'elle eût cette maladie, étoit bien persuadée qu'elle ne l'avoit pas parce qu'elle voyoitM. de la Trémoille dans sa chambre. M. de la Trémoille étoit dans sa trente-quatrième année;
des logements montoît effectivement à 160,000 livres au moins, mais qu'il y avoit premièrement à déduire 80,000 livres que l'on donnoit aux capitaines. Il me détailla aussi d'autres diminutions par lesquelles il parolt prouvé clairement que le revenant Ihmi des logements [>our le colonel est peu considérable. 11 m'ajouta que feu M. son frère n'en toneboit que 20,000 livres, et que lai même ne comptoit poiut en toucher davantage; que le Roi accorde cette somme au colonel et qu'il ne peut pas même en recevoir une plus forte; que depuis qu'il avoit la charge il avoit proposé un arrangement qui avoit été accepté , qui étoit de donner sur le revenant bon des logements , aux six comraandants de bataillons, chacun 2,000 livres de pension, et que le lieutenantcolonel eût 1,000 livres de plus que les cinq autres ; que supposé que dans le cas d'une augmentation , la dépense des logements seroit plus forte et le revenant bon des logements ne suffisant pas pour payer lesdites i j.ooo livres de pension, cette somme seroit prise sur les 20,000 livres qu'il doit toucher. {Additiondu duc de Luyncs, datée du 3 juin 1741.)
(1) On me dit, Il y a quelques jours, qu'on lui avoit l'ait cette epitaphe a Paris : « Ci-glt l'amour martyr de l'hymen. »> ( Ao/e du duc de Luynes. )
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il avoit beaucoup d'esprit et une jolie figure. 11 étoit premier gentilhomme de la chambre. Il laisse un fils âgé de quatre ans et une fille . Il étoit aussi de l'académie françoise ; on croit que cette place sera donnée à M. l'abbé de Saint-Cyr, Bous-précepteurdeM. le Dauphin, d'autant plus qu'il en est digne et que c'est assez l'usage. L'affaire du gouvernement de l'Ile de France n'étoit pas entièrement consommée, et M. de la Trémoille n'avoit pas prêté serment (1). Il avoit le régiment de Champagne, qui sera donné apparemment en même temps que la charge; mais M. le Cardinal est à lssy, d'où il ne reviendra que mercredi matin.
Le Roi a toujours été à Choisy, d'où il revint hier au soir souper dans ses cabinets, et il est parti ce matin pour aller courre à Rambouillet, où il couchera, et ne reviendra que mardi.
Les trois premiers gentilshommes de la chambre ont été trouver M. le Cardinal à lssy pour demander que la charge fût donnée au fils de M. de la Trémoille, et offrent de l'exercer pour lui. M. le duc d'Orléans sollicite aussi fortement pour le fils, et l'on dit même qu'il a cité pour exemple à M. le Cardinal qu'il avoit bien donné à l'âge d'un an la survivance de capitaine des gardes au petit-fils de M. de Béthune. On ajoute que H. le Cardinal a nié que cela fût vrai, mais que M. le duc d'Orléans n'en est pas moins persuadé. Le fait est réellement faux. Cela prouve que M. le duc d'Orléans, qui vit dans une grande retraite, et qui augmente tous les jours, est mal informé de ce qui se passe ici. M. le duc de Charost m'a dit que ni lui ni M. le duc de Béthune n'avoient seulement pas imaginé de demander cette survivance. M"** de Mailly et de Vintimille se sont déclarées ouvertement pour M. de Luxem-
(1) Il avoit assuré à M. le comte d'Évreux sur tous .ses bien.s , sa vie durant, 30,000 livre» pour les appointements du gouvernement. (Noie du due de
Luynts. )
bourg. Il parolt que le goût du Roi et de M. le Cardinal n'est pas de la donner au fils; Ton conclut de là que, s'il l'obtient, S. Ém. aura cédé aux puissantes sollicitations. D'autres gens croient que M. le duc de Fleury pourroit bien avoir la charge ou au moins l'exercice ; on doute pourtant que ce soit le goût du Roi. A l'égard de M. de Luxembourg, s'il l'obtient, ce sera une grande marque du crédit des deux sœurs, et c'est ce qui pourroit en faire douter . M. leduc deChatillon demande aussi cette charge.
M. le Dauphin a été malade ces jours-ci d'une grande fluxion pour laquelle il a été saigné deux fois. La première saignée étoit faite lorsque le Roi partit mardi dernier pour Choisy ; cette maladie faisoit croire qu'il pourroit y avoir quelque changement sur ce voyage. M. le Cardinal lui-même n'en savoit rien; j'allai même à son café, où il me demanda s'il n'y avoit rien de changé. Il n'y avoit au voyage de Choisy que les quatre sœurs et M- la maréchale d'Estrées. J'y allai jeudi. Le Roi étoit allé à la chasse à Sénart pour courre le daim avec les chiens verts. C'est un équipage qui a été d'abord au lièvre et qui n'est pas censé équipage du Roi ; c'est Dampierre qui le commande, et les piqneurs sont habillés de vert. M*' de Mailly étoit allée avec le Roi; elle étoit seule de femme; et lorsque le Roi monta à cheval, elle monta dans une calèche avec M. de Luxembourg et M. de Meuse; elle avoit un habit vert. Il n'y a point d'uniforme pour cet équipage, le Roi même n'en porte point. Le Roi avoit à Choisy deuxou trois fois par jour des nouvelles de M. le Dauphin. Un page apporta le jeudi au soir à S. M. une lettre pendant qu'iljouoit à quadrille. Mademoiselle et Mme de Mailly jouoientà cavagnole et j'étois entre elles deux. M"" de Mailly parut avoir grand désir de savoir des nouvelles de M. le Dauphin; le Roi lui envoya sur-le-champ la lettre, qu'elle lut tout bas aussitôt ; après quoi, elle se leva et la reportaau Roi. Mademoiselle demanda des nouvelles au page. M"e de Vintimillene joue point et est toujours
assise auprès de la table où le Roi joue. Les deux princesses ne sont pas du voyage de Rambouillet ; il n'y a que les deux comtesses et point d'autres dames. M""-' la comtesse de Toulouse, qui est incommodée, n'est partie qu'à cinq ou six heures pour y aller.
Il y a déjà quelques jours que M. de Rouville, conseiller d'État, ci-devant intendant d'Orléans, est mort ; cette charge va naturellement à M. de la Houssaye qui avoit depuis longtemps une expectative.
Il y adéjà longtemps que M. deCampo-Florido demandoitavec instance à M. le Cardinal la permission de faire présent au Roi d'un chandelier de cristal qu'il a apporté avec lui de Sicile. Ce chandelier est de cristal fondu, extrêmement grand; toutes les branches sont de cristal, dans le goût des chandeliers d'église. Il faisoit assez bien à la fête de M. de Campo-Florido; on l'a mis pendant quelques jours dans la chambre du Roi, ici, où il faisoit très-mal, et on l'a porté au garde-meuble ; c'est un présent fort médiocre.
Il y a déjà ici quelques changements dans les logements. Le Roi ôte à MM. les deux gentilshommes de la manche les deux logements qu'ils ont presque au-dessus de celuici. Il a donné à M. le chevalier de Créquy le logement de feu M. le marquis d'Antin au-dessus de la salle du conseil. On vient de redemander à M*0 de Conflans(l) celui qu'elle avoit auprès de M*' la maréchale d'Estrées dans l'aile neuve ; elle n'en faisoit point d'usage depuis deux ans, étant devenue totalement aveugle ; on croit que ce logement est pour M. de Puydion, mais cela n'est point encore décidé. Le Roi veut donner des appartements à M. le maréchal de Noailles qui a cédé le gouvernement à son fils, à M. le duc d'Ayen, qui n'en a qu'un de garçon, àMaM laduchesse de Gramont la veuve, àM. etM^'de Fitz-
(l) M«« de Conflans, s«>ur de Mme d'Arrnentieres ; toute» deux (Uleê «le M««e de Ju&sac; ette est attachée k S. A. R. {Note du duc de Luynes.)
James, qui n'en ont point, eton dit aussi un pour M. et M"" de Mérode, qui sont absents depuis longtemps, mais qui sont extrêmement mal logés. Le comte de Noailles prit congé du Roi, il y a quelques jours, pour son régiment. S. M. lui dit en partant : « Vous trouvères à votre retour bien du changement dans le» loge mens de Versailles. » Cela prouve que le Roi a dessein de faire ces changements sans travailler avec le gouverneur.
M. le duc de Chartres partit jeudi ; son voyage doit être d'environ six semaines.
LYv<V|ue de Laon. — Mort de M. de Chavagnac et du chevalier Rosen. — Réception du duc de Gramont comme colonel do régiment des gardes françoSsea — Le dacde Fteury nommé premiei gentilhomme de la chambra; circonstances de cette nomination. — Mariage de M. de Clermont-Tounerre avec Ml|e de Brrtcuil ; maison de Clermont-Tonnerre. — Entrée du nonce.
— Revue des mousquetaires. — Régiments donnés. — Changement de logements à Versailles. — Serment du duc de Fleory. — Mort de M™ la Duchesse. — Nouvelles de Carthagèn*. - Présentation» de M»« de Fontaine- Martel et de Mme de Montmorency. — Mort de l'abbé du Vigean. — L'abbé de Rochechouart-Faudoas nommé évèque de Laon. — Gouvernement de Champagne accordé au prince de Soubisc. — Eau bénite à M1** la Duchesse.
— Conseil de dépêches. — Cérémonial pour l'eau bénite aux princes et princesses du sang. - Détail curieux sor le clergé à l'eau bénite de M»* la
Du jeudi \tT, Fête-Dieu, Venaillet. — Il y a déjà un mois environ que M. l' évèque de Laon est mort; il étoit frère de M. le marquis de laFare, ci-devant commandant en Languedoc, mais il ne lui ressembloit point du tout, car il étoit petit et d'une vilaine figure. 11 a beaucoup fait parler de lui par son zèle pour la Constitution. Ce sentiment, quelque louable qu'il soit et quoique très-digne d'être approuvé, étoit accompagné dansM.de Laon d'une si grande vivacité que l'on a souvent pensé qu'il poussoit les choses à l'excès.
Dimanche dernier, la Reine alla se promener à Sèvres
dans la maison de Mne d'Armagnac (1). Mœc* d'Armagnac et de Yillars, toutes deux filles de M. le maréchal de Noailles, qui sont l'une et l'autre dans la dévotion, jouissent d'une des maisons dépendantes de Saint-Cloud. M. le duc d'Orléans, qui est en grande liaison avec elles, leur a donné l'usage de cette maison. Mme d'Armagnac, qui est séparée d'avec M. le prince Charles presque depuis son mariage, habite plus souvent cette maison que Mme sa sœur, et la Reine aime beaucoup Mœ6 d'Armagnac.
J'ai marqué ci-dessus qu'on n'avoit aucune nouvelle de M. de Chavagnac, beau-frère de M. de Tessé, et qu'on le croyoit péri avec le bâtiment qu'il montait. Ce bâtiment, qui est une corvette nommée la Fée, est enfin revenu, et Ton a appris par son retour que M. de Chavagnac étoit mort sur son bord, de maladie, le 16 novembre.
On apprit, il y a quelques jours, la mort du chevalier Rosen. MM. Rosen sont les petits- tils du maréchal de ce nom ; ils étoient deux frères et avoient chacun un régiment; celui-ci avoit un régiment gris de cavalerie qui a voit été LordatetLixin. Uest mort de la petite vérole le douzième jour, à Strasbourg.
Le Roi revint ici mardi de Rambouillet, et soupa avec les deux sœurs et la maréchale d'Estrées dans ses cabinets. Les deux comtesses étoient revenues de Rambouillet dans un vis-à-vis du Roi, de Ja petite écurie. Pendant ce voyage, Mœe de Mailly a encore été à la chasse du Roi, seule de femme, avec M. de Luxembourg et M. de Meuse.
Le Roi en arrivant reçut une lettre de M. le Cardinal, lequel étoit encore à lssy, et de ce moment il parut de fort mauvaise humeur ; il passa chez la Reiue avant de se mettre à table ; j'y étois, et nous remarquâmes tous qu'il étoit fort triste. Le lendemain matin, qui étoit hier, j'allai chez Mme de Mailly, qui me parut assez sérieuse ; elle
(l) On appelait, dan« la société de ta Reine, cette maison : le Palais des
avoit beaucoup de monde à sa toilette, et entre autres M. le comte de Charolois et H. de Luxembourg, lequel avoit l'air triste. M. le Cardinal arriva pour le conseil d'État. Le Roi dîna à son petit couvert.
L'après-dtnée se fit la réception de M. le duc de Graniont, à trois heures. Le régiment des gardes étoit sous les armes, dans la grande place qui est entre les écuries et le château, et formoit une espèce de bataillon carré ouvert du côté de la grille; tous les officiers en habit uniforme. Le Roi monta à cheval dans la cour, accompagné de ses gardes dont les officiers étoient aussi en uniforme. La garde ordinaire françoise et suisse étoit dans la cour des ministres. Le Roi s'avança dans la place, à trente pas environ de la grille, M. le duc de Gramonl en uniforme et à pied auprès de S. M. Aussitôt que le Roi fut arrivé, tous les officiers quittèrent leurs postes, les sergents et les tambours. Les officiers firent un cercle autour du Roi, les tambours derrière. Le Roi dit suivant le style ordinaire : « Vous reconnoltrez M. le duc de Gramont pour colonel de mes gardes, et vous lui obéirez en ce qu'il vous commandera pour mon service. » Aussitôt les tambours battirent, les officiers se remirent à leurs postes et le Roi s'avança à droite, du côté des Récollets. Immédiatement après qu'il fut placé, le régiment des gardes se mit en marche par compagnie, M. le duc de Gramont à la tète de la compagnie-colonelle, suivant l'usage, salua le Roi et se plaça ensuite auprès de S. M. Tout le régiment continua à marcher par compagnie, et prit le chemin de Paris. Le Roi s'en retourna immédiatement après. Il étoit resté six compagnies dans la place, à la tète desquelles M. le duc de Gramont monta la garde et renvoya sur-le-champ deux desdites compagnies. L'usage est qu'à la réception du colonel, il est toujours de garde quatre jours comme les capitaines; queja garde relève ce jourlà, et recommence par la tète. La garde du Roi n'est que de quatre compagnies; pour la réception du colonel, il
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en monte six, mais il en renvoie toujours deux, n'ayant pas de quoi les loger. Ilme• de Mailly, de Vintimille et de Gramont étoient dans le carrosse de Mm de Gramont à la réception. Aussitôt que la garde eut monté, les quatre compagnies de la garde nouvelle se retirèrent, le Roi ne devant pas sortir.
M"" de Lesparre et de Brionne firent hier leurs révérences avec M™ la duchesse de Gramont-Biron ; elles n'avoient point de mantes.
Hier après midi, M. le Cardinal manda à M. de Maurepas de ne pas dire un mot de la charge de premier gentil homme de la chambre dans le travail qu'il devoit faire le soir avec le Roi. H. le Cardinal fut à ce travail suivant sa coutume à six heures; il fut enfermé avec le Roi trois quarts d'heure avant l'arrivée de M. de Maurepas. On comptait qu'au sortir du travail on sauroit la décision sur la charge, mais on n'en apprit aucune nouvelle, et l'on dit même qu'il n'en avoit pas été question. Ce matin le Roi, après son lever, a dit àM. le duc deFleury : « Je vous donne la charge de premier gentilhomme de la chambre. » C'étoit immédiatement avant que de sortir pour aller à la paroisse, à la procession. Lorsque le Roi a été sur l'escalier, il a donné à M. de Fleury une lettre qu'il lui a dit de porter à M. le Cardinal. L'on n'a su aucun détail dans le moment. La procession s'est passée à l'ordinaire; il a été à la paroisse à deux chevaux, suivant l'usage . Il y avoit dans son carrosse M. le comte de Clermont, M. le prince de Dombes, M. le comte d'Eu, M. de Béthune et M. le duc d'Ayen; un second carrosse à deux chevaux, à l'ordinaire. Au retour du Roi, M. le Cardinal est venu chez S. M. faire son remerclment dans le cabinet des perruques, en habit long rouge. Le Roi l'a embrassé ; il est entré desuite dans la garde-robe du Roi, où il est resté près d'un demi-quart d'heure tète à tête avec S. M. Le Roi étant revenu dans son cabinet de glaces, M. le Cardinal a présenté son neveu qui a fait son remerclment; M. le
maréchal de Noailles étoit présent. M. le Cardinal adressant la parole au Roi lui a dit : « M. de Noailles croit que je voulois lui faire un mystère, V. M. sait que je n'ai rien appris de la grâce qu'elle a faite à mon neveu que par la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'écrire, » Ou peutjugerde l'empressement des compliments que S. Ém. a reçus; entre au très M"* deLuynesl'aété voir et il lui adit qu'il n'avoit aucune part a la grâce que le Roi venoit de faire à son neveu etqu'il n'en a voit appris la nouvelle que parla lettre du Roi; qu'il étoit d'autant plus touché de cette lettre qu'elle étoit remplie de toutes sortes de marques de bonté. On juge par toutes ces circonstances différentes que la lettre que le Roi reçut avant-hier de M. le Cardinal étoit au sujet de cette charge, non pour la de* mander, mais pour représenter au Roi la nécessité dont il étoit pour son service qu'on put croire qu'il avoit toujours sa confiance ; et que si Je Roi donnoit la charge à M. de Luxembourg, il passeroit pour constant qu'il n'avoit plus droit d'espérer la continuation de cette même confiance , et que dès ce moment il deviendroit entièrement inutile à S. M., ajoutant les instances les plus fortes pour déterminer le Roi en faveur du fils de M. de la Trémoille.
11 est aisé déjuger de la cause du chagrin dans lequel le Roi parut être le mardi au soir. Vivement sollicité par les deux sœurs en faveur de M. de Luxembourg et dési- ' rant lui donner la charge, la lettre de M. le Cardinal dut faire une furieuse révolution en lui. On a remarqué que le jour que M. delà Trémoille mourut, le Roi en apprit la nouvelle pendant sou souper, etqu'au sortir de table M*" de Mailly lit parler M. de Luxembourg au Roi. Ce qui parolt le plus difficile à expliquer, c'est ce qui se passa dans la matinée du jeudi sur les huit heures. Il est certain que M. le Cardinal ne savoit rien de la charge ; il dit en avoir appris la nouvelle par la lettre du Roi ; il ajoute que cette lettre étoit charmante, cependant il parut de très-mau-
vaise humeur lorsqu'on alla lui faire des compliments; et même lorsque Mme de Luynesy fut et qu'elle lui dit qu'elle craignoit qu'il ne fût bien fatigué de la multitude de visites qu'il recevoit, il lui répondit : « Les peines du corps ne sont rien, ce sont celles de l'esprit. »
Depuis ce qui est écrit ci-dessus, j 'ai appris un détail qui éclaircit entièrement ce que j'ai marqué. Premièrement, la mauvaise humeur du Roi, le mardi, se montra non- seulement par le sérieux et la tristesse dont il étoit quand il vint chez la Reine ; mais outre cela Mesdames, qui jouoient avec la Reine, lui ayant demandé permission d'aller voir le Roi qui arrivoit, à peine le Roi les regarda-t-il, et il ne leur donna point sa main à baiser comme a l'ordinaire ; il se mit à table dans ses cabinets, mais le souper fut extrêmement triste, et il n'y eut que sur la fin que le Roi commença a parler un peu.
A l'égard de M. le Cardinal, du premier moment de la mort de M. de la Trémoille, son premier sentiment fut de ne point donner la charge au fils ; mais les sollicitations pressantes de M™" la duchesse d'Orléans, de M. le duc d'Orléans et plusieurs autres l'avoient enfin déterminé en faveur du fils; il avoit môme promis positivement par quatre ou cinq lettres de faire tout ce qui dépendrait de lui auprès du Roi en faveur du fils. Il s' étoit acquitté de cette parole en écrivant fortement au Roi, le mardi, et lui demandant la charge pour le fils, en môme temps qu'il don noit l'exclusion formelle à M. de Luxembourg. Il n'avoit aucune vue pour son neveu, au moins cela parott clair par les circonstances ; et jeudi matin, M. l'évèque de Mirepoix le vit et fut trois quarts d'heure tôte à tète avec lui ; on parla de la charge, et M. le Cardinal ne parut rien savoir de la détermination du Roi. Cette môme matinée, M. le contrôleur général travailloit tôte à téte avec M. le Cardinal, lorsque M. de Fleury entra, dit à M. le Cardinal la grâce que le Roi venoit de lui faire, et lui remit la lettre de S. M. M. le Cardinal fit répéter deux
fois son neveu, disant que cela ne pouvoit pas être, et à chaque fois dit avec douleur et surprise : « Me voilà compromis avec tous les princes du sang. » Ce détail est aussi certain que si je Tavois vu. A la seconde fois que M. de Fleury lui répéta la grâce qu'il recevoit, comme il s'en alloit, M. le Cardinal le fît rappeler et lui dit devant le contrôleur général : « Je vous défends d'en rien dire à personne, » déterminé à ce que Ton croit à aller trouver le Roi au retour de la paroisse et à essayer de le faire changer. Son neveu lui répondit qu'il étoit toujours prêt A exécuter ses ordres, mais qu'il avoit déjà remercié le Roi publiquement et reçu grand nombre de compliments. Il répéta encore alors : a Ah ! me voilà compromis avec tous les princes du sang. » Le moment d'après, Mne de Fleury vint chez lui; elle se jeta à son cou, mais à peine la regarda-t-il, et lui dit à elle et à quatre personnes qui la suivoient qu'il avoit à travailler avec M. le contrôleur général. Cette môme matinée, il descendit chez M. le Dauphin ; mais il étoit dans un état qui faisoit peine à voir ; il ne savoit ce qu'il disoit, et ne pouvoit pas même trouver la porte pour sortir, il fallut la lui montrer. Après avoir présenté son neveu à M. le Dauphin, il s'en alla ; mais après avoir fait quelques pas il revint et dit qu'il avoit oublié de dire à M. le Dauphin qu'il avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour déterminer le Roi en faveur du fils de M. de la Trémoille, et qu'il n'avoit pas imaginé de demander la moindre chose pour son neveu. Il alla de là chez Mesdames, mais étant dans une telle consternation et un changement si singulier qu'on pouvoit tout croire et tout appréhender dans ce moment. Enfin cela étoit au point que lorsqu'il fut sorti, Madame Adélaïde dit à M"e de Tallard : « Vous dites,* maman, qu'il faut faire des compliments à M. le Cardinal ; il devroit donc être bien aise. »
l'oublie de marquer qu'avant d'aller chez Mesdames, il avoit été chez la Reine; il y étoit arrivé dans un étatd'em-
barras si grand que la Reine avoit cru qu'il se trouvoit mal; il s'approcha de la Reine, ayant peine à se soutenir; elle étoit à sa toilette, où il y avoit même assez de monde dans ce moment; il la pria d'ordonner que Ton passât ; l'ordre fut donné sur-le-champ ; il demanda aussitôt permission à la Reine de s'asseoir, n'en pouvant plus. Il lui dit alors qu'il lui arrivoit le plus grand malheur du monde ; qu'il étoit dans une grande désolation, et ajouta que le Roi venoit de donner la charge à son neveu. La Reine lui dit qu'elle ne voyoit rien dans cette nouvelle de si affligeant pour lui. 11 lui raconta ensuite le sujet de sa peine en faisant le détail des engagements qu'il avoit pris.
Le fait est que depuis la mort de M. de la Trémoille , il y avoit eu plusieurs lettres de M. le Cardinal au Roi, et du Roi à M. le Cardinal. La première lettre du Cardinal disoit que ses amis le pressoient extrêmement de demander la charge pour son neveu , mais qu'il étoit si comblé des bontés de S. M. qu'il ne songeoit nullement à faire une telle demande ; qu'au contraire il la supplioit très-humblement de songer au fils de M. de la Trémoille. Le Roi lui répondit qu'il ne vouloit point la donner au fils de M. de la Trémoille; qu'il avoit bien songé à son neveu, mais qu'il avoit senti en même temps que c' étoit lui attirer plus d'ennemis que d'amis. Sur cela, nouvelle lettre du Cardinal dans laquelle, sans nommer M. de Luxembourg, il le désignoit et faisoit sentir au Roi que s'il disposoit de cette charge suivant les conseils qu'on lui donnoit , il devenoit lui-même de ce moment inutile au bien de son service, puisqu'il ne seroit plus douteux alors qu'il ne seroit plus honoré de sa confiance , et que dès ce moment il le prieroit de vouloir bien lui permettre de se retirer, sentant même qu'il en avoit besoin. Ce fut cette lettre qui mit le Roi de mauvaise humeur (1). Le
(I) Le Roi dit dans le moment : « Je croyois qoe le Cardinal étoit attaché à
Roi répondit à M. le Cardinal (mais je ne sais si ce ne fut pus verbalement dans le travail ) qu'il seroit bien fâché de lui rien demander qui pût intéresser sa santé, et que si elle demandoit absolument qu'il se retirât, qu'il lui donnoit toute permission. Ce fut dans cet état d'agitation et de peine que les deux sœurs, ou au moins M"* de Mailly, déterminèrent le Roi à donner la charge à M. de Fleury (1). Mais par tout ce détail qui est vrai , il ne parolt pas que le Cardinal , pour tirer le Roi d'embarras , lui ait proposé d'autres sujets que le fils de M. de la Trémoille, quoiqu'il y en eût plusieurs qui demandassent. Lorsqu'il fut revenu chez lui il s'y enferma, et personne ne put y aborder; il dîna seul et dormit une demi-heure; après quoi il écrivit quatre ou cinq lettres à M"" d'Orléans et aux autres auxquels il avoit promis par écrit en faveur du fils, pour se justifier auprès d'elle. Après cela il vit tout le monde et parut dans une situation plus ordinaire, quoiqu'il fût encore abattu. Deux autres circonstances remarquables, c'est que le Roi de voit se coucher de bonne heure le mercredi, à cause de la procession du lendemain, et cependant il ne se coucha qu'à deux heures et demie , ce qui fait juger qu'il y avoit eu une longue conversation ; et le jeudi, le Roi étoit encore fort sérieux. Au retour de la procession, en rentrant, il reçut une lettre
ma personne, mais je vola qu'il l'est beaucoup plus à son crédit. - {Note du due de Luynes.)
(1) L'état du Roi étoit en effet très-violent ; la veille de la fête, il resta après souper tète à tète avec M"" de Mailly, qui fut effrayée de l'agitation extrême de l'esprit de S. M. Mrae de Mailly envoya prier M™ de Vintiraille de la venir trouver ; elle loi paria avec vivacité de l'état du Roi. M«* de VintimiHc lui dit : « Ma sceur, il n'y a pas un moment à perdre, il faut que vous écriviez tout à l'heure au Roi pour lui demander avec instance de donner la charge à M. de Fleury. Nous pourrions peut-être l'emporter sur le Cardinal, mais le Cardinal est absolument nécessaire au Roi, et nous serions renvoyées dans trois jours. » Mme de Mailly lui dit qu'elle étoit hors d'elle-même et qu'elle ne pourroit jamais écrire; M,n< de Vintimille lui dicta la lettre; cette lettre fut rendue le soir même au Roi, avant qu'il se couchât, ou au plus tard le lendemain jeudi matin (Aofc du duc de Luynes. )
de M"6 de Mailly ; il fit réponse sur-le-champ, cacheta luimême sa lettre, et dès ce moment parut comme à son ordinaire. M. le duc de Fleury paye le brevet de retenue qu'avoit M. de la Trémoille, et le Roi lui en donne un de 400,000 livres.
M. de Varennes est devenu lieutenant -colonel des gardes par la retraite de M. de Terlay.
Jeudi dernier, le Roi avant que d'aller à la paroisse signa le contrat de mariage du fils de H. de Clérmont- Tonnerre avec la fille de M. de Breton il. L'heure de la signature des contrats de mariage est toujours après la messe du Roi , et c'est ici le second on le troisième contrat qui a été signé avant la messe. M. de Glermont est mestre de camp de la cavalerie. MM. de Clermont sont originaires de Dauphiné et en portent le titre de premiers barons par une concession de Humbert, dauphin , en faveur d' Aynard ou Aymard de Clermont, qui vi voit dans le onzième siècle. Le petit-fils de celui-ci, nommé aussi Aymard , commanda les armées du comte de Bourgogne , Tan 1120, et rétablit sur le siège pontifical Calixte II, frère du comte , après avoir chassé l'antipape Burdin , soutenu par l'empereur Henri V. Les armes de Clermont étoient une montagne avec un soleil; le Pape leur donna pour armes deux clefs d'argent en sautoir avec la tiare papale, et pour devise la réponse de saint Pierre aN.-S.: Si omnes te negaverint, non le negabo. Aynardde Clermont, le huitième de cette maison,eut deux fils. C'est du second, nommé aussi Aynard, que descendoit la duchesse de Retz, qui mourut en 1603. L'alné, nommé Geoffroy, épousa l'héritière de Mon toison. Geoffroy eut pour fils Aynard; Aynard, de son second mariage avec une Seyssel, eut deux fils; le cadet fit la branche de Mon toison, d'où descendoit Philibert dit le Brave de Mon toison, qui se trouva à la bataille de Fornoue en 1495. Charles Vllï , dont il étoit chambellan, pensa y être pris; il appela Montoison à son secours en lui criant : a A la rescousse, Montoison 1 » Ces
paroles sont devenues une devise pour cette famille, Philibert ayant délivré le Roi. Antoine, frère aîné de Philibert, épousa une Sassenage, petite-fille de la vicomtesse defTallard. Antoine, parce mariage, prit le titre de vicomte de Tallard, et eut pour fils Louis et Bernardin. Bernardin fut vicomte de Tallard. Louis eut pour fils Antoine, qui épousa la sœur de Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois; il n'en eut qu'un fils, mort jeune, et deux filles dont Tune épousa le comte de Saint- Aignan. Bernardin épousa une Husson, fille du comte de Tonnerre; jl eut pour fils aîné Antoine, en faveur duquel Clermont fut érigé en comté en 1547. Henri, second fils d'Antoine, devenu l'alné, avoit épousé une la Marck, fille du duc de Bouillon. Charles IX érigea en sa faveur le comté de Tonnerre en duché en 1572. Cette érection n'eut pas lieu, Henri étant mort en 1573; MM. de Clermont ont seulement gardé le manteau. Charles-Henri, fils de Henri, épousauned'EscoubleaudeSourdis. Son ûls aîné, François, étoit le père de M. l'évêque de Noyon et le grand-père de M. l'évôquedeLangres. Son second fils, Roger, épousa une Pernes, fille de la comtesse d'Espinac ; il fit la branche de Crusy et eut un fils qu'on appeloit le marquis de Crusy, qui épousa MUe de Massol, dont je parlerai ci-après , mère du mestre de camp de la cavalerie. Le troisième fils de Charles-Henri s'appeloit aussi Charles-Henri; il épousa l'héritière de Luxembourg et devint par là duc de Luxembourg ; il en eut une fille qui porta ce duché à Henri de Montmorency, duc, pair et maréchal de France. M. le marquis de Crusy avoit fort peu de biens , il étoit fort ami d'un homme que Mlle de Massol devoit épouser et qui fut tué en Italie, le mariage étant arrêté. MUe de Massol fut dans une très-grande affliction et fit tendre sa chambre de noir. Elle ne voulut voir personne ; cependant M. de Crusy, à titre d'ami de celui qu'elle devoit épouser, eut permission de la voir ; il lui plut et elle l'épousa et vécut fort bien avec lui. Elle avoit du bien,
elle l'employa entièrement à l'éducation de son fils, et après la mort de son mari elle se retira à la campagne avec 1,000 livres de revenus seulement. C'était une femme d'esprit, respectable par son mérite et sa vertu. Son fils, qui est le mestre de camp de la cavalerie, vint à Paris, fit connoissance avec MUe deNovion, qui avoitdubien et étoit maltresse de son sort, il l'épousa. C'est la mère de celui dont le contrat de mariage fut signé lundi.
Du dimanche 4. — Le Roi entendit jeudi, jour du Saint- Sacrement, les vêpres dans sa tribune , chantées par sa musique. Tous les jours de l'octave il y a un motet au salut, et pendant l'octave il n'y a point de concert chez la Reine.
Le vendredi, le Roi partit pour aller à la chasse et de là coucher à Rambouillet. Les deux sœurs partirent l'aprèsdtnée dans un vis-à-vis du Roi ; Mme de Mail 1 y étoit venue la veille chez la Reine lui demander sa permission. Sa semaine commence aujourd'hui ; elle ne reviendra cependant que demain.
Du mercredi 7. — Hier le nonce (1) fit ici son] entrée ; il l'avoit faite dimanche dernier à Paris. C'est le jour de son entrée à Paris qu'il reçoit à Picpus les compliments du Roi et de la Reine; M. le duc de Rochechouartyalla de la part du Roi , et M. deTessé de la part de la Reine. 11 n'y arien à remarquer sur l'entrée du nonce ; il étoit conduit par M. le prince de Lambesc, suivant l'usage; il eut l'honneur des armes , la garde rappela pour lui ; les Cent- Suisses et les gardes du corps prirent les armes. M. de Béthune vint le recevoir à l'entrée de la salle des gardes, et chez la Reine ce fut le chef de brigade ; lui et M. de Lambesc se couvrirent à l'audience du Roi , suivant l'usage; le Roi debout et couvert pendant la harangue. Chez la Reine, l'audience étoit dans le grand cabinet avant la chambre, M. de Nangis seul derrière le fauteuil. Le nonce'
(1) Cresccw.i , archevêque de Naziance.
portA son bonnet sur sa tête et l'y laissa un instant; M. de Lambesc porta aussi son chapeau sur sa téte, mais ne l'y laissa point. Après cette cérémonie , le nonce parla découvert, la Reine étant debout. L'une et Vautre harangue furent en italien.
Hier à quatre heures après midi , se fit la revue des deux compagnies de mousquetaires , à l'ordinaire. M. le Dauphin ne descendit point en bas parce qu'il a été incommodé ces jours-ci ; il vit la revue avec Mesdames par une fenêtre de M. le comte de Clermont (prince). La Reine étoit sur le balcon de la salle des gardes ; les officiers la saluent parce qu'ils ne sont plus alors à la vue du Roi. Le Roi passa dans les rangs des deux compagnies , après quoi il revint à la cour de marbre ; alors M. de Jumilhac vint prendre l'ordre pour l'exercice, que les mousquetaires gris firent au son du tambour. M. de Jumilhac vint prendre l'ordre une seconde fois pour faire faire le même exercice sans tambours. M. de Montboissier fit de môme pour les noirs. Les gris étoient allés pendant ce temps-là prendre leurs chevaux et revinrent passer en revue, et les noirs ensuite. La question de l'année passée au sujet du tambour des gardes s'étoit renouvelée la Teille. M. le duc de Gramont répondit à M. de Jumilhac qu'il ne pouvoit pas changer de son chef l'usage qu'il avoit trouvé établi dans le régiment, d'autant plus qu'il n'y avoit point d'ordonnance de rendue sur cet article, mais qu'il lui paroissoit fort convenable que le Roi voulût bien en rendre une, et qu'aussitôt que S. M. auroit décidé ce que son régiment des gardes devoit faire, il le feroit exécuter. En conséquence , les gardes françoises et suisses prirent les armes hier et ne battirent point. Les mousquetaires battirent en allant et en revenant , ce qu'ils n'avoient point fait l'année passée. Apparemment "que MM. les capitaines ont reconnu que toutes troupes qui marchent doivent battre, et surtout en entrant dans le château et en se retirant.
JUIN 1744. 4lt
Le Roi travailla hier avec M. de Breteuil et donna les deux régiments, qui étoient vacants : Champagne, par la mort de M. de la Trémoille; et Kosen-cavalerie, par la mort du chevalier Rosen. Le régiment de Rosen, qui étoit autrefois Lordat et Lixin , a été donné à M. le prince de Gavre, fils de M. le comte d'Egmont; c'est un régiment de 22,500 livres, de trois escadrons. Le régiment de Champagne a été donné À M. de Bellefonds, brigadier d'infanterie, dont la femme est du Chatelet. M. de Bellefonds avoit le régiment de la Marche, qui a été donné à M. de Saint- Pern , capitaine dans le régiment du Roi , qui a fait le détail de l'infanterie en Italie et dont on a été fort content. M. de Saint-Pern avoit une lettre de feu M. d'Angervilliers par laquelle ce ministre lui marquoit que le Roi étoit très-satisfait de sa conduite et qu'il pouvoit compter sur le premier régiment vacant.
Il y a beaucoup de projets sur le changement de logements. M. le duc de Gramont va occuper celui de feu M. son frère. M. le maréchal de Duras demande à changer le sien contre celui que quitte M. de Gramont, lequel est au-dessous de M. de Tessé. Le Roi a donné a M. le chevalier de Créquy le logement de feu M. le marquis d'Antin, qui estau-dessus de la salle du Conseil, et a fait redemander à M"1* de Conflans celui qu'elle avoit auprès de M"* la maréchale d'Estrées et dont elle ne pou- Voit plus faire usage étant aveugle.
Du jeudi 8, Versailles. — Le Roi a signé ce matin le contrat de mariage de M. le comte de Montmorency, lequel quitte le nom de chevalier de Montmorency, après avoir eu celui de comte de Beaumont et celui de marquis de Breval; il épouse la fille de M. le premier président (le Pelletier); le mariage se fera dimanche,
Le Roi a aussi signé celui de M. le président d'Aligre avec la fille d'un conseiller : ce mariage est fait il y a quelques jours; le Roi a permis qu'on ne lui apporta* ce
contrat qu'après. Ces signatures se sont faites après le lever, dans le cabinet, à Pordinaire. M- de Maurepas a présenté la plume; tous les parents étoient à la signature.
Immédiatement après, tout le monde étant encore dans le cabinet , le Roi s'est mis dans son fauteuil, près la cheminée , le dos tourné au mur de la galerie : on a apporté un carreau sur lequel s'est mis M. le ducde Fleury, sans épée ; le Roi son chapeau sur la tète. M. de Maurepas a lu le serment , après quoi le Roi s'est levé et est parti pour la Paroisse dans un carrosse à deux chevaux, dans lequel étoient M. le prince de Dombes et M. le comte d'Eu , MM. de Béthune et de Fleury. Nous étions deux dânsle second carrosse. Il n'y a rien eu à remarquer, sinon que le nombre des pages qui doivent monter devant et derrière ce carrosse est fixé, parce qu'ils y vouloient tous monter ; aujourd'hui ils étoient dix-huit. M. le duc de Gramont s'est mis, en habit noir, la canne à la main , à la tète de la garde , lorsque le Roi a passé , pour lui faire sa cour; et la garde qui relevoit aujourd'hui étoit en bataille, dans la place d'armes, sur le chemin de la Paroisse. Au retour de l'église, le Roi s'est habillé de chasse , a passé ensuite dans sa chambre pour dîner; M. de Fleury l'a servi , MM, de Gesvres et de Rochechouart présents derrière le fauteuil ; c'est apparemment l'usage pour le jour du serment. Le Roi est parti en calèche ; il y en avoit deux. L'observation que Ton peut faire par rapport aux calèches , c'est que celle où le Roi est marche la première, au lieu qu'aux carrosses celui où le Roi n'est pas marche toujours le premier.
Duvendredi 9, Versailles. — Le Roi vient d'arriver de Rambouillet. Mmc de Mailly n'étoit point de ce voyage , parce qu'elle est de semaine.
M. de Fleury a aujourd'hui pris ses grandes entrées à la toilette de la Reine.
Du mercredi 14, Versailles, — On apprit hier la mort
de M. le dac de Phal&ris, à Constantinople ; il étoit fils de M. d'Entraigues (1) et frère de feu M"* la duchesse de Béthune ; il avoit épousé Mu# d'Haraucourt ; c'est Mrofl la duchesse de Phalaris d'aujourd'hui.
Dm jeudi 15, Versailles. — M'"" la Duchesse est morte hier à dix heures du matin , après une longue maladie ; elle étoit âgée de vingt-six ans. M. le comte de Gharolois vint ici pour en faire part au Roi ; et S. H. étant partie pour la chasse, d'où il alloit coucher à Rambouillet, M. de Gharolois s'est rendu à Rambouillet, d'où il est revenu ici en rendre compte à la Reine. Dans ces occasions , c'est un maître de la garde-robe qui va faire compliment aux princes du sang de la part du Roi ; et la Reine y envoie son premier maître d'hôtel. On prendra le deuil samedi 17. Elle a fait un testament par lequel elle donne 6,000 livres une fois payées à chacune des dames qui lui sont attachées, 10,000 livres à celui qui gouvernoit ses affaires et qu'elle fait son exécuteur testamentaire, 10,000 francs aussi à une Allemande qui est auprès d'elle. On fait pour elle la grande cérémonie. Les cours souveraines ont été lui jeter de l'eau bénite ; Mi,e de Clermont va lui en jeter de la part de la Reine ; elle sera accompagnée par M"* de Fleury et par M"e de Rupelmonde, la belle-fille. Son corps est gardé par dos dames non titrées. 11 y a eu des billets, d'invitation aux dames qui ont été choisies.
Du vendredi 16, Versailles. — Il est arrivé ici plusieurs officiers de marine, entre autres H. le chevalier d'Estourmel, M. du Barrail et M. Bart. M. Bart et M. d'Estourmel ont fait leur cour plus assidûment et le Roi leur
(i) MM. d'Entraigues sont fort proches parent* de MM. de Luxembourg; Mme de Valence, scpur de M. le maréchal de Luxembourg, «Hoit mère de M"** d'Entraigues, par conséquent M. d'Entraigues, père de M. du Phularis, cloit par sa femme cousin germain de M. le maréclial de Montmorency d'aujourd'hui. (Aote du duc deLuynes.)
a beaucoup parlé, surtout à M. Bart qui est un officier de beaucoup de mérite.
M. de Roquefeuille doit partir incessamment avec une flotte pour aller dans le Nord.
On eut, il y a quinze jours, des nouvelles de Carthagène par lesquelles on a appris que les deux flottes angloises combinées se sont rendues maltresses de Boccachica et des autres forts qui défendoient l'entrée du port, où ils ont trouvé deux cents pièces de canon. Cette nouvelle a d'abord fait baisser considérablement les actions (1). On attend la suite de cette première expédition , et on commence à espérer que Carthagène ne sera pas pris.
Du dimanche 18, Versailles. — Mme la princesse de Hohan a présenté aujourd'hui Mme de Fontaine-Martel, fille de Mmfl de Graville. M™ la princesse de Rohan est cousine issue de germain du premier mari de M™' de Graville. MM la maréchale de Navailles avoit eu trois tilles. M™6' d'Elbeuf, de Pompadour et de Rothelin. Mwc d'Elbeuf n'a point eu d'enfants; M™ de Pompadour n'a eu d'enfants que M™ de Courcillon, mère de M™* la princesse de Rohan ; M"* de Rothelin a eu une fille , qui épousa M. de Clère, et, plusieurs années après, un fils qui est M. de Rothelin d'aujourd'hui. M"* de Clère eut un fils qui étoit M. de Clère, lequel avoit épousé M"' de Chamilly , fille de M. le comte de ChamUly. M. le comte de Chamilly étoit neveu du maréchal de Chamilly. Ml,c de Chamilly, après la mort de M. de Clère, épousa en secondes noces M. de Graville ; c'est de son premier mariage avec M. de Clère qu'est venue Mm de Fontaine* Martel.
Du lundi 19, Versailles. — M"" la maréchale de Montmorency présenta aussi hier Mm* de Montmorency, sa belle-fille ; c'est M,,e Pelletier, fille de M. le premier président, qui a épousé M. le chevalier de Montmorency,
(I) De la compagnie française des Inde».
appelle présentement le comte de Montmorency.
M. le prince de Gavre, fils de M. le comte d'Egmont, vint ici hier faire son remerciaient pour le régiment de cavalerie que j'ai marqué ci-dessus. 11 a pris le nom de marquis d'Egmont pour que le régiment puisse s'appeler Egmont.
M. l'abbé du Vigean mourut hier d'une inflammation dans les intestins; il avoit dîné jeudi dernier, à Glatigny, chez M"' de Ventadour et tomba malade au retour. Il étoit maître de l'oratoire du Roi ; c'est une charge sans aucune fonction présentement, mais qui donne les entrées de la chambre; elle s'achète 80,000 livres et vaut 4,000 livres de rente. M. du Vigean avoit un brevet de retenue de 40,000 livres. Il jouissoit d'environ
10 ou 12,000 livres de rente de son bien , sans compter une petite abbaye qu'il avoit eue à la mort de M. l'évéque de Bayeux (Lorraine); ce bien est passé à un cousin , à titre de substitution, lequel a quatre-vingts ans et n'est point marié ; c'est le seul qui reste de cette famille. M. du Vigean avoit quarante-deux ans; il laisse une sœur qui est Mmc l'abbesse de Saint-Pierre de Metz, qui est ici depuis un an avec M"* l'abbesse de Sainte- Marie pour leur procès avec H. Tévèque de Metz. Le père de M. l'abbé du Vigean , mort depuis quelques années, s'étoit remarié étant fort âgé ; de ce mariage est venue une fille qui a neuf ou dix ans et qui est dans un couvent à Paris. L'abbé du Vigean étoit déjà prêtre dans le temps de ce mariage; ce fut lui qui en fit la cérémonie. 11 étoit aimable et est fort regretté ici. M. du Vigean, qui avoit épousé Mnc de Dreux, avoit laissé un fils, lequel est mort aussi depuis.
Du samedi 24, Versailles. — M. d'Ecquevilly demanda,
11 a quelques jours, au Roi, l'agrément pour le mariage de son fils avec MUe de Joyeuse, fille de M. de Joyeuse, lieutenant général de la province de Champagne. Le
Roi , en faveur de ce mariage , permet à M. d'Ecquevilly de se démettre en faveur de son fils du commandement du vautrait et lui conserve l'exercice encore pendant dix ans.
Le Roi revint hier de Rambouillet et y retourne lundi jusqu'à mercredi; après quoi il y fera son dernier voyage le dimanche 2 juillet jusqu'au mercredi 5. La semaine prochaine est celle de M"* de Mailly.
Du lundi 26, Versailles. — Nous avons su aujourd'hui que le Roi avoit nommé à l'évèché de Laon M. l'abbé de Rochechouart-Faudoas , frère de M. de Faudoas qui a épousé la fille de Mme d'Armentières, lequel est colonel du régiment d'infanterie, qui étoit Louvigny en 1702, présentement Rochechouart. Cet évèché vaut environ 40,000 livres de rente , toutes charges déduites, et étoit vacant par la mort de M. l'abbé de la Fare. M. l'abbé de Rochechouart étoit grand vicaire de M. l'archevêque de Rouen qui en dit beaucoup de bien, et ce choix parolt universellement approuvé.
Le Roi a accordé à M. le prince de Soubise le gouvernement de Champagne, sur la démission de M. le prince de Hohan,son grand-père. Ce gouvernement vaut environ 72,000 livres de rente. M. de Rohan n'a pas demandé la survivance. Feu M. le prince de Soubise, père de celui-ci, avoit la survivance de ce même gouvernement.
Le Roi est parti aujourd'hui pour Rambouillet jusqu'à mercredi. Les dames sont : Mroe la duchesse d'Antin, M""* de Saint-Germain et de Vintimille, laquelle y est allée seule dans un carrosse du Roi ; les deux autres étoient parties le dimanche. M"e de Mailly est de semaine et n'est, point du voyage.
Hier le Roi signa le contrat de mariage de M. d'Ecquevilly le fils avec M11' de Joyeuse; c'est M. d'Auriac(l), secré-
(I) Castanier d'Auriac, maître des requêtes.
taire des commandements de la Reine, qui présenta la plume à la Reine pour signer.
A la signature du contrat de mariage de la fille de M. de Rreteuil avec M. de Clermont, M. d'Auriac étoit absent ; ce fut M. de lire teu il qui présenta la plume à la Reine. 11 est chancelier de S. M.; cependant il ne présente jamais la plume à aucun contrat ; et en l'absence du secrétaire des commandements c'est la dame d'honneur qui présente la plume à la Reine.
M"' la duchesse de Fleury a été nommée pour accompagner M"' de Clermont en allant jeter de Peau bénite de la part de la Reine à M"* la Duchesse deuxième douairière ; elle m'a montré la lettre d'invitation que lui a écrite M. de Dreux, grand maître des cérémonies, dont voici à peu près les termes :
J'ai l'honneur de vous donner avis que la Reine vous a choisie pour accompagner M"6 de Clermont qui va jeter de la part de S. M. de l'eau bénite à feu M0** la Duchesse. Ce sera un tel jour, à tel le heure. Yous aurez la bonté de vous rendre chez M,te de Clermont, au petit Luxembourg. Vous savez qu'il faut être en grand habit de deuil et en mantes.
11 y a dans ces cérémonies une différence entre les hommes qui vont de la part du Roi, et les dames qui vont de celle de la Reine. C'est que, delà part du Roi, c'est un carrosse à quatre places seulement, dans lequel sont : le prince du sang dans le fond, avec un de MM. les ducs qui l'accompagne à sa gauche; un homme de condition pour porterie manteau du prince, et le grand maître des cérémonies, sur le devant. Et de la part de la Reine, c'est un carrosse à six places, dont la princesse seule occupe le fond , et les deux dames, titrée et non titrée , se mettent sur le devant. M°" de Ribérac, dame d'honneur de M"* de Clermont, étoit aussi dans le carrosse à une des portières ; cela a paru un peu extraordinaire, d'autant plus qu'on ne sait pas trop à quel titre elle peut y être, puisque MUe de Clermont représente la Reine. L'usage est
ordinairement que ce soit deux dames du palais qui accompagnent la princesse. Ces deux dames se sont rendues chez M'" de Clermont, laquelle les a menées dans son carrosse j usqu'aux Tuileries où elles sont descenduesa l'appartement de Bontemps, premier valet de chambre du Roi, gouverneur des Tuileries, où elles ont mis leurs mantes; ensuite elles ont monté dans le carrosse de la Reine, M"'de Clermont seule dans le fond, Mme de Flenry et M"c de Rupelmonde la belle-fille sur le devant, elM""" de Ribérao àla portière, comme je viens de le marquer ; le carrosse étoit escorté par huit gardes du corps à cheval. Étant arrivées à l'hôtel de Condé, M"e de Clermont a été reçue par Ml>" de Charolois et de Sens, par Mmc* les princesses de Pons et de Guéméné , Mme la maréchale de Duras et Mme la comtesse de Tresmes, et quelques autres, qui avoient été invitées de la part de la maison de Condé comme parentes.
M": de Clermont marchoit seule, sa queue portée par M™ de Rupelmonde, et suivie par l'offioier des gardes. Derrière M"' de Clermont marchoit Mademoiselle, ensuite M"' de Sens; immédiatement après M* de Sens, M" de Fleury, la queue de sa mante portée par un gentilhomme. 11 n'y eut que M,te de Clermont qui se mit à genoux sur un drap de pied, comme la Reine, et avec les mêmes cérémonies; toutes les autres dames demeurèrent debout. L'eau bénite jetée, M1" de Clermont fut reconduite parles princesses et les dames ci-dessus jusqu'au carrosse, de la même manière qu'elle à voit été reçue. Elle revint dans le carrosse de la Reine aux Tuileries, où elle est remontée dans son carrosse avec sa dame d'honneur et les deux autres dames, et les a remenées chez elle, au petit Luxembourg, d'où elle alla ensuite en son particulier avec M"" de Ribérac jeter de l'eau bénite à Mra" la Duchesse.
Outre le carrosse de la Reine, où étoitM"'de Clermont, il y avoit un carrosse des écuyers dans lequel montèrent le grand maître des cérémonies, l'écuyer de quartier, l'écuyer cavacaldour et le porte-manteau.
JUIN t741. 427
Dimanche dernier, M. d Aubigné, directeur d'infanterie et ami particulier deM. le maréchal de Belle-Isle, vint faire sa cour au Roi au grand couvert. S. M. lui dit : « J'ai reçu des dépêches deM. de Belle-Isle, épaisses de quatre doigts ; cependant le style en est concis et il n'y arien d'inutile ; je ne suis pas trop accoutumé à en recevoir de semblables ; j'en ai pourtant reçu une bien écrite deM. de Rennes. »
11 y eut samedi %k conseil de dépêches assez long ; il fut question de certains droits dont jouit le commandant de la ville de Péronne (c'est M. de la Pérée qui a épousé uneCaulaincourt, parente de MM. de Bé thune). M. de Saiut- Florentin rap porto it pour ces droits. M. le contrôleur général soutint qu'ils étoient abusifs; le Roi dit qu'il y avoit moyen de concilier cette affaire : «Il n'y a, dit-il, qu'à lui donner un dédommagementen attendant que je lui donne une autre place où il sera mieux. »
M. de Charostme disoit, ily a quelques jours, qu'autrefois MM. les secrétaires d'État n'étoient point assis au conseil de dépèches, ce qui faisoit qu'ils n'y alloient point; il me fit même le détail d'une circonstance dans laquelle M. de Louvois, protégeant une des parties qui avoient un procès au conseil de dépèches, y entra par cette raison. Aujourd'hui, non- seulement les secrétaires d'État, mais même les conseillers d'État, sont assis au conseil de dépêches et de finances ; seulement au conseil de finances, quand on fait entrer un maître des requêtes pour rapporter, il se tient debout. Les maîtres des requêtes se tiennent aussi debout au conseil des parties où. le Roi n'est point; ils y rapportent appuyés sur le fauteuil du Roi.
Du jeudi 29. — J'ai raisonné aujourd'hui avec M. de Verneuil, introducteur des ambassadeurs, par rapport à la cérémonie de l'eau bénite aux princes et princesses du sang; il m'a dit que les ambassadeurs n'étoient dans l'usage d'en aller jeter qu'au premier prince du sang et à sa femme; que depuis la mort de Henri de Bourbon,
prince de Condé, en 1646 , jusqu'en 1709, à la mort de M. le Prince, il n'y avoit point d'exemple de cette cérémonie par les ambassadeurs pour aucun prince du sang. En 1709, l'introducteur leur donna part de la mort de M. le Prince., par ordre du Roi, et de même à la mort de Mmc la Princesse, sa femme. L'usage du cérémonial en pareil cas est que les ambassadeurs sont reçus par le maître et les officiers des cérémonies ; ensuite ils vont chez le frère ou le fils du défunt, qui leur donne la main et les reçoit et reconduit, suivant l'étiquette. Le lendemain, le fils ou le frère va chez les ambassadeurs, où il est reçu avec le même cérémonial . Dans cette occasion-ci, M. le comte de Gharolois a envoyé de son propre mouvement M. le chevalier de la Marck aux portes de tous les ambassadeurs, où il a faitécrire par leurs suisses des billets à peu près dans ces termes : M. le chevalier de la Marck est venu de la part de M. le prince de Condé et de M. le comte de
Charolois faire part à M. l'ambassadeur de de
la mort de Mme la Duchesse. M. le chevalier de la Marck alla môme chez l'ambassadeur deHollande, qui, étant protestant, ne pouvoit aller jeter de l'eau bénite. En pareil cas, les ambassadeurs qui doivent faire une entrée et qui ne l'ont point faite ne doivent point être invités, et môme il fautqu'ils aient fait leurs visites au moins au princedu sang qui est le plus proche parent. Le nonce, qui venoit de faire son entrée, n'avoit point encore vu M. le comte de Charolois; mais il auroit pu réparer cela en allant chez M. de Charolois le matin du môme jour.
Sur ces billets d'invitation, les ambassadeurs s'assemblèrent; on rapporta les exemples de part et d'autre ; tout se passa avec honnêteté, et les ambassadeurs n'ont point été jeter d'eau bénite. M. le comte de Charolois est convenu qu'il ne s'y étoit pas bien pris, qu'il auroit dû en parlera M. de Yerneuil qui lui auroit sûrement dit que ce n'étoit pas le cas d'inviter les ambassadeurs, M. le Duc n'étant pas premier prince du sang.
Le Parlement a été en corps jeter de l'eau bénite à M"* la Duchesse; il n'a point eu pour cela d'ordre du Roi, mais M. le premier président a assuré la Compagnie que le Roi ne le trouveroit point mauvais. Les princes du sang reçoivent en pareil cas le Parlement à la porte de la chambre du dépôt, c'est-à-dire où est le corps, et le reconduisent au même endroit.
Le Clergé, ayant H. l'archevêque de Paris à la tête, y a aussi été sans ordre exprès de S. M., seulement une lettre de M. de Maurepas, signée de lui, écrite à M. l'archevêque pour lui marquer que le Roi ne le trouveroit point mauvais. Le Clergé reçu comme le Parlement et reconduit de même. H. l'archevêque de Paris avoit oublié son livre, un religieux qui étoit là lui donna le sien. Le caractère étoit si fin qu'il ne put lire dedans, même avec ses lunettes ; il pria M. l'archevêque de Tours de dire l'oraison et lui donna le livre ; M. de Tours se servit des mêmes lunettes sans pouvoir lire. M. l'archevêque de Tours remit le livre à M. de Saint-Brieuc, dont la vue se trouvoit meilleure et qui lut l'oraison, lise trouva que c'était l'oraison pour un prêtre.
M. de Verneuil m'a conté une circonstance au sujet de M. Vénier, ambassadeur de Venise, prédécesseur de M. de Lezzo, qui l'est aujourd'hui. Les ambassadeurs de Venise sont dans l'usage d'être faits chevaliers de l'étoile d'or par le Roi à leur audience de congé. S. fil. leur donne une épée d'or et un baudrier : ils doivent se mettre à genoux, ce qui se fait dans le cabinet. M. Vénier ne se mit point à genoux et reçut l'accolade debout. M. de Verneuil lui demanda pourquoi il ne s'étoit pas mis à genoux; M. Vénier répondit qu'on ne lui avoit pas donné de carreau. M. de Verneuil en parla à M. de la Rochefoucauld et sut que c'est parce que l'on est dans l'usage de payer les carreaux à chaque serment et cérémonie qui se font dans le cabinet du Roi, et que celui-là n'auroit pas été payé, parce que les ambassadeurs ne doivent pas payer*
Aujourd'hui jour de Saint-Pierre, le Roi a été à vêpres a ln. chapelle, et n'a point retourné au salut ; c'est l'étiquette que le Roi aille à vêpres les fêtes d'Apotres.
S. M. revint hier, jour de jeûne, de Rambouillet, où il avoit dîné ; il arriva sur les sept heures, soupa à minuit en gras dans ses cabinets avec les deux comtesses et quelques hommes.
M. le prince d'Ardore, nouvel ambassadeur de Naples, a eu aujourd'hui sa première audience. La question dont j'ai parlé ci-dessus s'est renouvelée À l'occasion de M. d'Ardore ; il prétendoit ne devoir point être conduit par l'introducteur, en qualité d'ambassadeur de famille, suivant ce que lui avoit dit M. de l'Hôpital et à l'exemple de ce qui s'étoit passé à Naples pour cet ambassadeur; mais on a suivi la dernière décision qui a été faite et, hier à huit heures du soir, M. d'Ardore donna part à M. de Verneuil de son arrivée. Aujourd'hui après la messedu Roi, M. d'Ardore, M. dcCampo-Flotidoet M, de Verneuil sesont rendus dans la chambre du Roi où j'étois dans ce moment. M. de Verneuil est entré dans le cabinet, où il a pris l'ordre du Roi. Tout ce qui avoit suivi le Roi au retour de la messe est sorti du cabinet, tous les secrétaires d'État et même M. le duc de Charost qui aies entrées familières ; ils ont tous repassé dans la chambre du Roi. M, le Cardinal et M. Amelotsont restés seuls avec le Roi. H. de Verneuil est ressorti du cabinet pour venir prendre M. d'Ardore et l'a conduit dans le cabinetd'où il est ressorti aussitôt; l'audience a duré un bon demi-quart d'heure. M. de Verneuil attendoit dans la chambre. Au sortir de l'audience, les deux ambassadeurs, avec M. de Verneuil, ont été chez la Reine attendre qu'elle revienne de la messe. Au retour de la messe, la Reine est demeurée debout auprès de la' table de sa chambre; M. de Verneuil est entré pour prendre l'ordre de S. M. ; il a repassé ensuite dans le cabinet pour prendre M. d'Ardore. M. de Ctunpo-Florido étoitentré devant. Après les révérences ordinaires, M. d'Ardore a parlé
pendant quelque temps à la Reine en italien, et a remis à S. M. une lettre ; après quoi il s'est retiré avec le même cérémonial. M. le Cardinal et M. Amelot n'étoient point a l'audience de la Reine ; ils n'ont point quitté le conseil d'État où ils étoient.
L'abbé d'Oppède nommé maître de l'oratoire. — Tutelle du prince de Condé. — Mort de l'éveque de Pamiers et «le M. de Livry. — Arrivée île M. dn Belle-lsie; détait» sur le roi de Pniaae et sur l'ambassade de Francfort. — Mort de la reine de Sardaigne. — La Reine à Dampierre. — Mouvement de troupes. — Appartements donnés. — Audiences du prince «le Nassau- Weilbourg et de Mme d'Ardore. — Changements dans la maison du Dauphin. — Mariage de M. de Castries avec M,,e de Chalmaiel.
Du samedi 1", VenaUle». — La charge de maître de l'oratoire de M. l'abbé du Vigean a été donnée à M. l'abbé d'Oppède, le plus ancien des aumôniers du Roi. M. l'abbé d'Oppède a depuis longtemps une assez bonne abbaye; il a déclaré il y a longtemps à M. le Cardinal qu'il ne vouloitpointétre évêque etqu'il ne demandent qu'une marque de bonté du Roi en se retirant. MM. d'Oppède sont provençaux et gens de grande condition. Il paye le brevet de retenue de 40,000 livres et le Roi lui en accorde un de 30,000 livres ; outre cela le Roi a mis sur la charge une pension de 1,000 livres en faveur de MIU du Vigean, qui a huit ou neuf ans, sœur de père de feu M. l'abbé du Vigean. Mmc de Chalmazel, qui est leur parente, l'a amenée aujourd'hui «remercier M. le Cardinal et M. de Maure pas. La charge de maître de l'oratoire vaut , à ce que m'adit Mn« de Chalmazel, 4,800 livres.
M"* la Duchesse est ici d'hier. M. le comte de Charolois y vint aussi hier matin et eut une longue conversation avec M. le Cardinal. Il est actuellement en procès avec MM<*sa mère au sujet de la tutelle de M. le prince de Condè,
et ce procès fait grand bruit. Feu M™ la Duchesse étoit tutrice avec M. le comte de Charolois ; M. le comte de Charolois a demandé par une requête que Umc la Duchesse sa mère fût chargée de l'éducation de M. le prince de Condé ; Mm<,la Duchesse a présenté de son coté requête pour être adjointe à la tutelle. M. le comte de Charolois répond qu'il n'est point nécessaire d'avoir deux tuteurs, que le cas de pourvoir à la tutelle n'est point arrivé , puisque par sa qualité de tuteur il reste toujours chargé de veiller aux intérêts de M. le prince de Condé. Il cite pour exemple M. le duc d'Orléans qui est seul tuteur de M. le comte de la Marche, et Mna la duchesse d'Orléans et M"" la princesse de Conty, les deux grandes mères , n'ayant point demandé à y être adjointes. M. de Charolois ajoute qu'il est de son honneur que l'on n'adjoigne qui que ce soit à cette tutelle. On dit de la part de M"" la Duchesse qu'elle est blessée avec raison de la requête qui a été présentée par M. le comte de Charolois pour qu'elle soit chargée de l'éducation de M. le prince de Condé ; mais qu'elle auroit encore plus juste sujet de se plaindre si, étant chargée de l'éducation, elle n'avoit aucune part dans la tutelle et fût en quelque manière dépendante de son fils. On ajoute qu'il n'y a point d'exemple que, dans le cas où est Mm* la Duchesse, on ait refusé la tutelle lorsqu'elle est demandée. M. le comte deCharolois a demandé à M. le Cardinal que ce fût le Roi qui décidât cette question, et M. le Cardinal lui a répondu que le Roi ne vouloit points'en mêler. C'est M. de Charolois et M. de Lassay qui m'ont conté ce détail de part et d'autre.
Il n'y a point encore d'arrangement de fait pour les logements ; on a seulement donné à M. de Charolois l'appartement de M. le Duc; et de l'appartement qu'avoit M. de Charolois on en ôte une pièce, qui étoit anciennement de l'appartement de M. le Dauphin , et qu'on lui rend; elle servira d'antichambre avant la salle des gardes.
Le Roi a beaucoup parié ces jours-ci à son dîner et à son souper aux officiers de marine ; il fit hier et avant-hier plusieurs questions à MM. du Barrail et de Nesmond sur Carthagène.
Du dimanche 2. — Jeudi dernier on quitta le deuil de Mmcla Duchesse; on devoit le prendre ces jours-ci pour le prince Frédéric, cousin du roi de Prusse , mort des blessures qu'il avoit reçues à la bataille de Molwitz ; mais cela est changé, on ne le prendra pas. Les parents de la maison de Condé ont continué à porter le deuil pendant quelques jours.
Mademoiselle, MUfl de Clermont et M"é de Sens vinrent avant-hier ici eu même temps que Mro< la Duchesse; elles et M. le comte de Clermont sont réunis avec Mmc la Duchesse dans le procès dont j'ai parlé contre M. le comte de Gharolois. On a été assez étonné ici de ce que le Roi n'a point été chez M™* la Duchesse ni chez les princesses. En pareille circonstance, elles viennent ici. aussitôt après, recevoir les visites du Roi et de la Reine ; mais comme il y a déjà quelque temps que Mme la Duchesse est morte et que même le deuil est fini , apparemment que c'est cette raison qui a empêché ces visites. On dit que c'est Mœc la Duchesse qui a désiré cet arrangement. .
H y a déjà huit jours que M. l'évèque de Pamiers mourut à Paris; il étoit frère de M. le marquis de Fénelon, notre ambassadeur à la Haye.
M. le maréchal de Brancas a fait aujourd'hui sa révérence au Roi ; il arrive de Bretagne, où il ne retournera plus, l'usage étant, comme je l'ai marqué plus haut, que MM. les maréchaux de France sont payés fort cher quand ils sont employés.
On parle beaucoup de guerre depuis quelques jours ; il n'y a point cependant encore d'ordonnance pour l'augmentation de la cavalerie , mais il y a un marché de fait pour fournir des chevaux à la cavalerie, et outre cela • un arrangement avec MM. Pàris pour la fourniture des t. ut. 28
vivres; ils n'ont pas voulu faire de forfait , mais ils serviront et compteront de clerc à maître.
Du mercredi 12, Dampierre. — Je ne mettrai point autant de détail sur ce qui se passe à Versailles, parce que je suis ici depuis le 3 de ce mois; cependant voiei à peu près ce qui est arrivé depuis mon départ :
Le Roi alla le lundi 3 à Rambouillet ; il devoit dans le premier arrangement y rester jusqu'au mercredi; cela fut changé par rapport à des arrangements de chasse ; il revint le mardi après souper. Les dames de ce voyage étoient les deux comtesses, Mme d'Antin, Mmc de Saint-Germain et Siœc la duchesse de Gramont. Ce voyage est le dernier de Rambouillet. Mme la comtesse de Toulouse devoit partir le lendemain pour aller à Forges; elle n'y va plus à cause des maladies qu'on dit être dans le pays ; mais cela n'a rien changé au voyage du Roi. S. M. partit le vendredi à huit heures du soir pour aller souper à Choisy ; chassa samedi et lundi à Sénart; le lundi , au retour de la chasse , soupa dans sa gondole sur la rivière, et revint ensuite coucher à Versailles. Les dames de ce voyage étoient les deux comtesses.
Nous apprîmes ici, il y a trois ou quatre jours, la mort de M. de Livry le père , arrivée à Livry le 3 ou le h de ce mois. Il n'avoit pas soixante ans, mais il avoit beaucoup vécu. Voilà son fils en possession de la charge.
M. de Belle-lsle arriva à Versailles le lundi 10 de ce mois. C'étoit un secret que son arrivée; il n'y avoit que quelques-uns de ses amis qui en étoient instruits. On lui a mandé de venir pour raisonner avec lui sur les partis qu'il y avoit à prendre dans les conjonctures présentes. 11 n'a point entré dans Paris et n'y entrera pas même en s'en retournant, de sorte que son fils, qui a huit ou neuf ansetquiestau collège , l'est venu voir à Versailles. Le jour qu'il arriva, M. le Cardinal avoit couché à Vaucresson (1)
( i ) Ccl|e maison, qui éloil à fou M. I^rault, a été vendue après sa mort à un
et étoit venu dîner chez Mme de Ventadour à Glatigny. M. de Belle-Isle fut enfermé depuis cinq heures jusqu'à neuf chez M. le Cardinal , tête à téte. Le lendemain il fut en conférence avec les quatre secrétaires d'État chez M. Amelot. Le Roi lui donna aussi ce même jour une audience qui dura une demi-heure ou trois quarts d'heure; il n'y avoit à cette audience que M. le Cardinal. Le Roi fit asseoir M. de Belle-Isle.Ila eu depuis une longue conversation avec M. de Maurepas, et plusieurs avec M. de Breteuil. Il ne devoit être à Versailles que cinq ou six jours ; il parolt n'être pas sûr qu'on ne l'y retienne quelques jours de plus.
Du dimanche 16, Dampierre. — Je vis hier M. de Belle- Isle; il me conta la manière dont il avoit été reçu par les électeurs. Quoiqu'il n'eût point pris de caractère , le roi de Prusse envoya deux mille hommes au-devant de lui, et lui donna une garde de deux cents hommes , double sentinelle en dedans et en dehors. Il parolt content de l'esprit et de la vivacité du roi du Prusse aussi bien que de la grande beauté de ses troupes. Le roi de Prusse donne tous les jours à dîner à grand nombre d'officiers ; ce dîner est composé d'un grand plat de viandes bouillies de toute espèce, d'un plat de bouillon , un grand plat de rôti en pile et un autre grand plat de légumes ; on ne sert jamais de fruit sur sa table. 11 reste trois ou quatre heures à table à faire la conversation, ne buvant que du vin de Champagne avec de l'eau et très-modérément. M. de Belle-lsle a été reçu par les électeurs de Bavière et Palatin avec toute la distinction possible , quoique toujours sans caractère , logé dans le château , la garde prenant les armes et battant au champ pour lui. Chaque électeur vint le recevoir dans la pièce avant la chambre, lui donna la main et un fauteuil pareil au sien ; à table ,
ronsrilWmi P;u h'iwnt, fort jaitrténistt» à ce que j'ai ouï <liiv, *1 qui a \mv M. 1«» Cardinal <l«- \ouloir Im'iicnnliiiuenlVn faire usa*;»'. (Note du dwdr I.
il eut un fauteuil à la droite de l'électeur, un cadenas pareil et servi de même par un chambellan ; à cette même table, à Manheim, le duc et les princesses de Sultzbach n'avoient point de cadenas ni de chambellan pour les servir.
M. de Belle-lsle n'a point encore fait son entrée. Les maisons qu'il a été obligé de louer à Francfort pour lui et sa suite lui coûtent 34,000 livres de loyer ; il a cinquante laquais , dont trente-six pour sa personne et celle de Mme de Belle-lsle ; douze pages avec gouverneur et sousgouverneur; quatre heiduques, autant de coureurs; quinze personnes principales pour le secrétariat , ce que Ton appelle la chancellerie , desquelles les deux plus considérables ont chacune 2,000 écus d'appointements du Roi. Il y a outre cela plus de cent personnes pour la cuisine et l'office. Il n'a encore demeuré que quatorze ou quinze jours à Francfort en différentes fois. Son état ordinaire est de deux tables de vingt-cinq couverts chacune dans la même pièce, dont une est tenue par le chevalier de Belle-lsle. J'oubliois dans les traitements qu'il a reçus, que la visite faite d'abord par lui à l'Électeur lui fut rendue sur-le-champ. Il vint recevoir l'Électeur une pièce plus loin qu'il n'avoit été reçu, lui donna la main, et le reconduisit au même endroit.
Ce n'est qu'en arrivant à Meaux que M. de Belle-lsle apprit la levée du siège de Carthagène ; il y avoit déjà quelques jours que nous savions cette nouvelle; elle est venue par l'Angleterre , où l'on a fait tout ce qu'on a pu pour la laisser ignorer. C'est le vice-roi don Biaise qui avec trois mille Indiens a obligé les Anglois à lever le siège; ils se sont retirés avec grande perte ; on dit que cette expédition leur coûte cent cinquante millions.
On apprit il y a quelques jours la nouvelle de la mort de la reine de Sardaigne (1) ; on doit en faire part mardi, et on prendra le deuil jeudi.
(I) Élisabetli-Tliérèse de Lorraine , fille de LéopoM-Jos^pli-Charles , duc de
Le Roi revint lundi de Choisy, comme j'ai dit, après avoir soupe sur l'eau ; le souper fut fort long*, et il n'y avoit de dames que les deux comtesses. U y est retourné jeudi, et ne reviendra que demain lundi; il fera toutes les semaines jusqu'à Compiègne un semblable voyage.
La Reine nous fit l'honneur de venir ici jeudi dernier. Nous n'en filmes instruits sûrement que le mercredi matin ; elle arrivaici à trois carrosses ; dans celui desécuyers, M. de Nangis, M. de Tessé ; et dans les deux du corps, Mœe* d'Antin, de Villars, de Montauban, de Chatillon, de Tessé, de Saint-Florentin et de Bouzols. Ces voitures sont desberlines, que l'on vient de faire pour la Reine, qui sont à six places et cependant beaucoup plus légères que les carrosses dont elle se servoit. La Reine arriva ici à midi et demi. J'allai la recevoir au haut de la montagne avec M. de Picquigny. Elle se mit à table un peu avant deux heures; Mme de Luynes lui présenta la serviette, j'eus l'honneur de la servir à table. La Reine me renvoya quelque temps après, et M. de Picquigny la servit après moi. S. M. voulut que M. de Picquigny allât dîner, et M. de Vezanne, qui est un gentilhomme à moi, servit la Reine. La Reine mangea dans le vestibule avec les damçs qu'elle avoit amenées, M™ de Luynes, We d'Egmont et M,ne de Rupelmonde. Quand la Reine semità table, elle ne trouva que son couvert seul ; elle ordonna qu'on en apportât aux dames. U y avoit ici le matin deux dames, Mmc* de Flavacourt (1) et de Brienne (42) ; elles s'en allèrent avant l'ar-
Lorraine et de Bar; née en 1711 ; mariée en 1737 à Charles Emmanuel III, roi de Sardaigne, dont elle fat la troisième femme.
(1) Veuve du maréchal de camp à qui avoit appartenu la terre du Plessis- Loognau proche de Pont-sur-Oise. ( Note du duc de luynes. )
(2) Elle est Villale. M™ de Villate, sa mère , épousa en secondes noces M. le marquis de Sauroery, sous-gouverneur du Roi, ambassadeur en Bavière, dont elle a eu une fille qui a épousé M. de Coëtlogon. De son premier mariage elle a eu deux filles; l'aînée est Mm* de Guitaul. M. de Brieuue, mari d« la seconde, est fils de la soeur aînée de M"« de Luynes. (Xote du duc de Lugnes. )
m MEMOIRES DU DUC DK LUYNES.
rivée de la Reine, n'ayant jamais été présentées. M. le prince de Bisache, second lils de M. d'Egmont, qui n'a pas été présenté , ne parut pas de toute la journée. 11 y avoit dans ma chambre une table, où mangèrent M. l'archevêque de Rouen (1) , M. de Nangis, M. de Tessé et toute la compagnie en hommes qui étoit ici. Le chef de brigade et l'exempt y mangèrent l'un après l'autre , aiin qu'il y en ait toujours un des deux derrière la Reine. L'exempt étoit M. de la Viérue, et le chef de brigade M. le chevalier de Saint- André. Outre ces deux tables, il y en avoit une pour les pages, une pour les gardes du corps, une pour les valets de pied de la Reine, une pour les cochers et postillons et une pour les garçons d'attelage. Après le dîner, la Reine entra dans l'appartement de la Reine, qui est celui a. droite vis-à-vis celui de Mwe de Luynes. On avoit ôté le lit de ]a chambre des nœuds pour faire une garde-robe plus commode. La Reine revintdans le salon et se mit à jouer à cavagnole. Elle avoit demandé, en arrivant, un salut à la paroisse ; il y avoit quelque difficulté parce que la Reine n'a point droit de faire dire iin salut et que le curé d'ici n'avoit point permission de M. l'archevêque; mais M. l'archevêque de Rouen dit qu'il le prenoit sur lui et chargea seulement M. le curé d'en écrire à M. l'archevêque. M. de Nangis demanda, pendant le jeu , à la Reine, si elle souperoit ici; elle dit d'abord que non, et comme nous la pressâmes, Mroe de Luynes et moi , de vouloir bien rester, elle dit qu'elle en avoit grande envie , mais qu'elle craignoit de nous embarrasser. A sept heures, elle quitta le jeu et alla à pied à la paroisse. M. leçuré lareçutà la porte du cimetière, marcha devant elle jusqu'à la porte de l'église où il se retourna et lui présenta de l'eau bénite ; elle fyit conduite à un prie-Dieu, au milieu du chœur. Après le salut, la Reine monta en calèche menée par le cocher de Mme de
H) Charles- Nicolas de SauU-Tavannes.
Luynes, fit le tour de la pièce d'eau, alla à la ménagerie (1) , et de là partout le grand parc. Elle revint à neuf heures, et ayant trouvé un marchand qui avoit des tabatières à vendre, elle en acheta une qu'elle donna à Mme de Luynes. J'oublie de marquer que pendant son jeu elle avoit eu différentes petites musiques. A neuf heures elle se remit à cavagnole , et un peu avant dix heures on servit son souper, et le même nombre de tables que le matin. Je ne mets aucun détail pour le service; tout se passa de même qu'à dîner. Je commençai par laservir, ensuite M. de Picquigny, puis M. de Vezanne, et je vins reprendre le service après que j'eus soupé. La Reine se remit à cavagnole après le souper, jusqu'à minuit, et partit un peu avant une heure. Je montai à cheval pour la suivre , mais elle m'ordonna de rester. Elle parut être ici fort à sort aise, et nous donna beaucoup de marques de bonté, à M^de Luynes et à moi, les accompagnant de grâces et d'attentions jusques sur les plus petites choses.
Du jeudi 20, Versailles. — On ne prendra le deuil de la reine de Sardaigne que mardi.
Le Roi est parti ce matin pour Choisy. M"c de Vintimille et M^d'Antin sont parties cette après-dlnée; HT* de Mailly est de semaine, elle n'y ira que samedi.
Le mariage de M. de Soubise avec M"* de Carignan n'est pas encore absolument public, mais il est certain; il se fera à Saverne. M11* de Carignan doit arriver incessamment; elle logera à Saint-Cloud dans la maison de feu M. de Carignan.
M. de Belle-Isle travailla hier trois quarts d'heure avec le Roi et M. le Cardinal; il âvoit eu auparavant une longue conférence avec M. Amelot, M. de Maurepas et M. le contrôleur général ; c'étoit chez M. Amelot. On a su enfin hier au soir et ce matin qu'on faisoit marcher un gros corps de troupes en Bavière. Ce sera M. de Belle-Isle qui
(1) Cette ménagerie n'existe plus.
commandera cette armée, lorsque les négociations faites ou rompues lui permettront de s'y rendre. En attendant elle sera commandée par M. de Leuville, le plus ancien des lieutenants généraux. Je mettrai ci-après la liste des officiers généraux et particuliers ; on ne Ta point encore. Il y aura une autre armée sur la Meuse commandée par M. le maréchal de Mai llebois; on dit aussi une en Flandre, mais de dix mille hommes seulement, sous les ordres de M. le chevalier de Givry ; et un corps de troupes, aussi de dix mille hommes, en Italie, sous les ordres de M. le duc d'Harcourt, lequel se joindra aux troupes espagnoles commandées par M. le duc de Montemar.
On sait actuellement les neuf lieutenants généraux destinés pour aller en Bavière ; c'est MM. de Leuville , de Gassion, d'Aubigné, de la Fare, le comte de Saxe , Clermont-Tonnerre, mestre de camp général de la cavalerie, Polastron, Ségur et comte de Bavière. Nous ne savons encore de maréchaux de camp que MM. de Biron, du Chàtelet, de Luxembourg, comte d'Estrées, de Pontchartrain,Champigny, capitaine aux gardes, maréchal de camp et major-général de cette armée.
M. de Polastron quitte M. le Dauphin; le Roi lui conserve ses appointements, son logement et ses entrées; il avoit désiré de pouvoir conserver sa place, ce qui n'auroit pas été sans exemple, puisque le Roi a eu trois sous-gouverneurs en même temps; mais M. le Cardinal lui a dit que cela ne se pouvoit pas.
Il y a eu ces jours-ci plusieurs arrangements de faits pour les logements. J'ai marqué que Ton avoit rendu à l'appartement de M. le Dauphin une partie de celui de M. de Charolois. Cet appartement, qui a deux pièces de moins, • vient d'être donné à M. de Bouillon. Celui que M. de Bouillon avoit en dernier lieu, etquiest au-dessus de l'appartement de la Reine auprès de celui de M. l'évèque de Mirepoix, vient d'être donné àM. età Mmede Fleury ; c'étoit l'ancien appartement de M. de la Trémoille. Celui que
M. delà Trémoille avoit pris en dernier lieu, qui est l'ancien appartement de M. de Bouillon , vers celui de M de Gesvres au-dessus de M. le Cardinal, a été donné à M. le Premier et à M. deVassé. Celui de M. et de M,,,e de Mérode, qui est ici dans l'aile des Princes, est donné à M. de Puiguyon. Celui de M. de Puiguyon et celui de M. le chevalier de CréquyàM. et M",e la maréchale de Maillebois; c'étoit l'ancien appartement de M,oc la maréchale de Rochefort. Celui qu avoient M. et Mraolamachale de Maillebois (1), aussi dans l'aile des Princes, est donné à M. et Mme de Mérode. Celui de M. etMmc la maréchale de Duras, dans la môme aile, à M. de Soubise. Il reste encore plusieurs logements à donner : celui de M. le Premier dans l'aile des Princes, celui de M. de Vassé dans le corridor en allant chez M. le contrôleur général, celui de M. et M,ne de Fleury qui est fort joli et bien accommodé , celui de M. de Soubise (2) dans l'aile des Princes, et celui de Mme de Conflans dans l'aile neuve. Il y a de personnes à loger : Mme de la Trémoille, M " r la duchesse de Gramont, douairière, et ses filles, M. le maréchal de Noailles et Mm* de Fi tz- James.
J'ai oublié de marquer que la reine douairière d'Espagne a été passer trois semaines à Compiègne ; elle y a logé dans l'appartement de M. le duc d'Orléans.
Outre M™" deVintimille et d'Antin, qui sont à Choisy, il y a Mademoiselle, MUe de Clermont et Mrae la maréchale d'Estrées. M. de Richelieu y est aussi; il est arrivé depuis peu de Languedoc. J'aurois dû marquer son entrée brillante à Toulouse, mais cela est dans toutes les nouvelles publiques.
M"e d'Ecquevilly a été présentée ces jours-ci ; elle est fort grasse , mais elle a le visage agréable.
(1) M«»« de Maillebois n'ayant point voulu quitter son appartement, celui de MM. les gentilshommes de la manche a été donné à M. et à M™ de Mérode. ( Note du duc de Luynes.)
(2) Il vient d'être donnéàMm« la duchesse de Gramont douairière. r A'ofe du duc de Luynes, datée du 27 août 174 1.)
Du jeudi 27, Versailles. — Lundi 2V de ce mois, le Hoi revint de Choisy après souper.
Ce ni^me jour, M. le maréchal de Belle-Isle partit d'ici pour aller coucher à Paris ; il avoit dîné chez M. de Breteuil ; il lui arriva un courrier pendant le dîner ; il sortit de table, alla chez M. Amelol, où il fut enfermé quelque temps. On ne sait rien des nouvelles qu'a apportées le courrier. M. le Cardinal étoit arrivé ici pour dîner; M. de Belle-Isle avoit apparemment pris ses derniers ordres, car il partit sans le voir. Le mardi, il partit à cinq heures du matin de Paris pour retourner \ Francfort.
Mardi matin, M. de Sainctot vint avertir Mmc de Luynes pour l'audience, chez la Reine, de M. le prince de Nassau- Weilbourg. Il étoit trop tard pour faire avertir des dames, ainsi il n'y eut que celles qui s'y trouvèrent naturellement; ce fut une audience particulière, la Reine debout auprès de sa table, M. de Nassau conduit par M. de Sainctot. C'est le gros prince de Nassau qui jouoit gros jeu ici l'année passée.
Ce même jour mardi, M. de Sainctot dit à Mmcde Luynes que Mrae la princesse d'Ardore, ambassadrice des Deux-Siciles, devoit arriver l'après-midi et avoir le lendemain son audience de la Reine. L'usage est, comme je Fai marqué ci-dessus, que la dame d'honneur donne à dîner chez elle, le jour del audience, aux ambassadrices de famille. Mme d'Ardore arrival'après-dlnée, et vint rendre visite à Mme de Luynes, laquelle aussitôt retourna chez elle. Mrae d'Ardore parolt avoir au plus quarante ans; elle est bien faite , elle est brune, le visage assez agréable, le nez un peu long; elle parolt vive; elle parle fort peu françois. Elle a eu douze enfants. Elle a trois soeurs, dont l'une a épousé le prince de Stilliano, une autre le prince de Masseran, une autre le duc de Solfarino.
Le mercredi, Mme d'Ardore vint chezMmc de Luynes attendre l'heure delà Reine. M™6 de Carapo-Florido et Mm*la marquise de Castel-dos-Rios étoient avec elle. Lorsque la
Reine fut revenue de la messe , Mn'1' de Campo-Florido et M,nc de Castel-dos-Rios sortirent d'ici pour aller chez la Reine à l'audience. Fort peu de temps après, M. de Sainctot vint avertir Mmc d'Ardore, et lui donna la main. L'audience se passa à l'ordinaire. Mm,'de Luynes vint recevoir Mœ" d'Ardore à la porte de la chambre de la Reine, en dedans du cabinet qui la précède ; elle la salua et rentra sur-le-champ avec elle. Mmc d'Ardore fit ses trois révérences, baisa le bas de la robe, et s'assit ensuite sur un pliant vis-à-vis de la Reine , et Mracde Luynes sur un autre à la gauche de M,DC d'Ardore. Le Roi éloit au conseil d État et avoit permis qu'on l'avertit ; M. de Sainctot alla avertir le premier valet de chambre, qui entra dans le cabinet; le Roi vint aussitôt et M. le Cardinal le suivit. S. M. salua et baisa Mtuc d'Ardore , et après avoir resté quelque temps retourna au conseil. Mne de Luynes reconduisit le Roi, suivant l'usage. La Reine se rassit et M. de Sainctot après avoir reconduit le Roi alla avertir M. le Dauphin, lequel monta aussitôt, salua et baisa Mn,e d'Ardore, ensuite alla baiser la main de la Reine. M,,,c de Luynes reconduisit aussi M. le Dauphin, et le suivit jusque dans son appartement. L'audience dura encore quelques moments; la Reine se leva et Mme d'Ardore se retira avec les trois révérences ordinaires; M™ de Luynes la reconduisit au même endroit où elle l'avoit reçue. M,De d'Ardore fut ensuite chez Mesdames, où tout se passa de la même manière que chez la Reine; ensuite elle vint chez moi. M. de Sainctot avoit représenté à Mme de Luynes qu'il étoit nécessaire de prier M. de laToiirnelle (1) à dîner; que c'étoil un droit de charge : il fut prié, et dîna a une petite table avec M. de Verneuil, qui n'est point de semestre et que j'avois prié par occasion, M. de Picquigny elle chevalier de Nicolaï. M. de Sainctot étoit à la grande table, à cause qu'il est de semestre. M. le prince d'Ardore ,
(1) Secrétaire à la conduite des ambassadeurs.
Mme de Campo-Florido et Mme la marquise de Castcl-dos- Rios dînèrent aussi ici. M. et M'"' Amelot y dînèrent aussi. Il y ;i voit deux neveux de M""" d'Ardore, dont l'un s'appelle Stilliano; je ne sais pas le nom de l'autre. On ne put se mettre à table qu'après leconseil, parce que M. le Cardinal vint faire sa visite ici, au sortir du conseil, aMmc d'Ardore. Après le dîner, Mœc d'Ardore alla chez M. le Cardinal.
Ce môme jour mercredi, l'on sut l'arrangement fait pour la maison de M. le Dauphin ; M. le chevalier de Créquy déclaré sous-gouverneur à la place de M. de Polastron, et M. le chevalier de Montaigu, capitaine aux gardes, a eu la place de gentilhomme de la manche qu'avoit M. de Créquy. 11 parolt qu'il n'y a qu'une voix pour M. de Montaigu, dont on loue fort la sagesse, l'esprit et la douceur du caractère. Le Koi lui permet de conserver sa compagnie aux gardes. Il restera seul auprès de M. le Dauphin pendant la campagne. M. de Puiguyon a obtenu la permission d'aller servira la tète de son régiment, qui marche sur la Meuse; le Roi lui conserve sa place.
Mme de Maillebois n'a point pris les deux appartements des gentilshommes de la manche; ce sera M. et Mme deMérode qui les auront, et Mme de Maillebois reste dans le sien .
M. de Breteuil travailla hier avec le Roi, et ce ne fut qu'au sortir de ce travail que l'on sut positivement que M. de Maillebois alloit commander sur la Meuse. On ne donne point de liste des officiers généraux ni des troupes, mais le ministre dit à chacun sa destination. Dans les lettres des officiers généraux destinés pour la Bavière, il y avoit que le Roi les nommoit pour servir dans l'armée commandée par M. le maréchal de Belle-Isle ; on a fort désapprouvé ce mot parce que M. de Belle-lsle ne peut être regardé comme général pendant qu'il est ambassadeur. Les troupes qui vont en Bavière passent le Rhin sur plusieurs colonnes; la première sera commandée par M. le marquis de Leuville, le plus ancien lieutenant général et qui doit commander l'armée jusqu'à l'arrivée de M. le maréchal
de Belle-Isle ; la seconde par M. d'Aubigné; la troisième par M. de la Fare ; la quatrième par M. le comte de Saxe. Elles passeront au fort Louis; la première passera le 15, ensuite tous les deux jours jusqu'au 21.
Le Sr Chalut, fils d' un négocian t de Lyon , a été nommé trésorier de l'armée de M. de Maillebois. Ilavoiteu recours à la protection deM™* de Mailly; M™* de Mailly ne voulut point demander cette place dans l'armée de M. de Belle- Ile parce qu'elle savoit qu'il avoit un sujet à y mettre ; elle s'adressa à M. de Maillebois, qui n'étant point engagé, lui donnasaparolcjelle écrivitàM. de Breteuil. M. deLaunay, trésorier de l'extraordinaire des guerres, s'opposa à la nomination, et dit qu'il en avoit nommé un autre, que c'étoit son droit. M. de Breteuil convenoit qu'à la rigueur M. de Launay avoit raison : Mme de Mailly sans se rebutera écrit à M. de Launay, parlé à M. de Breteuil, et enfin l'affaire s'est terminée suivant qu'elle le désiroit. Ce matin M. de Breteuil étoit enfermé et avoit défendu que qui que ce soit entrât chez lui ; Mœe de Mailly lui a écrit un mot pour une affaire ; l'instant d'après M. de Breteuil est arrivé chez elle et a passé avec elle dans son cabinet, où il a resté un quart d'heure.
11 parolt deux ordonnances, l'une pour défendre aux officiers généraux de se serv ir d'aucun des chevaux d'artillerie ni de ceux des vivres, l'autre pour régler les équipages. Il n'y a que le commandant de l'armée qui est en droit d'en avoir tel nombre qu'il voudra; les lieutenants généraux ne doivent avoir que trente mulets ou chevaux en tout; les maréchaux de camp, vingt; les brigadiers et colonels, seize ; les autres officiers autant qu'ils ont de places de fourrage. Les fruits montés (1) expressément dé-
(I) Fruit monté, dit le dictionnaire de l'Académie, signifie : fruit décoreavec des cristaux , des figures de sucre ou de porcelaine , posées sur un ou plusieurs plateaux. Nous n'affirmerions pas qu'en 1741 la signification fùl absolument la même ; mais fruit avait alors le sens du root dessert, et comprenait, outre les fruits, les pâtisseries, les confitures, etc. Le fruit, partie fort
fendus. Il y a lieu de croire que ces ordonnances ne sont pas mieux exécutées que celles qui ont été rendues ci-devant sur le même sujet.
On apprit il y a deux jours que la reine de Hongrie avoitfait retirer ses troupes de Brisach et fait sauter les forti fi cations.
Il y a cinq ou six jours que le procès de Mm* la Duchesse contre M. le comte de Charolois fut jugé ; elle perdit tout d'une voix ; il fut décidé que M. le comte de Charolois demeureroit seul tuteur, et que cependant Mme la Duchesse seroit invitée de se charger de l'éducation de M. le prince de Condé.
M. de Verneuil, secrétaire du cabinet, me disoit il y a quelques jours le cérémonial des lettres du Roi et de M. le Dauphin au grand maître de Malte; il est traité comme cardinal ; le Koi lui écrit : mon cousin, et ensuite dans la même ligne, sans aucun intervalle, la lin est : je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. M. le Dauphin met aussi : mon cousin, mais ensuite deux doigts de blanc; la fin est : je suis votre bien bon cousin.
Le Koi est parti aujourd'hui pour Choisy; les dames de ce voyage sont les quatre sœurs, M1"' la maréchale d'Estrées et Mme la duchesse d'Antin.
Du vendredi 28. — On parloit depuis deux jours de l'incertitude du voyage de Compiègne; Mmede Mailly, hier matin, faisoit semblant de ne rien savoir, et de iu andoit à tout le inonde s'il y avoit quelque changement. Ce matin, le Koi a mandé de Choisy qu'il n'iroit point à Compiègne et qu'il retourneroit jeudi à Choisy, à l'ordinaire. Il a donné ordre ici que l'on retendit les meubles qui
impôt tant** des repas, exigeait surtout* et vais***!!*1 nombreuse. Le luxe de la table dl's généraux en campagne était très -considérable , et avait été , depuis lfi72, l'objet île plusieurs ordonnances destinées à le réprimer, en lixant le nombre des couverts permi* à cli.«|tie grade et eu déterminant le nombre et l'espèce des mets que les généraux pouvaient servir sur leurs labiés.
pourroient avoir été détendus. Ce changement étoit si secret, ou si peu attendu, qu'hier encore on emballoit les meubles des ministres.
Du lundi 31, Versailles. — H. le marquis deCastries épousa hier M,le de Chalmazel; le souper fut chez M. de Maurepas qui avoit prêté àM. deChalmazel uoe partie de son appartement. Il y avoit deux tables dont ou se leva, au fruit, pour aller se mettre à deux autres tables. On tira au commencement du souper quelques fuséesdans la grande cour; on avoit quitté le deuil pour la noce, non-seulement le marié et la mariée, ce qui est d'usage, mais même tous les parents; il n'y en avoit que trois ou quatre en deuil. Les fiançailles furent faites un moment avant la messe; ce fut l'abbé de Choiseul, aumônier du Roi, qui la dit et qui fit la cérémonie dans la chapelle, le curé présent suivant la règle. La Reine vint à la chapelle incognito; elle étoit dans une des croisées, la plus près de l'autel, sans drap de pied. Les mariés entend irentla messe sur le même prie-Dieu où se met le Roi, mais il n 'étoit point couvert ; il n'y avoit que des carreaux.
Affaire de MM. de Goésbriant et de Locmaria. — Le Roi renonce pour Tannée aux voyages de Fontainebleau, Mark, etc.; dernier voyage de Cboisy. — Mariages de MM. de Fresne et de Sourches. — Mort de M'i* deClennont; suppression de sa charge. — Adjudants nommé*auprès de M. de Belle-lsle.
— Le bassin du Dragon. — Le Roi donne Trianon à la Reine. — Logement de Mme de Vintimille à Versailles. — Funérailles de M,lc de Clermonl.
— Nouvelles étrangères ; perfidies de la diplomatie autrichienne. — Le comte Benne. — Les troupes Iran toises passent le Rhin. — Appartements de Versailles. — Archevêques et évoques nommés. — Audience de la Ville.— La Reine a Trianon. — Le Roi essaie la voiture qui doit ramener M">«" de Vintimille de Ctioisy. — MBC de Vintimille installée à Versailles dans l'appartement du cardinal de Rohan ; son humeur, plaisanterie du Roi. — Audience des États de Languedoc. — l'eu d'artifice à Paris pour la fête «lu Roi.
— Appartements de Versailles. — Mort de M. de Gassion le h'l>; de la maréchale de Brancas. — Circonstances sur les années. — Présentations de milord Chesterlield et de M. de Bernachea. -- Mort du ch.int« ur Thévenard; de l'archiduchesse gouvernante dis l'ays-Bas; de M. de Montpipeau.
— Établissement du dixième.
us
Du jeudi 3, Versailles. — Avanthier 1er août, la grande affaire entre M. le marquisdeGbO-sbriantetM. le marquis de Locmaria fut jugée au conseil de dépèches, au rapport de M. de Lucé, maître des requêtes, qui parla pendant plus de deux heures et dont on fut fort content. M. de Goësbriant avoit un arrêt du Parlement en sa faveur. M. de Locmaria avoit présenté une requête en cassation de cet arrêt. Les États de Bretagne demandoient à intervenir pour M. de Locmaria, prétendant que le jugement rendu en faveur de M. deGoësbriantétoitcontre les usages et la coutume de la province. Il y avoit déjà eu une consignation de faite, en conséquence de cet arrêt, de 750,000 livres. M. de Goesbriantdemandoit des biens en Bretagne que l'on appelle biens congéables, c'est-à-dire que le seigneur donne ù des particuliers et dans lesquels il est toujours maître de rentrer en payant les améliorations. M. de Goesbriant ne demandoit qu'un seul de ces biens, qui est de peu de valeur, mais s'il avoit gagné ce chef il auroit été en droit d'en demander pour 20 ou 30,000 livres de rente. L'affaire contenoit en tout quatre chefs; M. de Goêsbriant en a gagné deux, a été débouté de sa demande sur les biens congéables, et sur l'autre chef il a été ordonné qu'il seroit fait une nouvelle liquidation.
M. le comte de laSuze, grand maréchal des logis, fils de Mme de Chalais et de feu M. de Cany, demanda avanthier l'agrément du Roi pour son mariage avec M"c Masson, fille d'un président de la première chambre des enquêtes du parlement de Paris ; elle n'a que douze ou treize ans; on lui donne 20,000 livras de rente actuellement; elle a outre cela des assurances.
M. le chancelier demanda hier l'agrément du Roi et de la Reine pour le mariage de M. de Fresne, son fils, avec M'MeBret, qui a vingt ans. C'est lafilledeM. le Bret, qui étoit intendant et commandant à Aix, homme de beaucoup d'esprit et de mérite, mais d'un froid singulier.
Le Roi déclara hier qu'il ne feroit aucun voyage cette
année, ni Fontainebleau, ni Marly, ni Rambouillet; qu'il n'iroit qu'une seule fois à la Meutte. On prétend que le voyage de Fontainebleau coûte un million d'extraordinaire. Un fait certain, c'est que la Reine, étant grosse de M . le Dauphin et voulant aller à Trianon pendant une absence du Roi, feu M. deVillacerf, alors son premier maître d'hôtel, demanda 100,000 livres pour la transplantation de Versailles à Trianon.
Le Roi est parti ce matin pour Choisy ; c'est le dernier voyage , il y restera jusqu'à mardi. Il n'y a de princesses que Mademoiselle ; MUe de Clermont est malade à Paris. Les deux comtesses partent cette après-dlnée pour y aller avec Mne la maréchale d'Estrées et M™ la duchesse de Ruffec. M0' de Saint-Germain y vient de Paris avec Mademoiselle. Mme" de Ruffec et de Saint-Germain n'a* voient point encore été à Choisy.
Du jeudi 10, Venailles. — Le mariage de M. delaSuze fut rompu la veille du jour que le Roi devoit signer le contrat; la famille n'approuvoit point ce mariage et n'y avoit'consenti qu'avec peine; on a profité pour le rompre des difficultés qui s'y sont rencontrées. MM. Masson auroient donné jusqu'à 500,000 livres, mais il y avoit deux oncles et une tante qui nevouloientpas signer.
Le Roi revint avant-hier au soir de Choisy après le souper. Mroe de Vintimille, grosse de huit mois, y est restée malade d'une fièvre continue avec des redoublements ; elle a déjà été saignée trois fois. Le Roi est fort occupé de son état et en parle souvent. M™ deMailly est restée auprès de Mme sa sœur; toutes les dames qui y étoient sont restées aussi, hors Mademoiselle, qui en partit il y a quelques jours, parce que M1U de Clermont étoit en grand danger à Paris d'une inflammation d'entrailles. Il parolt, par les nouvelles d'aujourd'hui, qu'elle est hors de danger. M. de Coigny, M. d'Ayen, MM. de Meuse, père et fils, sont aussi restés à Choisy ; M. de Luxembourg y alla hier et M. de Richelieu y retourna.
Mon filsj qui va commander les dragons dans l'armée de M. de Belle-lsle, offrit au Roi son équipage de chasse. Le Roi lui dit : « Je n'en ai que trop dans les circonstances présentes , j'en aurois à vous donner. »
Le Roi a signé aujourd'hui deux contrats de mariage ; l'un de M. de Fresne , l'autre de M'u de Maillebois avec M. de Sourches, fils du grand prévôt. Mu* de Maillebois , fille du maréchal, a deux sœurs religieuses et ^n frère qui a la survivance de la charge de maître de la garderobe. On donne à M"0 de Maillebois 10,000 livres de rente, dont le fond est assuré , et outre cela une assurance de 100,000 livres. M. de Sourches est veuf de Mu* de Biron , dont il ne lui reste que des filles.
Mme de Castries fut présentée hier; sa taille et son visage ne sont pas tels qu'on les pourroit désirer.
Du vendredi 11, Versailles. — On croyoit hier effectivement M"* de Clermont beaucoup mieux ; on la disoit même hors de danger, comme je l'ai marqué ; sur les deux ou trois heures après midi son état changea tout d'un coup; elle tomba dans un sommeil léthargique qui n'étoit interrompu que par de fortes convulsions; elle est morte ce matin entre sept et huit heures ; elle avoit près de quarante-quatre ans. fclle étoit polie, avoitde l'esprit; mais d'un froid singulier, paroissant ne se soucier de personne; elle portoit cette indifférence jusque sur ellemême. Elle avoit été parfaitement belle et même elle avoit encore de la beauté. M. le comte de Charolois a été ce matin à Ghoisy donner part de cette mort.
Le Roi retourna hier à Choisy ; il partit sur les sept heures immédiatement après le conseil ; il paroissoit avoir grande impatience de s'en aller ; il ne viut point chez la Reine avant son départ. La maladie de M"e de Vintimille continue toujours ; la fièvre subsiste ; elle a déjà été saignée quatre fois.
Du lundi ikt Versailles. — J'allai vendredi dernier à Choisy. Le Roi me lit l'honneur de me dire que je
le remerciasse , qu'il avoit supprimé la charge de surintendante de la maison de la Reine qu'avoit M114 de Clermont. On peut voir dans les mémoires de Mne de Motteville la dispute qu'il y eut entre MB* la comtesse de Soissons, surintendante, et Mne de Na vailles, dame d'honneur. Mnw de Chevreuse , qui avoit épousé en premières noces le connétable de Luynes , avoit été surintendante delà maison de la Reine mère. Mme la princesse palatine le fut de la Reine et ensuite Mme la comtesse de Soissons. Quand il n'y a point de surintendante , c'est la dame d'honneur qui reçoit les serments.
M. deBelle-Isle a obtenu d'avoir quatre aides de camp, qui seront aides de camp du Roi auprès du général ; c'est ce qu'on appelle en Allemagne adjudant. Les aides de camp avec cette qualité font A l'armée le service suivant leur grade. Ces quatre adjudants sont M. de Castellane , M. le chevalier Courten , M. Duplessis et M. le prince de Soubise (i). M. de Breteuil porta, il y aquelques jours, cet état à signer au Roi, et S. M. ajouta de sa main : sans appointements ni fourrages.
Le Roi revint hier de Choisy après souper. Mmc de Vjntimille est mieux, quoi qu'elle ait toujours la lièvre.
Il n'y a point eu aujourd'hui de premières vêpres. Le Roi est sorti à cinq heures et demie en calèches et a mis pied à terre au Dragon (2). Cette pièce, une des plus belles qu'il y ait ici , n'avoit pas été entièrement achevée du temps de Louis XIV ; le Roi y avoit déjà fait travailler, mais en dernier lieu il y avoit un ouvrage considérable à y faire et on demandoit 500,000 livres, tant pour les réparations que pour les augmentations; cette somme a été réduite à 100.000 écus par M. le contrôleur général,
(1) M. de Picquigny a été ajoute a crt état; ainsi il y aura cinq adjudants. (Xote du duc de Lugnes, datée du 17 août 1741.)
(2) CV*t le iHwsin de Versailles <\w l'on nomme aujourd'hui hasshi de lïeptune.
et on Ta fait jouer aujourd'hui pour la première fois.
Le Roi a été de là tirer dans le petit parc, depuis la grille qui mène à Mari y jusque derrière Trianon , et en moins de deux heures de temps il a tiré cent cinquantetrois coups et tué cent cinq pièces.
Du mardi 15, Versailles. — Le deuil de la reine de Savoie, qu'on a porté trois semaines, est fini aujourd'hui; et Ton a pris tout de suite celui de M,k de Clermont pour onze jours, suivant l'usage.
Du jeudi 17, Versailles. — On sut hier que le Roi avoit donné à la Reine le château de Trianon , c'est-à-dire la permission d'en faire l'usage qu'elle voudra. La Reine avoit demandé le pavillon de Luciennes vacant par la mort de M"* de Clermont. Le Roi lui a donné le choix, de Marly, Meudon, Trianon , la Ménagerie , et la Reine s'est déterminée pour Trianon. Cette négociation a passé par M. le Cardinal, qui conseilla à la Reine de choisir Trianon. A l'égard de Luciennes , le Roi veut le garder ; on dit que c'est dans le dessein d'en faire usage, pendant les voyages de Marly, pour des soupers , parce que l'on trouve que les petits cabinets de Marly sont trop petits et étouffés.
Le Roi revient ce soir de Choisy après souper ; les deux sœurs y sont toujours restées ; il y a eu aussi quelques hommes qui y sont demeurés pour leur tenir compagnie, savoir : le duc d'Ayen, M. de Meuse et le chevalier de Meuse, qui n'en ont pas sorti, et MM. les ducs de Gramont et de Richelieu, qui y ont été presque toujours; M"" de Ruffec-duchesse (1), de Saint-Germain et maréchale d'Estrées y sont restées pendant un intervalle de voyage. Ce voyage-ci il n'y avoit que M"' la maréchale d'Estrées et Mm€ d'Antin. Mme de Vintimille compte venir la semaine prochaine s'établir ici ; le Roi lui a donné le logement de
(I) C'est-à-dire la duchesse de Ruffec, femme du fils atoé du duc de Saint- Simon. Le second fils de Saint-Simon avait le titre de marquis de Ruffec.
M. et de Mrae de Fleury. Le Roi va trois ou quatre fois par jour chez Mmc de Vintimille, à Choisy. Toutes les dames soupent en bas avec le Roi , et il reste toujours quelques hommes chez Mme de Vintimille , de ceux qui ne veulent point souper, auxquels on envoie un morceau à manger de la table du Roi. Hier au soir, quand le Roi eut soupé, il monta chez Hme de Vintimille, et y demeura une demiheure à faire la conversation.
M,te de Clermont ne fut enterrée qu 'avant-hier. Mme la Duchesse a été consultée pour savoir ce que Ton devoit faire, MUe de Clermont n'ayant point fait de testament; il a été décidé que l'on ne feroit point la grande cérémonie ; ainsi le corps n'a point été gardé et a été porté dans un carrosse noir ; c'est Mademoiselle qui l'a conduit avec Mme de Marsan ; elle avoit prié M™* de Luxembourg de s'y trouver; mais Mmc de Luxembourg a cru qu'il étoit plus à propos de s'en excuser, pour éviter des difficultés ou des désagréments. A la mort de Mroe la princesse de Conty, la fille de M. le Prince , ce fut M™ sa belle-fille qui la conduisit, et il n'y avoit point d'autres dames; à la mort de M™ la princesse de Conty, fille du Roi , ce fut une princesse, je crois Mademoiselle, et sans autres dames.
On dit l'électeur Palatin fort mal ; il a quatre-vingts ans ; ce seroit le petit duc de Sultzbach qui hériteroit de l'électorat, comme plus proche parent. Cet événement pourroit faire quelque embarras dans les conjonctures présentes.
On dit aussi que le roi de Prusse a fait son accommodement avec la reine de Hongrie. 11 est certain que M . de Wassenaor, ministre de cette princesse, l'a dit à M. le Cardinal ; cependant on croit en devoir douter encore.
M. deThiers, un des fils de M. Crozat, qui étoit à Francfort avec M. de Belle-Isle, arriva à Paris mardi. M. de Bdle-Isle en fait grand cas. On ne sait pas'pourquoi il est venu à Paris ; il dit que c'est pour faire son équipage.
Du samedi 19, VersaiUes. — 11 est vrai que M. de Was-
senaer a dit à M. le Citrdinal raccommodement du roi de Prusse; mais on n'a ajouté aucune foi à cette nouvelle, qu'il a cependant publiée dans Paris. Il y a déjà quelque temps qu'il vint annoncer ici , de même , un traité fait et signé avec le roi de Pologne ; ce qui s'est trouvé absolument faux.
On me contoit aujourd'hui que pendant la régence de M. le duc d'Orléans, le ministre de l'empereur, pressé de rendre une réponse sur certaine proposition, avoitdit • à M. le duc d'Orléans qu'il étoit obligé de lui représenter avant toutes choses qu'il falioit exécuter l'article 27 d'un tel traité qu'il lui nomma et dont il lui fit le détail; que M. le duc d'Orléans avoil envoyé quérir M. de Morville , lequel ne se remettant pas les conditions de cet article, en avoit parlé au sieur Pecquet , son premier commis , et qu'enfin l'affaire fut vérifiée sur le traité même; on avoit trouvé qu'il n'y avoit pas un mot de vrai ni rien qui en approchât.
Le Roi a été tirer cette après-dluée du côté du Désert, dans le petit parc , et en moins de deux heures a tué cent cinquante-cinq pièces. Il soupe ce soir au grand couvert , va demain coucher à la Meutte ; après demain lundi, il va au Roule voir sa statue équestre (1) qui est destinée pour Bordeaux ; il va de là courre le cerf à Sénart et coucher à Choisy, d'où il doit revenir mercredi ou jeudi.
Aujourd'hui au dîner de la Reine, il y avoit un ministre d'Espagne (2) qui va ambassadeur en Russie ; c'est M. le comte Benne, chef d'escadre; il est frère du prince Masseran et du comte Candel. J'ai déjà marqué ci-dessus que Mroe la princesse d'Ardore étoit sœur de Mm* de Masseran, et qu'elles étoient encore deux autres sœurs, Mme de Solfa-
(I) Faite par Lemoine, fondue par Variu.
(?.) Il n'a pas la qualité d'ambassadeur; il n'a que celle de ministre. ( Sote du duc de Lttyntu. )
rino et M1" de Stilliano. Celle-ci demeure à Naples et l'autre demeure en Espagne. Il y a encore une cinquième sœur, qui demeure a Naples et qui s'appelle M,,,e do Lavallès ; elles sont toutes cinq filles du prince de Santo-Buono, qui a été longtemps vice-roi du Pérou. Le prince de Santo-Buono voulant donner occasion a M. le comte Benne de faire une fortune considérable l'emmena avec lui au Pérou comme son capitaine des gardes ; on dit que M. Benne est revenu de ce pays-là avec de grands biens.
Nos troupes pour la Bavière ont passé le Rhin le 15 de ce mois. Outre l'ordonnance pour les équipages dont j'ai parlé ci-dessus, le Roi a parlé fortement à M. de Luxembourg. On me dit hier qu'en conséquence M. de Luxembourg avoit renvoyé vingt-cinq chevaux à Paris pour être vendus, et que M. de Boufflers en avoit renvoyé une vingtaine en Flandre.
Du dimanche 20. — Le Roi disposa hier de plusieurs appartements. Celui dé M. le Premier a été donné à M. de Maillebois le fils; celui de M. de Vassé, qui est dans le corridor qui va chez M. le contrôleur général, a été donné à M. le président de Guébriant, lecteur du Roi ; l'appartement de MUe de Clermont, dans la surintendance, qui est fort beau et fort grand et qui comprend celui quV voit Mme de Ribérac, sa dame d'honneur, a été donné à M. le maréchal de Noailles pour lui et M™ d'Ayen ; le logement de Mlk de Villeneuve, fille d'honneur de M1" de Clermont, a été donné à M™ de Château-Renaud ; celui de M. d'Ayen, dans l'aile des Princes, à M. et à Mme de Fitzjames; c'est un logement un peu petit pour mari et femme ; M. de Richelieu l'avoit eu. L'appartement qu'avoitMn,ede Vintimille etqui joint celui deMme de Chalais a été donné à Mme de Talleyrand ; celui de M. de Vassé a été donné à M. de Montaigu , gentilhomme de la manche de M. le Dauphin. Pour celui-là, il y a déjà quelques jours que cela est fait; il reste encore à donner celui de M,n" de Conflans et celui de M101 de Talleyrand.
Le Roi avant de partir pour la Meutte vient de dire à M. l'évéque de Mirepoix qu'il avoit nommé à cinq évèchés. L'archevêché d'Arles est donné à M. l'évèque de Bayonne, qui est l'abbé de Bel le fonds; l'évèché de Bayonne à M. l'abbé de Beaumont, comte de Lyon : l'évèché de Gahors à l'abbé du Guesclin , aumônier du Roi et grand vicaire de Rouen ; cet évèché est affermé 57,000 livres ; on a mis dessus 10,000 francs de pension ; l'évèché de Pamiers à l'abbé de Lévy-Lérans ; J'évêché de Saint-Claude à l'abbé de Fargues, comte de Lyon.
Le Roi est parti pour la Meutte; il va demain à Choisy, et reviendra mercredi pour donner jeudi audience aux États de Languedoc.
Le Roi a donné ce matin audience à la Ville ; le prévôt des marchands avec les nouveaux échevins conduits par M. de Gesvres et M. de Dreux. Le prévôt des marchands a harangué à genoux , suivant l'usage. L'audience chez la Reine a été après la messe dans le grand cabinet d'avant la chambre. M"' de Luynes en fut avertie hier au soir par un valet de chambre de la Reine, qui n'étoit pas même trop bien instruit de cette audience , et ce matin à la toilette de la Reine on ne savoit encore si ce devoit être dans la chambre ou dans le cabinet. M. de Dreux dit qu'il prend les ordres de LL. MM., mais qu'il ne doit avertir ni le premier gentilhomme de la chambre ni la dame d'honneur.
Du mardi 22 , Versailles. — J'ai oublié de marquer cidessus que M. le marquis de Lan marie a été nommé depuis peu ambassadeur du Roi en Suède. Il est maréchal de camp et avoit été ci -devant capitaine de gendarmerie ; le Roi lui donne 60,000 francs par an, et outre cela 2^,000 livres pour son équipage. 11 va relever dans cette ambassade M. le marquis de Saint-Séverin dont la santé est devenue si mauvaise qu'il a demandé à revenir.
La Reine alla hier dîner à Trianon et y passer la journée; il y avoit douze dames qui eurent l'honneur de di-
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ner avec S. M.; les hommes de la Cour qui s'y trouvèrent dînèrent avec M. de Chalmazel; il y eut plusieurs tables pour les gardes du corps, les Cent Suisses, les gardes de la porte, les gardes de la prévôté. La Reine a choisi pour son appartement celui où demeuroit la reine de Pologne. S. M. mangea dans la pièce qui est sur la cour à droite, dans laquelle il y a une tribune qui avoit été faite pour la musique. La Reine n'avoit point encore décidé dans quelle pièce se feroit la musique ; elle avoit seulement donné ordre qu'elle se rendit à cinq heures à Trianon. On avoit disposé la table pour le cavagnole dans une des pièces qui précèdent la galerie. Sur cela il se présenta une occasion de difficulté pour savoir qui fourniroit le cavagnole et serviroit au jeu, ou des garçons delà chambre de la Reine, ou des garçons du château. La Reine décida que tout se passerait comme à Marly, et donna ordre en sortant de table que la musique seroit dans la chambre à coucher du grand appartement qui est à gauche en entrant, et le jeu dans le salon qui est au bout dudit appartement du côté du caual. La musique commença à cinq heures ; ensuite la Reine se promena quelque temps et se mit au jeu à sept jusqu'à neuf. Ce furent les garçons du château qui servirent au jeu; cependant les ordres que la Reine donnoit pour ouvrir ou fermer des fenêtres, elle les adressoit à sa dame d'honneur ou à sa dame d'atours, qui les rendoient aux garçons du château, et ce fut un valet de chambre de la Reine qui se mit derrière le fauteuil, et non l'officier des gardes. Ces deux circonstances sont différentes du salon de Marly. La Reine dit hier qu'elle retourneroit aujourd'hui dîner à Trianon et qu'elle y passerait la journée, mais qu'elle ne vouloit ni Cent- Suisses, ni gardes de la porte, ni gardes de la prévôté. Les Cent-Suisses sont venus ce matin représenter qu'ils étoient six attachés à la Reine qui ne la dévoient pas quitter.
Du vendredi 25, Versailles. — Le Roi revint de Choisy
468 MRM01RKS DU DUC DE LUYNKS.
mercredi au soir après souper ; j'y fus mardi l'après-dînéc. Le Koi avoit fait venir une litière et un vis-à-vis pour voir laquelle des deux voitures conviendroit mieux à Mmc de Vintimille pour la ramener à Versailles. Le Roi voulut en faire Fessai lui-même et monta dans Tune et dans l'autre desdites voitures ; ensuite il y fit monter Mmc de Mailly dans la litière avec M. le comte de Nouilles. 11 fut enfin décidé que ce seroit le vis-à-vis dont on feroit usage ; en conséquence Mme de Mailly revint hier jeudi avec M0"5 sa sœur dans ledit vis-à-vis. Mme de Vintimille est allée s'établir dans l'appartement de M. le cardinal de Rohan, où elle doit accoucher. Le Roi y fut hier passer la soirée; aujourd'hui M. le duc de Gramont a fait porter à diner aux deux sœurs, et demain elles commenceront à manger chez Mrae de Vintimille, avec un petit cuisinier qu'elles ont pris. M™ de Vintimille a toujours un peu de fièvre les soirs et est toujours de fort mauvaise humeur. Il y a quelques jours, à Cboisy, que le Roi lui lit plusieurs questions pour savoir d'où venoit cette mauvaise humeur; il lui demanda si elle sentoit du mal, si elle n'avoit point de chagrin , et n'en put jamais avoir d'autre réponse sinon qu'elle ne se sentoit pas dans son état naturel ; à la (in même elle ne répondit plus aux questions ; ce fut sur cela que le Roi lui dit : « Je sais bien, madame la Comtesse, le remède qu'il faudroit employer pour vous guérir, ce seroit de vous couper la tête ; cela ne vous siéroit même pas mal, car vous avez le col assez long; on vous ôteroit tout votre sang et on mettroit à la place du sang d'agneau, et cela feroit fort bien, car vous êtes aigre et méchante. » Ce discours fut tenu devant dix ou douze personnes, et l'on peut juger que Mme de Vintimille ne répondit pas un mot.
Hier, les États de Languedoc eurent audience ; ce fut dans la chambre du Roi, le fauteuil le dos tourné à la cheminée. M. l'archevêque de Toulouse ( la Roche-Aymon) porta la parole; il avoit à sa droite M. le prince de Dombes,
à sa gauche M. de Saint-Florentin et M. de Dreux le fils. M. l'archevêque de Toulouse a un son de voix agréable ; il parla haut et distinctement; il rappela dans son discours la situation où le Roi s' étoit trouvé les années dernières, et dans lesquelles, maître de 1' Europe, il l'avoit été encore plus de lui-même et avoit mieux aimé en être le pacificateur et l'arbitre que le conquérant; il ajouta que quoique Ton pût juger autrement de ses sentiments dans les circonstances présentes, cependant les vues étoient les mêmes, qu'il n'avoit d'autre objet que la paix et la tranquillité, et qu'il n'envoyoit ses troupes que pour la maintenir; il ajouta un mot pour M. le Cardinal dont S. Ém. dut être flattée, et finit par dire, que dans pareille conjoncture, la proviuce de Languedoc, quelqueaccablée qu'elle fût par les malheurs qu'elle avoit essuyés les années dernières, se feroit toujours un devoir de donner des marques de son zèle et de son respect. M présenta ensuite au Roi le cahier des États, que S. M. remit sur-le-champ à M. de Saint-Florentin. M. le Cardinal étoit debout auprès de S. M. M. l'archevêque de Narbonne, M. l'ancien évèque de Mirepoix, précepteur de M. le Dauphin, et plusieurs autres évêques de Languedoc étoient appuyés contre le balustre.
L'audience chez la Reine étoit dans le grand cabinet avant la chambre ; M. de Nangis seul derrière le fauteuil. M. le Cardinal n'y vint pas.
Hier au soir, veille de Saint-Louis, il y eut un feu sur la rivière ; ce sont les artificiers de Paris, et entre autres l'un d'eux nommé Guéri n , qui ont demandé permission à H. le duc de Roohechouart d'entreprendre ce feu; c'est le premier gentilhomme de la chambre qui a droit d'en ordonner. M. de Rochechouart a obtenu au dit Guérin le privilège de faire ce feu pendant douze ans; ils ont eu outre cela permission de louer les places sur le quai. Guérin avoit fait élever sur deux bateaux un édifice de charpente à peu près vis-à-vis les Quatre Nations;
ICO MÉMOIRES DU DUC DE LUYISES.
on le descendit ensuite vis-à-vis le jardin de l'Infante. M. le duc de Rochechouart, qui étoit dans la maison de M. de Fleury, à rhôtel de Hollande, donna le signal à sept heures trois quarts, et le feu commença aussitôt; il dura douze minutes avec une grande vivacité. Il y avoit à droite et à gauche de l'édifice, des bateaux chargés d'artifice dont il sortoit des serpenteaux qui s'enfonçoient dans l'eau et en ressortoient; c'est ce qu'il y eut de plus agréable dans ce feu, le reste ne consistant qu'en une quantité immense de fusées. Il y eut cependant un soleil au milieu de l'édifice et quatre jets de feu. Guérin nous dit qu'il avoit quatre cents caisses de fusées qui conte noient environ cinq cents douzaines; qu'il comptoit que l'artifice seul leur reviendroit à 10,000 écus, la charpente à 1 0,000 livres, la décoration à 9,000, et qu'en ajoutant à cela les faux frais, comme la musique et un grand nombre de gens pour servir le feu, ils estimoient que le total lèur reviendroit à 60,000 livres; ils ont loué les places sur les quais à tant la toise ; les plus chères à 10 livres. C'étoit la Ville qui occupoit le pont Neuf, et les mousquetaires le pont Royal.
Aujourd'hui jour de Saint-Louis , le Roi a entendu la grande messe à la chapelle, et a été l'après-dlnée à vêpres et au salut ; il n'y avoit point été les années précédentes.
Mardi dernier, qui est le second jour que la Reine fut à Trianon, elle ne fut suivie que par les seuls gardes du corps ; il n'y eut ni Cent-Suisses, ni gardes de la porte, ni gardes de la prévôté. M. de la Billarderie, major des gardes du corps, prétend que les Cent-Suisses n'ont point le droit d'accompagner la Reine partout, et rapporte un exemple du temps du feu Roi ; que le Roi étant allé diner à Trianon avec MID9 la duchesse de Bourgogne, on avoit envoyé vingt gardes pour la garniture ; que les Cent-Suisses s'y étant trouvés d'eux-mêmes, le Roi l'avoit trouvé mauvais et les avoit renvoyés. Les Cent-Suisses disent qu'ils ont droit d'accompagner toujours le Roi et la Reine partout où l'on envoie des gardes du corps à
pied; et demandent, si la Reine retourne à Trianon, qu'elle veuille bien ne se faire suivre que par des gardes du corps à cheval.
M. de Breteuil travailla avant-hier avec le Roi et M. le Cardinal ; il fut question dans ce travail du commandement de la gendarmerie que M. du Chàtelet, major, demande comme plus ancien brigadier de ce corps et en conséquence de la nouvelle ordonnance qui donne le commandement au plus ancien brigadier. M. de Rubempré, capitaine des gendarmes écossois, le demande selon l'usage de la gendarmerie et le privilège attaché à la compagnie écossoise. M. du Châteleta cité deux exemples en sa faveur, dont l'un est M. Dauger, qui a commandé en pareilles circonstances. Dans le cas du commandement, le major remet le détail à l aide-major pour le temps que dure la campagne. On ne dit pas encore publiquement la décision de cette affaire, mais il parolt que c'est M. du Chàtelet qui a gagné. On croit que cette décision ne sera pas agréable à la gendarmerie. M. du Châtelet a beaucoup de probité et est parfaitement au fait de tout ce qui regarde ce corps ; mais il est froid, et on dit qu'il n'y est pas aimé.
On a quitté aujourd'hui le deuil ; la Reine croyoit qu'on le jîorteroit douze jours afin que les dames fussent sixjours en noir et six jours en blanc. Le Roi l'a quitté ce matin.
On apprit hier la mort de l'évêque de Die ; c'étoit l'abbé de Gosnac qui a été aumônier du Roi.
La place d'aumônier du Roi qu'avoit l'abbé d'Oppède a été donnée à l'abbé de Grimaldi, dont le frère est attaché à H. le prince de Dombes.
Le Roi a donné l'appartement de M. et de MTO de TalleyrandàM. l'abbé de Pomponne ; et celui de M. l'abbé de Pomponne, qui est immédiatement au-dessous, a été donné à Mroode Mailly; il est vis-à-vis le sien, et on en va faire un grand cabinet pour recevoir la compagnie.
Du dimanche 27, Versailles. — J'appris hier que le Roi a
donné à Bf* la duchesse de Gramont douairière l'appartement qu'a voit M. de Soubise, dans l'aile des Princes, auprès de celui que M. et M™ de Fleury viennent de quitter; il est un peu petit.
Le fils unique de M. de Gassion, lieutenant général , mourut hier de la petite vérole ; il avoit environ vingtsix ans ; il reste deux filles à M. de Gassion (1), qui sont Mraw (je Peyre etd'Anlezy. M"1* de Peyre est veuve et a un fils. Mmc d'Anlezy a plusieurs enfants. M. de Gassion a cinquante-cinq à soixante ans ; il a un frère président an parlement de Pau, qui n'a point d'enfants. On disoit beaucoup de bien du fils de M. de Gassion qui vient de mourir; il avoit le régiment de Bretagne, où il étoit fort
Mme la maréchale de Brancas mourut hier presque subitement; M. le maréchal de Brancas a plusieurs enfants : M. de Forcalquier et M. le chevalier de Brancas, M™' de Rochefort; il avoit eu aussi une autre fille qui avoit épousé M. de Souvré, laquelle est morte il y a longtemps.
Madame la Duchesse vint ici hier, Mmc la princesse de Conty, Mademoiselle et M11' de la Roche-sur-Yon. Le Roi a été aujourd'hui voir M"8 la Duchesse à cinq heures; M^la princesse de Conty et M"* de la Roche-sur-Yon y étoient; elles sont venues recevoir le Roi. S. M. n 'étoit point en deuil; il le quitta hier et ne l'a point pris pour cette cérémonie. Mncla Duchesse étoit dans son lit. Le Roi s'est assis et y a resté environ un demi-quart d'heure ; toutes les dames titrées et non titrées se sont assises. Le Roi a été delà chez Mademoiselle, où la visite s'est passée de même. Mademoiselle étoit dans son lit. Mme la princesse de Conty et Mlks de la Roche-sur-Yon s'y sont trouvées. Le Roi va au salut et de la chez Mmc la princesse deConty. La Reine ira après le salutfaire les trois mêmes
(1) Il éloit veuf depuis longtemps. Sa femme étoit fille de feu M. d'Armenouville et de M»'* Gilbert. ( Ao<« du dut dit Luynes.)
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visites. Mmf la Duchesse ni les trois autres princesses ne recevront point ^'autres visites en cérémonie.
Du mardi 29 , Versailles. — » Le Roi fut hier courre à Verrières ; Mesdames furent à la chasse. Le Roi soupa le soir chez M™* de Vintimille , où il fit porter le souper des cabinets; il n'y avoit d'autres dames que les deux soeurs et quelques hommes.
M. deGassion, qui vient de mourir, avoit le régiment de Bretagne-cavalerie ; on croit que ce régiment sera donné à M. de Poyanne , son cousin^ germain, tils d'une sœur de M. de Gassion le père. M. de Poyanne a une charge dans les gendarmes de la garde qui deviendra vacante par cet arrangement. Ce jeune homme , qui n'a jamais eu la petite vérole , s'est enfermé avec son cousin ; la première chose que M. de Gassion ait faite après la mort de son fils, a été de demander le régiment pour M. de Poyanne.
Il y a deux circonstances particulières par rapport au militaire qui méritent d'être ici marquées. Dans l'armée qui doit servir sous les ordres de M. le maréchal de Belle- Isle et qui est actuellement commandée par M. de Leuville, et que l'on appelle l'armée du Rhin ou de Bavière , c'est M. le marquis de Glermont, lieutenant général et mestre de camp général de cavalerie, qui commande la cavalerie, et c'est mou fils, comme mestre de camp général des dragons, qui commande le corps des dragons. Le régiment mestre de camp-cavalerie est de cette armée. Dans l'armée de M. le maréchal de Maillebois, qu'on appelle l'armée de la Meuse, M. de Bissy, commissaire général de la cavalerie et brigadier des armées du Roi, commande la cavalerie, quoique le régiment commissaire n'y soit pas; c'est M. de Coigny, colonel général des dragons , qui y commandera ce corps. Son régiment y est aussi.
Une autre circonstance, mais qui ne regarde que le détail d'une troupe particulière : dans les gendarmes et chevnu-légers il y a deux des maréchaux des logis qui
ontle titre d'aide-major. L'un d'eux est chargé du détail de la troupe, dont il rend compte au commandant et prend ses ordres ; dans les chevau-légers c' étoit depuis longtemps M. «de Fortisson que M. de Chevreuse, mon grand-père, avoit tiré du régiment de Bonnelles-dragons, où il étoit capitaine. U étoit entré dans les chevau -légers , d'abord sur le pied de simple chevau- léger, et de là avoit été avancé successivement, mais promptement , par tous les grades de porte-étendard, sous-brigadier, brigadier, maréchal des logis et enfin aide major. Lorsque M. le maréchal deChaulnes remit il y aquelque temps la compagnie à M. le duc dePicquigny, son fils, M. dePicquignyjugeaà proposde faire un autre arrangement par rapport au détail de la troupe et d'en charger un gentilhomme de Bourgogne nommé de Chauve de Vezanne , chevau-léger depuis plusieurs années, en qui il connoissoitdel'intelligence et de la capacité. Apres un an environ que M. de Vezanne fut chargé de ce détail, M. de Picquigny, dans son premier travail avec le Roi, qui fut il y a environ un mois, demanda à S. M. que M. de Vezanne montât tout d'un coup au grade de brigadier, sans passer par les grades de porte-étendard et de sous-brigadier, ce qui fut accordé ; et le Roi me dit le soir même qu'il avoit accordé une grâce qui étoit très-grande.
Ce matin milord Chesterfield, Anglois, un des principaux du parti opposé à Walpole, a été présenté au Roi et à la Reine par l'ambassadeur de Hollande , n'y ayant point ici d'ambassadeur d'Angleterre. C'est M. de Sainetôt qui a pris l'ordre du Roi et de la Reine, mais c'est l'ambassadeur qui a présenté. Milord Chesterfield va à Montpellier pour sa santé.
M. de Campo-Florido a présenté aussi , ce matin, M. de Bernachea, Espagnol, qui va ambassadeur d'Espagne à Stockholm. M. de Bernachea est celui qui étoit ambassadeur ici y a quelques années avec M. de Santa-Cruz.
Il y a quelques jours que Bannière, courrier du cabinet,
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est arrivé de Stockholm; il m'a dit n'avoir été que dix jours à aller, dix jours de séjour et dix jours à revenir. Depuis son retour on a su la déclaration de guerre de la Suède a la Russie, et on a vu le manifeste dans la gazette de la Suède.
Il n'y a que quatre ou cinq jours que M. de Stainville a été déclaré ministre du grand-duc à la cour de France.
11 y a peu de jours que Thévenard (1) mourut à Paris; il étoit connu par la beauté de sa voix et par le goût qu'il mettait dans son chant.
On attend incessamment un ambassadeur de laPorte; il s'appelle Méhémet-Effendi. 11 est déjà venu en France avec son père, qui étoit ambassadeur; on sait qu'il est arrivé à Marseille avec une nombreuse suite. Le Roi dit, il y a quelques jours , qu'il comptoit le recevoir dans la galerie, assis sur son trône.
Du mercredi 30, Versailles. — Avant-hier, M"e la Duchesse, suivie de Mme la princesse de Conty, de Mademoiselle, de MUo de la Roche-sur-Yon , allèrent remercier le Roi; elles furent ensuite chez la Reine , chez M. le Dauphin et chez Mesdames.
Le Roi n'a point été tirer cette année dans les plaines; on lui a rendu compte qu'il y avoit peu de perdreaux ; il va souvent tirer dans le petit parc; la dernière chasse il y tua deux cent soixante-six pièces en deux heures et demie de temps.
Mae la comtesse de Toulouse vint hier de Bue ici; le Roi descendit chez elle, et lui dit qu'il lui donnoit la maison de M,k de Clermont à Luciennes. On dit que M"" la comtesse de Toulouse n'avoit point demandé Luciennes. Elle rend Bue au Roi. La vue de Luciennes est char-
(1) Gabriel- Vincent Thévenard, fameux acteur de l'académie royale de musique , mort le 24 août âgé de soixante-douze ans. « Il étoit inimitable dans le noble et le beau chant; il avoit Tait depuis 1697 les plaisirs du public, qui a toujours honoré ses talents de beaucoup d'applaudissements. Il avoit quitté le théâtre en 1730. » (Mercure de France, 1741, page mo. )
mante, et la maison fort jolie. Bucest extrêmement triste, dans une situation vilaine, et la maison fort désagréable en dehors ; mais Mrae la Comtesse l'avoit fait accommoder fort bien et avec beaucoup de goût depuis la mort de M. le comte de Toulouse.
On apprit hier la mort de l'archiduchesse gouvernante des Pays-Bas; elle s'appeloitMarie-Élisaheth, étoitdanssa soixante-unième année, et étoit fille de l'empereur Léopold.
M. de Breteuil travailla hier avec le Roi ; on sut que le régiment de Bretagne avoit été donné à M. de Poyanne; il reste à donner la place de M. de Poyanne dans les gendarmes.
Du jtudi 31 , Versailles. — Avant-hier, on apprit la mort de M. de Montpipeau (1); il étoit retiré du service. Son frère est dans la marine.
Nous sûmes hier que M. de Rubempré avoit prié le Roi de vouloir bien accepter sa démission de sa compagnie écossoise des gendarmes ; le Roi lui permet de la vendre et lui conserve son rang de brigadier. Dès le premier moment de la difficulté au sujet du commandement entre lui et M. du Chàtelet, M. de Rubempré avoit annoncé qu'il quitteroit s'il ne commandoitpas. MB< de Mailly lui avoit fort conseillé de n'en rien faire ; mais, le voyant déterminé, elle lui a sûrement fort aidé à obtenir une grâce que Ton doit regarder comme grande. M. de Sassenage, dans un cas plus favorable eu égard aux circonstances, n'a pas été si bien traité.
On parle du mariage de M. de Poyanne avec MUe de Montcavrel.
11 y a deux ou trois jours que M"e de Carignan arriva a Saint-Cloud chezMmc sa mère ; elle dîne aujourd'hui chez M100 de Ventadour à sa petite maison de Glatigny.
J'appris hier que le dixième avoit été établi; il commen-
(!) Chartes de Knehecliouarl, marquis de Montpipeau, brigadier des années du Roi.
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cera du 1* octobre. Quoiqu'il n'y ait point de guerre, les dépenses que le Roi est obligé de faire dans les circonstances présentes ont donné lieu à cette imposition.
Logements de Versailles. — Accouchement de M™* de Vintlmille. Année de Bavière. — Mort de M. de Surbeck. —La reine de Hongrie et le cardinal de Fleury. - Référence de la duchesse de Buckingham. - Combat naval du chevalier de Caylus contre les AngloU. — Gardes du pavillon. — Gouvernement du fort Louis donné à M. de Meuse. — Mort de Mra* de Vintlmille; douleur du Roi ; son séjour 4 Saint-Léger. — Mort des abbé* Rollin et Sévin. — Partis de la Cour, — Vers sur les maréchaux de Noaille* et de Coigny. — Service funèbre pour (a reine de Sardaigne. — Mort de M. de Belsunce. — Nouvelles de Suède. — Mort de MM. de Bretonvilliers, de Pons et de Plalomon.
Du samedi â, Versailles. — J'appris hier que Mm* la maréchale de Mai lieboisavoit obtenu pour M. le maréchal de Maillebois l'ancien logement qu'a voit M. le Premier, quoiqu'il ne soit point à la proximité de celui de M"' de Maillebois ; elle donne un logement dans le sien à M. son fils.
Sur l'état du Roi, le logement de M. le Premier estdonné à M. de Maillebois le fils, et M"" de Maillebois, pour sa plus grande commodité, a donné ledit logement à M. le maréchal de Maillebois et s'est chargée de loger M. son fils chex elle.
Tous ces jours passés le Roi a lait porter son souper chea M™ de Vintimille. Hier, parce que c'étoit maigre, il soupa dans ses cabinets et avec des hommes seulement ; après souper, il fut chez Mroc de Vintimille, où il resta jusqu'à deux heures. Mn,c de Vintimille avoit, à ce qu'on dit, dès lors des douleurs ; mais elle les cachoil. Ce matin, à cinq heures, les douleurs ayant augmenté, elle a envoyé éveiller Mroc sa sœur et M. de Meuse, et à neuf heures elle est accouchée d'un garçon, qui se porte bien. C'est la Peyronie qui l'a accouchée ; on avoit compté que ce seioit
Bourgeois. Elle n'a été dans les grandes douleurs qu'environ une heure ou une heure et demie.
Le Roi devoit aller tirer aujourd'hui dans la plaine de Villepreux, un peu par complaisance pour MM. de Soubise et d'Ayen, à qui il donne permission de tirer lorsqu'il va hors de ses parcs; la pluie l'ayant empêché d'aller à la chasse, il a fait porter son dîner chez Mme de Vintimille. M"'e deMailly, le duc de Villeroy, le duc d'Ayen et M. de Meuse y étoient.
J'ai vu aujourd'hui une lettre [écrite] de l'armée qui va en Bavière ; on mande que nos troupes observent la discipline la plus exacte, payant tout très-régulièrement et ne faisant aucune espèce de désordre. Cette lettre est de la seconde division quia passé le Rhin. L'on ajoute que les habitants des lieux par où l'on passe, encouragés par ce qu'ils ont éprouvé au passage de la première division , demeurent dans leurs maisons et dans leurs boutiques avec la même tranquillité qu'en pleine paix, et ne songent qu'à apporter les vivres dont l'armée a besoin. On mande encore que ces vivres ne sont pas absolument chers parce que les princes dont on traverse les États ont eu soin d'en faire taxer le prix.
Hier la messe du Roi et celle de la Reine furent des messes de Requiem, à cause de l'anniversaire de la mort de Louis XIV ; il n'y a point de musique à la chapelle ce jourlà, parce que toutes les voix et les bassons vont à Saint- Denis au service qui s'y fait tous les ans pour le feu Roi.
Du dimanche 3, Versailles. — Le 25 du mois passé, Mmc la duchesse de Duras (1), belle-fille du maréchal, accouchad'un garçon.
Du lundi 4, Versailles. — Il y a quelques jours que M. de Surbeck, capitaine de la compagnie générale du régiment des gardes suisses et frère de feu Mm0 Béranger, mourut à
(I) Elle s 'appelt.it duchesse de Durfort et n'a pris le nom de Duras que depuis que M. de Duras a été fait maréchal de France ; elle, est fille de M. de
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Fans ; ilavoit un fils de son premier mariage à qui on a donné une compagnie, dans un autre régiment suisse, de laquelle M. deSurbeck père étoit aussi capitaine; et remploi de M. de Surbeck, qui est regardé comme considérable dans le dit régiment, a été donné à M. le baron de Roile.
Dans l'arrangement qui avoit été fait des troupes destinées pour la Bavière, il y a eu quatre colonnes qui ont passé le Rhin à Lauterbourg et au fort Louis, le 15, le 17, le 19 et le 21 du mois dernier, pour se rendre à Donauwerthpar deux différentes routes. Une autre colonne devoit passer sous les ordres de M. de Polastron le 22 de ce mois avec les caissons, et il y avoit outre cela un corps de troupes, que Ton appeloit lè supplément, qui devoit pas* série 24 en cas de besoin, mais Ton n'étoitpas certain que Ton en eût affaire. J'ai appris aujourd'hui que ce dernier arrangement étoit changé. De la division de M. dePolastron et du supplément l'on forme cinq divisions qui passeront par Lauterbourg et le fort Louis; la première passera le 21 .
M. de Wassenaer, ministre de la reine de Hongrie, alla trouver, l'autre jour, M. le Cardinal à Issy, et lui parla de la façon la plus pressante et la plus soumise sur l'état où se trouvoit la reine sa maltresse. M. Cardinal ne lui répondit jamais autre chose, sinon qu'il rendroit témoignage en toutes occasions de la vivacité de son zèle et de son attachement. Outre cela, la Reine de Hongrie écrivit, il y a quelques jours, à M. le Cardinal pour lui représenter la situation où elle se trouvoit. Cette lettre contenoit entr'autres choses qu'il étoit le père de toute l'Europe et qu'elle ne pouvoit comprendre par quel malheur elle étoit exclue du nombre de ses enfants.
Mm« la duchesse de Buckingham fit hier sa révérence au
Coétquen d'un second mariage, et par conséquent sœur de père de Peu M. de Combourg, père de M- la duchesse de Rochechouart, lequel étoit AI s du premier mariage de M. de Coctquen avec M"' de Noailles. ( Note du duc de Luynes.)
MKM01RKS DU DUC lïK LUYNES.
Roi, à la Reine, à M. le Dauphin, qui la salua, et à Mesdames. Ce fut Mm' de Litynes qui la mena accompagnée de M"' de Bouzols, sa nièce. M"" de Buckingham est sœur de l'eu M. le maréchal de Berwick, mais d'une autre mère; ils étoieût tous deux bâtards du roi Jacques. Il y a quatre ou cinq ans qu'elle se fit présenter ici; ainsi ce n'est point une présentation, mais une révérence. Le Roi la salua; elle ne s'y attendoit pas trop, étant peu instruite des usages de ce pays-ci ; Mesdames la saluèrent, et elle ne leur baisa pas le bas de la robe ; elle baisa le bas de la robe de la Reine et ensuite resta à faire sa cour àla Reine pendant tout le jeu; elle eut même pendant longtemps derrière elle quatre écuyers ou gentilshommes à elle, anglois. M"e de Luynes ne put pas s'empêcher de lui en dire un mot, et elle les envoya l'attendre dans le cabinet qui est avant la chambre de la Reine. Elle est arrivée à Paris avec un grand cortège; on ne dit point quelle en est la raison; on prétend qu'elle veut aller à Rome. Elle n'est ni petite, ni grande; elle parott avoir environ cinquante-cinq ans; son visage n'a rien de désagréable ; on prétend qu'elle est un peu extraordinaire; elle parle mal françois et y écrit encore plus mal.
Mme de Vintimille est établie dans le grand cabinet de M. le cardinal de Rohan, où on a mis deux lits. Le Roi parott très occupé de tout ce qui regarde la santé deM*c de Vintimille et entre dans tous les détails. On a mis du fumier depuis le haut de la rampe qui règne le long de l'aile neuve jusqu'en bas, et les trois jets d'eau qui sont dans le jardin vis-à-vis l'aile neuve ne jouent plus parce qu'ils faisoient trop de bruit. On a porté l'enfant dans les entresols au-dessus de l'appartement que doit occuper M™- de Vintimille. Bourgeois, l'accoucheur, avoit été mandé dès le premier moment , mais il ne se trouva point de voiture pour l'amener ; il arriva cependant le soir du jour de l'accouchement et il y est encore actuellement. Depuis que M™ de Vintimille est accouchée , le Roi soupe dans ses
cabinets, et il y va dans le moment qu'il a soupé. L'enfant a été ondoyé sur-le-champ ; on croit que les cérémonies du baptême seront différées. M. l'archevêque de Paris vint hier exprès voir Mm*de Vintimille; il voulut que le marquis du Luc, *>n neveu (1), y vint aussi; il n'en avoit pas trop envie, et la visite fut courte.
Pendant qu'il y a eu une surintendante , c'était elle qui recevoit les serments desfemmes de chambre de la Reine ; Mn,e de Luynes fit pour la première fois cette fonction avant-hier; une des femmes de la Reine, nommée M™* de la Rare, fiUedeMartin l'apothicaire de la Reine, qui estd'one fort jolie figure et qui joue parfaitement bien du clavecin, a demandé permission de se retirer, et Martin a présenté pour la remplacer une autre de ses filles qui est aussi mariée ; il l'amena avant-hier ; on lui donna un carreau ; elle se mit à genoux, et le secrétaire de Mme de Luynes lui le serment.
Du mardi 5, Versailles. — On eut il y a trois ou quatre jours ici la relation d'un combat de M. le chevalier de Gaylus (2) contre les Anglois, aux environs du détroit de Gibraltar (3). M. de Gaylus n'avoit que trois vaisseaux et les Anglois en avoient quatre; l'affaire s'est passée de nuit, comme celle dont il a été parlé ci-dessus de quatre de nos vaisseaux contre six. M. de Pardaillan, capitaine de vaisseau, que nous avons vu ici gouverneur de M. de Penthièvre, a été tué do quatrième coup de canon ; nous avons eu plusieurs blessés; les Anglois ont été fort maltraités et surtout un de leurs vaisseaux qui a été démâté. Les Anglois envoyèrent un officier le lendemain à M. de Caylus. M. de Caylus dit à l'officier qu'il ne savoit pas pourquoi il lui faisoit des excuses, qu'il n'étoit nulle-
(1) Le père du comte de Vintimille, mari de l'accouchée.
(2) Charles de Tubièrea , de Grimoard, de Pestel, de Lérô, chevalier puis marquis de Caylus, mort en 1750 citer d'escadre des années navales.
(3) Voir les détails de ce combat dans la Gazette de 1741, pag«< 426.
ment fâché, que s'ils avoient des excuses à faire, c'était au Roi. « Pour moi, ajouta-t-il, je n'ai qu'à vous remercier ; ceci a servi à égayer cette jeunesse que vous voyez et m'a donné occasion de connoltre ce qu'ils savoient faire; ils n'en seront que plus en état de combattre contre vous lorsque je le pourrai. *
Il parolt présentement certain que le roi de Prusse a fait déclarer à la diète que non-seulement il n'écouteroit aucune proposition de la part de la reine de Hongrie que de concert avec ses alliés, mais même qu'il étoît dé' terminé à donner sa voix, pour l'élection, à la maison palatine.
Aujourd'hui, après le conseil de finances, le Roi a été chez M™ de Vintimille; mais comme il y va tous les jours et même plusieurs fois, cela ne fait point une nouvelle dans la maison , et l'on n'en dit mot à ceux qui vont savoir des nouvelles de Mn" de Vintimille. M™ de Mailly y est sans aucun ajustement, avec un jupon blanc et un petit manteau de lit de même.
On a appris aujourd'hui la mort de M. le chevalier de Caylus (1); il étoit extrêmement bossu; c'étoit le frère du feu lieutenant général ; il est mort à Paris ; il étoit colonel réformé (2) .
/ Du jeudi!, Vertailles. — La place de commandant des gardes du pavillon étant vacante par la mort de M. de Pardaillan, tué à l'affaire de M. de Caylus, M. le duc de Penthièvre , qui en qualité de grand amiral nomme à cette place avec l'agrément du Roi , y nomma avanthier le chevalier de Crenay , son capitaine des gardes. Les gardes du pavillon sont comme les gardes de l'amiral. Le chevalier de Crenay est de Normandie; son frère s'appelle M. de Saint-Denis. La place de capitaine
(1) Henri-Joseph de Caylus-Roiiairoux, chevalier de Cavlus, brigadier de* armées du Roi.
(2) Voir ploi loin, page 473.
des gardes de M. le duc de Penthîèvre , comme gouverneur de Bretagne, a été donnée par lui à M. de Saint-Pern, homme de très-grande condition de Bretagne. On dit qu'ils sont au moins aussi bons que les Duguesclin. J'ai parlé ci-dessus de M. de Saint-Pern ; il étoit dans le régiment du Roi; il a eu un régiment d'infanterie; il avoit servi en Italie sous M. le maréchal de Noailles ; et on en avoit été fort content.
Le gouvernement du fort Louis du Rhin étoit vacant par la mort de M. de Permangle; le Roi le donna avanthier à M. de Meuse ; ce gouvernement vaut , à ce que l'on dit , 8,500 livres. M. de Meuse avoit une pension de 4,000 livres qu'il a rendue ; on lui laisse un autre petit gouvernement de 2,000 livres ; mais il perd aussi une gratification annuelle de 1,000 écus; il est vrai qu'il ne l'avoit touchée qu'une fois.
J'ai mis ci-dessus la mort de M. deCaylus le bossu. Cette famille deCaylus n'a aucune parenté avec celui qui est dans la marine. Celui-ci et son frère aîné, qui a quitté le service et qui vit en philosophe à Paris, sont fils de M"* deCaylus, nièce de Mme de Maintenon ; au lieu que M. de Caylus qui vient de mourir et son frère lieutenant général des armées du Roi, éloient fils d'une sœur de M. le cardinal de Bonzy. M. le cardinal de Bonzy avoit deux sœurs, dont l'une épousa le père de MM. de Caylus , et l'autre M. de Villeneuve ; et la fille de M. de Villeneuve est Mmc de Caylus d'aujourd'hui , veuve du lieutenant général et frère de celui qui vient de mourir.
Du vendredi 8, Versailles. — Le Roi fut hier, après le conseil, chez M1*0 de Vintimille, qui avoit la fièvre, et dont on étoit inquiet; il dîna entre M™ de Mailly et M. de Meuse, et y resta jusqu'à près de sept heures qu'il alla travailler avec M. le Cardinal ; il soupa au grand couvert , fut très-peu de temps a table et immédiatement après il alla chez M1"* de Vintimille jusqu'à l'heure qu'elle se retire.
Aujourd'hui qui est une fête de la Vierge le Roi va à
474 MRMOIRKS DU DUC DR LUYNKS.
vêpres (1) -et au saint. La Reine a fait ses dévotions ce matin; M. le Cardinal lui a dit la messe; il lit sans lunettes. Depuis cinq ou six mois la Reine va les fêtes et les dimanches à la grande messe à neuf heures, à la chapelle; ces jours-là et ceux qu'elle fait ses dévotions elle retourne à la messe à la chapelle, comme les jours ouvriers, à midi et demi.
Du samedi 9, Versatiles. — Hier au soir, il y eut une consultation de médecins sur l'état de M"*6 de Vintimille ; Sylva avoit été mandé de Paris, et de Versailles Senac, médecin de Saint-Cyr; il fut unanimement conclu que, vu l'ardeur de la fièvre, il falloit la saigner du pied ; cette consultation fut faite pendant que le Roi soupoit au grand couvert. Le souper fut fort court, et aussitôt après le Roi retourna chez Mme de Vintimille. Elle fut saignée du pied à minuit; le Roi y étoit et y resta jusqu'à deux heures qu'il vint se coucher. Il paroissoit que la saignée avoit fait un hon effet ; M- de Mailly étoit retournée chez elle; sur les trois ou quatre heures, la fièvre augmenta, M"e de Vintimille demanda son confesseur; il fut assez longtemps enfermé avec elle; elle ne put recevoir N.-S. parce qu'elle perdit connoissance (2), et elle est morte ce matin à sept heures un quart. M"™ de Mailly y est toujours restée, on ne put l'emmener que quelques moments avant sa mort. On est entré chez le Roi ce matin à dix heures. La Peyronie y est venu le premier ; le Roi lui a demandé des nouvelles ; la Peyronie ne lui a répondu autre chose sinon qu'elles étoient mauvaises. Le Roi s'est retourné de l'autre côté et est demeuré entre ses
(I) Elles ont été chantées paf les chantres de là chapelle. (NoUdu duc de Lvynts. )
(7) Mme rte Mailly y étoit et Totilut absolumwit qu'on altot éveiller le Roi ;
ce fut la Peyronie qui »'y opposa. Lui et M. de Meuse, quelque temps avant la mort, emmenèrent M»' rte Mailly dan» l'appartement rte M™ la maréchale durées, où elle couche. ( M* du duc dé Luyttes. )
SKPTKMRRË 1741. 475
quatre rideaux. Il a donné ordre que l'on dise la messe dans sa chambre. La Reine a été ce matin pour le voir comme elle va tous les jours; elle y a même été deux fois, et elle n'a pas pu entrer (1). M. le Cardinal "y a été aussi deux fois sans pouvoir entrer; eependant à la fin de la messe il est entré avec l'aumônier du Roi, et n resté peu de temps avec S. M. Le comte de Noailles est le seul qui soit entré. Même pendant la messe, l'aumônier étoit dans le cabinet avant la chambre , et il n'y avoit dans la chambre que le prêtre et les deux cha* pelains pour servir. Après la messe, suivant l'usage, le prêtre a porté le corporal à baiser au Roi ; on a entr'ouvert pour cela un des rideaux de la ruelle du lit, et l'aumônier qui en même temps a donné l'eau bénite m'a dit qu'il n'avoit pas vu le Roi. A cinq heures après midi , les deux portes de l'antichambre à reil de bœuf étoient encore fermées (2), comme elles le sont avant le lever du Roi , et on ne laissoit entrer que pour traverser.
M,l,c de Mailly , qui a couché ces deux jours-ci chez la maréchale d'Estrées pour donner son appartement à Sylva, a resté dans son lit jusqu'à une heure après-midi, fondant en larmes, et ne voyant que ceux qu'elle regarde comme ses amis. A une heure, le duc de Villeroy est venu lui dire un mot; aussitôt elle s'est levée , a monté dans sa chaise, et a été chez M"" la comtesse de Toulouse qui n'étoit pas encore arrivée, mais qu'on attendoit à dîner. Elle s'est couchée dans la niche de Mroe la comtesse de Toulouse. 11 n'y a eu que le duc et la duchesse de Gramont, MM. d'Ayen et le comte de Noailles, M. de Meuse % et le duc de Villeroy qui l'ont vue. Mme la comtesse de Toulouse est arrivée pour dîner et y est entrée; M. de
(1) On m'a assuré, depuis, qu'elle n'y avoit point été. La Reine envoya deux foi* «avoir si elle pouvait voir le Roi , et on répondit toujours qu'elle ne pouvoit pas. (Note dn duc de Luynes.)
(V Le Roi «'étoit levé à une heure et demie, mais il n'y eut que le premier \ îilpt dp ( lutinl)! ç (jui pntrn. ijSotf du dut dp. fAittupu. )
Penthièvre l'a vue aussi un moment. Le Roi étoit toujours resté dans son lit. Il est arrivé un courrier de Francfort; on a apporté un paquet à M. le Cardinal, qui a envoyé Barjac pour le faire donner au Roi ; Barjac Ta porté ; personne ne s'en est voulu charger. Les premiers gentilshommes de la chambre n'étoient pas entrés (1), pas même M. le duc de Charost, qui a les entrées familières et qui n'a pas pu voir le Roi dans toute la journée. Barjac , se voyant refusé par tout le monde, a pris le parti d'entrer dans le cabinet de glaces ; le duc de Villeroy y étoit qui lui a demandé où il alloit. Barjac a dit que puisque personne ne se charge oit du paquet, qu'il alloit le donner lui-môme. Enfin le duc de Villeroy s'en est chargé; il vouloit que Barjac en allât demander permission à M. le Cardinal ; Barjac lui a dit que cela n'étoit pas nécessaire; le paquet a été remis, le Roi y a répondu quinze ou seize lignes, et Barjac l'a reporté àM.le Cardinal.
On étoit incertain jusqu'à deux heures de ce que le Roi feroit ; il devoit aller courre à Saint-Léger et revenir le soir; c'étoit Tordre d'hier ; on a contremandé ce matin les gardes du corps, et peu de temps après on a envoyé un ordre contraire. MD,e la comtesse de Toulouse et M. de Penthièvre sont partis pour Saint- Léger; on a su que le Roi y alloit coucher, et le Roi a fait dire à MM. de Meuse , d'Ayen et de Noailles, qu'il les y mèneroit avec lui, et à M. et Mm* deGramont, de s'y rendre. Le
(1) Le Roi avant que de partir fit dire à M. le duc de Rochechouart, qui est en année, qu'il étoit fiché de n'avoir pas pu se résoudre à le voir. Le lendemain M. le duc de Rochechouart écrivit a M. "de Nyert , premier valet de chambre, à Saint-Léger, et lui manda qu'il n'avoit pas osé aller à Saint- Léger, qu'il avoit cru marquer en cette occasion plus de respect au Roi en n'y allant point; qu'il prioit M. de Nyert de faire l'usage qu'il jugerait à propos de sa lettre, et de ne la montrer an Roi qu'en cas que cela lui parût convenable. M. de Nyert lui répondit qu'il avoit montré «a lettre au Roi, que S. M. étoit bien persuadée de son attachement, et étoit bien fâché de ne l'avoir pas mené à Saint-Léger. Je ne mets pas les termes, mais c'est à peu près le sens des denx lettres , comme M. de Rochechouart m'a dit. {Note du due de Luynes. )
Roi, à cinq heures (1) s'est levé, a descendu chez Mm* la comtesse de Toulouse par le petit escalier ; tout le monde est sorti, il est resté seul avec M"* de Mailly, le duc de Villeroyetces trois messieurs que je viens de nommer. Le jour du retour est incertain (2) ; on dit mardi, mercredi ou jeudi. On n'a voit point donné d'ordre pour la garde, et elle n'est point entrée. C'étoit hier jour de musique ; la Reine la contremanda, sortit à six heures, alla voir Mrae d'Armagnac à Sèvres (3), et revint à huit heures jouer a cavagnole. U n'y avoit point de gardes dans la cour.
Sur la nouvelle de la mort de M"* de Vintimille , Mademoiselle est venue exprès de Paris et est arrivée a midi; elle n'a pu voir M- de Mailly (h), qui cependant étoit encore chez elle, et elle est repartie à huit heures.
M- de Mailly a vu M. du Luc (5) et M. de Nicolal (6).
(1) On m'a assuré que le Roi y étoit descendu dès trois heures et qu'il étoit eh« M»« la comtesse de Toulouse lorsque Barjac alla porter le paquet ; que Barjac fit demander M. le duc de Villeroy, et qu'on fut le chercher chez M"" la comtesse de Toulouse, et que ce fut dans ce même appartement qu'il fit réponse. ( Note du duc de Luynes. )
(2) M. le Cardinal est parti en disant aux ministres qu'il ne savoit pas quand il reviendrait ( Note du duc de Luynes. )
(3) La Reine envoya demander à M. le Cardinal ce qu'elle devoit (Vire, et ce fut lui qui lui conseilla de sortir avant le départ du Roi pour éviter l'embarras oii il auroit pu être de* ne point aller citez elle. ( Noie du duc de Luynes.)
<4) Mademoiselle ne paria qu'à une femme de chambre de M»* de Mailly. {Note du duc de Luynes. )
(S) M. du Luc, dont il est plusieurs fois question à propos de l'accouchement el de la mort de M-" de Vintimille , est Gaspard-Magdelon-Hubert de Vintimille, marquis du Luc, né le 9 mars 1687 , mort le 17 mars 1748, lieutenant général les armées du Rui. Il était neveu de l'archevêque de Paris et fils de Charles-François de Vintimille, comte du Luc, mort à Savigny le 19 juillet 1740, à l'âge de. quatre-vingt-huit ans. Le mari de Mmc de Vintimille était fils de Gaspard- M a«delon Hubert de Vintimille, marquis du Luc; il s'appelait Jean-Baptistc-Félix-Hubert, comte de Vintimille, né le 23 juillet 1720; marié le 28 septembre 1739 ; lieutenant général en 1759. Il était petitneveu de l'archevêque de Paris.
L'Archevêque de Parti, l'un des sept frères de Charles François de Vintimille, comle du Luc, s'appelait Charles- Gaspard-Guillaume de Vintimille; il était né le lânovcmbre 1055 ; il mourutle31 mars 1740, à quatre-vingt-dix ans.
(0) Armand-Jean de Nicolai, premier président de la chambre des comptes,
478 MÉMOIKW5 DU DUC DE LUYNKS.
M. du Luc lui a dit : « Je viens de voir mon petit-fils, Madame; j'ai dit à sa gouvernante de recevoir vos ordres et de vous obéir en tout. » Mmede Mailly parolt fort contente de s'en charger; le petit garçon s'appelle M. de Savigny.
Le corps de Mne de Vintimille est resté jusqu'à huit heures dans l'appartement de M. le cardinal de Rohan où elle est morte. On ne laisse jamais un corps mort dans le château , celui môme de M. le duc d'Orléans fut emporté sur-le-champ (1). On a employé ce temps à peindre de Vintimille ; à huit heures on l'a emportée à l'hôtel de Villeroy.
Du dimanche 10, Versailles. — - Jume de Vintimille a été ouverte (2) ce matiu à l'hôtel de Villeroy, portée à la paroisse Notre-Dame Taprès-dlnée, et de lÀ aux Récollets où elle est enterrée dans la chapelle Saint-Louis. 11 y avoit soixante-dix prêtres et beaucoup de pauvres, et il n'y avoit de parents que M. de Nicolaï.
Du lundi ii. — La Reine est allée aujourd'hui dîner à Trianon et y passer la journée (3).
Il parolt une relation imprimée de la fête que M. de Belle-kle a donnée à Francfort, pendant trois jours, à
était le gendre de Gaspard- Magdelon-Hubert , marquis du Luc. dont il avait épousé, en 1733 , la fille, qui s appelait Madelein^CItarloUe-Guilleliuine- Léoniue de Viutimille, sœur du courte de Vintimille.
(I) Au inoins le lendemain matin. ( Wote.du duc de Luynes. )
12) Son corps étoit d'une puanteur excessive ; on l'a recousue après l'avoir ouverte; il n'est resté ni femme ni prêtre auprès du corps, et il a même été absolument nu pendant quelque temps, tout le monde entrant dans la chambre.
On lui a trouvé une petite boule de sang qui commençoit même à toucher au cerveau; M"»e d'Antin m'a dit qu'elle l'avoit entendue se plaindre depuis sa grossesse qu'elle sentoit cette boule étant en carrosse. Elle m a ajouté que M"" de Vintimille, avant d'être mariée même, sentoit cette boule. — C'eloit une veine dilatée qui avoit fait un petit enfoncement dans le cerveau; ce qui lui paroissoit être une petite boule. (Moie du duc de Luynes.)
(3ï 11 n'y avoit que les gardes du corps. Il y a eu musique composée seulement d'un détachement des musicien*. Après la musique, il y a eu jeu servi par Ics^arcous du cliftteauqui recevoient les ordres de M»wde Luynes. Pei sonne derrière te fauteuil de la Reine (pie M. de Nangi* quand il vouloit. (Ao/c du duc de Luynes. )
SBPTEWJIRK 1741. 47»
l'occasion de la Saint-Louis; elle a été exécutée avec tout Tordre et la magnificence possible; on dit qu'elle ne revient qu'à 30,000 écus en tout.
Le roi d'Espagne a fait imprimer une relation de la levée du siège de Cartliagène ; cette relation contient exacte* menl le détail de l'état où étoit cette place , et fait par conséquent voir un peu trop clairement la loi blesse des fortifications.
Du mardi 12, Versailles. — On a eu des nouvelles de Saint-Léger (1). Le Roi y est toujours dans une grande tristesse ; il ne mangea ni le samedi au soir ni le dimanche. Le lundi on le pressa d'aller à la chasse ; il y fut, mais sans dire mot à personne; il ne répondit pas même quand on lui demanda l'ordre pour la première chasse. M** de Mailly est toujours dans une extrême douleur et dans un grand abattement; elle fut à lâchasse du Roi, lundi, toute seule dans une calèche (2).
Du samedi 16, Versailles. — On apprit hier la mort de M. Rollin, celui qui a composé l'Histoire ancienne. Il avoitplus de quatre-vingts ans. Il avoit commencé l'Histoire romaine ; le dernier ouvrage qu'il a fait est le sixième volume de ladite histoire. M. l'abbé Sévin est mort ces jours-ci. Us étoient tous les deux de l'Académie.
Le Roi revint hier de Saint-Léger après y avoir chassé ; il avoit l'air fort sérieux. Il demeura quelque temps dans le cabinet aux perruques sans parler à personne, dit seulement un mot à M. le duc de Charost; il envoya presque aussitôt après avertir M. le Cardinal avec lequel il travailla jusqu'à neuf heures et demie. La Reine venoit de se mettre à table avec ses dames de semaine, suivant l'usage de cette semaine-ci. Le Roi ne fut point chez elle et demeura seul chez lui ; il se coucha de bonne heure. Ce
(1) M. le maréchal de Noailles y Tut dimanche. (.Soie du duc de Luyne*.) (2; M'»* la ducheue de Gramont et M. de Meuse étoient avec elle. ( Addition du duc de i.uyues. )
matin le Roi a entendu la messe à son ordinaire; il y a eu conseil d'État, après quoi S. M. a dîné à son petit couvert , ayant toujours l'air sérieux et parlant fort peu. M"* de Mailly est toujours dans une extrême douleur; elle a été aujourd'hui aux Récollets entendre la messe sur le tombeau de sa sœur, et dit qu'elle veut l'y entendre tous les jours.
M. de Saint-Aignan a fait aujourd'hui sa révérence; il y a huit jours qu'il est arrivé d'Italie ; il y a dix ans qu'il est absent ; il parolt un peu changé.
M. de Poniatowski est ici ; il est arrivé depuis peu chargé, dit-on, de commissions importantes de la part du roi de Pologne, électeur de Saxe.
Du lundi 18, Versailles. — Le Roi est parti aujourd'hui pour Saint-Léger avec M™0* de Mailly et d'Antin , M- le maréchal de Noailles, MM. de Noailles, d'Ayen, de Meuse, de Richelieu et de Sou bise ; outre cela, M. et M"* de Gramont y vont ; le Roi ne reviendra que vendredi au soir après souper. Tous ces jours-ci il a paru extrêmement sérieux et même dans la douleur. Avant-hier, à son petit coucher, il eut une conversation avec M. de Gesvres, qui fut assez longue, parce qu'elle fut souvent entrecoupée de soupirs; quoique ce fût en particulier, il y avoit pourtant quinze ou vingt personnes. H dit à M. de Gesvres qu'il avoit vu à Saint-Léger les papiers de M™ de Yintimille ; qu'il n'y avoit rien que de très-bien et de très-convenable , qu'il n'y avoit qu'une chanson et que c'étoit à la louange de son abbesse ( de Port-Royal) , et qu'on avoit grand tort de dire qu'elle étoit méchante. Aujourd'hui le Roi a paru comme à son ordinaire ; il y a eu conseil de finances et ensuite dîner à son petit couvert. Comme il étoit au fruit, M. du Luc est arrivé; il sortoit de chez M"* de Mailly, qui parolt extrêmement contente de lui, et qui se loue des bons procédés qu'il avoit à son égard. M. du Luc, qui naturellement a la physionomie riante et qui a trouvé au dîner du Roi plusieurs
personnes de sa connoisance, leur a fait la révérence avec un air de gaieté qui a surpris la compagnie. Le Roi a rougi beaucoup, et est sorti de table fort brusquement.
Depuis le retour de Saint-Léger, Mme de Mailly a dîné tous les jours chez elle, hors aujourd'hui; c'est 3t. le duc de Gramont qui lui envoie à dîner. Après le dîner, elle a été dans l'appartement de M"* la comtesse de Toulouse, où le Roi descendoit et restoit jusqu'à six ou sept heures. Le premier jour, qui étoit samedi , il y fut depuis trois heures jusqu'à sept avec Mmc de Mailly, M. le maréchal de Noailles, M. d'Ayen, M. de Meuse et"M. de Soubise. La conversation étoit fort sérieuse, et l'on y parla peu. Presque tous les soirs , le Roi a été tète à tète avec M"" de Mailly. Hier il soupa avec elle dans l'appartement de Mme la comtesse de Toulouse ; ce fut M. le duc de Villeroy qui fit apporter son souper.
Il parolt qu'il y a ici deux partis différents. MM. de Noailles en forment un considérable qui tient auprès du Roi par le père , les deux enfants et Mme la comtesse de Toulouse, et même auprès de la Reine par M,ne*de Villars et d'Armagnac. L'autre parti est celui de Bachelier et de toute la chambre du Roi. Le duc de Villeroy seroit pour ce parti plus que pour aucun autre, étant fort lié avec Bachelier. On prétend que MM. de Noailles ont dessein d'engager M. de Richelieu à épouser Mu* de Noailles (1).
Je mets ici des vers à la louange de MM. les maréchaux de Noailles et de Coigny.
Consolez-vous, Coigny, Noailles, et csetera, De ne point voir inscrits vos noms dans cette guerre; Louis ne fait encor qu'amorcer son tonnerre ; Laissez- le s'allumer, et votre tour viendra.
(1) Le parti des Noailles était opposé au cardinal de Flcury, et cherchait à le supplanterai! avait l'appui de la maltresse du Roi, M|De de Mailly, et de la comtesse de Toulouse, qui avait remplacé Mademoiselle dan* ses tristes fonctions de complaisante. (Voy. d'Arçenson, édit. Jannet, t, III, p. 229 el 230.) T. 111. 31
m MÉMOIRES DU DUC DE LUT NES.
C'est lorsqu'il s agira de foudroyer des villes, De forcer des remparts, rompre des bataillons , Qu'il se ressouviendra qu'il laisse tant d'Achilles Dans un honteux repos, indigne de leur noms ; Alors tous vos explois venant à sa mémoire, Vous serez rappelés en dépit des jaloux. Laissée à vos rivaux le soin de votre gloire. Ils y travailleront tout aussi bien que vous.
Du samedi 23 , Versailles. — Le Roi revint hier de Saint-Léger, après y avoir dîné. En arrivant il travaille avec M. le Cardinal; il n'alla chez la Reine ni dans ce moment ni après le travail ; il paroissoit assez comme à son ordinaire après que M. le Cardinal en fut sorti. Le soir à son coucher, il étoit triste et avoit mauvais visage.
Le voyage de Saint-Léger a été assez sérieux , à ce que j'ai appris (1). Mme de Mailly n'a point joué du tout, et le Roi n'a joué qu'au trictrac ; au reste, il y eut plusieurs discours, de religion , le Roi disant tantôt qu'il falloit bien souffrir, qu'il n'en étoit pas plus exempt qu'un autre et qu'il devoit même souffrir davantage; tantôt, à propos de ce qu'on disoit dans la conversation , disant qu'il n'y avoit rien [dej pire que le scandale. Il y eut une autre occasion où l'un de ceux qui lui font la cour à Saint- Léger, et qui est un homme de cinquante-cinq ans environ, disant que les sacrifices qu'il auroit à faire s'il devenoit fort dévot ne seroient pas considérables, par rapport à son âge, le Roi dit : «Et pourquoi ce sacrifice? Ne peuton pas avoir de la religion et continuer à me voir, aller à la chasse et souper avec moi? »
Aujourd'hui à dîner, le Roi a peu mangé et a patu en-
(1) M. le maréchal de Noailles y a été, mais ce n 'étoit qu'en passant pour aller à Maiotenon. MM. de Soubt&e et de Richelieu y étoient, mais ils alloient coucher à Rambouillet. H paraît que le Roi se platt beaucoup à Saint-Léger, et qu'il en trouve la vie et la situation commodes. ( Note du duc de Lugnes. )
core fort sérieux ; il retourne lundi à Saint-Léger, pour jusqu'à vendredi.
Hier, Ton fit à Notre-Dame le service pour la reine de Sardaigne ; le catafalque est fait par les ordres du premier gentilhomme de la chambre en année , et sous lui par l'intendant des Menus. 11 y a eu une oraison funèbre; le Clergé a été invité , et y a assisté ; le Parlement , la chambre des comptes , etc. Il y avoit trois princesses ; chacune avoit deux hommes de condition pour porter la queue de sa mante. Pour M"* la princesse de Conty, c'était M. de Fontanges et son beau-frère M. de Fontaine ; — Mhe de la Roche-sur-Yon , M. de Sabran et M. de Chatte; — M"* de Sens, M. de Saulx, frère de M. l'archevêque de Rouen, et M. de Fimarcon. Les trois princes du sang qui leur donnoient la main étoient M. le duc de Chartres , M. le comte de Clermont, M. le prince de Conty. M. le prince de Conty avoit déclaré que s'il avoit manqué un troisième prince du sang il auroit plutôt fait marcher M. le comte de la Marche , son fils, quoiqu'il n'ait que six ou sept ans, ne voulant poiat que les légitimés pussent être admis avec eux.
J'ai oublié de marquer que dès avant le dernier voyage de Saint-Léger le Roi avoit donné au fils de Mme de Vintimille l'appartement que M"" de Conflans a rendu il y a a longtemps ; c'étoit l'ancien appartement de M. le maréchal d'Estrées ; il joint celui de M*" la Maréchale , et par conséquent est fort près de celui de MBe de Mailly.
On apprit hier que l'électeur de Bavière étoit entré en Autriche et avoit pris le titre d'archiduc d'Autriche.
Du mardi 26, Versailles. — - Avant-hier M. le comte de Saint-Séverin fit sa révérence : il arrive de Suède , il n'a demandé son rappel que par rapport à sa mauvaise santé : il est extrêmement maigri et changé.
M™e de Maillebois présenta aussi avant-hier sa fille, Mmc de Sourches ; elle est assez grande, bien faite, a un visage agréable et un fort bon maintien.
si.
On apprit avant-hier la mort de M. de Belsunce; c'étoit le fils aîné de M. de Castel-Moron ; il est mort à Liège, de la petite vérole. 11 étoit de l'armée de M. de Maillebois; il avoit une compagnie de gendarmerie, et outre cela la charge de grand-louvetier; il avoit eu cette charge par son mariage avec la fille de M. d'Heudicourt. On croit que cette charge ne sera point donnée, parce que M. d'Heudicourt s'est réservé les appointements en la cédant à son gendre. M. de Belsunce a un frère; il laisse un fils dont Mme de Belzunce vient d'accoucher, il y a un mois ou deux.
Pendant tout le temps que le Roi est resté ici, il a passé toutes les après-dlnées dans l'appartement de Mme la comtesse de Toulouse avec M"0 de Mailly et deux ou trois personnes. A ce voyage de Saint-Léger, il y a à peu près les mêmes gens que l'autre voyage ; il n'y en a de changé qu'un ou deux; M. de Rochechouart n'y a point été; il*n'y a point de premier gentilhomme de la chambre. J'ai marqué ci-dessus qu'au premier voyage, M. de Rochechouart avoit écrit à M. deNyert. Une circonstance de la réponse qui fut faite, et qui mérite d'être observée, c'est que le Roi dit d'abord à M. de Nyert : a Mandez-lui qu'il est le maître ! » De Nyert alla écrire en conséquence ; le Roi le rappela, et lui dit : «Mandez-lui que je suis bien fâché de n'être pas en état de le voir, et que je lui en demande pardon. » Ce sont les propres termes qui furent mis dans la lettre.
Il parolt qu'il y a dans l'esprit du Roi un grand combat; sa santé donne quelque inquiétude ; il doit se purger demain à Saint-Léger.
M. le Dauphin monta hier à cheval au manège , pour la première fois; c'est sous M. de Salvère, premier des écuyers de la grande écurie.
On a eu des nouvelles de Suède, mais on ne les a eues encore que par la Russie; elles portoient qu'il y a eu un combat, que les Suédois ont été défaits, qu'ils ont
perdu deux mille hommes, sans compter les prisonniers. M. de Saint-Sé vérin assure que ce détail est exagéré, que le combat n'est autre chose [que la prise d'un] poste, qui est à trente lieues de Stockholm , c'est-à-dire environ soixante lieues de France, et qui étoit occupé par un colonel avec un seul régiment. Les régiments ne sont que de quinze à seize cents hommes. Le poste a été emporté, et les Russiens ont pris l'artillerie qui y étoit.
Du vendredi 29, Versailles. — Mardi dernier, M. le comte d'Évreux tomba en apoplexie à Saint-Ouen ; il est mieux, cependant avec la bouche tournée et la paralysie sur la langue.
M. de Bretonvilliers le fils est mort à l'armée de M. de Maillebois. M. de Bretonvilliers venoit déjà de perdre depuis peu de temps sa femme et sa tille.
M. de Pons mourut hier; c'est celui qu'on appeloit Pons-duchesse, sa femme ayant été dame d'honneur de feu Mroe la Duchesse (Conty). M. de Pons laisse un fijs, qui est marié depuis plusieurs années avec M,,e de Brosse. Mmede Pons, femme de celui qui vient de mourir, est fille de feu M. le comte de Verdun. Elle avoit épousé en premières noces M. de la Baume, fils aîné de M. le maréchal de Tallard , qui étoit son cousin et de même nom ; elle s' étoit mariée en secondes noces, malgré M. de Verdun, son père, qui la déshérita et donna son bien à M. le duc de Tallard d'aujourd'hui , qui n'en voulut point profiter, et le rendit à Mrae de Pons.
M. de Plainmon (1) mourut hier ; c'étoit le troisième fils de M. le chancelier; il étoit avocat général; il est mort de la poitrine.
(I) Henri-Charle*Daguesseau,*cigneur de Plainmon.