‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 11 sur 88 · MAL · texte numérisé non relu

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Voyage «le Marly. — Mort du marquis d'Antin. — Conduite du Roi a?ec la Reine. — Mort de tnilord WaJdegrave. — Mort d'un cliapelain du Roi, auteur de plusieurs ouvrages d'horlogerie. — Dispute enlre les gardes fiançoises et les gardes du corps. — Promotion d'officiers généraux de marine. — ht» polissons ou xalonistes. — Perte du vaisseau le Bourbon. — M. de Chavagnac. — M. de Maupertuis à la bataille de MoIwiU. — Mort de M. d'Avéjan , de la princesse de Léon. — Mort du duc de Gramont. — Augmentation dans les troupes. — Retour à Versailles. — Audiences de congé de M. et de Mmc de Castro-Pignano. — Héritage de tnilord Clare. — Logements des gardes françoises et suisses dans les faubourgs de Paris. — Mort de M. de la Trémoille. — Maladie du Dauphin. — Changements dans les

Du mardi 2, Marly. — Le Roi arriva ici mercredi dernier de fort bonne heure , et y tint conseil d'État. Il soupa ce jour avec la Reine et les damés , à l'ordinaire. Tout se passe ici .comme les voyages précédents; le Roi soupe dans ses cabinets les jours de chasse , comme a Versailles; le "premier jour qu'il y soupa fut jeudi ; il n'y avoit de dames que les quatre sœurs; les deux jours maigres il soupa avec des hommes. M*e de Vintimille fut saignée vendredi dernier, à cause de sa grossesse ; elle loge dans le château , en haut, auprès de M*** de Bfailly. Le Roi a été tous les jours chez elle, et même hieril fit un dîner à trois heures, que l'on dit être dans ses cabinets; mais c'étoit chez Mm* de Vintimille avec Mme de Mailly et quelques hommes. Ceux qui sont admis le plus souvent à ce particulier, c'est M. de Luxembourg, M. de Meuse, iecomle deNoailles, M. le duc d'Ayen et M. de Coigny, le fils, M. le duc de Villeroy, quand il est ici.

3*2 MÉMOIRES W DtfG DE LUYNES.

Le ftoï avdit nommé lès hommes (jui dévoient souper dans les cabinets et étoit remonté comme pour se mettre à table. M. de Luxembourg entra chez M"* de Vintimille ; derrière lui étoit le Roi ; il fit une visite fortcourte ; il arri voit de la chasse qui avoit été fort rude ; il di ten s'en allant que vraisemblablement le salon ne le verroit guère ce soirlà; sur cela Mme de Mailly lui dit : « Si cela est, je vais me déshabiller. » Le Roi ne répondit rien. Elle pria M. de Villeroy de lui mander si effectivement le Roi n'iroit point au salon; un moment après, elle passa chez elle et revint toute déshabillée. Effectivement le Roi ne vint point au salon.

Ce même jour, M»e de Mailly avoit été à Paris avec M. de Meuse dans un des petits carrosses du Roi avec deux relais de la petite écurie. Elle avoit été voir Mme la comtesse de Toulouse sur la mort du marquis d' Antin, qu'on apprit le vendredi au soir. 11 est mort à Rrest sans sacrement ; on n'a pu lui donner que l' extrêmeonction; il étoit sans connoissance. Il avoit depuis longtemps une hydrocèle ; il n'en avoit jamais rien dit qu'à un seul homme chez M"" la comtesse de Toulouse, à qui il en lit confidence avant que de partir. M. d'Antin avoit perdu tous ses domestiques à l'Amérique , hors un seul , de la maladie contagieuse de ces pays-là qu'on appelle le mal de Siam ; entre autres son chirurgien étoit mort , lequel étoit dans l'habitude de lui faire la ponction ; on prétend que depuis ce temps-là il avoit voulu se traiter lui-même ; soit que ce fût par sa faute ou par l'effet du mal de Siam dont il avoit pensé mourir, à l'hydrocèle s'éloit joint un sarcoeêle, qui étoit devenu incurable lorsqu'il est arrivé à Brest. 11 laisse une jeune veuve (MUa de Canisy) , qui est fort jolie , qui n'a que seize ou dix-sept ans, et qui a 50,000 livres de rente au moins. On peut juger que les discours dont j'ai parlé cidessus ont plutôt augmenté que diminué depuis cet événement ; on en parle peu ici, mais à Paris le déchaînement

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est fort £rftftâ. Oh rapporte que lé marquis d'Àntin étant embarqué, Ouvrit lès ofdfes qu'il avôit pour la destination dé son voyage , selon l'usage, ët qu'ayant vu ôjue sa destination étoit flbur l'Amérique , il avoit aussitôt donné ordre que Ton reportât à terre sa vaisselle d'argent; que cette détermination fut fort désapprouvée par les anciens officiérs de marine ; niais qu'il ne voulut jamais ajouter foi à leurs conseils ni à leurs représentations. On ajoute encore què la marine se plaint de la hauteur et de la dUreté avec lesquelles il l'a traitée. M. de Roqueieuille , chef d'escadre, que l'on comptoit devoir rester à l'Amérique avec huit ou dit vaisseaux, est parti trente-cinq jours après lui et est arrivé presqn'en même temps, seulement deux jours après, de manière qu'à présent la ville de Carthagène et le trésor que l'on a porté à trois ou quatre journées de Carthagène dans les terres, et qui est de deux cents millions , à ce que me dit il y a quelques jours M. de Campo-Florido, donnent beaucoup d'inquiétude , les deux flottes d'Angleterre étant réunies et celle des Espagnols n'étant que de quatorze vaisseaux. On juge cepeudant que les vaisseaux anglois ne pourront pas tenir longtemps la mer dans cette saison. On ne dît point encore quelle est la raison qui a fait revenir M. de Roquefeuille; il parolt qu'il n'y a eu nul concert entre les François et les Espagnols, et l'on dit que M. de Koquefeuille , ayant ordre de se joindre à la flotte espagnole commandée par M. de Torres et se trouvant fort éloignée de lui, avoit envoyé pour savoir de ses nouvelles; mais que n'ayant jamais pu apprendre où il étoit, il avoit pris le parti de s'en revenir. J'ai marqué ci-dessus que Ton double les vaisseaux qui doivent passer en Amérique. M. de Maurepas m'expliquoit il y a quelques jours ce détail. Il faut nécessairement doubler ceux qui sont destinés à demeurer dans les ports , mais non pas ceux qui le sont à croiser; et pour ceux qui vont aux Grandes IndeS, on

y met des clous à large tête , dont toutes les tètes se joignent. Ces précautions conservent les vaisseaux un peu davantage , mais leur font cependant grand tort; et les capitaines ont beaucoup de peine à consentir que leurs vaisseaux soient doublés, parce qu'il leur est plus difficile d'en faire usage dans l'occasion.

Le Roi n'a point joué à l'hombre depuis qu'il est ici , M. le comte d'Estrées n'étant point ici à cause de la mort de Mme sa mère, et M. de Soubise ayant été malade. Mme la Duchesse et M. de Lassay, M. de Courson, M. de Luxembourg et même hier M. Rosen , pour la première fois, ont joué à quadrille avec le Roi. On a remarqué que lorsque le Roi arrive dans le salon, que non-seulement il n'approche point de la table de cavagnole où la Reine joue, mais même, il y a quelques jours , la Reine se tint debout assez longtemps sans que le Roi lui dise de s'asseoir, et pendant ce temps il parloit àMme deMailly.

Du mercredi 3, Marly. — On apprit il y a deux ou trois jours la mort demilord Waldegrave, qui a été longtemps ici ambassadeur d'Angleterre ; il est mort en Angleterre. Il avoitété élevé en France et avoit été au collège des Jésuites; il avoit depuis changé de religion. Lorsqu'il tomba malade à Paris, dans la paroisse Saint- Sulpice, le curé alla le voir; mais il ne put le déterminer à se convertir. On dit qu'il est mort avec grands remords.

11 vaque par la mort de M. le marquis d'Antin la lieutenance générale d'Alsace et la vice-amirauté, qui ne sont point encore données. Le plus ancien lieutenant général de marine est M. de la Luzerne , qui est très-estimé et regardé comme très-digne de cet honneur. Il y a deux viceamiraux ; il en reste encore un qui est M. de Sainte-Maure. C'étoit la vice-amirauté de M. le maréchal d'Estrées qu'avoit eue M. le marquis d'Antin. M. de Sainte-Maure est fort vieux et ne vient jamais dans ce pays-ci ; il est frère de celui qui étoit premier écuyer de M. le duc de Berry. Il est d'usage de faire un maréchal de France , au moins ,

dans la marine. On n'a point voulu faire M. de Sainte- Maure, quoique très- estimé dans son métier, mais parce que c'est d'ailleurs un homme singulier, à ce que j'ai ouï dire; et comme c'est l'ancien, on n'en a point fait du tout. Il parolt cependant que ce mécontentement ne regarde point son métier.

Hier le Roi fit une chasse qui le mena fort loin , du coté de Rambouillet. M. le maréchal de Duras y étoit et revint sur un cheval de poste. Le Roi dit en arrivant que c'étoit peut-être le premier exemple qu'un maréchal de France eût couru la poste à cheval.

On apprit hier la mort d'un chapelain du Roi que Ton nommoit le Prieur. Il étoit autrefois vicaire de Saint-Cyr et avoit fait pour le Roi une pendule dans un globe , qui est encore dans le cabinet de S. M. Le Roi lui donna le prieuré de Saint-Sernin d'Autun , et on ne l'appeloit depuis, que le Prieur. Il avoit toutes les entrées chez le Roi et une espèce d'inspection sur les pendules. Il avoit fait en dernier lieu deux pendules qui sont dans le nouveau cabinet ovale du Roi.

Il y a eu ce matin une très-petite dispute entre les gardes françpises et les gardes du corps. Les gardes françoises, lorsqu'ils relèvent la garde, entrent toujours à onze heures au plus tard , parce qu'il est supposé qu'à cette heure-là le Roi est toujours éveillé , et ils battent en entrant; mais la règle est qu'ils doivent arriver ici (1) par les deux portes; ce ma,tin ils sont venus par la grille royale, et lorsqu'ils ont été à la grille qui est au bas de la montagne, auprès de la chapelle, les gardes du corps ont fait difficulté de les laisser entrer, parce que le Roi s'est levé tard aujourd'hui. Cependant ils ont obtenu la permission de passer, sur ce qu'ils ont promis qu'ils ne battroient point, et lorsqu'ils ont été sous la voûte,

(I) A Marly. ( fiole du duc de Luynei. ) t. m.

le long de la chapelle, ils ont commencé à battre ; ce qui est contre la règle.

Du même jour, 3. — Je viens d'apprendre que le Roi avoit donné des pensions aux capitaines des quatre vaisseaux qui ont été attaqués par les Anglois , comme je l'ai marqué ci-dessus, savoir : à M. d'Epinay 1,500 livres, et à MM. de Létanduère, Pi os in et d'Estourmel, à chacun 1,200 livres.

On a appris en même temps que S. M. avoit fait la promotion de marine que voici :

MM. de la Luzerne, vice-amiral.

de Rocheallart et de Roquefeuîlle, lieutenants généraux.

de Beauharnois, \

de La Valette-Thomas, J

de Bart , \ chefs d'escadre.

de Barailh, I

de Rochambeau, '

Du samedi 6, Marly. — Je crois avoir oublié de marquer que M. le bailli de Froulay est du voyage de Marly et est écrit sur la liste. M. le bailli de Mesmes, son prédécesseur, ambassadeur de Malte, quoique françois, n'étoit jamais des voyages de Marly. 11 n'y a d'ambassadeurs que ceux d'Espagne et de Naples comme ambassadeurs de famille.

L'on n'a refusé aucun de ceux qui ont demandé permission de venir faire leur cour ici. 11 y en a qui couchent au village , d'autres retournent à Paris ou h Versailles; c'est ce que l'on appelle les polissons ou saloniêtes. On comptait il y a quelques jours qu'ils étoient plus de cent.

L'ambassadeur d'Espagne par oit fort satisfait que l'on ait accordé quelques grâces aux capitaines des quatre vaisseaux qui ont combattu contre les Anglois; il dit avoir extrêmement pressé M. le Cardinal de leur donner quelque récompense ; il auroit mieux désiré qu'on les avançât de grade.

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La Cour prit hier le deuil de M. de Carignan pour jusqu'à la Pentecôte. Ce temps parolt extraordinaire , parce que ce n'est point de trois semaines, comme oncle, et c'est plus de quatre jours comme le Roi avoit dit d'abord qu'il le porteroit. Les dames qui avoient acheté des habittf en sont fort fâchées et disent que c'est parce que M,ne de Ma il 1 y n'en avoit point. Ce n'est point M. de Solar qui a fait part de la mort ; il vint ici mardi dernier, mais il amena avec lui M. de Mongardin, gentilhomme attaché à M. le prince de Carignan d'aujourd'hui , qui remit au Roi une lettre du prince Louis. On a suivi ce qui s'étoit pratiqué pour le prince de Carignan père du dernier mort; ce fut le fils qui donna part; de même à la mort de M. le Duc, ce fut M. le comte de Charolois qui donna part au roi de Sardaigne. Quoique le roi de Sardaigne ne porte le deuil de M. de Carignan que trois semaines, le Roi n'a point regardé cela comme une règle pour lui.

On apprit avant-hier que le Roi avoit donné la lieutenance générale d'Alsace de feu M. le marquis d'Antin au petit marquis de Gondrin , son neveu , fils de M. le duc d'Antin et de Mlle de Luxembourg. Cette lieutenance ne vaut, dit-on, que 8,000 livres quoiqu'elle soit mise plus haut sur l'état du Roi.

M. de Campo-Florido apprit avant-hier au Roi la triste nouvelle que le vaisseau le Bourbon , commandé par M. de Boulai nvilliers , en revenait de l'Amérique , avoit péri 6ur les côtes de Galice , près de la Corogne, n'étant tout au plus qu'à deux lieues de terre. C'étoit un vaisseau de 74 pièces de canon ; il avoit extrêmement souffert de la tempête et étoit même démâté. Voyant que l'eau le gagnoit, malgré six pompes qui travailloient continuellement, M. de Boulainvilliers lit tirer plusieurs coups de canon d'incommodité (c'est le terme) pour avertira terre du danger où il se trouvoit; mais il faisoit un si gros temps qu'on ne pouvoit aller à lui ; il prit donc le parti de faire mettre son canot à la mer et y fit embarquer

vingt-quatre personnes desquelles étoient six officiers et son fils, garde marine ; à peine le canot se fut-il éloigné d'une demie-lieue ou trois quarts de lieue du vaisseau, qu'ils virent ledit vaisseau périr entièrement; on le vit aussi des côtes de Galice.

J'ai marqué ci-dessus la mort de MIDF de Courtenvaux ; elle avoit 8,000 livres de pension sur la charge de son petit-fils, M. de Montmirel; il a demandé avec instance que le Roi voulût bien donner celte même pension à M™" de Manchini, sa mère, ci-devant Mme de Louvois; cette grâce a été accordée et fait beaucoup d'honneur à M. de Montmirel.

J'ai marqué ci-dessus que l'on n'avoit nulle nouvelle de M. de Chavagnac, lieutenant de vaisseau, beau-frère de M. le comte de Tessé. Il commandoit un petit bâtiment que l'on appelle corvette , nommée la Fée. Quoiqu'il ne paroisse que trop certain qu'il a péri dans quelque tempête, cependant M. de Chavagnac, son père, qui sert depuis longtemps dans la marine , veut encore douter de ce malheur, disant qu'il s'est trouvé dans des circonstances où il a été huit ou dix mois sans pouvoir donner de ses nouvelles. En conséquence , il a demandé que son fils fût fait capitaine de vaisseau, et on lui a accordé cette grâce.

J'ai aussi marqué ci-dessus la bataille près de Neiss entre les Prussiens et les Autrichiens. Les nouvelles de Vienne ont voulu diminuer beaucoup la perte des Autrichiens; il parolt cependant constant qu'ils ont perdu huit ou dix mille hommes et huit ou dix pièces de canon. M. de Maupertuis, de l'Académie des sciences, qui a fait le voyage de Suède pour des observations sur la figure de la terre, et qui en revint il y a deux ou trois ans , étoit allé à «Berlin â la prière du roi de Prusse. Voulant, avant que de revenir, aller prendre congé de ce prince , qui étoit parti pour l'armée, il* se trouva que les passages étoient fermés; il fut obligé de rester quelques jours au

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camp; c'étoit dans le temps de la bataille de Neiss. Le jour de la bataille , le roi de Prusse voulut envoyer M. de Maupertuis à ses carrosses , mais M. de Maupertuis ne voulut jamais accepter cette offre, et demanda à suivre le roi de Prusse. Comme dans le commencement de l'action, la victoire paroissoit vouloir se déclarer pour les Autrichiens , le roi de Prusse se porta en grande diligence à une des ailes de son armée qui avoit plié; Maupertuis, moins bien monté, ne put le suivre, et fut fait prisonnier en chemin et entièrement dépouillé ; cependant il obtint la permission d'écrire au général Neuperg. Ce général ayant su qui il étoit, l'envoya quérir, lui fit toute sorte d'honnêtetés et le fit conduire en sûreté à Vienne , lui donnant même des lettres de recommandation. Le grandduc, informé de l'histoire de Maupertuis, lui envoya 300 ducats pour le dédommager en quelque manière des pertes qu'il avoit souffertes. Maupertuis fit supplier le grand-duc de vouloir bien lui permettre de ne point accepter ce présent , et M. de Lichtenstein , ci-devant ambassadeur ici , lui a donné tous les secours dont il avoit besoin. Par les premières nouvelles qu'on avoit eues de la bataille , on ne parloit point de M. de Maupertuis ; on croy oit qu'il avoit été envoyé aux carrosses du roi de Prusse. Le père de Maupertuis, riche négociant de Saint-Malo, sur cette nouvelle, se mit en colère et dit que son fils n'étoit sûrement pas capable d'une action si indigne.

M. de Castro-Pignano , qui est sur la liste du voyage , vint ici hier pour la première fois; il compte partir vers la fin du mois. M. le Cardinal , qui est venu aujourd'hui voir M™ de Luynes , lui a dit que son antichambre étoit remplie des créanciers de M. de Castro-Pignano, qui doit ici considérablement. Il paroltque c'est assez l'usage des ambassadeurs d'Espagne de laisser des dettes, car M. le Cardinal nous a ajouté que les dettes du duc d'Ossone n avoient été achevées de payer que l'année passée , et qu'en dernier lieu M. de la Mina en avoit laissé pour

350,000 livres , quoi qu'il eût donné parole à S. Ém. qu'il ne laisseroit sûrement aucune dette ici en partant. ]1 a fuit des billets portant reconnoissance que le roi d'Espagne devoit les dites 350,000 livres, ce qui a fort déplu à la cour de Madrid, et le roi d'Espagne a mandé à M. le Cardinal qu'il avoit envoyé 30,000 pistoles d'Espagne à M. de la Mina pendant son séjour ici.

J'ai marqué ci-dessus que le Roi avoit dîné chez M™ de Vintimille ; je me suis trompé; il dîna dans ses cabinets et M- de Vintimille y descendit. Hier, M— de Mailly et de Vintimille dînèrent chez M- de Vintimille avec M. de Meuse , M. le comte de Noailles et M. le duo de Luxembourg. Le Roi n' avoit point été à la chasse et il ne dîna point à son petit couvert. 11 monta chea M"1* de Vintimille pendant qu'elle étoit à table ; il redescendit ensuite dans ses cabinets manger un morceau seul ; il revint aussitôt après chez Mmc de Vintimille, oû il resta une heure et demie ou deux heures à voir un homme qui fait des tours d'adresse fort extraordinaires.

Du lundi 8, Marly. — On apprit il y a quelques jours la mort de M. d'Avéjan , fils de celui qui est mort commandant des mousquetaires gris ; il avoit au plus vingt ans. 11 avoit la vue basse, et malgré cela vouloit mener en cocher; il étoit à la campagne auprès de Dreux; il#accrocha une borne, tomba du siège et se cassa la jambe en plusieurs endroits ; la blessure étoit si affreuse qu'il fallut couper la cuisse; il est mort fort peu de temps après cette opération.

Le Roi partit hier pour la Meutte ; il y a couché et revient aujourd'hui après avoir fait la revue des gardes françoises et suisses dans la plaine des Sablons. Le Roi partit dans sa berline à six avec Ma<* de Mailly et de Vintimille. Mademoiselle, MUo de Clermont et M"* la maréchale d'Estrées doivent s'être trouvées & la Meutte.

La Reine a été aujourd'hui à la revue ; elle avertit hier elle-même au salon les dames qui l'ont suivie. Mlu de Cler-

mont n'étoit point ici ; Mmc de Luynes et Mm" de Mazarin sont malades.

Du mercredi 10, Marly. — On a appris aujourd'hui la mort de Mwe la princesse de Léon, à Toulouse, où elle étoit depuis déjà assez de temps à suivre beaucoup de procès qu'elle avoità ce Parlement. Elle laisse deux garçons: le duc de Rohan, gendre de M. le duc de Chàtillon, et le vicomte de Rohan, qui n'est point marié ; elle a fait celuici son légataire universel. Elle laisse aussi trois tilles; Vainée a épousé M. de Lautrec, la seconde M. Fernand Nunez, espagnol ; la troisième est religieuse àBonsecours.

Xh» vendredi 12, Marly, — L'enseigne vacante dans les mousquetaires gris par la mort de xM. d'Avéjan a été remplacée par le cornette, et la cornette a été donnée il y a trois jours à M. de la Chaise, Ce U. de la Chaise (1) est parent de M. le cardinal de Fleury.

Du, mardi 16, Marly. — Mme de Mailly fut hier a Paris, pour solliciter un procès, avec Mnc de la Tournelle ; elles furent toutes deux dans le petit carrosse du Roi avec deux relais de la petite écurie. Comme elle est de semaine, elle ne partit qu'après la messe de la Reine et étoit revenue à six heures. Elle soupa hier dans les cabinets avec Mme de Vinti mille et M1U de Clermont. Mademoiselle est depuis huit jours à Madrid.

AvanUhier, le roi ne dina point à son petit couvert ;^il dîna dans ses cabinets. Mmto de Mailly et de Vinti mille y dînèrent. Mme de Mailly quitta le dîner pour suivre la Reine à la paroisse, au salut. Aussitôt que la Reine fut à

(I) Il arriva chez M. de Brcteuil à Marly le jour même que M. de Driiteuil devoit travailler avec le Roi. M. de Breteuil lui dit que ta liste étoit faite et que son nom n'y étoit point. M. de la Chaise alla aussitôt chez M. le Cardinal , et M. de Breteuil y étant venu, M. le Cardinal lui dit de mettre le nom de M. de la Chaise sur la liste. Il Tut mis le dernier, et cependant au travail ce fut lui à qui la place fut doanée; il étoit lieutenant des grenadiers au régiment des gardes françoisea. (Note du duc de Luynes, datée du 20 mai 1741, Versailles.)

l'église, M'" de Mailly revint, se remit à table et retourna prendre la Reine au salut pour revenir avec elle.

11 y a onze ans que Ton avoit accordé au Sr Lemeau de la Jaisse le privilège pour [trente ans de faire imprimer tous les ans un livre sous le titre à'Almanach militaire. M. de Breteuil dit il y a quelques jours audit Sr de la Jaisse que l'intention du Roi étoit que l'impression de ce livre ne se fit plus. Cet Almanach contient l'état de tous les régiments qui composent les troupes de France, tant de terre que de marine, avec l'état des officiers généraux et particuliers, et les gouvernements.

On vient d'apprendre la mort de M. le duc de Gramont à Paris.

Le Roi vient d'accorder a M. le duc de Gesvres pour le dédommager de son jeu quia été supprimé, comme je l'ai marqué plus haut, 100,000 francs d'argent comptant et 20,000 livres de pension.

Du vendredi 19, Marly. — J'ai mis ci-dessus la mort de M. le duc de Gramont; il sera regretté dans le régiment des gardes ; il y rendoit des services aux officiers (1) et avoit une grande considération. On prétend

(1) H y a quelques jours que l'on me contoit ce qu'il fit devant Philipsbourg en 1734. Il «▼oit que plusieurs officiers du régiment des gardes pouvoîent être dans le cas d'avoir besoin d'argent; il remit pour 100,000 livres de lettres de change à M. de Champigny, capitaine aux gardes, et le pria de vouloir bien remettre de l'argent snr cette somme à tons ceux qoi pourroient être dans le besoin , lui disant que si cela ne su Ifisoit pas il loi ferait remettre ' pareille somme de 100,000 livres; mais en même temps il lui lit donner sa parole qu'il ne dirait jamais que cet argent venoit de loi. Il s'étoit adressé à M. de Champigny, non-seulement parce que M. de Champigay lui étoit attaché, mais parce qu'il a beaucoup de bien et qu'on pouvoit le croire en état de rendre ces services à ses amis. M. de Champigny exécuta à la lettre la volonté de M. de Gramont et donna plusieurs sommes d'argent aux officiers. Au retour de la campagne il vint trouver M. le duc de Gramont et lui demanda en grâce de vouloir bien lui rendre sa parole, ne pouvant pas souffrir d'avoir l'honneur d'nne action si généreuse sans l'avoir mérité. M. de Gramont lui répondit que non-seulement il ne lui rendoit point sa parole, mais qu'il ne le verrait Jamais s'il étoit capable de trahir son secret, et Ton n'en a

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qu'il faisoit toujours tout ce qu'il vouloit, mais toujours pour lui, ne s'étant jamais soucié de personne. 11 disoit qu'il n'y avoit que les sots et les dupes qui se mettoient en peine d'avoir des amis : nous l'avons vu tenir bon contre M. Chauvelin dans sa plus grande faveur, parce qu'il croyoit n'avoir pas eu sujet d'être content de lui dans une affaire de famille , et obtenir qu'on ôtat à M. Chauvelin le détail du gouvernement de Béarn, qu' avoit M. le duc de Gramont, et que l'on donnât ce détail à M . de Saint-Florentin. M. de Gramont aimoit beaucoup ses deux filles, et ne mSrchoit jamais qu'avec M™ la duchesse de Gramont et elles; il ne paroîssoit pas avec cela qu'il eût gTande amitié pour Mme de Gramont; il étoit plein d'humeur, traitant durement ses domestiques, et cependant bien servi ; beaucoup d'esprit et de bonne conversation, très-facile en affaires, faisant une grande dépense mais toujours égale. M™' la duchesse de Gramont n'étoit pas la maltresse de faire augmenter le dîner ni le souper d'un plat, ni d'une bouteille de vin. On croit qu'il pouvoit avoir 100,000 écus de rente, tous frais faits, et il avoit cependant pour près de 100,000 francs de charges. La coutume de Rayonne, dont il jouissoit de moitié avec le Roi, est un bien patrimonial et considérable. Le gouvernement de Béarn et tous les gouvernements particuliers sont un objet d'environ 90,000Jivres. Pour le régiment des gardes, on n'en sait point la valeur; on dit 120,000 livres par an, peutrètre est-ce davantage. Il avoit outre cela la terre de Gramont, Lesparre etSemeac, et il ne dépensoit pas son revenu. Lorsqu'il a fait la folie de faire bâtir près de Meaux cette maison, qui n'est pas encore finie, il dit qu'il avoit 120,000 livres pour la payer, d'argent comptant ; il croyoit qu'elle ne lui coùteroitpas pluscher. Le comte de Gramont devient

rien su effectivement que depuis la mort de M. de Gramont. (Addition du due de Lugncs, datée du 13 juillet 1741. )

3tM MEMOIRES DU DUC DE LUYNES.

duo de plein droit et sans aucune nouvelle grâce; il demande avec instance le régiment, préférablement même au gouvernement, quoique celui-ci paroisse presque nécessaire a avoir à cause des difficultés inévitables avec uu autre gouverneur. M. d'Aumont demande aussi le régiment; M. de la Trémoille aussi, qui offre de payer le brevet de retenue, qui estau moins de 600,000 livres, etde remettre sa charge et le brevet de retenue qu'il a dessus ; M. de Coigny demande pour M. son père. M. le Cardinal dit hier à M"* de Luynes qu'il porteroit au Roi la liste de tous ceux quiuemandoient, que le Roi déeideroit seul et qu'il ne lui donneroit même aucun conseil. On croit que M. le duc de Fleury sollicite pour avoir une charge ou de capitaine des gardes ou de premier gentilhomme de la chambre par quelque cascade que l'on arrangeroit. M"*de Fleury ne s'oublie pas lorsqu'il s'agit de demander.

Mademoiselle revint ici mardi. Les quatre sœurs soujH'feut ce jour-là dans les cabinets. Le lendemain le Roi ne sortit point de tout le jour ; malgré cela M"* de Mailly fut faire un tour à Paris pour voir M,oe de Gramont, qui est de ses amies ; elle revint le soir.

Hier, cabinets et les quatre sœurs.

Aujourd'hui, le Roi a dîné dans ses cabinets , seulement avec les deux comtesses et quelques hommes.

Pn nomme aussi dans les prétendants à la charge M. de Luxembourg. M"' la comtesse de Toulouse sollicite fortement pour le comte de Gramont, lequel a, dit-on, écrit à M. le Cardinal, qu'à l'égard du régiment il se regarderoi t comme déshonoré s'il ne Vobtenoit pas.

Le Roi chasse demain et retourne ensuite à Versailles.

L'ambassadeur d'Espagne me dit, il y a quatre jours, qu'il étoit enfin parvenu à obtenir une augmentation dans nos troupes, quelleseroit de trente-quatre mille hommes. Cette augmentation fut publique avant-hier ; elle est pour l'infanterie seulement; elle est de dix hommes par compagnie et quinze pour les grenadiers ;

elle doit être faite le 1" août. Le Roi donne 50 livres par homme et fournit l'habillement, et outre cela 15 livres par homme de gratification à ceux qui auront fait leur augmentation dans le temps prescrit. On dit qu'il y en aura une incessamment pour la cavalerie et les dragons.

On a commencé aujourd'hui à parler de BL le duc delà Rochefoucauld pour le régiment des gardes ; ce qui peut donner quelque fondement à ce bruit, c'est que M. de la Rochefoucauld n'est point venu ici de tout le voyage ; il ôtoit à la Rooheguyon avec Mme la duchesse d'Estissac , sa fille, qui y est malade; on dit même qu'elle a fait une fausse couche. Malgré cela, il est venu ici aujourd'hui. On dit qu'il demande le régiment et offre de remettre sa charge de grand maître de la garde-robe pour M. le duede Fleury. Ce qui est certain, c'est qu'il a été chez M. le Cardinal , et que pendant ce temps on y a vu entrer M** la duchesse de Fleury par la porte de derrière.

M. de Breteuil a travaillé ce soir avec le Roi ; au sortir du travail, on n'a rien dit ; mais on a appris une demi-heure après que le Roi a disposé du régiment et du gouvernement qu'avoit feu M. le duc de Gramont en faveur de M. le comte de Gramont son frère, aujourd'hui duc(l); il paye 500,000 livres de brevet de retenue qu'il y avoitsur la charge , et le Roi lui a donné un autre brevet de retenue, seulement de 400,000 livres. Feu M. le duc de Gramont avoit non-seulement le gouvernement de Boa m et de Navarre, mais encore tous les gouvernements particuliers qui y sont compris. Le Roi a donné les mêmes gouvernements à M. le duc de Gramont, excepté celui de Saint- Jean Pied-de-Port. Le Roi a accordé à Mwe la duchesse de Gramont, douairière, une pension de 10,000

(I) On pouvoit cependant douter de cette nouvelle, parce que le Roi , ni avant, ni pendant, ni après *ou souper, n'en dit pas un mot ; mais elle fut confirmée parce que M. le Cardinal le dit, à son coucher, au comte de Noailles. (Note du duc de Luynes.)

livres sur le gouvernement. M. le duc de Gramont entre aujourd'hui en possession de tous les biens de M. son frère , au moyen de l'arrangement fait par le testament de M. de Gramont leur père, par lequel il institue le comte de Gramont héritier de tous ses biens meubles et immeubles après la mort du duc de Gramont , frère aîné du comte, à la charge que ledit comte de Gramont donnera aux deux filles de son frère 1,350,000 livres et qu'elles partageront pour moitié entre elles dans la communauté. Il donne, par ledit testament, un an de temps au duc son fils aîné pour accepter ou rejeter cette disposition ; et au cas qu'il n'y adhère point , il est dit qu'il n'aura que sa légitime ; cette disposition testamentaire a aujourd'hui son exécution.

Du samedi 20, avant midi, Marly. — M. le duc de Gramont est venu aujourd'hui ici remercier le Roi. M"* la duchesse de Gramont sera présentée demain par Mmc la maréchale d'Estrées.

La Reine est revenue dîner ici (1) aujourd'hui et a été cette après-dinée dans sa tribune fermée entendre les premières vêpres chantées par les chantres de la chapelle du Roi. Il n'y a jamais d'évèque qui officie la veille des fêtes de l'Ordre, et par conséquent le Roi ni la Reine ne descendent point en bas. Le Roi est revenu de la chasse pendant les vêpres et n'a point été à la chapelle; il soupe dans ses cabinets.

11 n'y aura point demain de promotion de chevaliers de l'Ordre ; on dit même qu'il n'y en aura point au l*r janvier prochain, mais seulement au 2 février, afin que les nouveaux chevaliers soient reçus à la Pentecôte dans un an, en même temps que M. le Dauphin. M. le duc de Pcnthièvre, qui vient d'avoir quinze ans, sera nommé à la première promotion.

(1) Versailles, 20 mai. (.Vole du duc de Luynes. )

Du mardi 23, Versailles. — Dimanche, jour de la Pentecôte, il n'y eut point de chapitre. Le Roi recommença à souper au grand couvert et Madame y soupa ; elle est servie par les gentilshommes serva nts.

Hier, madame de Castro-Pignano prit son audience de congé ; elle se rendit chez Mœ * de Luynes pendant la messe de la Reine; après que la messe fut finie, M. de Verneuil vint l'avertir ici et la conduisit chez la Reine. La Reine étoit dans sa chambre, le fauteuil tournant le dos à la cheminée. M"e de Luynes, avertie de l'arrivée de M"* de Castro-Pignano, sortit dans le cabinet , salua et baisa M*0 de Castro-Pignano au milieu dudit cabinet, et entra ensuite marchant devant elle, un seul battant ouvert, suivant l'usage. M"" de Luynes avôit fait avertir des dames qui étoient rangées des deux côtés de la Reine. Après les trois révérences, M"" de Castro-Pignano etM"* de Luynes s'assirent vis-à-vis de la Reine, M™ de Luynes à la gauche de l'ambassadrice. Après quelque temps de conversation, M. de Verneuil traversa le cercle, passa par le cabinet et la galerie, et alla chez le Roi, qui étoit au conseil. C'est toujours le premier gentilhomme de la chambre, ou le premier valet de chambre, qui entre au conseil pour avertir le Roi. Le Roi vint presque aussitôt , resta quelque moment, et avant que de s'en aller salua et baisa M"" l'ambassadrice. M™* de Luynes reconduisit S. M. ; la Reine se rassit; M"* de Castro-Pignano et MBe de Luynes reprirent leurs places, et toutes les dames titrées se rassirent, en même temps. M. de Verneuil avoit été reconduire le Roi jusqu'à son cabinet; il rentra par la galerie et le cabinet dans la chambre de la Reine, et passa tout de suite pour aller avertir M. le Dauphin. M. le Dauphin monta aussitôt, et, ayant fait la révérence aux dames et à M™ l'ambassadrice, alla droit à la Reine, et après quelque moment il s'avança vers Mme l'ambassadrice, la salua et la baisa, et sortit immédiatement après. Mm€ de Luynes le reconduisit ; la Reine et toutes les dames titrées se rassirent. M- de

Verneuilétoit allé reconduire M. le Dauphin jusque dans son appartement ; il me dit même qu'il avoit demandé permission à M. de Chàtillon de ne pas suivre M. le Dauphin jusque chez lui et que M. de Chàtillon Tavoit refusé. Lorsque M. de Verneuil fut revenu, l'audience finit. La Reine se leva , MmP de Castro-Pignano baisa le bas de la robe et sortit en pleurant ; elle parolt fort affligée de quitter la France ; elle revint chez Mme de Luynes d'où M. de Verneuil la conduisit chez Mesdames. M. de Campo- Florido et M. de Castro-Pignano étoient tous deux à l'audience chez la Reine. L'usage est, comme je Pat d<\j:\ marqué ci-dessus, que la dame d'honneur donne à diner chez elle ce jour-la aux ambassadrices de famille, comme à la première audience. Mn,e de Castro-Pignano, qui devoit aller voir les eaux de Versailles l'après-dlnée , avoit demandé en grâce qu'au lieu d'un dîner ce fût un souper; elle soupa donc ici ; M. de Verneuil y soupa aussi. Elle est allée aujourd'hui voir les eaux de Marly et doit partir samedi avec M. de Castro-Pignano, son mari, qui n'attend point l'arrivée de M. le prince d'Ardore, son successeur.

Aujourd'hui M. de Castro-Pignano a eu son audience; c'étoit M"e de Clermont qui avoit fait avertir les dames. C'étoit une audience particulière, la Reine debout auprès de sa table. M. de Verneuil a été avertir M. de Castro-Pignano et Ta conduit chezla Reine. Il a fait un comphmcnt en italien et a remisa S. M. une lettre du roi des Deux- Siciles, écrite en espagnol ; il a ajouté ensuite quelques mots en francois, et s'est retiré avec les révérences ordin aires. Il étoit fort question depuis deux jours de décider si ce serait M. de Verneuil qui conduirait Al. de Castro-Pi- ♦ gnano à l'audience. M. de Castro-Pignano représentoit qu'à sa première audience ici, il avoit été mené par M. de la Mina et non par l'introducteur, que c'étoit une distinction qui sembloit être accordée aux ambassadeurs de famille ; que M. de Puysieux, à sa première et dernière audience à Naples , n'avoit pas été conduit par riûtroduc-

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