‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 19 sur 88 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Kl RM IN DIDOT KRÈRES, FILS ET C«, LIBRAIRES

I1PRIMFXRS DK L OSTITtT, RI F. MOOB , N° 56

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DU

Mort de la princesse de Tingry. — Caractère de la douleur du Roi. — Mort de M. d'Estourmel. — Nouvelles des armées. — Fin des voyages de Saint- Léger. — Mariage du prince de Sou bise avec M,to dé Carignait ; billet de faire part. — Contestation sur le service du Dauphin. — Audience du comte de Loss. — Conversation du Roi avec M. de Meuse sur son logement. — Mémoire de M. de Châtillon sur le service du Dauphin et décision du Roi. — Permission à M. de Lignerac de vendre sa charge. — Épitaplie en vers de l'empereur Charles VI. — Communion du Dauphin.

Du mardi 3, Versailles, — Vendredi dernier, M"* la princesse de Tingry mourut à Paris ; elle avoit vingtsix ans; elle étoit fille de M. de Senozan; elle étoit d'un caractère aimable, et avoit une figure qui plaisoit. 11 y avoit longtemps qu'elle étoit mourante, et on prétend que c'étoit par le goût qu'elle avoit pour les remèdes , se faisant saigner en cachette quand elle sa voit qu'on pourroit l'en empêcher, et prenant toutes les drogues qu'on lui proposoit; elle ne laisse d'enfants qu'une fille qui a quatre ou cinq ans.

Vendredi, le Roi revint de Saint-Léger, et il y est retourné aujourd'hui pour jusqu'à vendredi prochain ; il parolt toujours, dans des temps de la journée, extrêmement sé- T. iv. t

ri eux et de mauvaise humeur. Hier, il soupa dans l'appartement de Mme la comtesse de Toulouse , avec M"* de Mailly, MM,, de Meuse, d'Ayen, d'Harcourt , de Soubise et de Noailles. C'étoit le souper de M. le comte de Noailles qu'il avoit fait apporter.

Hier, le Roi avoijt été à lia chasse aux environs d'ici. Mme de Mailly y alla seule de femme dans le carrosse du Roi ; elle monta en carrosse au bas de la cour de marbre, au même endroit où le Roi y monte ordinairement ; elle y a déjà été de la même manière une ou deux fois. Il parolt, par l'air sérieux du Roi et par la manière respectueuse dont il entend la messe, que les réflexions de religion et F habitude forment un grand combat en lui. Mmc de Mailly est toujours dans l'affliction , mais il y a lieu de croire que ce n'est point seulement line douleur d'amitié, que les réflexions du Roi, peut-être même celles qu'elle fait, y ont quelque part.

On a«u des nouvelles de l'armée de la Meuse, que M. d'Estourmel (1) étoit mort à Nuys (2). 11 est mort de la dyssenterie; il étoit maréchal de camp; il avoit commandé ci-devant le régiment de Toulouse-cavalerie ; il étoit malade avant que de partir, et n'avoit même pu joindre l'armée que le 10.

La compagnie de gendarmerie [Bourguignons], vacante par la mort de M. de Belsunce, a été donnée à l'ancien, et on a donné un guidon à vendre à la famille. La charge de grand louvetier n'est pas encore donnée ; M. de Flamarens la demande, et M. d'Ueudicourt la désireroit pour M. d'Hauteforl, son beau frère.

Du samedi 7, VersailUs. — Le Roi revint hier de Saint-Léger, et ramena Mroe de Mailly seule de femme dans son carrosse; il n'alla point chez la Reine en arrivant, et on ne le vit point de toute la soirée. Le voyage de Saint Léger a

(i) Louis d'fjaouiwt «hi'Frrtny, raarqui» J'KatoYrwel. (?) Nitis, viUV île» Ktats Prussii iis (province itlionaw).

OCTOBRK 17 U. |

été uu peu moins triste que les .antres. Le Roi y a joué au trictrac, et M™ de Mailly a joué quelques parties de quadrille.

Nous apprîmes hier que la charge de grand lonvetier étoit donnée a M. de Flamarens. Le détail que j'ai marqué cndessus n'est pas exact; ellejae vaut que 23,000 livres de rente, sur quoi U faut entretenir l'équipage ; sur oela M. d Heudicourt, eu mariant sa fille, lui a assuré 20M0# livres et s'est réservé à lui-même &, 000 livres de pension.

Du mardi 18, Versailles. J'ai appris pendant que j'étoisà Dampierre, où j'ai resté huit jours, que & d'Ormesson [de Noiseau ] avoit la place d'avocat général de feu M. Daguesseau de Piiinont. ¥• d'Orinesson avoit quatre ga rçons, dont il y en a en un de tué à une des deux affaires contre les Anglois ; des trois autres, l'ainéa la survivance de M. d'Orœesson, l'autre est présentement avocat général, et l'autre est exempt des gardes du corps.

Les nouvelles qtte l'on a des deux armées disent que celle de M. de Maillebois manque beaucoup de subsistances, étant dans un pays où l'on ne la voit qu'à regret, et que dans celle de Bavière l'on désireroit beaucoup la présence de M . de Beile-lsle ; elle est actuellement commandée par l'électeur, et sous ses ordres par M. de Terring, celui qui étoit ici il y a deux ans : on l'appelle le maréchal de Jerriog y U a .été fait £eld-maréchal à l'occasion de cette campagne.

Du mercredi 19. — Le Roi revint le mercredi 11 de Saint-Léger; il n'y avoit de dames à ce voyage que M"r de Mailly, M™ la duchesse d'Anlin et M™ la duchesse de Gramont. U n'y a plus de voyages de Saint-Léger. Le Roi depuis son retour a soupé tous les soirs chez M"* la comtesse de Toulouse, hors les jours de grand couvert, et ces jours-là même il y va après souper. U a été plusieurs fois à la chasse, et M"* de Mailly y a toujours été seule de femme, et au rendez-vous elle montoit dans les calèches

du Roi avec M. de Meuse. M. de Meuse et M. d'Ayen ne la quittent point et dînent tous les jours avec elle ; on accommode actuellement un logement au-dessus de la petite galerie du Roi que Ton dit être pour M. de Meuse.

Le Roi alla hier courre le cerf, M"e de Maiily avec lui, et de là coucher à la Meut te, d'où il revient ce soir après souper. Mademoiselle est toujours restée à Madrid depuis un mois ou six semaines. Mme de Mailly lui écrivit il y a deux ou trois jours pour lui proposer d'aller à la Meutte ; ainsi il y aura quatre dames à ce voyage-ci, Mme* d'Antin et Mmt de Ruffec y allant.

Le contrat de mariage de M. le prince de Soubise avec Mlle de Carignan fut signé par le Roi dimanche dernier. Mme de Carignan et M. de Rohan ont lait imprimer à l'ordinaire des billets pour faire part du mariage. L'incognito rend ceux de Mme de Carignan assez singuliers ; ils sont conçus dans ces termes : « Mme la marquise de Buse est venue pour avoir l'honneur de vous faire part du mariage delà princesse Anne de Carignan, sa fille, avec M. le prince de Soubise. » M™ de Carignan et M. de Soubise partent ces jours-ci pour aller faire le mariage à $a ver ne. M. etMmede Rohan n'y vont point; la santé de M. de Rohan est toujours mauvaise, et il est dans un grand abattement.

J'ai marqué ci- dessus le changement qui a été fait à l'appartement de M. le Dauphin ; on l'a augmenté d'une pièce, qui étoit anciennement de cet appartement. Ce changement a donné occasion à une petite contestation. Avant le changement, M. le Dauphin entendoit la messe tous les jours ouvriers dans son cabinet; les officiers des gardes du corps de service y entroient et y recevoient l'ordre de M. de Chàtillon. Depuis le changement, on dit la messe dans la pièce qui est avant la chambre. Le premier jour de ce changement, M. le Dauphin étant dans son cabinet, l'officier des gardes vint pour prendre l'ordre ; l'huissier lui refusa la porte. L'officier crut que c'étoit une méprise, et persista à vouloir entrer; mais il fut toujours refusé. Il

se plaignit, et on a demandé une décision. H a été décidé que lorsque les entrées seroient chez M. le Dauphin, M. de Chàtillon pourroit faire entrer les officiers des gardes qui sont de service auprès de lui. Cette décision ne leur donne rien dans ce moment-ci, puisque tout dépend de la volonté de M. de Chàtillon, cependant ils en sont contents. M. de Chàtillon a le droit de refuser même les grandes entrées quand il le juge à propos, et d'ailleurs lorsque M. le Dauphin n'aura plus de gouverneur, le règlement qu'on vient de faire donne aux officiers des gardes les entrées chez lui. Il est même dit par le règlement que non seulement M. de Chàtillon, mais même l'huissier, pourra faire entrer les officiers des gardes lorsque les entrées de la chambre seront chez M. le Dauphin. Cette décision est un adoucissement à celle qui a été faite sur le point qui étoit en contestation ; car il est dit par rapport à Tordre que les officiers des gardes le prendront entre les deux portes, ce qui ne se peut entendre que de la porte du cabinet en dedans de la chambre. Il y avoit encore une autre difficulté. M. le Dauphin monte presque toujours de chez lui chez le Roi par un petit escalier qui rend dans l'antichambre à œil-de-bœuf; on prétendoit que les officiers des gardes ne le dévoient point suivre par cet escalier. 11 a été décidé à cette occasion-ci que lorsque M. le Dauphin iroit chez le Roi dans un temps où l'antichambre à œil-de-bœuf n'est point encore ouverte à tout le monde, l'officier des gardes feroit le tour ; que lorsqu'elle seroit ouverte, l'officier suivroitM. le Dauphin parle petit escalier.

Avant-hier mardi, l'envoyé du roi de Pologne, électeur de Saxe, eut audience ; il s'appelle H. le comte de Loss ; c'étoit une audience publique. La Reine le reçut dans son grand cabinet avant sa chambre, et ne se leva point quand il entra ni quand il sortit. Il étoit conduit par M. de Sainctot; il parla en françois, et après sa harangue il présenta son fils et quelques étrangers qui étoient avec lui.

Du samedi 21, Versailles. — Le Roi soupa hier au grand couvert; il ne va plus du tout chez la Reine, ni en partant, ni en arrivant, ni avant son souper, comme ri avoit coutume1 de faire lorsqu'il suupoît dans ses cabinets ; mais la Reine continue à' aller tous1 les matins chez lui.

Tappris hier le détail de ce qui s'est passé par rapport à ^appartement, dont j'atdéjét parlé, que Kon fait au-dessus de la petite galerie. Cet appartement est presque fini , et le Roi doit y souper dans la semaine prochaine, lï y a quelque temps que le Roi, étant avec M. de Meuse et M"* de Mailly , demanda à M. de Meuse s'il étoit content de son logement, et s'il ne lui feroit point plaisir en roi en donnant un autre, ajoutant que la chanv bre qu'il avoit actuellement étoit triste et rt* avoit pas beaucoup de jour (i) . M. de Rieuse répondit qu'il recevroit toujours avec reconnoissance les bienfaits du Roi. Le Roi lui dit : « Je veux vous ew donner un au dessus de ma petite galerie. » M. de Meuse se confondit en remerclments, et dit que sa reconnoissance étoit (fautant plus grande qu'il seroit bien près des cabinets de S. M. Le Roi dit : « Mais je ferai fermer la communication. » 11 ajouta : « De quoi voulez-vous que votre logement soit composé ? » Sur cela on raisonna sur la distribution du logement ; il est composé d'Une petite antichambre, d'une seconde antichambre assez grande pour y manger, d'une jolie chambre, d'un cabinet, et dans le double une office, une cuisine, une garde robe de commodité et une garde robe pour coucher. Le Roi, continuant la conversation sur le logement dit à M. de Meuse : « Votre chambre sera meublée ; vous y aurez un lit, mais vous n'y coucherez point; vous tfn-

(1) Le logement de M. de Meuse est au-dessus de ma chambre et au-dessus du corridor : sa chambre n'a qu'une petite fenêtre sur la cour des cuisines. M. de Meuse avoit envie défaire (aire une seconde fenêtre, et avoit demandé an Roi la permission de la faire faire à ses dépens. Le Roi lui avoit accordé cette grâce; mais M. Gabriel y ayant trouvé de l'inconvénient, le projet est resté là. {Noie du duc de Luynes.)

rez une chaise percée, mais vôas n'en ferez point d'usage ; vous aurez la clef dans votre poche, et vous pourrez y faire entrer M. de Luxembourg et M. de Coigny quand ils seront revenus de l'armée; mais il faudra que vous y dîniez. Qu'est-ce que vous voulez avoir pour Votre dîner ?» M. de Jfeusé, qui n'avoit pas été au fait à la première question, mais qui voyoit de quoi il s'agissoit, dit qu'il aimoit assez à faire bonne chère; qu'il ne seroit pas fâché d'avoir un bon potage, une pièce de bœuf, deux enm trées, un plat de rôti, deuxentremets. Le Roi lui dit : * Mais j'irai y souper quelquefois. » M. de Meuse répondit qu'il tacheroit alors de faire faire bonne chère à S. M. « Combien demandez vous, dit le Roi, pour faire cette dépense? » A cette question, M. de Meuse, fort embarrassé, craignant de dire trop ou trop peu, dit à M"* de Mailly : « Madame la comtesse, aidez-moi donc. » On examina ce qu'il falloit d'officiers pour servir cette table, et M. de Meuse, pressé vivement par le Roi de dire une somme, dit qu'il imaginoit pouvoir faire cette dépense pour 12 ou 1,500 francs par mbis. Les choses en sont là jusqu'à présent. Il y aura trois douzaines d'assiettes pour cette table, et apparemment que le Roi donnera aussi des plats; et le valet de chambre de Ma< de Mailly sera le maître d'hôtel.

J'apprisaussi hier quelque détail de cequi s'est passéà la Meutte. Le Roi n'y a point été fort gai ; il étoit déjà arrivé lorsque Mademoiselle y vint de Madrid. La réception fut polie, mais froide, et il n'y a eu aucun tète à tète d'elle avecMraede Mailly. Avant hier,Mme de Ruffec alloit à Paris parce que M. de Saint-Simon , qui a été trois ou quatre mois chez M. de Metz, à Frescati , arrivoit; M*e d'Antin alloit aussi à Paris. Le Roi monta dans son carrosse après le souper pour revenir ici, et Mme de Mailly y monta toute seule de femme en présence de Mademoiselle, laquelle retournoit coucher à Madrid. M™' de Mailly a dit depuis qu'elle n'avoit pas été fâchée de monter ainsi devant elle et de lui faire voir qu'elle pou voit se passer d'elle.

A l'occasion du règlement ci-dessus du 5 octobre 1741, M. le duc d'Harcourt ayant prétendu que M. le duc de Chàtillon é toit obligé de donner l'ordre au chef de brigade dans le cabinet qui est après la chambre à coucher de M~r le Dauphin, et M. le duc de Chàtillon ayant prétendu qu'il le devoit donner dans la chambre, ils ont donné chacun leur mémoire à M. deMaurepas pour les rapporter au Roi.

Mémoire remis à M. de Maurepas pour le rapporter devant le Roi,

le 17 octobre 1741.

Le duc de Chàtillon a l'honneur de suplier S. M. de vouloir bien donner sa décision sur une difficulté qui se présente sur la façon de donner Tordre à MM. les officiers des gardes du corps qui servent chez Me le Dauphin.

Tant que la messe s'est dite dans le cabinet de Mp le Dauphin , le duc de Chàtillon a donné l'ordre à MM. les officiers des gardes du corps au sortir de la messe dans le cabinet, n'ayant point voulu leur faire la difficulté de les faire passer dans la chambre pour le recevoir. Mais à présent que la messe se dit dans la pièce qui précède la chambre, le duc de Chàtillon croit devoir le donner dans la chambre à coucher, au lieu que M. le duc d'Harcourt prétend que le èhef de brigade doit entrer dans le cabinet pour le recevoir. Le duc de Chàtillon fonde son refus pour le faire :

1° Sur ce qu'on Ta assuré que feu Monseigneur ne le donnoit jamais que dans sa chambre à coucher.

2« Sur ce que depuis six ans il n'a jamais donné l'ordre le soir à MM. les chefs de brigade que dans la chambre; il les en prend tous à témoin. Pourquoi donc, la messe ne se disant plus dans le cabinet, l'ordre se donnera-t-il le matin dans le cabinet, et le soir dans la chambre?

3° En novembre 1739, il fut agité entre M. le duc d'Harcourt et le duc de Chàtillon, M" le Dauphin étant parti plus tôt que le Roi de Fontainebleau pour revenir à Versailles, où M*r le Dauphin donneroit le mot au chef de brigade. Il fut convenu que ce seroit à la porte de la chambre en s'en allant à son prie-Dieu. Le chef de brigade qui étoit de quartier auprès de M*1" le Dauphin s'en souviendra sûrement. Le duc de Chàtillon l'a marqué sur le registre (1) où il écrit tout ce

(1) M. de Chàtillon écrit dans on livre tout ce qui regarde la maison de M. le Dauphin. (Hôte du duc de Luynes.)

qui concerne le service de M*r le Dauphin depuis qu'il a l'honneur d'être auprès de lui.

Décision du Roi du 17 octobre 1741.

1° Bons le cas où M** le Dauphin scroit dans son cabinet avec toutes les entrées de la chambre et voudroit donner l'ordre, l'Officier des gardes du corps pourra l'y recevoir.

T Lorsque M*r le Dauphin rentrera de la messe dans son cabinet pour s'y retirer et que Tordre n'aura pas été donné, l'officier des gardes du corps le recevra dans la chambre à la porte du cabinet.

3° A l'égard du petit escalier, quand M*r le Dauphin montera chez le Roi aux heures particulières, le matin ou le soir, on avertira l'officier des gardes du corps pour qu'il fasse le tour ; et aux autres heures, c'està-dire lorsque la pièce à œil-de- bœuf est ouverte à tout le monde, on appellera l'officier des gardes du corps poursuivre M** le Dauphin (1).

Le 18 octobre au matin.

J'ai demandé au Roi l'explication sur le premier article, pour savoir si de l'heure du lever à la messe je devois regarder le cabinet qui est après la chambre de M" le Dauphin comme le cabinet du conseil du Roi et par conséquent y faire entrer les entrées de la chambre ; le Roi m'a répondu que je ferois entrer les entrées de la chambre dans ce cabinet si je le voulois, et que je ne les y ferois pas entrer si je ne le voulois pas, que j'en étois entièrement le maître. Signé le duc de Ckâtillon.

Règlement donné par M. le duc de Ckâtillon le 18 octobre 1741 aux huissiers de quartier servant chez M. le Dauphin.

MM. les huissiers qui servent et qui serviront chez M** le Dauphin auront attention à l'avenir, après que le lever de Mgr le Dauphin sera fait, et en même temps qu'il passera dans son cabinet doré, de lajsser entrer dans le cabinet qui est après la chambre à coucher, les entrées delà chambre et par conséquent le chef de brigade de quartier qui a les dites entrées de la chambre, à l'exception des jours que je leur dirai de ne point laisser entrer les entrées de la chambre dans le cabinet, ainsi que le Roi m'a dit que je le pouvois faire. Us observeront qu'après que W le Dauphin sera rentré de la messe, il n'entrera le reste du jour dans

^(1) M. de Maorepas a l'original avcC te bon do Roi. ( Note du duc de

ce mè*me cabinet que les grandes et premières entrées et les personnes qui me seront annoncées.

Ils ne laisseront à l'avenir entrer dans le cabinet doré que les grandes entrées et les personnes que j'y fais entrer, ce cabinet devant être regardé comme celui du Roi qui est après le cabinet du conseil. Au surplus ils continueront ce que j'ai réglé el-devant pendant que M** le Dauphin est à son étude, n'y changeant rien par ce règlement.

M. de Chàtillon, en me remettant Fécrit que j'ai fait copier ci -dessus, me fit quelques observations.

L'ordre qu'il a donné aux huissiers depuis le règlement a été pour faire voir que, bieu loin de vouloir faire de la peine aux officiers des gardes , comme peutêtre quelques-uns l'ont cru, il cherchoit à leur faire plaisir, puisqu'il ordonnoit qu'on les laissât entrer tous les jours, au lieu qu'aux termes du règlement il auroit pu chaque fois se les faire annoncer et les faire entrer ou non suivant qu'il auroit jugé à propos.

11 faut observer que cet ordre n'estque pour le chef de brigade et non pour l'exempt ; lorsque le chef de brigade esl absent, c'est-à-dire lorsqu'il à demandé permission à M. dè Cbàtillon, car suivant la règle il ne peut s'absenter sans cela, alors l'exempt le remplace. Il a les mêmes privigesque lui; mais lorsque le chef de brigade ne se trouve pas dans le moment, l'exempt n'a pas droit de prétendre d'entrer dans le cabinet. Le cas est arrivé ces jours-ci, depuis le règlement. M. de Vandeuil est le chef de brigade en quartier, depuis le i" octobre, chez M. le Dauphin ; son fils, qui est exempt, étoit la semaine dernière chez M. le Dauphin. M. le Dauphin étant rentré dans son cabinet après la messe, M. de Vandeuil le père étoit dans ce moment à causer dans le caveau de M. le Dauphin ; le fils se présenta pour entrer dans le cabinet; l'huissier lui dit qu'il n'avoit point d'ordre de le laisser entrer, que M. son père ne pouvoit pas être bien loin, qu'il n'y avoit qu'à l'avertir.

M. de Vandeuil le père est de la compagnie d'Haccourt ;

ce fut à M. ïe duc dtfarcotirt qu'il alla se plaindre lors de la1 contestation. M. le duc cPHarcourt prit fait et cause, prétendant quele chef de brigade doit avoir chez M. le Dauphin les mêmes prérogatives que le capitaine des gardes a chez le Roi. M. de Chàtillon répond à cela que si cela est absolument égal, il faut donc que le chef de brigade monte dans le carrosse de M. le Dauphin comme le capitaine des gardes monte dans celui du Roi; et comme ils ne Pont même pas prétendu jusqu'à présent, M. de Chàtillon en conclut qu'il y a donc quelque différence. MM. les capitaines des gardes disent encore que le major même des gardes prend bien l'ordre du Roi dans le cabinet. M. de Chàtillon , sur cela, demande ce qui arriveroit si par hasard le major ne s'y trouvoit pas, si celui qui le remplaceroit, soit un aide- major, soit un chef de brigade, entreroit dans le cabinet pour prendre l'ordre. ( On peut voir dans les mémoires de M. de Dangeau un exemple qu'en l'absence des quatre capitaines le major a remplacé ; mais on ne voit point que cela ait été jusqu'au chef de brigade ni Un aide-major). Ilparoltque l'intention de M. de Chàtillon est de donner l'ordre dans la chambre, au retour de la messe , d'autant plus que cela s'est toujours passé delà même manière le soir chez M. le Dauphin; et l'entrée aux officiers des gardes dans le cabinet pendant l'intervalle entre le lever et la messe n'est qu'une facilité donnée au chef de brigade pour faire sa cour plus agréablement.

M. le marquis de Lignerac, enseigne des gendarmes de la garde, gendre de M. le marquis de Rroglie et beaufrère de M. du Chayla, a demandé permission de vendre sa charge; il se meurt de la poitrine. Cette charge donne le rang de mestre de camp. Le Roi a bien voulu lui conserver son rang de mestre de camp, ce qui seroitune grande grâce si la santé de M. de Lignerac n'étoit pas sans espérance. Par la retraite de M. de Lignerac, M. de Marcieu monte à l'enseigne, en donnant 60,000 livres. M. de

Poyanne, qui étoit premier guidon , 'étant présentement mestre de camp du régiment de Bretagne depuis la mort de M. le comte de Gassion, M. de la Salle, troisième en* seigne, devient le second. M. de Saint-Chamant, second guidon, devient le premier. M. de Merinville, qui étoit le troisième, devient le second, et le troisième guidon vient d'être donné à M. de Goas, neveu de M. de Fimarcon, fils d'une de ses sœurs.

Je mets ici des vers qui ont été faits au sujet de la succession de l'empereur Charles VI et de la situation pré* sente de la reine de Hongrie :

Des fiers Autrichiens git ici le dernier,

Trop tard pour son honneur, trop tôt pour sa famille.

En âittend.int un héritier, Ce prince trouva l'art de laisser à sa fille Un héritage en Pair, des droits litigieux , Un époux méprisé, déchu de ses aïeux, De cent titres brillants la pompeuse fumée, Point d'argent, nul conseil, sans amis, sans armée. -

Du lundi 30, Versailles. — Je n'ai rien écrit depuis plusieurs jours parce qu'il ne s'est rien passé de nouveau ni de considérable. M. de Soubise partit il y a quelques jours pour Saverne ; Mm* de Carignan et MUe sa fille partirent à peu près dans le même temps. Le mariage doit se faire d'aujourd'hui en huit, 5 du mois de novembre. M. le prince de Rohan, dont la santé n'est point rétablie , a pris le parti de n'y point aller; il est ici depuis quelques jours avec M™ la princesse de Rohan. Il parolt fort flatté de ce mariage ; mais en même temps il se fait un plaisir dédire qu'il n'a point acheté cet honneur, et de faire voir que cette alliance n'est point au dessus de celle qu'il pou voit prétendre. M,te de Carignan a 20,000 livres de douaire et 10,000 livres d'habitation. Sa dot est 100,000 écus valant 18,000 livres de rente, à cause de la différence delà monnoie.

Le Roi n'a point sorti d'ici depuis le dernier voyage de la Meutteque j'ai marqué. Il y eut hier huit jours qu'il

dtna pour la première fois dans le petit appartement dont j'ai parlé, qui est au-dessus de la galerie ; depuis ce temps il a continué à y dîner ou souper presque tous les jours ; il n'y a de femmes que M™ de Mailly, et d'hommes admis que M. de Meuse, le duc d'Ayen, le comte de Noailles, et le duc d'Harcourt, qui est en quartier. Le Roi a continué d'aller [ chasser] la semaine passée comme à l'ordinaire. Jeudi, il chassa dans le parc un cerf qui y étoit entré par une brèche. M™ de Mailly et M. de Meuse étoient à cette chasse dans une calèche du roi.

Hier étoit le premier jour de la semaine de Mme de Mailly ; elle vint chez la Reine pour la première fois depuis la mort de sa sœur.

Du mardi 31 , Versailles. — Aujourd'hui, veille de la Toussaint, le Roi a été à la chasse. La Reine ne vit hier personne l'après-dlnée, et aujourd'hui elle a fait ses dévotions; c'est l'abbé d'Alègre, son aumônier, qui a dit la messe.

M. le Dauphin se confessa hier au P. de Linières (c'est toujours le confesseur du Roi qui confesse les enfants de France); il a fait ses dévotions ce matin à la chapelle Saint- Charles en haut. Lorsque M. le Dauphin est arrivé, son prie-Dieu étoit en dedans de la chapelle ; M. de Chàtillon l'a fait reculer et mettre au pied de la marche qui monte dans ladite chapelle. Le P. de Linières étoit à droite du prie-Dieu le plus près de M. le Dauphin, et l'abbé d'Andelot, aumônier du Roi de quartier, en habit long, à la droite du P. de Linières, du côté de l'autel ; à la gauche du prie-Dieu étoit M. l'évèque de Mirepoix en rochet et en camail. C'est M. le cardinal d'Auvergne qui a dit la première messe ; il a premièrement donné de l'eau bénite à. M. le Dauphin par aspersion, comme cela se pratique pour le Roi et pour la Reine. Après l'Évangile, un des clercs de chapelle a apporté le livre couvert du voile du calice, l'a présenté à M. l'évèque de Mirepoix, en ôtant le voile, et M. de Mirepoix l'a donné à baiser à M. le Dau-

U MÉMOIRES WJ DUC DE {jUYNES.

phi». Aussitôt après, un clerc de chapelle a présenté à M . l'abbé d'Andelot un plat ayec une boite où étoient les hosties; M. l'abbé d'Andeloten a pris une pour faire l'essai, eta présenté l'autre à M. le Dauphin ;aussitot*près M. d'Andelot a porté l'hostie à l'autel. Immédiatenjent après la communion de la messe, on a mis un tabouret au pied de l'autel surlequel on a mis un carreau qu'on a couvert aussitôt d'une espèce de tapis, et par-dessus une nappe de communion. M. le Dauphin s'est avancé auprès de ce tabouret, et s'est mis à genoux sans carreau, Deux clercs de chapelle ont déplié la nappe et en ont pris chacun un bout; du coté de l'autel, M. Je duc 4e Chatillon tenoiit le côté à droite, et j'ai tenu le coin du côté* gauche ( suivant la règle , le plus ancien due devroii tenir le côté droit.) M. le cardinal d'Auvergne a communié M. le Dauphin en lui faisant auparavant baiser son anneau, suivant l'usage des évèques. M. le Dauphin a entendu tout de suite une seconde messe dite par un chapelain du Roi, lequel lui a présenté de l'eau bénite comme àla première.

Le Roi est revenu de la chasse d'assez bonne heure pour entendre les premières vêpres ; il les a entendues en bas; la Reine y étoit; M. le Dauphin et Madame sur le drap de pied. C'est M. l'archevêque d'Arles (l'abbé de 3ellefonds) qui a officié.

M. le cardinal de Polignac est fort mal.

Office de la Toussaint; sermon «lu P. Fleury. — Le Roi, Mm« <le Mailly et M. de Meuse. — Détail sur les audiences des ambassadeurs turcs et persans. — Nouvelles d'Allemagne et de Suède. — Lettre du roi de Prusse — Le Roi retourne à Cltoi&y. — Mariage du comte <le Noaille* avec M"r d'Arpajon; privilège île la maison d'Aqiajon de |»orter la croix de Malte. — Le prince do Saxe-(»<>tlia et sa sieur la princesse de Galles. — Mort du cardi-

- nal de Polignac. — Nouvel appartement de M«c de Mailly; elle a cinq appartements à Versailles. — Nouvelles de Robéme.

Dujwdi & Versailles. >— ï-e Roj fut hier à Ja grande messe à la chapejde en bas; M. d'Arles y officia. La Reine, M. le Dauphin et Madame y furent aussi. L'après-dtnée, U*s entendirejot le sermon ,du P. Fleury, jésuite, prédicateur de Pavent. Ce prédicateur n'a n.i le son de voix ni le geste agréable f et n'est point orateur. Jl paroi t qu'il prêche apostoliquemeot ; il lit un compliment suivant l'usage, lequel me parut assez bien et même touchant ; il parcourut dans ce compliment tous les différents sujets 4e gloire du Roi, par les heureux succès de ses armes et de ses négociations, par la sagesse de ses conseils et par la bénédiction que Dieu avoit donnée à sa famille, n'oubliant pas même la circonstance que le Roi, quoique jeune, alloit être bientôt grand-père, et finit par lui souhaiter de vaincre ses passions pour mériter la véritable gloire, qui est le bonheur des saints.

Le Roi continue toujours à dîner ou souper dans le nouveau petit appartement dans lequel Mme de Mailly se tient toute la journée ; il n'y est servi que par un officier de la bouche et un du gobelet, et c'est le valet de chambre de Mœede Mailly qui met les plats sur la table ; il y joue quelquefois à quadrille, fort petit jeu; souvent la conversation y est sérieuse et triste ; il y a même des temps où l|me de Mailly a de l'humeur. Aussitôt que le Roi entre dans l'appartement, M™ de Mailly y étant, si M. de Meuse n'y est pas encore arrivé, on l'envoie quérir sur-le-champ . Il parolt que les amusements du Roi sont troublés par de fréquentes réflexions. Il y a quelques jours qu'en parlant d'un rhumatisme qu'il a sur le bras droit et dont il souffre assez, il dit à M. de Meuse : a Je ne suis pas fâché de souffrir, et si vous en saviez la raison, vous ne la désapprouveriez pas. » La vaisselle dont on se sert dans ce petit appartement est marquée aux trois couronnes. La communication avec le petit cabinet n'est pas fermée.

J)u vendredi 3, Versailles. Le Roi entendit hier la messe à l'ordinaire ; il n'y eut point de grande messe; U partit a

onze heures et demie pour le bois de Boulogne (1); Mmed'Antin et M™6 de Mailly montèrent dans son carrosse, M. le ducd'Harcourt et M. de Richelieu. Il joua à l'hombre et au trictrac, fut environ deux heures à table, et repartit à onze heures et demie.

Mmc de Mailly, avant-hier à la chapelle pendant les premières vêpres des Morts, paroissoit dans une grande affliction; cependant hier elle parut à peu près comme à l'ordinaire. Le Roi ne fait point aujourd'hui la Saint- Hubert, à cause delà fête de Saint-Marcel ; il va tirer dans le petit parc. M"e de Mailly, qui est de semaine, ne devoit point aller à la chasse, et M. de Meuse, qui y va toujours avec elle, étoit sorti pour quelques affaires. Le Roi Ta envoyé chercher plusieurs fois et l'a attendu un quart d'heure ; ensuite il lui a dit, en montant en carrosse, d'aller dire à Mme de Mailly que si elle vouloit aller à la chasse, il alloit lui renvoyer une calèche. Le Roi effectivement, d'auprès de Trianon où il a monté à cheval, a renvoyé la seconde calèche ; M" de Mailly y a monté en grand habit, avec M. de Meuse, et a été trouver le Roi; elle est revenue un peu avant S. M. pour suivre la Reine à vêpres, étant de semaine.

Du samedi 4, Versailles. — Le Roi a été aujourd'hui faire la Saint-Hubert aux Alluets ; il soupe ce soir chez Mn" la comtesse de Toulouse.

Du mercredi 8, Versailles. — Il n'est point encore décidé comment les dames seront habillées & l'audience que le Roi doit donner à l'ambassadeur turc le mois prochain. H parolt comme certain que cet ambassadeur ne verra pas la Reine ; c'est M. de Sainctot, introducteur des am-

(1) Mademoiselle, qui est à Madrid , avoit été avertie de la part du Roi de venir souper à la Meuttc; elle y arriva pendant que le Roi étoit à la chasse; elle y soupa et s'en retourna après le Rouper à Madrid. La réception fut assez froide et à peu près comme celle du voyage précédent. (Addition du duc de Luynes, datée du 4 novembre 1741.)

bassadeurs en exercice, qui est chargé de faire sur cela la recherche des exemples. Je demandai il y a quelques jours à M. de Verneuil, l'autre introducteur, s'il ne sa voit point ce qui s'étoit passé ; il me dit que cela ne le regardoit point, que cependant il chercheroit pour me faire plaisir, mais qu'il demandoit sur toutes choses de n'être point cité. 11 m'a envoyé aujourd'hui le petit mémoire dont voici la copie.

En 1669, le Grand Seigneur envoya à Louis XIV un ministre, lequel reçut depuis Toulon jusqu'à Paris les honneurs dus à un ambassadeur, parce qu'on le croyoit revêtu de ce caractère. On reconnut dès qu'il fut ici qu'il n'étoit qu'envoyé ; cependant le 5 décembre 4669, le feu Roi lui donna une audience à Saint-Germain enLaye avec beaucoup d'appareil. La Reine n'étoit point à cette audience, et elle n'en donna point à ce ministre.

En 1716, Mehemet Riza Beg, ambassadeur de Perse, ne prit point audience de Mme la duchesse de Berry.

En 1721, l'ambassadeur du Grand Seigneur eut au palais royal une audience en cérémonie de M. le duc d'Orléans; il ne vit ni Madame ni sou Altesse Royale.

11 parolt par les nouvelles d'Allemagne que nous agissons toujours de concert avec le roi de Prusse. Le général Neuperg, qui avoit toujours observé jusqu'à présent l'armée du roi de Prusse, a quitté la Silésie depuis peu de temps, et est entré en Moravie pour être également à portée de l'Autriche et de la Bohème. Le Roi de Prusse a écrit à l'électeur de Bavière pour le remercier de l'avoir débarrassé de ce général. Malgré l'union de ces deux princes, les Autrichiens ont fait publier qu'il y avoit un traité de fait entre la Reine de Hongrie et le roi de Prusse. La ratification de ce prétendu traité aété remise à Vienne au ministre du roi de Pologne, électeur de Saxe, de manière que la cour de Dresde a été plusieurs jours à croire que ce traité étoit vrai. Pareille copie a été envoyée ici à M. de Wassenaer, ministre de la reine de Hongrie ; mais M. de Wassenaer, sachant que l'on est ici prévenu et

que l'on ne donnerait point dans ce panneau, n'a pas osé en parler.

Les dernières nouvelles sont que Tarant-garde des troupes de l'électeur estentrée en Bohême par Freistadt et Budweiss.

M. de Loss dîna hier ici avec M. le comte de Wistown ; ce n'est point une chose d'étiquette que ce dîner; c'est une politesse. M. de Loss parolt avoir environ cinquante ans ; il est grand et bien fait. M. de Wistown parolt avoir vingtquatre ou vingt-cinq ans. 11 est grand, bien fait, a un visage agréable; il sait bien la musique et joue bien du clavecin.

On parle d'un petit combat entre quelques vaisseaux angloiset espagnols, dans lequel . les Angloisont été battus. Cette nouvelle même parolt assez certaine.

Les gazettes ont beaucoup parlé d'un combat qu'il y eut il y a environ six semaines en Finlande, entre les Suédois et les Russiens* Il est certain que les Suédois ont été battus; mais on a fort augmenté, de la part des Russiens, le détail de cette victoire, prétendant que le corps des Russiens n'étoit que peu supérieur À celui des Suédois. Quoique les nouvelles de Stockholm aient appris la vérité de ce qui s'est passé dans cette action et aient fait connoltre que les Russiens étoient cinq contre un, cependant ils ont omis une circonstance qui me fut contée hier pur M. de Tessin, chargé ici des affaires de Suède, quoique sans caractère, et qui compte s'en aller incessamment dès qu'il sera arrivé un envoyé du roi son maître. Celte circonstance est, que les nouvelles de Stockholm ont dit que le corps des Suédois étoit de deux mille huit cents hommes; sur ce nombre, il y avoit treize cents Finlandois ou Finnois qui prirent la fuite au commencement de l'action, de sorte qu'il n'y eut que les quinze cents Suédois qui combattirent réellement. On a caché cette circonstance de la part de la Suède pour conserver la réputation des Finnois. Ce que l'on sait depuis ce temps-là, c'est

que les Russiens se retirent en brûlant tout leur pays.

Voici une lettre écrite par le roi de Prusse (1) au sujet de M. Robinson. M. Robinson est un ministre de la reine de Hongrie qui a été chargé de négocier avec le roi de Prusse et qui a fait une multitude de voyages sans succès.

« L'infatigable Robinson est venu me faire des propositions aussi puériles qu'impertinentes -, il a eu la lâcheté de vouloir me détacher de mes meilleurs et plus désintéressés amis de qui j'espère tout , la France et la Bavière. Qu'il sache, ainsi que l'univers, que je ne m'en séparerai jamais. »

Du Jeudi 9, Versailles. — Les comédies ont recommencé mardi dernier ici ; ce sont les François qui ont commencé ; les Italiens mercredi, et tragédie aujourd'hui.

Du lundi 13, Versailles. — Le mariage de M. le comte de Noailles fut public avant-hier, avec MUo d'Arpajon. 11 y a longtemps que l'on sa voit ce mariage; M"e d'Arpajon est petite-fille de Montargis.

Le Roi va mercredi à Ghoisy, et revient le lendemain jeudi. H a eu beaucoup de peine à se déterminer à ce voyage, craignant pour M,nc de Mai 11 y et pour lui de rentrer dans un lieu où ils ont beaucoup vécu avec M""1 de Vintimille. Mme de Mailly, voyant combien il étoit difficile de résoudre le Roi à y aller, lui dit que s'il ne vouloit pas y aller, elle iroit toute seule voir ses bâtiments. Je demandai avant-hier au Roi permission de lui aller faire ma cour à Choisy, comme j'ai coutume de le faire ; et j'ajoutai que je lui demanderois même une chambre s'il vouloitbien m'en donner une. Le lendemain, Mme de Mailly m'envoya prier de passer chez elle, et me dit que le Roi l'avoit chargée de proposer à M""' de Luynes de venir à ce petit voyage. Eu conséquence Mme de Luynes en alla parler sur-le-champ à M. le Cardinal, qui lui dit qu elle ne pouvoit pas s'en dispenser. Le lendemain, elle en

(t) A M. Hindfort. {Note du due de ùuynes.)

parla à la Reine, qui la reçut parfaitement bien, et lui dit qu'il falloit nécessairement qu'elle y allât puisque le Roi le désiroit. Il n'y aura point de liste pour ce voyage. Il n'y aura de femmes que M1"* de Mailly, Mro< la duchesse de Gramont et M"' de Luynes. M. le prince de Conty avoit fait demander auRoi permission d'y aller; mais le Roi lui a fait dire que ce voyage étoit court et qu'il feroit mieux d'y venir un autre voyage.

M. le cardinal de Fleury a été un peu incommodé ces jours-ci d'un dévoiement, et a mangé seul; il est mieux présentement.

On attend à tous moments des nouvelles de M. de Belle- Isle ; il doit être à l'armée, et il est vraisemblable que l'on va faire le siège de Prague.

Mardi 21, Versailles. —Le Roi fut mercredi à Choisy et en chemin faisant courut le cerf ici aux environs , du coté de Verrières. 11 menadans son carrosse M"" de Luynes, Mmc de Mailly, MM. le duc d'Harcourt, d'Ayen, comte de Noailleset moi ; il y avoit une calèche au rendez-vous, où les deux dames montèrent avec M. de Meuse et moi. Après lâchasse, il monta dans un carrosse avec quelques hommes, et laissa un carrosse pour les dames et les hommes qui restoient. Il nous parut de fort bonne humeur, M™ de Mailly fort occupée de lui, cependant sans aucune affectation. A l'égard du Roi, il parolt traiter Mmc de Mailly avec amitié, mais on ne peut remarquer ni amour ni empressement. Jiœc de Mailly jeta quelques larmes en approchant de Choisy; elle n'y avoit point été depuis la mort de sa sœur. Quand nous y arrivâmes, le Roi étoit à se promener et à \oir ses nouveaux bâtiments, qui sont fort avancés. Aussitôt que les dames furent arrivées, il les mena voir un meuble nouveau dans un appartement que l'on vientd'accommoder pour Mademoiselle. Mrocladuchessede Gramont étoit de ce voyage; elle y étoit arrivée et étoit venue avec M. le duc de Gramont. Comme c'est à M. du Bordage à qui le Roi a donné l'exercice du gouvernement

de Choisy, en l'absence de M. de Coigny, M. du Bordage en fit les fonctions pour la première fois; il voulut servir le Roi à souper, etle Roi lui ordonna de se mettre à table ; il resta au coucher du Roi après que tout le monde fut sorti, et le lendemain je le vis entrer au lever avant M. de Bouillon et M. de Rochechouart. 11 faut observer que les entrées à Choisy ne sont pas réglées dans la journée, au moins au débotter, comme elles le sont ici. Tous ceux qui sont du voyage entrent et voyent déshabiller et habiller le Roi entièrement ; mais le matin et le soir on fait entrer et sortir à l'ordinaire. M. le Prince de Conty étoit venu de Paris, et coucha à Choisy ; on fut un peu étonné de l'y voir arriver, le Roi lui ayant fait dire, comme j'ai marqué ci-dessus, que ce voyage seroit bien court et bien peu amusant, et que cependant il étoit le maître. Mme de Mailly me parut trouver que M. le prince de Conty auroit mieux fait de remettre à un autre voyage. Cependant je ne l'entendis pas désapprouver la visite que lit le lendemain M. le comte de Charolois, qui vint faire sa cour, et qui ne s'en alla qu'un peu avant le souper du Roi. Le Roi n'a joué qu'à l'hombre et au trictrac pendant ce voyage. Le jeudi, il soupa à cinq heures, et repartit à neuf pour revenir à Versailles. On ne peut pas marquer plus d'aisance et de facilité dans le commerce que le Roi en marque à Choisy ; il est occupé que l'on soit bien chez lui comme un particulier pourroit l'être, et Ton peut ajouter que Ton nes'aperçoit de ce qu'il est que parce qui l'environne. U parla après souper de M. de Belle-Isle, et nous dit qu'il étoit parti de Francfort pour aller à Dresde joindre les troupes du Roi de Pologne, électeur de Saxe, et que ce prince lui avoit donné une patente pour commander ses troupes. Le Roi parolt toujours fort occupé de ses jardins et de ses bâtiments, et l'on n'entend de lui ni de ceux qui l'environnent aucun propos qui ne soit très-convenable.

Dimanche dernier nous vîmes ici la signature du con-

32 Ml- MOIRES DU DUC DK LUYNES.

trat de mariage de M. le comte de Noailles avec M,,e d'Arpajon; on ne peut s'empêcher de marquer à cette occasion le privilège singulier de cette maison de porter la croix de Malte. MM. d'Arpajon descendent des anciens comtes de Toulouse, et comptent pour le premier de leurs ancêtres Bérauld de Toulouse, vicomte de Lautrec, second fils d'Alphonse dit Jourdain, comte de Toulouse, qui vi voit vers l'an 1207; il épousa Gaillarde, héritière delà maison d'Arpajon. Leur fils Hugues lPr quitta le nom de Toulouse, et prit celui de sire d'Arpajon. Le septième de cette famille, nommé Jean 1er, qui vi voit sous Louis XI, fut substitué aux biens de Séverac par Amaury de Séverac, maréchal de France, cousin de sa mère, en 1430. Le onzième de cette maison, nommé Charles, fut nommé par Henri III chevalier du Saint-Esprit, honneur qu'il refusa, ne voulant point changer de religion et étant né calviniste. Le treizième de cette maison fut Louis, vicomte d'Arpajon, qui fut marié trois fois ; sa troisième femme, qui étoit Harcourt- Beuvron, futdamed'honneurdeMB,"laDauphine-Bavière; il eut de celle-ci une fille qui épousa M. le comte de Roucy et fut dame du palais de Mme la Dauphine-Savoie ; et Louis vicomte d'Arpajon eut de Louis XIV un brevet de duc en 1651 . Il étoit lieutenant général des armées du Roi et gouverneur de Lorraine; il servit avec distinction sous Louis XIV, et en 1645 il demanda à ce prince permission d'aller à Malte, volontaire, dans le temps que cette lie étoit menacée d'une irruption par les Turcs. Il fut fait généralissime des armées de la Religion (1). Le grand maître

(I) Ibrahim, ayant appris la perte de son grand galion enlevé avec toutes le» richesses dont il étoit chargé, envoya un hérault déclarer la guerre au grand maître et à l'Ordre.

On travailla avec soin à mettre les forces de la Religion en état de résister a la puissance formidable du Grand Seigneur ; on envoya chercher de tous cotés du recours et des munitions de guerre et de bouche.

Relie action et à jamais mémorable de Louis vicomte d'Arpajon, seigneur de la première qualité et de In Uaule noble** du royaume de France, qui fait

Jean Paul Lascaris fut si satisfait des services importants que rendit M. d'Arpajon, qu'il lui donna pour lui et ses descendants aînés, le droit de porter sur le tout de leurs armes celles de la Religion avec l'écu posé sur la croix octogone, les extrémités saillantes, et qu'un de leurs lils au choix du père seroit chevalier en naissant et grand croix après avoir fait profession, à l'âge de seize ans. Ce privilège (1) fut confirmé, en 1715, par le grand maître Haymond de Perellos ; et le grand maître d'aujourd'huy, en faveur du mariage de M. le comte de Noailles avec l'héritière de cette maison, a bien voulu accorder à M. le comte de Noailles le droit de porter la croix de Malte sans aucune obligation, et sans que cet honneur puisse l'empêcher de porter les autres ordres qui pourront lui être conférés (2).

prendre les arme* à tous ses vassaux , 1ère deux mille hommes a ses dépens, charge plusieurs vaisseaux de munitions de guerre et de honche ; et, accompa^né de plusieurs gentilshommes de ses parent* et de ses amis, meta la voile, se rend à Malte, et présente au grand -maître un secours si considérable qu'il n'eût osé en espérer un pareil de plusieurs souverains. Le grand-mattre crut ne pouvoir mieux reconnoitre un service si important qu'en Ini déférant le généralatdes armées, avec le pouvoir de se choisir lui-même trois lieutenants généraux pour commander sous ses ordres dans les endroits où il ne pour* roit se transporter. ( Note du due de Luynes. )

Il se trouva que la guerre dont le Turc raenaçoit Malte n'étoit qu'une fausse alarme; il s'attacha à 111e de Candie, assiégea et prit la Canée. Toutes ses forces, tant de terre que de mer, de puissantes flottes et des armées considérables fondirent sur cette Ile. Malte, délivrée de l'effort de leurs armes, envoie son escadre au secours des assiégés. Le vicomte d'Arpajon prend congé du grand mattre. Ce prince , de l'avis du conseil, pour reconnoltre le généreux secours qu'il lui avoit amené, par une bulle expresse lui donna la permission pour lui et pour son fils aîné de porter la croix d'or de l'Ordre ; qu'un de ses cadets ou de ses descendants seroit reçu de minorité quitte et franc des droits de passage ; qu'après sa profession il seroit honoré de la grande croix ; que les chefs et les aînés de leur maison pourraient porter la croix dans leur écu et dan» leurs armes. (Histoire de Malle de l'abbé de Vertot, page 205, tome V.)

(1) C'est ainsi que Moréri le rapporte ; mais ce privilège accordé par tout l'Ordre n'avoit pas besoin de confirmation. 11 y eut seulement One lettre de fé« Natation du grand maître. { Note du duc de Luynes.)

(2) Il faut distinguer les deux croix que portent MM. les chevaliers de Malte. Cet ordre est militaire et religieux. Les chevalier* qui n'ont poiut fait

M. le duc d'Arpajon mourut en 1679 ; il étoit grandpère de feu M. d'Arpajon, gouverneur de Berry, chevalier de Tordre de la Toison, qui épousa en 1715 M"* de Montargis, qui a été depuis dame d'honneur de M™ la duchesse de Berry. lien eut deux garçons, qui sont morts, etMl,e d'Arpajon qui épouse M. le comte de Noailles.

Le Roi a soupé samedi et dimanche au grand couvert, hier dans le petit appartement deMwe de Mailly, et aujourd'hui chezMme la comtesse de Toulouse. Ce matin , comme jl est parti de fort bonne heure pour la chasse, et que c'étoitmardi, jour des étrangers, quelques-uns de ces ministres ne sont pas arrivés assez tôt pour faire leur cour au lever. M. le comte de Loss, envoyé de Saxe, qui n'avoit point vu le Roi, m'est venu demander s'il ne pouvoit point faire sa cour au débotter. Je lui ai dit que je ne croyois point que ce fût l'usage, n'y ayant jamais vu d'étranger. M. le duc de Rochechouart, à qui j'en été parler, m'a confirmé la même chose, et m'a dit qu'il ne pour roi t pas le faire entrer sans prendre l'ordre du Roi. Comme ce n'étoit point l'intention de M. Vie Loss de demander une grâce particulière, il n'a point été chez le Roi.

M. de Loss a présenté aujourd'hui à Mm* de Luynes M. le prince de Saxe-Gothaet M. le baron deStoudnitz, qui

profession ne sont encore que militaires, et ne portent d'autre croix que celle qui est pendue au col et attachée avec un ruban noir; c'est cette croix que M. le comte de Noailles est en droit dé pdrter et qu'il porte effectivement, quoiqu'il ne soit point encore marié, en vertu de la grâce qui vient de lui être accordée. Ce droit s'étend non-seulement à lui mais même à ses enfants et petits enfants aînés à l'infini , et il entre dès ce moment dans tous les droits de la maison d'Arpajon comme s'il descendoit lui-même de cette maison. Cette grâce ne peut être accordée par le seul conseil de Malle, il faut que ce soit par le vœu unanime de tout l'Ordre. Elle l'a été dans cette occasion-ci sans que personne ait été d'un sentiment différent. Cette croix ainsi pendue au col n'eropêcbe point que l'on ne reçoive tous les autres ordres ; il n'y a que l'autre croix qui puisse en empêcher. Cette autre est une petite croix blanche cousue à l'habit du coté gauche ; il n'y a que les chevaliers qui ont fait profession, et qui sont par conséquent religieux, qui aient droit de la porter. (Note du duc de Luynes.)

est un jeune homme qui est avec lui et que Ton dit même être de ses parents. Le prince de Saxe-Gotha n'auroit point une figure désagréable s'il n'avoit point le nez un peu long et tombant. La princesse de Galles (1) est sa sœur; on dit qu'elle a de l'esprit et que sa figure n'est pas mal.

Mmede Bulow (2), sœurde M"' de Saint-Florentin, dont le mari demeure à Hanovre et est au service de l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre, laquelle est ici depuis peu de temps, contoit hier à la Reine que lors du mariage du prince de Galles, le roi d'Angleterre déclara qu'il ne raarieroit jamais son fils sans voir auparavant celle qu'il lui feroit épouser; le mariage étoitdéjà conclu avec la princesse de Saxe-Gotha; mais sur cette déclaration, la princesse sa mère dit qu'elle n'enverroit point sa fille pour être examinée parle roi d'Angleterre , et en conséquence le mariage fut comme rompu ; la fille, qui le trouvoit assez avantageux pour ne pas le laisser échapper et qui croyoit apparemment pouvoir être assurée du succès, demanda permission à sa mère d'aller passer quelques jours avec des dames à la campagne chez son frère. Gomme cette maison de campagne n'est qu'à cinq ou six lieues d'Hanovre, elle partit de cette campagne, avec quelques dames, se rendit à Hanovre, et fit dire au roi d'Angleterre qu'elle seroit à telle heure dans tel jardin. Le roi d'Angleterre s'y rendit, s'approcha de la compagnie, et ayant fait la conversation pendant quelque temps, fut si content de l'esprit et de la figure de la princesse, què le mariage se fit peu de temps après.

M, le cardinal de Polignac mourutla nuit de dimanche

(t) Auguste de Saxe-Gotha, fille de Frédéric II, duc de Saxe-Gotha, née en 1719; mariée le 8 mai 1736 à Frédéric-Louis, prince de Galles.

(2) Elle est Platen et aînée de quelques années de Mn,c de Saint-Florentin. Elle lui ressemble assez; cependant Mm« de Saint-Florentin est mieux; elle est luthérienne. (Note du duc de Luynes.)

à lundi, à cinq heures du matin; il étoit dans sa quatrevingt et unième année. Il vaque par sa mort l'archevêché d'Auch, où il y a des réparations immenses et où il n'a jamais été ; il avoit outre cela plusieurs abbayes, entre autres celle de Bonport valant 20,000 livres, celle de Corbie38à 40,000 livres, celle d'Anchin 38,000 livres, celle de Bégard de 9,000 livres, celle de Mouzon de 12,000 livres, et celle de Mêle t. Son cœur doit être porté à Anohin ; il aimoit beaucoup cette abbaye; c'est celle où il avoit été exilé. U étoit grand maître de Tordre du Saint- Esprit deMontpellier.il a fait un testament par lequel il ordonne que son cœur sera porté à Anohin. U donne à ses deux neveux, les deux tiers à l'atné , l'autre au cadet, de ce qui restera les réparations payées; mais quoiqu'il ait beaucou p d'effets, entre autres la famille de Lycomède, roi de Scyros, fameuse parmi les curieux par la beauté des statues, il y a lieu de croire que les réparations consommeront la plus grande partie desdits effets. L'abbaye d'Anchin, dont lerevenuest fort considérable, ne peut être possédée que par un moine ou par un cardinal ; et même quand c'est un cardinal, les religieux ont grand soin de faire nommer un moine de leur ordre pour coadjuteur; c'est ce qui est arrivé quand M. le cardinal de Polignac a eu cette abbaye, de sorte qu'elle passe actuellement à un religieux. Le cardinal d'Auvergne avoit demandé celle de Corbie ; mais le Roi l'a donnée aux économats.

On attend à tout moment des nouvelles de Bohême et de la prise de Prague, dont nos troupes sont fort peu éloignées. Suivant les dernières lettres que l'on a reçues , l'on n'est pas sans inquiétude sur le général Neuperg que l'on dit avoir un corps d'armée considérable , et l'on n'a point encore appris que nos différents corps de troupes soient rassemblés.

Dm mercredi 29, Versailles. — Le Roi revint hier de la Meutte; il n'y étoit que depuis avant-hier; il n'y avoit de dames à ce voyage que Mademoiselle, M"0 de Mailly,

NOVEMBRE i741. 27

M- d'Antin, M" la duchesse de Ruffec. Il paroitqu'il y a toujours du froid entre Mademoiselle et Mme de Mailly ; et Mademoiselle, qui étoit ici depuis plusieurs jours, avoit toujours été dans l'incertitude, jusqu'à la veille du voyage, si elle en seroit.

L'appartement qu'avoit feu M. le cardinal de Polignac, au-dessus de l'appartement de Mro* de Mailly, mais deux étages plus haut, vient d'être donné à M. le comte de Matignon (Gacé), qui avoit celui immédiatement au-dessous; et celui de M. le comte de Matignon, qui est immédiatement au-dessus de celui de Mmr de Mailly, a été donné à M™' de Mailly. On fait un escalier en dedans de son appartement qui montera à celui-ci; elle couchera dans celui d'en haut, que l'on fait accommoder, et fait de sa chambreen bas, où elle étoit incommodée par le bruit, un grand cabinet.

L'ancien logement de M. l'abbé de Pomponne, qui lui avoit été donné, s'est trouvé dans l'impossibilité d'être accommodé, parce que les poutres sont pourries ; et on a pris le parti d'en murer les portes jusqu'à ce qu'on juge à propos de le rebâtir. Par toutes ces circonstances, en comptant Je logement qui est dans les petits appartements et celui du petit de Vintimille, on peut dire que Mme de Mailly a présentement cinq appartements dans le château.

Le Roi courut avant-hier le daim dans le bois de Boulogne. Mrac de Mailly étoit à la chasse dans une calèche avec M. de Meuse; après la chasse elle fut dans la même voiture dans laquelle elle avoit couru, qui est un soufflet du Roi, en habit de chasse, avec M. de Meuse, au Roule, voir la statue équestre du Roi, qui a été faite pour Bordeaux. L'ouvrier (1), nommé Lemoyne, qui l'a faite, fut si content

(1) Le nom d'artiste n'était pas encore employé généralement pour désigner les auteurs d'ouvrage» d'aij. Mganîolde la Force, dans la préface de la C édition de sa Description de Versailles (1730) dit encore: « Des deux tables que j'ai ajoutée? à la fin de l'ouvrage, il y en a une qui contient un abrégé de

des louanges qu'elle lui donna, qu'il lui promit de lui en faire une en petit, pour elle, sur le même modèle. De là, elle entra dans Paris pour aller à Sainte-Agnès ; elle trouva en chemin M. le comte et M1** la comtesse de Noailles avec Mrao d'Arpajon,dont le carrosse venoit de casser; elle mit pied à terre dans un cabaret où elle leur rendit visite. Le mariage de M. le comte de Noailles avoit été fait ce même jour-là.

Mme de Picquigny accoucha la nuit d'avant-hicr à hier d'un garçon, qu'on appelle le vidame d'Amiens. Le Iloi vient de donner ordre tout à l'heure devant moi, à un gentilhomme ordinaire d'aller savoir de ses nouvelles de sa part, le Roi envoie toujours chez les femmes titrées lors même qu'elles accouchent d'une fille ; il me semble que la Reine se dispense souvent d'y envoyer.

Les nouvelles de Bohême sont que M. de Belle-Isle est resté malade quelques jours à douze lieues de Dresde; que l'électeur est devant Prague, où les Saxons, les Prussiens, les Bavarois et nos troupes doivent être présentement rassemblés; et que d'un autre côté le général Neuperg s'est avancé jusqu'à Tabor avec une nombreuse armée ; on dit même qu'il est à Prague. La rivière de Moldau, qui passe au travers de Prague, sépare les deux armées.

On croit don Philippe parti pour aller en Italie. Madame Infante écrivit il y a quelques jours ici à Madame sa sœur; elle lui mandoit que quelque affligée qu'elle fût dans l'état où elle est (étant prête d'accoucher) , de voir partir don Philippe, elle aimoit encore mieux qu'il fût parti que s'il avoit fait comme le duc de Lorraine (1). On rapporte une réponse de Madame Infante à la reine d'Espagne qui

la vie des ouvriers dont il est parié dans le corps du livre . » Ce n'est que dans la 7e édition (1738) que ce mot est remplacé par celui d'artistes.

(1) On a reproché au duc de Lorraine d'avoir balancé longtemps d'aller se meUre à la tête de l'armée du général Neuperg ; cependant on dit quil y est présentement. ( Note du duc de Luynes. )

mérite de n'être pas oubliée. La reine d'Espagne lui demandent si elle seroit bien affligée du départ de don Philippe ; Madame Infante lui répondit qu'elle en seroit trèsafiligée, mais cependant pas tant que la Reine. La Reine, surprise de cette réponse, lui en demanda l'explication : Madame lui répondit : « C'est que j'irai le trouver partout où il sera; mais que pour la Reine elle pourroit être longtemps sans le revoir. »

Prise de Prague. — Présentation de M™* de Soubise. — Mort de Mm* de la Mothe, de M. de Lignerac et de M. de Montbrun. — Contestation entra les première gentilshommes de la chambre et le contrôleur général. — Nouvelles des armées. —Mne de Los». — Mémoires du directeur général des bâtiments , des» premiers gentilshommes de la chambre et du contrôleur gêné* ral, présentés au Roi. — Relations du duc de Chevreuse sur l'escalade de Prague. — Dispositions pour l'audience de l'ambassadeur turc. — Présentation de M"" de Mi repoix. — Mort de la reine de Suède. — Révolution de Russie. — Étrennes de M"* de Mailly à Mademoiselle.

Du vendredi 8, fêle de la Vierge, Versailles. — Dimanche dernier, 3 de ce mois, il arriva un courrier de M. Blondel, ministre du Roi à Mayence , lequel est présentement à Francfort. 11 apportait une lettre de M. de Belle- Isle pour M. Amelot,, à laquelle étoit ajouté par apostille que Prague venoit d'être pris par escalade ; il y avoit fort peu de détail. Cette nouvelle étoit arrivée à M. de Belle-Isle par un des gens de H. de Séchelles qui étoit parti pour Dresde (1) avant môme que l'affaire fût finie. M. de Montijo, qui est à Francfort, mandoit la même nouvelle par le môme courrier à M. de Campo-Florido.

(1) Aussitôt que M. de Belle-Isle eut reçu le courrier de M. de Séclielles , il fit partir un courrier pour Francfort, qui étoit tout prêt. Indépendamment de la nouvelle de Prague, comme il se trouva à Francfort un courrier de M. de Montijo prêt à partir pour Paris, on remit sou paquet au courrier de M. Blondel. (Note du rftic de iMynee.)

Le lundi le Roi alla à Choisy, et Ton comptait à chaque moment avoir un courrier de l'Électeur ; cependant le mardi et le mercredi se passèrent sans aucune nouvelle ; enfin le jeudi, à une heure après midi, le Roi reçut une lettre de M. le Cardinal par laquelle il lui marquoit que le courrier de l'Électeur venoit d'arriver. La lettre contenoit le détail de ce qui s'est passé à l'action. Ce courrier de l'Électeur est M. de Tavannes, cousin de M. l'archevêque de Rouen ; il a été lieutenant de cavalerie dans mon régiment; de là, capitaine de dragons dans le régiment de Condé; il fut ensuite quelque temps attaché à feu M. le Duc, en qualité de capitaine de ses gardes. Ce fut dans ce temps-làqu'il enleva MUe de Brun ; cetteaffaire, suivie vivement par H. de Brun, a été terminée par un arrêt qui a condamné M. de Tavannes à avoir la tète coupée; il avoit déjà pris le parti de sortir du royaume , et il s'étoit attaché à l'électeur de Bavière auprès duquel il à toujours demeuré depuis. Il y est en qualité d'ajdudant général et y a le rang de colonel. La circonstance où il se trouve l'a obligé à changer de nom en arrivant ici ; il a été présenté aujourd'hui au Roi sous le nom de M. le baron de Montarlo. Le Roi est sorti de son cabinet et lui a parlé à la porte de sa chambre ; il a aussi été présenté à la Reine, à M. le Dauphin et à Mesdames. 11 rapporte que l'Électeur, assez embarrassé de ce que l'artillerie de Saxe sur laquelle l'oncomptoit n'étoit point encore arrivée le 25, avoit pris le parti de faire escalader la ville. Ce projet avoit été formé sur le plan donné par M. de Gourutz, Suédois, aide de campdeM. leducdeBoufflers. M. de Gourutz, qui sait parler la langue bohémienne, s'étoit avancé quelques jours auparavant du côté de la Moldau, déguisé en paysan et s'étoit promené assez près de la ville pour faire la conversation avec les sentinelles, et après avoir remarqué qu'il étoit aisé d'escalader la ville de ce côté-là, pendant le temps qu'on attiroit la garnison de la ville d'autre côté par d'autres attaques, il avoit communiqué ce projet à l'Élec-

teur, lequel, après avoir écouté plusieurs raisonnements différents pendant quelques jours, s'étoit enfin déterminé à le suivre. En conséquence, M. le comte de Saxe avoit passé la Moldauet s'étoit allé poster dans un petit village assez près de Prague; et , pendant que l'on faisoit trois autres attaques, deux par les Saxons à. la tête d'une desquelles étoit le frère de M. le comte de Saxe , et l'autre par nos troupes , M. le comte de Saxe lui-même , à la tête des François, ayant fait escalader la ville par les grenadiers et les dragons, s'étoit rendu maître d'une porte par où tout le détachement, qui étoit d'environ deux mille hommes, étoit entré. Il parolt que toutes nos troupes ont observé la plus exacte discipline; il n'y a pas eu le moindre désordre. La ville de Prague est fort grande, suivant le rapport de M. de Tavannes; elle a trente-quatre bastions. 11 n'y avoit que deux mille sept à huit cents hommes de garnison et peut-être douze ou quinze cents écoliers ou bourgeoisarmés. Les ennemis, persuadés que l'on vouloit ouvrir la tranchée du coté d'une des fausses attaques, y avoient porté toutes leurs forces, de sorte qu'il n'y a eu presque aucune perte de notre côté. Il y a eu trois officiers tués ou blessés parmi les Saxons (1). La ville de Prague est remplie de toutes sortes de munitions, ce qui s'est trouvé fort à propos pour l'armée. M. de Belle-Isle adû y arriver le l*' ou le 2 de ce mois, en litière.

Le Roi revint hier de Choisy, et soupa dans le petit appartement de Hne de Mailly ; avec elle, MM. de Meuse, d'Ayen et de Noailles. Les dames qui ont été à Choisy étoient Mademoiselle, Mme de Mailly, Mme la duchesse de Kuffec, M"** de Chalais et de Talleyrand et M"" la duchesse de Gramont. Le Koi parolt plus occupé que jamais de Mm* de Mailly; aussi se conduit-elle de façon à marquer l'amitié la plus véritable et en même temps la discrétion la plus grande.

(I) Voyez le» relations P- ■*«•

Mme la princesse de Croy, fille de M. le duc d'Harcourt, accoucha il y a quelques jours d'une fille. Mnede Guerchy, autre fille de M. d'Harcourt, est accouchée aussi d'une fille il y a quelques jours. M"' de Fitz-James accoucha aussi d'une fille il y a cinq ou six jours.

Le Roi, M. le Dauphin et Mesdames envoient chez les dames titrées en couches, quoique ce ne soit qu'une fille, le premier enfant. Ils ont envoyé chez MHR' de Picquigny, à l'occasion de la naissance de son fils , et la Reine n'y a point envoyé.

Aujourd'hui il y a eu sermon, ensuite duquel le Roi et la Reine ont entendu en bas les vêpres chantées par les chantres delà chapelle en haut ; il y a eu ensuite salut que le Roi a entendu en haut. Un moment avant le salut, M™ "de Soubise a été présentée au Roi par Mme de Ventadour. A cette présentation étoit Mme la princesse de Rohan, Mme de Tallard, Mmc la princesse de Montauban et M"* de Marsan. M"e de Ventadour a fait aussi la présentation chez la Reine, chez M. le Dauphin et chez Mesdames. Mm* la princesse de Rohan a fait les autres présentations. M"" de Soubise n'est pas grande ; elle a une belle peau, est blanche; elle n'est pas jolie, mais elle plaît et a l'air vif.

M"" de laMothe (1) mourut le 6 de ce mois; elle étoit Tressan, tantede feu M. l'archevêque de Rouen ; elle avoit quatre-vingt-dix-neuf ans.

M. de Lignerac mourut le 5 de ce mois ; il avoit trente et un ans.

Du mardi 12, Versailles. -— M. de Montbrun mourut samedi dernier 9 du mois ; il n'avoit été que huit jours malade. Il étoitfrère de la belle Ml>0 de Villefrancheet fort ami de MM. de Bouillon. 11 avoit outre cela beaucoup d' amis (2) ;

(1) Elisabeth de h Vergne deTressan, veuve de Charles, comte delà Motlie- Houdancourt , grand d'Espagne, lieutenant général des armées du Roi.

(2) Il étoit chambellan de M. le duc d'Orléans; il avoit été abbé et n'avoit jamais été dans le service. ( JVofe du due de Luynet.)

c'étoitun fort honnête homme, un peu singulier. Il ne se mettoit presque jamais à table pour souper, mais il faisoit son souper debout , dans trois maisons différentes lorsqu'il étoit à Versailles; il y venoit assez souvent et ne voyoit jamais le Roi ni la Reine, ou du moins fort peu.

M. de Wassenaer (1) a eu aujourd'hui audience de congé; c'éloit une audience particulière; il s'en va en Angleterre.

Il y a actuellement une dispute entre MM. les premiers gentilshommes de lachambre et M. le contrôleur général au sujet du trône et des gradins dans la galerie de Versailles, au sujet de l'audience de l'ambassadeur turc. Ils ont présenté de part et d'autre chacun un mémoire au Roi. M. le Cardinal dit qu'il ne veut point se mêler de cetteaffaire, parce que son neveu est premier gentilhomme de la chambre. Ceux-ci prétendent qu'étant aux droit du chambellan pour tout le commandement, il y a trois ou quatre cents ans qu'ils sont dans l'usage d'ordonner pour tout ce qui est pour les fêtes et audiences dans l'appartement du Roi ; que d'ailleurs ce furent eux qui en 1722 firent faire le trône et les gradins et ordonnèrent de tout pour l'audience de l'ambassadeur turc aux Tuileries à Paris. Ils ajoutent qu'au mariage de Madame ils ordonnèrent de tout, tant dans le salon d'Hercule que dans la galerie, et même du feu d'artifice et de la décoration qu'il y eut sur la terrasse. MM. des bâtiments réprésentent que ce furent eux en 1715 qui firent faire le trône etlesgradinsdanslagaleriepourl'audiencede l'ambassadeur de Perse, et que si depuis ils n'en ont pas été chargés dans des occasions semblables, c'est à cause du règlement ou plutôt de la convention faite en 1722, à laquelle M. d'Antin voulut bien souscrire; mais que la complaisance qu'il eut alors ne doit nuire en aucune façon àleurdroit. Si je peux avoir les mémoires des deux

(I) Ministre de la reine de Hongrie. (Note du duc de luynes.) T. îv.

côtés je les ferai transcrire ici; ce que je viens de mar querest sur ce que M. de Gesvres m'en a dit.

Depuis la prise de Prague on a nouvelle que H. le comte de Saxe a été détaché avec un corps assez considérable pour écarter des hussards ennemis, qui venoient à deux lieues de Prague lever des contributions. Le général Neuperg,qui s'étoit avancé àquatreou cinq lieues de Prague, a cru que ce détachement étoit la tète de Tannée, et il a pris le parti de se retirer vers la Moravie. Il parolt que l'on songe à mettre l'armée en quartier.

Le Roi ne sort point de celte semaine; c'est la semaine deMœe de Mailly ; il va la semaine prochaine à Choisy, du lundi au mercredi.

Du vendredi 15, Versailles. — Mardi dernier 12 de ce mois, nous fûmes assez étonnés d'apprendre que M. le marquis de Vassé venoit d'arriver de Prague, n'apportant d'autres nouvelles que des détails sur la prise de cette ville. Comme j'ai déjà parlé ci-dessus de ce qui s'est passé à cette action et que Ton trouvera ci-après trois relations que mon fils m'a envoyées, je crois inutile de m'étendre davantage sur cette affaire.

M. le maréchal de Broglie doit être présentement à Prague. Le public a été un peu surpris ici d'apprendre cette nouvelle. M. de Broglie est l'ancien de M. deBelle-Isle, et d'ailleurs il a paru dans les discours qu'il a tenus à Strasbourg qu'il désapprouvoit hautement presque tous les projets de cette guerre ; cependant il parolt que le ministère croit que MM. de Broglie et deBelle-Isle sont fort bien ensemble ; et l'arrangement d'envoyer M. le maréchal de Broglie a vraisemblablement été fait dans le temps que M. de Belle-Isle étoit resté malade à Saint-Hubertsbourg et à Dresde, et dans un état où l'on ne croyoit pas qu'il pût jamais aller à Prague. D'ailleurs les circonstances . obligeant M. de Belle-Isle à retourner à Francfort au plus tôt, on a jugé avec très-grande raison qu'il falloit un chef a cette armée. L'assemblage de différentes nations la rend

DÊCKMBRt 1741. 15

plus difficile à commander, et même il s'étoit glissé beaucoup d'abus dans nos troupes, à la réformation desquels M. de Belle-Isle n'a cessé de travailler depuis qu'»l estarrivé à Prague. Reste à savoir si la confiance que M. de Belle-Isle personnellement s'est attirée de la part des rois de Pologne et de Prusse passera de même à M. de Broglie. Nous avons vu que M. de Belle-Isle devoit marcher de Dresde à Prague à la tète des troupes saxonnes, ayant une patente du roi de Pologne pour les commander. Le roi de Prusse, sachant que dans notre armée nous n'avions pas assez de hussards, a envoyé un régiment des siens à notre armée, disant que c'était à M. de Belle-Isle personnellement qu'il l'envoyoit et qu'il vouloit qu'il ne fût que sous ses ordres.

Notre armée est actuellement en quartiers d'hiver. On a envoyé des détachements s'emparer de nouveau de Taboret de Budweiss pour rétablir la communication avec la haute Autriche. Le grand-duc et M. de Neuperg se sont retirés dans la basse Autriche et dans la Moravie. Celui quicommandoit dans Prague est un officier général qui a environ soixante ans ; il s'apelle Ogilwi ; il est de Bohème. M. le comte de Saxe avoit trois de ses frères dans les troupes saxonnes à la prise de Prague.

M "de Loss vint hier ici voir M. le Cardinal ; elle nesera point présentée parce que les femmes d'envoyés ne sont point assises et qu'elle voudroit l'être. Elle fut a la comédie; Mm* de Luynes avoit demandé permission à la Heine; il est de règle de demander cette permission, et il est d'usage de ne la point refuser. Elle dîna chez moi ave cM. de Loss et M. de Poniatowski ; M. et M™' de Loss soupèrent aussi chez moi et ont couché à Versailles.

Le Roi soupoit au grand couvert; lorsque S. M. fut à table, M"" de Loss, en robe abattue avec une mantille, passa par la galerie, le cabinjt et la chambre delà Reine, vint nu souper, où elle resta en baveuse pendant un bon quart d'heure. M. de Loss y £toit aussi, el le Roi lui pirla bran-

coup. Le Roi paroltle traiter tout au mieux; il lui dit même avec bonté : « M. votre frère est-il aussi grand et aussi bien fait que vous? » M"* de Loss est extrêmement grande, au moins aussi grande que M"" la princesse de Rohan;elle est maigre, bien faite, elle a l'air noble. On dit toujours avec quelque raison qu'il est ridicule de dire: « Elle a l'air étranger ; » cependant Mmi de Tessin et M,ue de la Mina, Mme d'Ardore même, M"* de Castro-Pignano, n'avoient pas l'air étranger ; on ne peut pas dire la même chose de MM de Licbtenstein ni de M"16 de Loss. Mn*de Loss parolt avoir quarante-cinq ans; elle parle assez bien françois, et son mari encore mieux.

Mémoire au sujet de la dispute entre MM. tes premiers gentilshommes de la chambre et MM. des bâtiments à f occasion de l'audience de l'ambassadeur turc.

11 s'élève une contestation entre MM. les premiers gentilshommes de la chambre et le directeur général des bâtiments à l'occasion de l'audience de l'ambassadeur du Grand Seigneur. Il est question de savoir qui doit être chargé de la construction du trône du Roi dans la grande galerie de Versailles, en ce qui peut concerner la charpente et les décorations en peinture , indépendamment de tout ce qui est ameublement.

Le directeur général des bâtiments représente à S. M. que c'est à lui à recevoir et faire exécuter ses ordres pour ce qui concerne la construction du trône, et non à MM. les premiers gentilshommes de la chambre. 11 se fonde sur tout ce qui s'est pratiqué pendant tout le cours du règne du feu Roi, et notamment pour l'audience de l'ambassadeur de Perse. Il fut alors construit un trône dans la grande galerie pareil à celui qu'il s'agit de construire aujourd'hui, et il est constant que ce fut sous les ordres du directeur général et par les soins des officiers des bâtiments de Sa Majesté.

Le directeur général des bâtiments convient en même temps que pendant la Régence, en 1721 , lors de l'audience que V. M. donna dans le palais des Tuileries à l'ambassadeur du Grand Seigneur, M. de Morte* raart, premier geotilhommede la chambre, ordonna seul toutes les constructions et décorations pour cette cérémonie et même des feux d'artiiiceet illumiuationsextérieures qui fureuf faites ensuite ; et c'est sur cet exemple de M. le duc de Mortcmart que M M. les premiers gentilshommes de la chambre se croient en droit de faire, dans l'occasion qui

DfiŒMBR K 1741. 87

se présente aujourd'hui, toutes les mêmes fonctions qui ont été faites en 1721 par M. le duc de Mortemart.

On ignore si pour lors il y eut quelques représentations de la part de M. le duc d'Antin et des ofUeiers des bâtiments; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne paroît point de décision ; au moyen de quoi, on peut regarder la question entière entre MM. les premiers gentilshommes de la chambre et le directeur général des bâtiments. Ce dernier se fonde sur un droit attaché à sa place et sur un usage observé de tout temps et dans toutes les occasions sous le règne du feu Roi, pendant lequel il met en fait que les officiers des bâtiments ont toujours été chargés de tout ce qui concerne contruction et décoration de peintures autres que ce qui est ameublement, à l'occasion des cérémonies et fêtes publiques, soit dans le dedans, soit dans le dehors des châteaux et maisons royales, ainsi que des feux d'artifice et illuminations. Il rapporte pour preuve de ce qu'il avance, des monuments qui ne peuvent être suspects; ce sont les recueils gravés des fêtes données en 1664, 1668 et 1674 par le feu Roi. Ils sont dans la bibliothèque duRoi et dans les mains du public. Il est à observer que ces recueils sont faits sous les ordres de M. Colhert et dressés par le Sr Félibieo, historiographe des bâtiments, circonstances qui du premier coup d'œil font bien reconnottre que ces fêtes étoient principalement dirigées par ces mêmes officiers. Mais on le reconnoît encore bien plus précisément par ce qui est rapporté dans le détail de ces fêtes.

On y voit précisément que M. Colbert et les officiers des bâtiments y ont toujours été chargés de tout ce qui regarde construction, décoration, feux d'artifice et illuminations extérieures. Il semble même, par ce qui est rapporté dans le détail de la fête de 1668, qu'on ait voulu prendre soin de distinguer quelles sont et quelles doivent être dans ces fêtes les fonctions des officiers de S. M., et voici comment l'historien s'explique.

Pour l'exécution de cette fête, le duc de Créquy, comme premier gentilhomme de la chambre, fut chargé de ce qui regardoit la comédie. Le maréchal de Bellefonds, comme premier maître d'hôtel du Roi, prit le soin de la collation, du souper, et de tout ce qui regardoit le service des tables; et M. Colbert, comme surintendant des bâtiments, fit construire et embellir les divers lieux destinés à ce divertissement royal, et donna les ordres pour l'exécution des feux d'artifice.

Peut-il y avoir rien de plus clair et de plus décisif pour constater les différentes fonctions de ceux qui sont chargés d'exécuter les ordres du Roi ?

Aussi, depuis ces différentes fêtes, on trouve qu'en 1697 M. de Villacerf, alors surintendant, fit exécuter par ordre du Roi un feu d'artifice et illumination sur la pièce des Suisses, pour le mariage de

M. le duc deBourgogue. Les plans et détails de cette fiête subsistent dans le bureau du premier architecte.

Le ST Gabriel , aujourd'hui premier architecte, fut commandé, conjointement avec le Sr de Cotte et le Sr Dcsjardins, contrôleur, par M. Mansart, surintendant, pour construire et faire exécuter à Marly l'illumination et le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné, pour la naissance de M. le duc de Bretagne, en l'année 1 707 .

Cette même année M. Mansart reçut les ordres de Monseigneur pour le feu qui fut exécuté à Meadon pour le même sujet. Os faits prou- ?ent une possession constante et suivie ta foreur du directeur général des bâtiments pendant tout le cours du règue du feu Roi. Mais indépendamment de cette possession on croit pouvoir dire que les fonctions que le directeur général des bâtiments réclame sont naturellement et même nécessairement de son ressort. Il est par la place dont le Roi Ta honoré le directeur naturel des arts. Il est à la tête de l'architecture, peinture et sculpture. Toutes les constructions et décorations lui sont naturellement et comme de droit confiées , parce qu'il commande à tous ceux dont le ministère est nécessaire pour l'exécution ; le soin et l'entretien des lieux où se font les fêtes sont de son ressort. Les ouvriers, artistes, non-seulement lui sont subordonnés, mais les jardiniers ; les eaux jaillissantes, dont on faisoit et dont on peut encore faire un grand usage dans les fêtes, les jardins et tout ce qui y a rapport sont sous sa direction.

Enfin il réunit sous ses ordres tous les secours, soit pour les desseins soit pour l'exécution, ce que persoune que lui n'est en étatde faire aussi ' aisément et à aussi peu de frais.

Réponse au précédent mémoire.

M. le directeur général des bâtiments croit pouvoir ordonner, à l'exclusion des premiers gentilshommes de la chambre, tout ce qui sera nécessaire pour les constructions et décorations du trône qui doit être élevé dans la grande galerie de Versailles à l'occasion de l'audience de l'ambassadeur du Grand Seigneur. •

Il se fonde sur deux considérations : l'une, que par sa place il est directeur naturel des arts et que toutes les constructions et décorations lui sont naturellement et comme de droit confiées, parce qu'il commande à tous ceux dont le ministère est nécessaire pour l'exécution.

L'autre, que pendant le règne du feu Roi il a acquis la possession de donner les ordres dans toutes les occasions semblables à celle qui se présente et dans l>eaucoup d'autres, telles que les fêtes et les cérémonies publiques.

Les premiers gentilshommes de la chambre n'ont garde de contester

IJXM3

MBHK 1741.

à M. le directeur général des bâtiments le titre de directeur général des t; ils reconnoissent aussi que tous les ouvriers lui sout naturellei ; enliu ils conviennent qu'il a sous sa direction tous ceux qui peuvent prêter les mains pour l'exécution des desseins d'architecture, peinture et sculpture ; mais H s'en faut beaucoup que tous ces avantages attachés à sa place lui donnent la prérogative d'ordonner indistinctement dans toutes les occasions où il s'agit, pour le service du Roi, de construction et de décoration.

Le service de M. le directeur général des bâtiments et les fonctions des premiers gentilshommes de la chambre sont, à cet égard, distingues par des caractères si sensibles qu'il n'est pas possible de les confondre.

Lorsqu'il s'agit d'élever ou de décorer des édifiées solides et permanents, de construire des châteaux, de former, d'embellir des jardins, il n'est pas douteux que toutes ces constructions, toutes ces décorations

du ressort de M. le directeur général des bâti-

A l'égard de ces constructions, de ces décorations momentanées de théâtres, de trônes, de cérémonies, de fêtes, d'artifices, qui se font moins pour l'utilité que pour le plaisir de S. M., et qui ne sont en quelque sorte que des jeux passagers de sa magnificence, elles ont toujours été regardées depuis plusieurs siècles comme menues affaires de Sa Majesté, et comme telles essentiellement dépendantes des fonctions du premier

Ainsi, les

rial, c'est-à-dire depuis la création de leurs charges, sont en possession d'ordonner toutes les constructions et décorations qui se font dans les fêtes, pompes et autres cérémonies publiques, pour le service de Sa Majesté.

C'est ce qu'il serait aisé de justifier par une foule de monuments non suspects, si la circonstance présente laîssoit le temps de faire les renécessaires et de rassembler toutes les pièces nui

Les premiers gentilshommes de la chambre se contentent donc de soutenir, et ils sont en état de prouver, soit par les registres de la chambre descomptes, soit par des titres également authentiques, que sous le règne de Charles VIII (1), de Louis XII, de François Ier,de Henri 11, de François II, de Chartes IX , de Henri III, de Henri IV, de Louis XIII, ils ont ordonné toutes les constructions, décorations, artifices, illumi-

(1) Sous Charte» VIII et Louis XU le* ordre* se donnoient par deux chambellans, aux fonction» de qui les premier» gentilshommes ont succédé fora de leur création sous François Ier. ( Note du duc de Luynes.)

nations, qui ont été faites pour les sacres des rois, pour les cérémonies de leurs mariages, pour la naissance des enfants de France, pour les pompes funèbres, pour la réception des ambassadeurs, pour les bals, joutes, lices, tournois , carrousels, combats , jeux , triomphes, et généralement pour toutes les fêtes publiques.

On voit dans les registres de la chambre des comptes que depuis trois cents ans le trésorier des Menus y a toujours compté des dépenses faîtes pour ces cérémonies et pour ces fêtes, tant en menuiseries, artifices, peinture, sculpture, que charpente et maçonnerie L'ancienne possession des premiers gentilshommes de la chambre est donc justifiée par une longue suite de preuves qui ne sont point équ ivoques.

Iieur possession a continué de même pendant le règne du feu Roi. Ce sont les premiers gentilshommes de la chambre qui ont ordonné toutes les décorations et constructions nécessaires pour le sacre de ce prince et pour les cérémonies de son mariage.

O sont eux aussi qui ont reçu immédiatement les ordres du Roi dans les fêtes dont parle M. le directeur général des bâtiments dans son mémoire, et ce n'a été que sous leurs ordres que les officiers des bâtiments ont prêté leur ministère pour l'exécution des desseins. C'est ce qui se justifie parle témoignage même du Sr Félibien, historiographe des bâtiments. Cet historien, en parlant des fêtes données à Versailles en 1 664, s'explique ainsi : « M de Vigarani (1 ), gentilhomme modénois fort savant en toutes choses, inventa et proposa celle-ci, et le Roi commanda à M. le duc de Saint- Aignan, qui se trouva lors en fonction de premier gentilhomme de sa chambre et qui avoitdéjà donné plusieurs sujets de bals fort agréables de faire un dessein où elles (ces fêtes) fussent toutes comprises avec liaison et avec ordre, de sorte qu'elles ne pouvoient manquer de bien réussir. 11 ( M. le duc de Saint- Aignan ) prit pour sujet le palais d'Alcine, etc. »

C'est ce qui se justifie encore par l'exécution d'un feu d'artifice tiré dans la même année 1664 et qui fut exécuté sous les ordres des premiers gentilshommes de la chambre par les intendants des menus plaisirs.

Ainsi les faits allégués dans le mémoire de M. le directeur général des bâtiments ne donnent aucune atteinte au droit ni à la possession des premiers gentilshommes de la chambre. Ces faits au contraire ne font que concourir à confirmer leur longue possession. Tout ce qu'on en peut inférer, c'est que par des raisons qu'on ne sauroit deviner, les premiers gentilshommes de la chambre, pour l'exécution, se sont quelquefois servi de la main des officiers des bâtiments. Ce furent aussi les premiers gentilshommes de la chambre qui sous

jouîMoit d'une pension de 6,000 livres payée par le trésorier des menu» plaisirs. ( Rote du due de Z&yjies. )

le règne du feu Roi eurent la direction de tout ce qui fut fiait pour la décoration du troue élevé dans la grande galerie de Versailles pour l'audience de l'ambassadeur de Perse, et c'est sans doute par erreur que le fait contraire est échappé dans le mémoire de M. le directeur général des bâtiments.

Ce fut encore sous leurs ordres que se firent toutes les constructions et décorations qui furent jugées nécessaires pour la cérémonie du sacre de Sa Majesté.

Enfin lorsque S. M., en 1721, donna audience dans le palais des Tuileries à l'ambassadeur du Grand Seigneur, ce fut M. de Mortemart, premier gentilhomme de la chambre, qui ordonna seul, comme M. le directeur général en convient, toutes les constructions et décorations nécessaires à cette cérémonie, et tous les feux d'artifice et illuminations qui furent donnés dans la suite.

On ne peut imaginer que si M. le directeur général des bâtiments eût été en possession d'ordonner les fêtes et illuminations, et nommément la construction du trône, M. le duc d'Antin, qui avoiteu cette place sous le règne du feu Roi et qui n'en ignoroit aucune prérogative, i j d ï j d ^) ci w ^ j soîi ^^^^D^stt^)U£t i* t ïîï i ^^^siîtit w \ \ w ^\ 4. 1 ^\ c I \ i w -

Depuis ce temps jusqu'à présent, soit avant, soit depuis la majorité du Roi, ils ont toujours reçu les ordres de S. M. pour toutes ces mêmes dépenses sans en excepter une seule.

Les intendants des menus plaisirs et affaires de la chambre du Roi, créés en titre d'office pour servir sous eux dans l'exécution de ces fêtes et de ces cérémonies, s'en sont acquittés jusqu'ici avec tant de zèle et de capacité, qu'en plusieurs rencontres S. M. a bien voulu leur marquer sa satisfaction.

Ces fonctions sont même et ont toujours été les principales des charges qu'ils ont acquises.

En établissant donc une possession de trois siècles et qui depuis le règne de S. M. n'a jamais souffert la plus légère interruption, les premiers gentilshommes de la chambre espèrent que S. M. sera trop équitable pour les dépouiller d'une prérogative dont ils jouissent depuis si longtemps, dans laquelle elle les a elle-même toujours maintenus, et dont la privation leur seroit d'autant plus sensible qu'elle sembleroit leur annoncer delà part de S. M. quelque mécontentement de leurs services, ce qui les toucherait beaucoup plus que la perte même de leur droit.

Réponse de M. Orry, contrôleur général et directeur général des bàtlments.au mémoire de MM. les premiers gentilshommes de la chambre.

Quoique le directeur général des bâtiments ait eu dessein, dans le mémoire qu'il a pris la liberté de présenter au Roi, de fixer l'objet de

ses représentations sur les choses présentes d'art, et qu'il croit être uniquement de son ressort, il lui est revenu que MM. les premiers gentilshommes de la einimnre pen^oient qu u \ouioit leur contester ues fonctions qu'ils out lieu de croire être en droit de prétendre comme étant des attributs naturels de leurs charges.

Pour lever tous les doutes qui pourroient naître à ce sujet, te directeur général des bâtiments croit devoir 4e nouveau fixer précisément quelles sont les fonctions qu'il croit pouvoir réclamer.

Quand le Roi juge à propos de donner quelques fêtes, 00 qu'il s'agit ut (jiii iqut.s ten moines qui aonneni lieu .1 nés preparuTiis iiiins 1 mierieur des châteaux et jardins deS. M., elle donne ses ordres au premier gentilhomme de la chambre. Il n'est question que d'ornements, ameublements, que danses, jeux, comédies, etc. Tie directeur général des bâtiments convient qu'il n'y a rien en cela de son ressort. Il pense cependant qu'il est du bien du service du Roi qu'il plaise à S. M. de donner ordre à son directeur général des R Aliments de concourir, pour l'exécution, à ce qui peut intéresser ses fonctions, soit pour préserver les

à la conservation des vases, statues, bustes et autres décorations de cette nature, soit en faisant enlever ce qui est susceptible de l'être, soit enfin en prenant les précautions nécessaires pour que ce qui ne peut être enlevé soit garanti de façon qu'on ne puisse y causer aucun dommage. Mais s'il est question de construction d'estrades, d'échafauds, de gradins, de décorations, de peintures, sculptures, dorures, etc. les dedans, s'il est question dans les dehors et jardins de et décorations, de salles, de feux d'artifice, de théâtres, d'echafauds, alors comme ces constructions sont du ressort des Râtiments, il pense qu'il doit recevoir l'ordre du Roi pour le faire exécuter ; bien entendu qu'il se concertera avec le premier gentilhomme de la chambre à quiil ne dispute point l'ordonnance générale de ces fêtes. Mais quand cette ordonnance générale est approuvée par le Roi , S. M. donne ses ordres à ceux qui doivent concourir à l'exécution, chacun dans sa partie, et chacun aussi fait ses plans et ses desseins pour ce qui le concerne et les fait approuver par le Roi. Si dans ces fêtes il étoit question de carrousels et decourses de chevaux, ilest à présumer que MM. les premiers gentilhommes de la chambre ne contesteroient pas à M. le grand écuyer l'honneur de recevoir les ordres du Roi pour ce qui le concerneroit. S'il est question de chasse, MM. les premiers gentilshommes delà chambre ne disputent pas le même honneur à M. le grand veneur. S'il est question de festins et de collations, ce sera sans doute le premier maître d'hôtel qui sera chargé de cette partie, et uon MM. les premiers gentilshommes de la chambre. Pourquoi donc le directeur général des bâtiments se trouvcra-t-il seul prive de ses fonctions dans les cérémonies

DÉCEMBRK 1741.

et dans les fêtes qui se font dans les châteaux et maisons royales? Pourquoi MM. les premiers gentilshommes de la chambre voudront-ils introduire dans les appartements du Roi et dans ses jardins des ouvriers étrangers, quand S. M. en a à son service, qu'il a des architectes de tous les ordres, ueï> peintres , des sculpteurs, des charpentiers, des menuisiers, doreurs, etc.? MM. les premiers gentilshommes de la chambre ont-ils des artistes dans tous ces genres payés et gagés par le Roi ? on ne le présume pas. 11 seroit étrange que le Roi payât des gens d'art dont on ne seroit pas sûr de foire usage une fois en dix ans. Quelle confiance d'ailleurs pourroit-on avoir en de pareils ouvriers? Connoissent-ils les lieux? s'ils travaillent dans les jardins, quels désordres ne peuvent-ils pas y causer? D'ailleurs, si faute de solidité dans les constructions il armoit quoique occident, quels reprocnes n auroiton pas à se faire. Devroient-ilsau fond se charger de pareils événements et s'y exposer? Ils conviendront aisément qu'ils ne s'entendent pas à ces sortes d'ouvrages. Il faut donc qu'ils s'en rapportent a des architectes. Il sera singulier de voir .faire un ouvrage dans l'appartement du Roi , dans ses palais et dans ses jardins, sous la direction d'un architecte étranger et par des ouvriers étrangers, pendant que S. M. a son premier architecte et des architectes de tous les ordres à son service.

Mais pourquoi, dira-t-on, sera-ce le directeur général des bâtiments qui sera chargé des illuminations dans les dehors et des feux d'artifice ? quelle relation cela peut-il avoir avec ses fonctions? Il est aisé de faire cette relation.

Si l'illumination est faite dans l'intérieur du château , il faut en suivre la décoration et l'architecture. Qui est plus en état que les of - Aciers des bâtiments d'en former les desseins ? ils les ont tous dans leurs mains, il leur est facile de les suivre. A l'égard de l'exécution, par qui peut-elle être faite? par des couvreurs, des charpentiers et autres de cette espèce. Ira-t-on en chercher d'étrangers quand le Roi en a qui sont payés toute Tannée? D'ailleurs, si on introduit des étrangers qu'en résultera-t-il ? qu'on brisera les couvertures et les plombs ; qu'on gâtera les corniches et les ouvrages de sculpture , les statues et les décorations ; au lieu que les ouvriers du Rot qui sont chargés euxmêmes des entretiens, sont engagés , et par intérêt , à apporter tous leurs soins pour que rien ne soit endommagé.

Les illuminations dans les dehors, qui se font dans les jardins, sont dans le même cas; il faut prendre des précautions et des mesures pour gâter le moins qu'il est possible le sol des jardins, les plantes, les arbres, les charmilles, les bassins, les statues, les vases et autres choses précieuses; par conséquent il faut u'employer que les ouvriers du Roi, auxquels se joi gnent les jardiniers, les fontaiuiers. Quand ce sont les officiers des bâtiments du Roi qui sont chargés de l'exécution, ils con-

courent tous à éviter de causer quelque dommage. Quand on se servira d'étrangers, ils agiront sans attention, sans ménagement. Qu'en résultera-t-il ? une bien plus grande dépense pour le Roi et beaucoup de dommages et de dégâts.

Il en est de même pour les feux d'artifice qui se font dans les jardins; il faut y construire une charpente énorme ; on en a vu un exemple il y a quelques années.

Comment MM. les premiers gentilshommes de la chambre peuventils prétendre se charger de pareilles constructions, et par qui peuventils les faire exécuter ?

Pourquoi se faire peine d'en user dans toutes ces occasions comme on a fait au feu que la ville de Paris a donné à l'occasion du mariage de Madame? M. le duc de Gesvres reçut l'ordre du Roi pour faire disposer tout ce qui étoit nécessaire pour S. M. et toute sa cour. S. M. lui dit qu'elle se placerait dans le cabinet de la Reine. M. le duc de Gesvres fit ses dispositions, et en même temps le directeur général des bâtiments reçut Tordre du Roi pour y faire construire un baldaquin * au lieu du balcon de ce cabinet. Il eut ordre en même temps de faire construire des espèces de loges sur la terrasse du jardin de la Reine, pour placer la suite du Roi ; en conséquence, il se concerta avec M. le duc de Gesvres et convint avec lui des dispositions générales. Ils se portèrent ensemble plusieurs fois sur les lieux. La construction du baldaquin et des loges fut exécutée et décorée pour l'extérieur en peinture et dorure : voilà à quoi se borna la fonction du directeur général des bâtiments. M. le duc de Gesvres, chargé de tout le reste, le fit exécuter. Ce qui s'est fait en cette occasion se peut faire facilement dans celle qui se présente aujourd'hui. M. le ducd'Aumont reçoit l'ordre du Roi pour l'audience de l'ambassadeur du Grand Seigneur. Il est question de faire dans le fond de la galerie, ou ailleurs, une estrade pour y placer le trône du Roi ; il faut aussi placer le dais et peut-être faire faire des échafauds dans quelque partie de la galerie. Que fera alors le directeur général des bâtiments ? il recevra du Roi les ordres pour faire exécuter les choses qui sont de son ressort, et se concertera avec M. le duc d'Aumont pour l'exécution des ordres de S. M. Y a-t-il en cela quelque chose qui doive blesser MM. les premiers gentilshommes de la chambre? on ne peut le présumer ; ils sont conservés dans leurs véritables prérogatives, ils reçoivent les ordres du Roi et les font exécuter en ce qui les concerne. Le directeur général des bâtiments reçoit aussi les ordres du Roi pour ce qui concerne ses fonctions et les fait exécuter de concert avec M le premier gentilhomme de la chambre; et l'on a tout lieu de penser qu'il ne se trouvera pas plus de difficultés dans l'exécution de ce qui concerne cette cérémonie qu'il n'y en a eu à l'occasion du feu donne par lavilletleParis,quo le Roi a honoré de sa présence.

DÉCEMBRE 174t. 45

Au surplus, tout ce que réclame aujourd'hui le directeur général des b:\timeuts, il ne le réclame que pour les châteaux et maisons royales et leurs dépendances; comme il n'a que la direction générale des bâtiments du Roi, il ne porte point ses vues sur tout ce qui se peut faire ailleurs, et c'est par cette raison qu'il ne conteste à personne le droit d'ordonner et de faire faire tout ce qui a rapport aux sacres et aux pompes funèbres, qui se faisant ordinairement dans des églises qui n'appartiennent point au Roi , ne sont point de la dépendance de sa place, d'autant qu'on y peut sans inconvénient employer toutes sortes d'ouvriers, et que les mêmes raisons qui peuvent empêcher de s'en servir dans les maisons royales ne subsistent point pour les autres bâd monts

Réponse de MM. les premiers gentilshommes de la chambre.

Il s'en faut beaucoup que les premiers gentilshommes de la chambre aient passé à M. le directeur général des bâtiments son premier moyen fondé sur sa qualité de directeur des arts. Ils lui ont au contraire dé* montré que ce moyen porte à faux, en établissant la différence essentielle qu'il y a entre leurs fonctions et celles du directeur général des bâtiments. C'est un article sur lequel il ne sauroitrien répondre. Au reste s'il veut jeter les yeux sur les édita de 1708 et de 1716, qui contiennent un long détail de toutes les fonctions attachées à la charge de surintendant des bâtiments, s'il veut même consulter son propre titre, c'està-dire sa commission , il se convaincra de plus en plus qu'il n'a aucune sorte de droit sur les fonctions qu'il dispute aux premiers gentilshommes de la chambre.

On ne conteste pas moins à M. le directeur général des bâtiments la possession qu'il réclame. Il n'en a point; il convient au contraire qu'elle est en faveur des premiers gentilshommes de la chambre , puisqu'il avoue expressément que leur possession est prouvée de règne en régne jusqu'au sacre de Louis XIV. Ce sont ses termes. Peut-on sérieusement faire envisager une possession si ancienne et si suivie comme une chimère ?

M. le directeur général des bâtiments convient encore que depuis le règne de S. M. leur possession est universelle, constante et non interrompue.

Il met donc toute sa ressource dans le règne de Louis XIV, comme si ce règne devoit plutôt servir de règle que les règnes des rois qui ont précédé et que celui-méme de S. M. aujourd'hui régnante. Mais que trouve- t-on dans le règne de Louis XIV ? rien de fixe , rien d'uniforme sur l'objet présent ; on y remarque quatorze fêtes ou grandes cérémonies , dont huit, du nombre desquelles sont deux entrées d'ambassadeurs , ont constamment été ordonnées par les

premiers gentilshommes de la chambre , et six dont le directeur général des bâtiments prétend avoir eu la conduite ; car enfin en ne con- , testant même aucun des exemples cités par M. le directeur général des bâtiments, quoique les preuves en soient fort équivoques, la question se réduiroit à savoir qui doit remporter ou de six exemples pour le directeur général des bâtiments, ou de huit exemples pour les premiers gentilshommes de la chambre, qui outre ces huit exemples sous le règne de Louis XIV, ont encore en leur faveur tout ce qui s'est fait soit sous les règnes précédents, soit sous le règne de Sa Majesté.

Or, de quel droit et par quel privilège singulier voudroit-on que six exemples assez mal justifiés l'emportassent sur huit qui sont constants et bien prouvés par les registres de la chambre des comptes ?

Qu'il soit encore permis de demander sur quels motifs d'équité et par quelles raisons déterminantes on propose au Roi de changer, de renverser, de détruire tout ce que S. M. a approuvé , tout ce qu'elle a fait depuis le commencement de son règne jusqu'à présent. Plus les premiers gentilshommes de la chambre se sont fait jusqu'ici un devoir inviolable de respecter les volontés et les ordres du Roi, moins ils conçoivent ce qui peut autoriser M. le directeur général des bâtiments à écarter comme indifférent et sans couséquence tout ce qui s'est fait sous le règne et par les ordres de Sa Majesté.

Pour finir par une réflexion qui devroit faire impression, on croit pouvoir rappeler à M . le directeur général des bâtiments qu'il succéda à feu M. le duc d'Antin. Il n'ignore pas combien il étoit jaloux de conserver jusqu'aux moindres prérogatives d'une charge qu'il espéroit transmettre à ses descendants Peut-on se persuader que, dans cette position, M. le duc d'Antin eût volontairement abandonné des fonctions qu'il auroit regardées comme essentiellement attachées à sa charge, et qu'il eût laissé tranquillement passer aux premiers gentilshommes de la chambre un droit qui leur auroit été étranger et dont il se seroit luimême cru en possession? Peut-on se persuader qu'il eût ignoré ou négligé les raisons que M. le directeur général des bâtiments emploie aujourd'hui ?

Il résulte naturellement de cette observation frappante que M. le duc d'Antin, bien instruit des droits de sa charge et à qui rien ne manquoit de tout ce qui pouvoit tendre à les conserver en leur entier, n'a jamais regardé quelques exemples singuliers du règne de Louis XIV comme capables de lui attribuer un droit qu'il reconnoissoit ne point avoir par les éditsde création de sa charge, et qu'il savoit par les exemples de tous les règnes précédents avoir toujours été attachés de temps immémorial aux fonctions des premiers gentilshommes de la chambre.

Ainsi les droits des premiers gentilshommes de la chambre sont

DÉCEMBRE â*4l.

fondés sur l'universalité des exemples puisés dans les règnes précédents, sur la pluralité des exemples du règne de Louis XIV, et généralement sur tout ce qui s'est fait depuis le règne de S. M., comme en

Relation de M. le duc de Ouvreuse sur l'escalade de Prague

La nuit du 24 au 95 décembre 1741, M. le comte de Saxe passa la Moldau sur un pont de bateaux avec un détachement composé de huit cents hommes des pk^ets et de l'infanterie aux ordres de M M.de

quatre compagnies de grenadiers, six cents dragons , huit cents carabiniers et six cents chevaux de la brigade du Roi. 11 alla avec la cavalerie et les dragons jusqu'au village de Couratitx, où il trouva son infanterie qu'il avoit envoyée devant lui , aux ordres de M. le marquis de Wirepoiv , maréchal de camp; M. de la Tour, aussi maréchal de camp, étant à la cavalerie. M le comte de Saxe s'avança avec sa cavalerie seulement, précédée des dragons, qu'il découvrit seuls , jusqu'à une hauteur qui est à une demi- portée de canon de la ville de Prague, et surtout de la citadelle. On nous reçut avec huit ou dix coups de canon qui passèrent au milieu de nous sans toucher personne. Quand M. le comte de Saxe eut reconnu ce qu'il vouloit voir, il fit retirer son détachement jusqu'à Goura titz; il venoit de recevoir une lettre de Télecteur qui lui défendoit de rien entreprendre sans ses ordres. Il mit sa cavalerie en bataille, envoya M. de la Tour porter deux troupes de dragons en avant et voulut bien me charger de couvrir ses bancs avec les six autres troupes de dragons (1) ; il resta au village de Couratitz, avec tous les principaux of liciers, qu'il flt garder par les quatre compagnies de grenadiers, attendant le jour pour pouvoir se déterminer

(I) « Lettre de M. le comte de Saxe à M. le maréchal de Chaulnes, du 16 décembre 1741, de Prague.

« Je ne saurois voua dire assez de bien ai vous faire assez d'éloges de M. le due de Chevreuse ; il a acquis l 'affection , l'amitié et l'estime de toutes les troupes. Permettez que je vous fasse ce compliment, n'osant le faire à luimême; si vous lui écrivez, je vous prie de lut exprimer les sentiments d'attachement que j'ai pour lui; personne ne peut mieux s'en acquitter plus heureusement que voos.

« Je crains de vous dire une platitude que de vous confier que j'ai été obligé de me servir de toute mon autorité pour empêcher M. le Hue de Chevreuse de monter à l'échelle avec les premiers greuadier*. » (Archives du château de Dampierre. )

au parti qu'il prendroit sur sa besogne du lendemain , qu'il croyoîtne devoir plus être queue sa\oir des nouvelles des ennemis, t'our mettre mieux au fait de la situation de M. le comte de Saxe Je crois qu'il est nécessaire de dire quelle étoit en général la position de l'armée. L'électeur avoit ses quartiers à une lieue de Prague, à peu près autant de l'armée saxonne et de la partie des troupes de France qui est aux ordres de M. de Gassion ; l'artillerie françoise ni celle des Saxons n'étoient point encore arrivées, ce qui empéchoit de pouvoir entreprendre le siège de Prague. Cependant le grand-duc s'avancoit avec son armée dans le dessein de secourir la ville ; rélecteur ne pouvoit lui opposer une armée aussi forte que la sienne, n'étant point joint par les Prussiens, par M. de Leuville, ni par M. deTerring, qui commande les Bavarois. S'il avoit passé la Moldau avec son armée, la bataille étoit inévitable ; s'il ne la passoit pas, les «ennemis seeouroient Prague ; leur armée empêchant absolument toutes nos entreprises sur cette ville, nous ôtoit toute espérance de quartiers d'hiver et obligeoit vraisemblablement l'électeur à aller prendre des quartiers en Bavière , à tout abandonner et tout manquer. Toutes ces circonstances firent sur l'esprit de l'électeur l'impression qu'on en devoit attendre; et, aidé des instances réitérées de M . le comte de Saxe et de l'armée saxonne , il envoya à Couratitz un aide de camp de M. de Boufflers , qui avoit reconnu la porte neuve, qui vint dire qu'une partie de l'artillerie éloit arrivée et que M. de Saxe pouvoit suivre son projet. Nous partîmes de Couratitz à dix heures du soir, et nous avançâmes par un fort grand détour jusqu'à une demi-lieue de Prague , où nous arrivâmes à une heure et demie du matin. M. le comte de Saxe alla reconnottre seul avec M. de Chevert; il vit que le front que nous allions attaquer étoit couvert d'un ravelin détruit ; il revint à nous, et fit avancer les grenadiers et les dragons pied à terre avec des échelles que nous avions ramassées, qu'ils mirent contre la courtine du front que nous attaquions. Les grenadiers et deux troupes de dragons y montèrent , et dans le moment le tambour des dragons battit la marche et on cria : Vive le Roi ! Pendant ce temps, les ennemis firent un assez grand feu sur nous; nous n'eûmes cependant qu'un brigadier de mon régiment de blessé, et nous tuâmes et mimes en fuite tout ce qui étoit sur le rempart, et nous nous emparâmes de la porte neuve. D'abord tous les grenadiers et dragons, qui n'avoient pas encore monté, entrèrent par la porte ; ils furent suivis de l'infanterie et de la cavalerie ; ces deux dernières troupes occupèrent les places de la ville, et nos dragons restèrent à garder la porte qu'ils avoient prise. Avant notre attaque, M. de Gassion en avoit tenté une qui ne réussit pas; cetoit le projet d'attirer tout le feu de ce côté et du nôtre pour favoriser l'attaque des Saxons qui devoit être la seule véritable. Le feu fut considérable à celle de M. de

Gassiou, tant de sa part que de celle des ennemis ; il le fut autant à celle des Saxons qui entrèrent aussi dans la ville , après que nous leur eûmes fait ouvrir la porte; ils perdirent un général-major et un officier subalterne dangereusement blessé , et aussi quelques soldats. On estime la perte des enuerais à environ cent hommes et quelques blesses. Toute la garnison s'est rendue prisonnière de guerre ; elle étoit composée de troupes réglées , des hussards de Seckendorf et de Wallis, des invalides et d'environ quinze cents bourgeois armés ; le gouverneur s'est aussi rendu prisonnier. Ainsi, le 26, à six heures du matin, nous étions maîtres de toute la ville et même de la citadelle ; c'est de cette façon qu'a réussi le grand projet, qui est l'ouvrage de M. le comte de Saxe (1).

Autre relation de M. le duc de Chevreuse.

Le 29 novembre, M. le comte de Saxe, lieutenant général, MM. de Biron, de Mirepoix et de la Tour, maréchaux de camp, M. d'Armentières, brigadier d'infanterie, M. de .Mortemart, colonel d'infanterie, M. de Fougères, brigadier de cavalerie, qui avoient montré delà bravoure et de la sagacité, et moi commandant les dragons, partîmes de Prague avec douze compagnies de grenadiers, 24 piquets des brigades de Piémont et da Roi, 16 piquets de Saxons, 12 troupes de la brigade du Roi, 16 troupes de carabiniers, 2 troupes de hussards de Berchiny, 16 troupes de dragons, 16 troupes de Tartares (2) et six pièces de canon de l'artillerie des Saxons. Le projet de ce détachement étoit de savoir des nouvelles des ennemis, qui avoient eu envie de nous attaquer avant que nous puissions le prendre et nous réunir avec les corps de MM. de Leuvilleet deTerring. La prise de Prague avoit dérangé une partie de leurs vues ; mais on ignoroit s'il ne leur restoit point celle de nous attaquer ou de nous couper les vivres. Enfin il étoit important d'être informé de leurs manœuvres. "En conséquence de tout cela, notre détachement partit ; nous nous avançâmes jusqu'à Kundratilze, village à une lieue de Prague. M. de Saxe y fut joint pajr son infanterie, qui venoit d'auprès de Konigf al de l'autre côté de l'eau. M. le comte de Saxe mit en cet endroit son détachement en bataille, la cavalerie et les dragons à la première ligne et l'infanterie à la seconde ligne ; il envoya sur les flancs deux petites troupes de hussards et environ 600 en avant, soutenus de 4 troupes de dragons. Les hullans virent quelques troupes de hussards, fondirent dessus ; une de ces troupes avec

(I) J'ai montré ce mémoire à M. de Loss, envoyé de Saxe, qui le trouve Tort e\act. (Soie du duc de Luynes.) (?.; Voy. p. :>2 la relatiou *ur les Tarlarcs.

la plus grande légèreté et beaucoup de valeur essuyèrent le feu des

hussards, les poussèrent ensuite vivement, les mirent en fuite, en tuèrent plusieurs a coups de fusil et davantage avec leurs lances, en ramenèrent cinq ou six prisonniers dont quelques-uns étoient blessés. Il vint aussi ce jour-là quelques déserteurs des ennemis ; mais les prisonniers et déserteurs dirent seulement que l'armée des ennemis devoit marcher, sans expliquer ou. Ce peu d'éclaircissement fit juger à M. le comte de Saxe qu'il n'étoit pas prudent de se commettre et de rester en bataille à kundratilze, sans se couvrir de quelques défilés; il fit retirer ses troupes a Kertsen, à environ une demi-lieue vers Prague, leur lit passer le défilé, y mit deux compagnies de grenadiers, couvrit les flancs de sa cavalerie par les dragons, mit quelques piquets d'infanterie dans des broussailles, fit coucher ses troupes au bivac, et le lendemain s avança à Urzeniowes, où il mit toute sa cavalerie sur une ligne, ses flancs couverts de dragons ; il jeta son infanterie et le canon dans le village. Nous ne vtmes rien ce jour-là que quelques cavaliers du régiment de Cordoni des ennemis qui se dirent déserteurs, mais que les hullans attrapèrent .cependant à la course, et beaucoup de déserteurs, tant d'infanterie que de cavalerie et dragons des ennemis, qui nous dirent que l'armée du grand-duc s'étoit arrêtée sur le bord de la Sahura, quand on y avoit appris la prise de Prague, et que plusieurs prétendoient même qu'elle alloit rétrograder.

Le 1er décembre, nous allâmes à Jessenitz; M. le comte de Saxe nous fit faire la marche de ce jour-là sur trois colonnes ; la plus près des ennemis étoit celle des hullans, qui couvrait et éclairoit la nôtre, la seconde celle delà cavalerie et dragons, et la troisième de l'infanterie. Cet ordre de marche étoit pour persuader au pays et aux ennemis que notre armée alloit à eux et pour les déterminer par là à nous laisser le terrain libre. Cepeodant les hussards, qui vraisemblablement vouloient avoir leur revanche de la reconduite des hullans, parurent au nonibre.de 400. Les hullans envoyèrent demander à M. le comte de Saxe des troupes pour les soutenir ; il envoya quatre troupes de dragonsavec ordrede ne se point éloigner du gros du détachement. Les hullans fondirent sur les hussards, en tuèrent environ quarante, en firent autant de prisonniers et les chassèrent. Il nous vint aussi ce jour beaucoup de déserteurs qui nous assurèrent de la retraite des enne* mis. Nous ne doutions pas d'être attaqués cette nuit, ayant appris qu'il y avoit six régiments, de 800 hussards chacun, à une lieue de nous, et le 2 décembre nous rentrâmes à Prague. La tête de notre détachement y étoit déjà, lorsque M. de Beauvau, le ministre, apporta à M. le comte de Saxe une lettre de M. le maréchal qui le prioit d'aller avec sou détachement tâcher de charger l'arricre-garde des ennemis ; mais il étoit trop tard. On avoit trompé M. de Beauvau sur le nom du

village où nous éUons,>t avec cela le détachement étoit si harasse d'avoir couché quatre nuits au bivac, par une saison aussi rade , manquant même de pain, qu'il edt été difiicëe d'exécuter ce projet MM. les princes des Deux-Ponts et de Beauvau et MM. les comtes de Poniatowski et Boroski, qui étoient voloutaires au détachement, allèrent avec toute la valeur possible combattre à la tête des hullaus.

Les déserteurs des ennemis prétendent que dans peu ils seront suivis de toute l'armée.

Ou envoie demain un gros détachement d'infanterie et de cavalerie

le poste de Tabor, et on envoie un gros détachement occuper ou reprendre celui de Budweiss ; et les autre* troupes s'établiront, dit-on, dans leurs quartiers. Je ne suis point de ces deux détachements; j'aurai l'honneur de vous mander ce qu'ils auront tait.

Autre relation sur les hullans ou Tatiares.

Les hullans viennent d'une famille tartare qui s'établit en Pologne et qui successivement s'agrandit au point de composer presque un peuple entier de noblesse qui porte les armes. Ils sont presque tous mahométans. Voici de quelle façon Hs sont armés et vêtus. Ils portent des bonnets ronds en forme de toque, doublés de fourrures ; des vestes assez courtes, à peu près comme celle des hussards ; un manteau qui ne couvre que l'épaule, aussi comme ceux des hussards ; des calottes beaucoup plus étendues que celles des Cent-Suisses. A l'égard de la couleur de leur habillement, la plupart sont blancs ; mais Us en ont aussi de plusieurs couleurs.

Ces hullans rappellent assez I idée des anciens hommes d'armes ; car dans ces troupes il en est de deux espèces ; les premiers sont nobles ou de bonnes familles, ils s'appellent Tavarltches, et ont chacun un second ou écuyer nommé pak elet. Le Tavarrtche est armé de pistolets, d'un sabre et d'une lance d'un bois ferme et léger, d'une grosseur égale partout , longue d'environ huit pieds , au bout de laquelle est une pointe de fer longue et extrêmement aiguë avec une flamme de taffetas bleu et blanc ; et le pakelet a deux paires de pistolets, dont l'une à la ceinture et une carabine. Ils remuent en approchant les troupes auxquelles ils ont affaire, et le bruit qu'ils font, joint à l'effet de leurs lances, effraye les chevaux et rompt sûrement un escadron. Ils sont montés sur de petits chevaux tartares, de vilaine figure, harnachés à la hussarde et qui n'ont qu'un bridon avec deux gros anneaux qui tournent à l'embouchure. Ils gagnent les hussards à la course et sont très-braves. Ces troupes légères sont d'une graude ut lité contre les hussards et pour éclairer la marche d'une armée ou d'un détachement ;

Us battent le pays avec intelligence et précaution, et évitent par là les surprises qui souvent font échouer les meilleurs projets.

Quand les kullans rangent leurs troupes en bataille, ils forment deux rangs : le premier de Ta varitches et le second de pakelets. Os derniers ne quittent jamais les premiers. Voici quelle est leur façon de combattre. Selon ce qu'ils voient devant eux, ils envoyent une troupe au moins égale, qui se sépare du reste de leur corps qui se tient ensemble, et la troupe qui va aux ennemis est précédée de Tavaritches qui escarmouchent; leurs flancs sont aussi couverts d'autres qui sont prêts à porter le désordre dans ceux de l'ennemi ; ils se soutiennent par échelons et veulent toujours avoir derrière eux des troupes fermes sur lesquelles ils puissent se rallier. Us ont des étendards à la turque, des timballes et des trompettes ; ils sont commandés par des officiers auxquels ils obéissent avec respect.

Je me serais moins étendu sur les hullans(l) s'il étoit plus commun de voir des Tar tares faire partie d'une armée française. Je serais encore bien plus long si je faisois la description des troupes saxonnes. Je me restreindrai seulement à dire qu'on ne peut en voir de plus élevées et de mieux disciplinées.

Extrait delà relation du général comte Rutouskt, en date de Prague

du 27 novembre 1741.

Que sur les avis réitérés que l'armée autrichienne sous les ordres du grand-duc s'approchoit de Prague, on résolut d'escalader la ville sans aucun délai. On choisit pour cette expédition la nuit du 26 au 26 décembre ; et l'attaque, qui au commencement devoit se faire proche de la rivière du côté du collège des Jésuites, fut changée sur l'avis d'un dé* serteur, et on résolut de l'entreprendre proche de la porte de Charles.

On fut d'accord avec l'électeur de Bavière qu'une partie des troupes françoises feroit une fausse attaque du côté de leur tranchée, vers le petit côté, à une heure après minuit, pendant que le comte de Saxe attaquerait la ville même et que les Saxons formeraient deux véritables attaques, l'une sur deux tles de la rivière sur la ville neuve, et l'autre sur le petit côté proche de la porte de Charles.

On commença celle-ci à .quatre heures du matin par toutes les compagnies de grenadiers, qui formèrent quatre bataillons, conduits par les

(I) J'ai parlé de* huilant» à M. de Pooiatowski qui fait une observation : c'est que ce n>st point une famille, mais ce sont des Tartare* qui ont pris ce nom d'un d'entre eux nommé Hullan, homme de condition , et qui s étoit acquis grande réputation par sa valeur. En Sa\o même on les appelle Tartares. {ISotedtt due de Luynes.)

DÉCRMBRE 1741.

lieutenants-colonels Schedens, Schlegel, Gersdorf et Carlowitz, sous le commandement du colonel comte Cosel et le major général Weisbach Ces quatre bataillons furent suivis par huit cents travailleurs, et ceuxci par dix-huit c*nts hommes d'infanterie, rangés aussi en quatre bataillons sous les. ordres des colonels Ratzmer et Fraukenberg et des lieutenants-colonels Crousaf et Watzdorf.

Le comte de Cosel, à la téte du premier bataillon grenadier, se jeta dans le fossé avec ses gens, le passa et Gt attacher les échelles de l'autre côté ; il y fut repoussé par un feu très-vif de la part des assiégés ; mais à la seconde attaque, ayant ramené courageusement son monde à la charge, il parvint enfin au .haut du rempart. Les trois autres bataillons suivirent cet exemple, et ce fut à cette occasion que le général Weisbach fut tué dans le fossé.

Le lieutenant général Renard ayant pénétré dans la ville fit d'abord débarrasser et ouvrir la porte, où la garnison mit bas les armes, de sorte que les troupes y entrèrent sans résistance, occupèrent le marché, les autres portes et toute la ville.

Le nombre des prisonniers de guerre monte à 3,000 et celui des drapeaux qu'on a pris à treize, qui seront envoyés à Dresde.

A la seconde attaque du côté de la rivière, qui se fit par neuf bataillons commandés par les généraux Jasmond et Roche* on trouva au commencement beaucoup d'embarras en passant deux fossés à moulin, ce qui occasionna que ces troupes pénétrèrent dans la ville plus tard que les François sous les ordres du comte de Saxe ; cependant ils n'y trouvèrent aucune résistance. Knfin le : 6 décembre, à la petite pointe du jour, les troupes de S. M. entrèrent, et les clefs de la ville qu'on appelle le petit côté furent remises au comte Rutouski. Parmi les morts on compte le général Weisbach, le capitaine Hourt, l'enseigne Jordan et une vingtaine de soldats ; le nombre des blessés pourroit bien montera quarante. La garnison ennemie étoit distribuée sur les remparts, et la plus grande partie des troupes régulières se trouva du côté de l'attaque saxonne. A présentie petit côté est gardé par cinq bataillons. Dans la vieille ville, on a rais les régiments Weissenfels et Frankenberg, et le reste a été renvoyé au camp. On va dresser un nouveau camp proche de la ville et faire cantonner les troupes. Ceux qui se sont le plus distingués à cette occasion sont : le général chevalier de Saxe ; le lieutenant général Renard, quia ordonné toute l'attaque; le général Weisbach; le colonel Neubourg; les lieutenants- colonels Chmiclinski, comtes Nostis etPoniatowski ; les lieutenants-colonels Gersdorf, Carlowitz, Dyherr; le capitaine Trutschleret le lieutenant Brieggen.

Voici la copie d'une mauvaise plaisanterie faite au sujet de la situation présente de la reine de Hongrie :

La belle Hongroise est aujourd'hui fort mal pour avoir mangé trop de fromage de Hollande et bu trop de bière d'Angleterre. .Elle a eu trop de confiance dans l'empirique Stnzendorf, moyennant quoi la gangrène a gagné ses membres; le chirurgien prussien lui a fait une ample saignée; elle eût mieux fait de se mettre entre les mains du médecin charitable de France, qui, au moyen de quelques évacuations légères, l'eût beaucoup soulagée. Elle prend actuellement des bavaroises à la françoise.

les jambes, mais il lui défend le fromage de Mibiu,dont la privation^

Du jeudi 21, Versailles. — J'ai fait copier ci-dessus tous les mémoires qui ont été donnés de part et d'autre concernant la question entre les premiers gentilshommes delà chambre et le directeur général des bâtiments. Mwede Maillyétoit persuadée que les Bâtiments gagneroient leur procès, etceja, je crois, fondé sur le crédit qu'a le contrôleur général d'une part et M. Gabriel le tils. Celui-ci travaille presque continuellement avec le Roi pour tout ce qui s'appelle bâtiments et jardins, et entre autres pour tout ce qui regarde Choisy dont il est contrôleur, comme je J'ai marqué plus haut. Il n'y a point eu de véritable décision . Les deux partis sont convenus de conserver respectivement toutes leurs prétentions, et que cependant les premiers gentilshommes de la chambre, étant en possession, ordonneraient de tout ce qui regarde l'audience de l'ambassadeur turc, sans que cet arrangement put porter aucun préjudice ni tirer à conséquence contre le directeur général des bâtiments. C'est donc M. le duc d'Aumont qui prend Tordre du Roi pour la cérémonie. La Reine y sera incognito dans une tribune ou niche. Les dames présentées, quoi qu'elles puissent être en robe de chambre avec une mantille, seront cependant vraisemblablement en grand habit; il parolt que l'avis de M. d'Aumont est de les y déterminée.

Le Roi revint hier de Choisy après y avoir fait un dl-

ner-souper à cinq heures. Il y était allé lundi dernier. Il partit d'ici ce jour-là menant dans son carrosse M"" de la Roche-sur- Yon, M"*deMailly et Mmed'Àn tin;Mademoiselle y arriva de Paris peu de temps après le Roi ; elle y avoit amené Mmc de Sassenage. M"* de la Roche-sur- Yon et Mademoiselle n'a voient point encore été à Choisy. Ilparoit que l'intention du Roi est que les hommes ne se croient point en droitd aller à Choisy quand leurs femmes y sont. Ce voyage-ci, M™ de Sassenage y étoit et M. de Sassenage a été refusé ; le dernier voyage, M'ne de Ruffec y étoit et son mari fut refusé. Le Roi a été fort occupé à faire planter un nouveau bosquet, qui est auprès du jeu d'oie en deçà, et à faire couper plusieurs arbres anciens; il a toujours resté dehors depuis une heure après midi jusqu'à la nuit, malgré le vent et la pluie. Les bâtiments avancent beaucoup ; celui qui sert de communication de la cuisine à la salle à manger est entièrement élevé et couvert ; on travaille au dedans. Le Roi a été d'assez bonne humeur pendant tout le voyage ; il n'y eut qu'hier qu'il fut fort sérieux pendant tout le souper; il jouoit à l'hombre et au trictrac pendant que les dames jouoient à cavagnole.

M. deCoigny, qui commandoit les dragons à l'armée de M. de Ma il le bois, arriva hier et fit sa révérence au Roi à Choisy.

On eut nouvelles, il y a deux ou troisjours, par un courrier de M. de Grimberghen, que l'électeur de Bavière avoit été proclamé roi de Bohème a Prague le 7, et qu'il assista le lendemain au Te Deum chanté par le doyen et non par l'archevêque.

Du vendredi 22, Versailles. — Mmo de Mirepoix a été présentée aujourd'hui par M™' la duchesse de Tallard. J'ai déjà marqué ci-dessus qu'elle est fille de M. de Craon ; elle avoit épousé en premières noces M. le prince de Lixin. On croyoit qu'elle ne seroit pas présentée, pour n'avoir pas le désagrément de demeurer debout après avoir été assise ; je crois même qu'il y a peu d'exemplesde femmes

titrées devenues veuves qui, s'étant remariées à des gens non titrés, aient voulu reparoltre à la cour. Le frère aîné de M. le duc de Chaulnes, l'ambassadeur à Rome, avoit épousé la veuve de M. de Touruon , qui étoit Neufville~ Villeroy ; après la mort de M. de Chaulnes, elle épousa le marquis d'Hauterive, mais elle ne revint point à la cour et ne fut jamais présentée comme M™* d'Hauterive.

Il y a quelques années que nous n'avions vu ici Mm* de Mirepoix; elle n'est pointchangée et a toujours l'air plus jeune qu'elle n'est.

M. le comte d'Evreux vend son gouvernement de l'Ile de France à M. le duc de Gesvres; cela n'est pas encore absolument public; M. de Gesvres n'en reçoit pas les compliments et dit même que cela n'est pas encore absolument fini; mais c'est depuis deux jours la nouvelle de Paris. On disoit même que c'étoit pour réunir ce gouvernement à celui de Paris; mais M. de Gesvres l'achète personnellement pour lui.

Il parolt certain qu'il n'y aura point de promotion de chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit au jour de l'an, mais bien à la Chandeleur, le Roi voulant faire la grande cérémonie à la Pentecôte pour la réception de M. le Dauphin . On dit que M. le duc de Rohan portera la queue de son manteau et qu'il sera fait chevalier pour celle raison, et que M. de Tillières, capitaine des gendarmes-Dauphin et beau-frère de M. de Chàtillon, prétend avoir droit de l'être à cette occasion. On nomme aussi M. de Flamarens comme favori de M. le Cardinal.

Du samedi 23. — Avant-hier fête de Saint-Thomas, il y eut vèpresdes Missionnaires etsalut à cause du jeudi ; le Roi ne fut ni à l'un ni à l'autre, quoique ce fût une fête d'apôtre.

Depuis l'année passée, on a ajouté au salut a la chapelle une prière que l'on a coutume de dire au salut à la paroisse Notre-Dame; cette prière est le Rorale, pendant l'avent, et Y Attende Domine, pendant le carême. C'est la

Reine qui a demandé ce changement. Pour ne point allonger le salut on avoit supprimé YExaudiat, dont on ne disoit plus que le dernier verset, Domine sahum fac Regem. C'est Mme de Mailly qui a remarqué ce changement, et qui en a été choquée ; il lui a paru peu convenable que l'on supprimât la prière pour le Roi ici dans la chapelle. Elle en aparlé au Roi et à M. le comte de Noailles; enfin il a été dit que Ton chanteroit YExaudiat comme à l'ordinaire après le Rorate eœli ou VAtlende> suivant le temps; et cela s'exécute.

On a eu des nouvelles) du 15, de M. de Belle-Isle; Use porte assez bien (1), marche dans sa chambre, mais il ne sort point encore. Il ne parolt pas qu'il sût encore que le maréchal de Broglie dût arriver ; il doit cependantètre arrivé le 21.

M. deGuerchy, qui étoit resté dans la Haute-Autriche, y a fait une action qui lui fait honneur : il a emporté, l'épée à la main, un petit château auprès d'Eons. Un frère de M. de Faudoas qui étoit dans les vaisseaux y a eu la cuisse cassée et en est mort; il étoit bossu, mais on dit qu'il avoit de l'esprit et qu'il étoit aimable.

J'ai cru devoir mettre ici des observations que mon fils a envoyées à sa femme et qu'on sera peut-être bien aise de trouver dans la suite.

Portrait du caractère des généraux.

« L'électeur (2) par la brièveté de ses lumières a pensé faire échouer notre eotreprise ; son irrésolution n'a rien d'égal, et sa facilité à suivre tous les eonseils prouve assez qu'il est peu capable d'un bon avis.

« Le maréchal de Terring veut tout faire, et cette besogne est ab-

(1) Le maréchal de BeJle-Isle était d'une très-faible santé; il n'avait pas assisté au siège de Prague; envoyé en Pologne, auprès de l'électeur de Saxe, il y était tombé malade, d'une sciatique ou de la goutte, et était revenu à Francfort, où il se rétablit un peo. Le maréchal de Broglie fut envoyé en Bohème pour commander l'armée française; il était très âgé et peu actif.

(2) L'électeur «le Bavière Charles-Albert. Il était alors presque mourant de la goutte et de la gravelle.

sol ument an-dessus de ses forées, surtout celle de général ; il est peu estimé dans l'armée françoise.

« Les officiers généraux bavarois sont d'une prudence si parfaite qu'ils voient toujours des ennemis partout.

« Le comte de Saxe mène les François sans précaution ni détail, et à la tartare ; c'est cependant celui de tous qui vise le plus au grand.

« Vous me dispenserez de parler sur les Leaville, d'Aubigaé,Gassioa et la Fare ; ce qui est certain c'est que tous se réunissent pour avoir ensemble les tracasseries' les plus misérables. Les Boufuers, Luxembourg et Mirepoix sont ceux dont on fait le plus de cas. »

Du mardi 26, Versailles. — Dimanche, veille de Noël, premières vêpres comme à l'ordinaire, en bas; H. l'évéque de Séez qui est l'abbé Néel, y officia œ jour et le lendemain. Le Roi et la Heine entendirent la messe de minait dans la tribune, suivant l'usage.

Hier lundi, jour de Noël, le Roi entendît la grande messe et les vêpres en bas. Ce fut M** de Chevreose qui quêta ; le total de la quête monta à 4-5 Jouis. Ce fut hier le dernier sermon du P. Fleury ; il fat assez médiocre ; le compliment fut assez bon, un peu trop diffus.

On reçut il y a deux jours la nouvelle de la mort de la reine de Suède, arrivée le 5 de ce mois; elle est morte de la petite vérole; elle étott fille de Charles XI, roi de Suède, et d'Clrique-Éléonore, princesse de Danemark, et sœur deCharlesXII, roi de Suède, tué au siège de Frédérickshall, en Norwége, en 1719, auquel elle succéda. Elle avoit épousé le k avril 1713 le prince héréditaire de Cassel, lequel fut proclamé roi de Suède le 2 avril 1720 ; c'est le roi de Suède d'aujourd'hui, ta reine de Suède s'appeloit Ulrique-Éléonore et avoit cinquante-trois ans deux mois.

Samedi dernier, M. de Verneuil, fils de l'introducteur des ambassadeurs, arriva de Francfort avec la nouvelle que l'élection d'un empereur avoit été fixée au 2* janvier.

Le Roi va demain à la Meutte et reviendra vendredi ; les dames de ce voyage sont Mademoiselle, H"" les duchesses de Buffec et de Graraont, BP" de Mailly, M- de Luyneset

Mme de Chevreuse. Hier au soir. Mme de Mailly vint à minuit ou une heure dire à Mme de Luyoes que le Roi lui proposoit d'aller à la Meutte et à Mm< de Chevreuse; elle me dit en môme temps qu'elle me conseilloit de me faire écrire.

Du mercredi 27, Versailles. — La liste de la Meutte parut hier après le coucher du Roi.

Hier, fête de Saint-ÉUenoe, le Roi alla à la chasse et soupa dans le petit appartement dont j'ai parlé ci-dessus. M. de Bouillon a été une fois admis à un de ces soupers.

Avant-hier matin, le prince de Cantimir vint ici apporter la nouvelle, qu'il venoit de recevoir par un courrier, de la grande révolution arrivée en Russie. Le petit czar, fils du duc Ulrich de Brunswick et de la princesse Aune, qui fut proclamé caar de toutes les Russies il y a environ un an en vertu du testament de sa grande tante, vient d'être détrôné, et la princesse Élisabeth Petrowna, la seule qui reste de Pierre le Grand, a été reconnue impératrice. Cet événement est regardé comme des plus importants dans la circonstance présente ; les troubles qui en doivent être la suite, joints à la guerre contre la Suède, doivent empêcher la Russie de donner aucun secours à la reine de Hongrie.

Avant-hier au soir, M. le duc de Gesvres remercia le Roi pour le gouvernement de l'Ile de France. M. de Gesvres dit qu'il vaut 25 À 26,000 livres dé rente. M. le comte d'Évreux vouloit le vendre 140 ou 150, 000 livres à M. de Gesvres avec la charge des 200,000 livres qu'il a assurées a M1*6 de la Trémoille sur le dit gouvernement, et qui ne sont remboursables qu'après la mort de M"" de la Trémoille; elle en touche l'intérêt au denier vingt. Depuis, M. le comte d'Évreux a proposé un autre marché qui a été accepté ; M. de Gesvres donne 20,000 écus , et M. le comte d'Évreux garde sur le gouvernement 12,000 livres de pension sa vie durant ; le Roi a la bonté d'entrer dans cet arrangement et a bien voulu promettre que, si

M. de Gesvres mouroit avant M. le comte d'Évreux, il ne donneroit le gouvernement qu'avec la même condition de payer les 12,000 livres de pension. M. de Gesvres a un brevet de retenue de 200,000 livres pareil à celui qu'avoit M. le comte d'Évreux. Le gouvernement n'est point réuni à celui de Paris; il est nommément à lui.

A la Meulte, le 28. — Le Roi vient de dire à son lever qu'il avoit reçu des nouvelles de M. de la Ghétardie (1) ; qu'il n'y avoit point eu de sang répandu dans cette révolution ; que la nouvelle en avoit été portée par des estafettes ou relais de courriers à plus de cent lieues de Pétersbourg, d'où l'on avoit dépéché le courrier qui est arrivé à M. de Cantimir, etque parconséquent ce courrier n'a pu voir les rues pleines de sang comme on prétend qu'il l'a dit; que cette révolution est arrivée à l'occasion de la Finlande. Le régiment des gardes étoit destiné pour y marcher ; cette destination leur ayant déplu; quatorze grenadiers de ce régiment ont résolu d'y mettre obstacle par une révolution. Pour cet effet, ils ont été trouver la princesse Élisabeth, ils l'ont priée de se mettre à leur tête, et comme dans sa petite chaise elle n'alloit pas assez vite à leur gré, ils ont voulu la porter eux-mêmes. Us ont été au corps de garde avertir tous leurs camarades ; leurs officiers, ayant voulu s'opposer au désordre, ont été si maltraités qu'il a fallu céder à la force et suivre le torrent. Us ont été au palais du petit czar, ils l'ont enlevé et mis en lieu de sûreté sans lui faire aucun mal. Ia duchesse sa mère a aussi été traitée avec considération et emmenée dans le palais de la princesse Élisabeth. Ils ont promené leur nouvelle souveraine dans toute la ville, ont soulevé le peuple en sa faveur, l'ont reconnue et fait reconnoltre impératrice, et ne lui ont demandé d'autres récompenses que de vouloir bien être elle-même leur commandant.

(t) Le marquis de la Chélardie, noire amlmsaileur en Russie. Il eut une part importante dans cette révolution. Il fut ramant de la czarine Éli&abelly

DÉCEMBRE 1741. et

Tout le parti allemand a été chassé (1) ; le duc Ulrich de Brunswick et le général Osterman maltraités; on ne dit point qu'ils aient été blessés; le général Munich arrêté et le général Lascy rappelé de Finlande. Je n'ai point lu la relation; le Roi ne Ta montrée à personne.

Du dimanche 31 . — Le Roi revint avant-hier de la Meutte. Mrac de Mailly y a donné une fort jolie boite à Mademoiselle, suivant son usage de lui donner des étrennes. A l'extérieur tout va bien entre elles, et Mademoiselle a beaucoup d'attention pour M™* de Mailly ; mais il y a cependant lieu de croire que l'amitié est assez médiocre.

Jeudi, le Roi fut courre le daim dans le bois de Boulogne ; Mrae de Mailly y étoit tète à tète avec M. de Meuse dans une calèche, et Mademoiselle avec M*" de Gramont, de Luynes et de Chèvre use dans une autre. La douleur de M™* de Mailly sur la mort de sa sœur continue toujours et se renouvelle à chaque occasion qui se présente. Le jeudi au soir le Roi parla d'enterrement; c'est un propos qu'il répète assez souvent; les larmes vinrent aux yeux à M™ de Mailly, et le Roi, voyant l'état où elle étoit, sortit de table sur-le-champ ; c'étoit au fruit à la vérité , mais sans cela le souper auroit duré un quart d'heure de plus.

Aujourd'hui M"6 de Saint-Florentin a présenté M"" de Bulow sa sœur ; elles étoient toutes deux seules à cette présentation.

Extrait (Tune lettre de Prague du 8 décembre 1741 écrite ,

à M. HandeL

« Vous avez appris tout ce qui s'est passé à la prise de Prague et l'état fâcheux où nous étions réduits si cet événement n'eût pas réussi ; et dans le vrai il n'étoit pas vraisemblable qu'il dût réussir, le gouverneur s'étant préparé depuis plus de deux mois à faire la plus vigoureuse résistance, ayant toutes les munitions de guerre et de bouche dont il avoit besoin et environ cent vingt pièces de canon ; et nous au contraire ni pain , ni fourrages, environ trente pièces de canon dans les deux

(l) L'entourage du petit car était tout entier du parti allemand et favorable à Marie-Thérèse.

armées de M. de Gassion et des Saxons, [une armée de ) trente-cinq à

trente-six mille hommes à trois lieues de nous et prête à jeter un puissant secours dans la ville, et qui avoit tout le pays pour elle. Jugez si dans cette position nous étions à notre aise. Le seul parti qu'il y avoit à prendre est celui qu'on a pris, c'est-à-dire de surprendre la ville, et ce parti même ne pouvoitêtre fondé que sur ce qu'on étoit bien informé que la garnison n'étoit que d'environ 2,500 hommes, 1 ,SO0 bourgeois armés et autaut d'écoliers dont cependant les prédécesseurs avoient déjà fait lever deux fois le siège de la ville à pareil jour, 25 décembre, ce qui, quoique superstition, ne laissoit pas de faire quelqu'impression sur l'esprit des troupes. Enfin tout a réussi au delà de nos espérances ; nous sommes maîtres de la ville. Le grand-duc avec son armée s'en retourne et est déjà bien loin de nous ; ou a envoyé de gros détachements pour reprendre, s'il est possible, Tabor, que les Bavarois avoient abandonné sur un faux bruit, et Budweiss, que M. de Leu ville avoit aussi été obligé d'abandonner pour venir au secours de l'électeur. Si on reprend ces deux postes, comme on n'en doute point, nous serons tranquilles en Bohême jusqu'au printemps.

« L'électeur fut proclamé avant-hier ; et hier on chanta le Te Deum en action de grâces ; on dit qu'il pourra être couronné la semaine prochaine. S'il y a quelque chose de particulier à cette cérémonie, je vous en manderai le détail. A l'égard de la proclamation, ça été fort peu de chose. Un seul héraut avec deux timbales et deux trompettes ont fait toute la besogne. »

Nomination de chevaliers du Saint-Esprit — Préparatifs de l'audience de

l'ambassadeur turc. — Bal chez Mesdames. — Nouvelles de l'armée.

Mémoire* de Dangeau consultés par le Roi. — Accouchement de Mme In» fante. — Mort du due de Reauvlliiers et de M"« de Dromesnil. — Entrée et audience de l'arobassadeur turc. — Présentation de M™ de Grillon. - Remerciement de M. de Mailly d'Haucourt. — Le duc de Fleury arrive de l'armée. — Présentation de M™» de Banffremont et de M4»* de Castellane. — Arrivée du chevalier de Belle-lsle. — Nouvelles étrangères. — Bah de Mesdames et du Dauphin. - M«e de Mailly. - M. de Meuse.

Du lundi, 1er janvier. — 11 y a eu aujourd'hui chapitre de l'Ordre. Le Roi a nommé M. le duc de Penthièvre , M. le cardinal de Tencin, qui est archevêque de Lyon, M. l'archevêque de Bourges (Roye), M. l'archevêque de Narbonne (Crillon), H. l'évêque de Langres (Montmorin). M. de Penthièvre et ces quatre prélats seront reçus à la Chandeleur. U parolt que le Roi a voulu dans cette occasion-ci traiter avec plus de distinction M. de Penthièvre que M. le prince de Dorabes et M. le comte d'Eu, qui furent reçus chevaliers en 1728, mais avec MM. de Saint-Simon et de Gramont, et en même temps avec moins de distinction que M. le duc de Chartres, qui fut nommé seul en 1740, de même que M. le prince de Conty l'avoit été seul en 1733.

Du mardi 2, Versailles. — U y a eu aujourd'hui messe de Requiem pour les chevaliers, comme à l'ordinaire.

Du vendredi 5, Versailles. — 11 parolt que M"e la comtesse de Toulouse est fort contente de la nomination de

M. de Penthièvre; il est certain qu'il y avoit eu un premier arrangement de fait suivant lequel M. le duc de Penthièvre devoit n'être nommé qu'à la Chandeleur et être reçu avec M. le Dauphin à la Pentecôte. Le Roi en avoit parlé plusieurs fois; mais sur les représentations qui ont été faites à M. le Cardinal (1), le premier arrangement a été changé, et pour laisser à M. de Penthièvre une certaine distinction que les légitimés n'avoient point encore eue, il a été nommé seul de laïque ; ce qui fait qu'il sera reçu seul, parce que les ecclésiastiques sont reçus avant la messe. L'on n'a pu citer d'exemple par rapport à M. le Dauphin que celui de feu Monseigneur, qui fut reçu en [1682]; car depuis l'institution de l'Ordre par Henri III, le 1er janvier 1579, il n'y avoit point eu encore de Dauphin reçu chevalier. Après l'assassinat de Henri III, en 1589, Henri IV fut reconnu roi sans avoir l'Ordre; il avoit alors vingtcinq ans et n'avoit jamais pu être dauphin. A la mort de Henri IV, assassiné en 1610, Louis XIII n'avoit que huit ans lorsqu'il fut reconnu roi ; il fut même déclaré majeur l'année suivante, 1611, et à la mort de Louis XIII, en 1643, Louis XIV n'avoit que cinq ans lorsqu'il monta sur le trône.

On ne doutoit point ici que M. l'archevêque de Rouen, premier aumônier de la Reine, ne fût compris dans cette promotion, et je crois qu'il s'y attendoit. Le jour même qu'elle fut faite, à onze heures du matin, il alla chez M. le Cardinal en habit violet, parce qu'il alloit de là à la grande messe avec la Reine ; il y avoit vingt personnes chez M. le Cardinal ; on fut assez surpris d'entendre S. Em. lui dire : « Vous avez là un violet qui tire bien sur le rouge ». C'est de M. l'archevêque de Rouen même que je le sais. Il m'a avoué que ce discours le piqua; mais que croyant que le meilleur parti étant de répondre sage-

(1) On dit que c'est par M. de CliAtillon. ( Note du duc de Luynes.)

ment, il s'étoit contenté de dire à M. le Cardinal : « C'est une belle couleur. » M. d'Argenson, présent à cette conversation, prit la parole et dit à M. le Cardinal : « Ce rouge a été jusqu'aux joues. »

On travaille dans la galerie à placer le trône et les gradins ; il est décidé qu'il y aura deux logesdanslesdeux coins de la galerie du côté de l'appartement de la Reine, des deux côtés du trône. Les princesses se sont déterminées à suivre la Reine. M"' la Duchesse dit qu'à l'audience de l'ambassadeur de Perse (1), il est vrai qu'elle avoit un gradin pour elle, mais qu'elle n'étoit pas dessus ce gradin , qu 'elle étoit dans une des loges. 11 y en avoit deux; dans l'une étoit M"* la duchesse de Berry, et dans l'autre Madame. La Reine désiroit que Mesdames fussent toutes deux avec elle ; mais on lui a représenté que cela ne seroit pas convenable, et il a été décidé qu'il n'y auroit que Madame dans la loge de la Reine, et que Madame Adélaïde seroit dans l'autre, et que les princesses du sang seroient partagées dans les deux loges. L'audience est fixée à jeudi prochain, 11 de ce mois. L'entrée de l'ambassadeur à Paris se fera le dimanche 7 de ce mois. On croyoit qu'à l'audience ici le Roi ne mettroit point son chapeau, parce que l'ambassadeur ayant toujours son turban sur la tète ne peut pas être censé couvert puisqu'il ne se découvre jamais. On rapportait même l'exemple de l'audience donnée aux ambassadeurs de Maroc, où certainement l'on ne se découvrit point; celle de l'ambassadeur de Perse, en 1715, où le Roi d'aujourd'hui, alors dauphin et âgé de cinq ans, et ayant son bonnet sur la tête , avoit outre cela un petit chapeau qu'il tint toujours à sa main , ce qui seroit une preuve que Louis XIV ne se couvrit point. On prétend

(1) L'électeur de Bavière étoit alors ici et fut place sur le gradin de M™ la pucbeft&é; il y avoit aussi un gradin pour la grande princesse de Conty, sur lequel étoit le roi de Pologne d'aujourd'hui , qui étoit alors incognito ici , et qu'on appeloit le comte de Luaace. {Note du duc de Luynes.)

t. IV. 6

W MÉMOIRE* DU PlïC DE LÏTYNKS.

pnÇp qu'en 1721, à l'audience de l'ambassadeur turc, Tpn nppe cpuvrit ppint pop pjus. En conséquence, avanthier, à six heur** du soip, il fut décidé que Je Roi ne se couvrirent point, et M. de Chàtillon ayant dejnendé une décision par écrit pouf ce que M, \* flapphip 4pU faire, le Hoi lui en donna une portant que ty. le Dauphin ne se cpuvrirqit ppint. A neuf heures du spjr, ||. de Gesvres dit à M. de GWiJlpp, d*P* Je pabjnel du »oi, qu'il étoit décidé que J'op se couvrjrpit (|); M de Chatillon lui dit que cela ne se pouvait pas, parce qu'il sa voit précisémepUe contraire, et étant descendu che^lui, il lui montra Tor4re du Roi. M. de Gesvres |ui soutint malgré cela que Tordre étpit changé j et hier matin., M. de (Mtijlon étant . allé che? M. le Cardinal, Ém. lui eopfirma ee changer mept. C'est dç M. de Gesvres même que je sais 'ce détail. J£n conséquence, MM' de Lorraipe, de llphan et de Bouillon se popvriropt, et par poHséqpept les trois premiers . gentilshommes* de la chambre qui sont ici , et qui seront sur le trône , y seront découverts, pendant que M. de pouillop a^ra sop chapeau. U n'est point encore décidé si tous tes secrétaires d'État seront sur le trône. Le Roi n'a pas voplu voir eppore lp plan e| n'a point donné d'ordre pour cpp* qui doivent a>oir des places sur le trône.

H y ept hieF un grapd hjil pbe^ Mesdapies; p}les dînèrent à quatre heures dm M"' de JaUard. Le bal pe cppiipenfa que vers (es nepf hepres, après Je sopper de M. le llauphip J p'étoit un hal en masques, mais en beaux masques. Les gens pon titrés qui dansoiept avep Mesr dames , pi^me dans }ps contredanses, mettoiept leurs masques. Je vis mylord Staffort qpi dapsoit ppe coptredapse donpant h majp à Madame; JT5 de Tallard |ui dit

Roi dit qu'il se souvient «les dm* audiences où il a été, en 1 7 1 5 et 1721, et dil qu'il étoit couvert ; il convient que l'on ne s'est point couvert à celle des ambassadeur* de Maroc. (\o(e. du duc de Luynes.)

de mettre son masque. M"* de Bukler (I) y dansa aussi mais avec un masque sur le ne», Le Roi vint au bal à minuit, niais sans masque; il y resta près d'une heure sans danser. Toutes les princesses y étoient, hors M,le de Sens. U Roi proposa à M"* la princesse de Conty de danser; elle dansa deux ou trois contredanses. Il y avoit deux pièces où Ton dansoit, et une troisième où y il avoit un cavagnole, qui ne commença qu'à deux heures, mais qui (Jura jusqu'à cinq.

Vu lundi 8, VmailU». ~ On ©ut nouvelle hier par un courrier que l'armée de la reine de Hongrie, commandée par le général Neuperg, avoit fait une entreprise sur Pjsek qui ne leur avoit pas réussi. M. d'Aubigué, qui s'é, toit avancé jusqu'auprès de Budweiss, se trouvant inférieur et sachant qu'il devoit être attaqué , s'étoit replié sur Pisek et avoit envoyé avertir M- le maréchal de Broglie, qui a voit marché sur-le-champ et avoit joint le 27 du mois passé. M. de Mirepoix commandoit dans Pisek- f^e grand-duc, qui est à l'armée avec le prince Charles, son frère, envoya sommer M. de Mirepoix de lui remettre cette place, voulant, disoit-il, épargner le sang de ses sujets et de ses ennemis. On prétend que M. de Mirepoix répondit ; « Je ne suis ni l'un ni l'autre; » mais le fait est que le trompette fut envoyé les yeux bandés à M. le maréchal deBrogUe, et reçut la réponse à laquelle on pouvpit s'attendre, Malgré cela, les Autricbieuseuvoyèrent un détachement d'environ deux mille hommes, qui, ayant trouvé ouverte une des portes de la ville, que M. de Luxembourg gardoit, y avoient voulu entrer la nuit et avoient été repoussés avec perte,

M. le maréchal de Broglie, quoique fort estimé, n'a pas été reçu avec plaisir de la plupart de l'armée, qui regrette infiniment M. de Belle-Isle. Il y a quelques jours

(I) Elle n'a jamais été |>réaenUte ; son mari eutécuyer de la petite écurie elle rat toujours che* ¥•»<• île Tallanl. < ;Yofed« duc de l.uynes. )

que le Roi dînant dans le petit appartement dont j'ai parlé ci-dessus, et où il dîne présentement tous les jours , M. de Meuse lui dit que dans Paris les ennemis de M. de * Belle-lsle publioient que c'était pour lui donner un dé-

sagrément qu'on avoit envoyé M. le maréchal de Broglie. Le Roi répondit avec vivacité : « Oh! pour cela c'est bien loin de ma pensée. »

L'on continue à travailler à l'arrangement de la galerie; ce sont les ouvriers employés ordinairement par les Menus et non ceux des Bâtiments qui travaillent. Il y a eu ce matin une dispute pour les barrières. MM. des Bâtiments prétendoient que c'était à eux à les faire mettre. Comme cela n'a jamais été , MM. les premiers gentilshommes de la chambre ont donné ordre de continuer, et cela s'exécute.

Il n'est pas encore absolument décidé si M. le Dauphin se couvrira. Outre ce que j'ai marqué ci-dessus, j'ai appris depuis que M. de Verneuil porta, il y a quelques jours, deux mémoires au Roi pour avoir son bon , l'un pour se couvrir, l'autre pour ne se point couvrir, et que le Roi avoit signé celui pour se couvrir; qu'en conséquence M. de Verneuil comptait faire avertir les ambassadeurs pour qu'ils ne se trouvassent point à l'audience; que ce- * pendant le lendemain M. le Cardinal lui avoit dit de ne les point faire avertir. J'ai appris aussi que le Roi avoit déclaré qu'il s'en tiendroit à ce qui s'était passé en 1721, et qu'il n'y avoit qu'à consulter les registres de M. de Dreux. En conséquence, M.deRochechouart a été demander à M. de Dreux les dits registres, sur lesquels il est marqué qu'on ne s'est point couvert en 1721. La même chose est confirmée par le Mercure de mars 1721. Il est prouvé aussi qu'en 1715 on n'a point été couvert au Persan. Les Mémoires de M. de Dangeau ont été rapportés, et cela y est dit précisément (1); cependant

( l) Voir le Journal de Dangeau b la date du 1 9 février 1 7 1 i, t. XV, p. 365.

* cela ne sera décidé que mercredi , au retour de Choisy. Ou mercredi 10, Versailles. — Le Roi revient aujourd'hui de Choisy; les dames de ce voyage sont Mademoiselle, Mlle de la Roche-sur-Yon, M™ de Mailly, M01- les duchesses d'Antin et de Gramont, et M"e la maréchale d'Estrées.

Dimanche dernier, l'ambassadeur d'Espagne reçut un courrier avec une lettre de M. le marquis de Villadarias qui lui écrivit de la part du roi d'Espagne l'heureux accouchement de Madame Infante, accoûchée le 31 décembre d'une fille.

La lettre porte que cette princesse a été baptisée sur-lechamp et nommée Élisabeth-Marie-Louise-Antoinetle (1). M. de Rennes doit dépêcher un courrier ; mais on a'a pas voulu tarder un moment à apprendre cette nouvelle ; elle , est accouchée à.cinq heures et demie après midi. Aussitôt que M. de Campoflorido eut reçu cette lettre, il alla à Issy, et demanda à M. le Cardinal ce qu'il devoit faire, s'il devoit aller à Choisy ou non. M. le Cardinal lui dit qu'il étoil le maître de faire ce qu'il jugeroit à propos. M. de Campoflorido, qui se conduit ici avec toute la sagesse possible et qui ne veut rien faire que ce qui plaît au Cardinal, répondit qu'il prioit S. Ém. de lui dicter la conduite qu'il devoit tenir. M. le Cardinal lui dit qu'il pou voit aller à Choisy; en conséquence il partit; il trouva le Roi qui jouoit au tric-trac, et après s'être acquitté de sa commission, il retourna à Paris et vint avant-hier ici donner part à la Reine de cette nouvelle.

Dimanche dernier, M. le duc de Beauvjlliers mourut à Paris de la poitrine ; il étoit fils aîné de M. le duc de Saint- Aignan, à qui il reste encore quatre garçons. M. de Beauvilliers avoit épousé M"" de Creil, dont il n'a point d'enfants.

On apprit hier la mort de M"' de Dromenil ; son mari

(1) J'ai™ la 1ettre ;il y a Ant««« [tte]. (Note du rf«c de Luynes.)

est neveu de M révoque de Verdun; elle est morte à.' Paris de la petite vérole, le troisième jour; elle étoit aimable, d'une jolie figure, et de l'esprit.

Dimanche dernier, Zald-Effendi , ambassadeur du Grand Seigneur, fit son entréè à Paris. On trouvera ciaprès la marche de cette entrée. Je mettrai aussi ci-après l'audience du Roi de demain, dans la galerie, avec la copie des billets qui ont été donnés. Les femmes de chambre de la Reine demandoient à étredans la galerie; on a fait une distinction sur cela. Celles qui ne seront pas en grand habit seront placées au bas de la galerie après les femmes de condition. Celles qui seront en grand habit, comme par exemple celles de service qui sont obligées d'y être, seront placées sur un gradin dans le salon de la • Guerre, en face du trône. Comme il y a des barrières partout, jusque dansla cour, on adonné des billets, nom par nom , pour passer dans les appartements, aux valets de chambre , huissiers et autres officiers de la maison de la Reine nécessaires à son service.

Du vendredi 19, Verëaillei. — Avant-hier, au retour de Choîsy, il fut décidé qu'on ne se oouvriroit point à l'audience.

La maison du Roi qui devoit relever le quartier, le premier de l'an , eut ordre de rester jusqu'à cette audience.

Hier jeudi, 11 de ce mots, l'ambassadeur tur© arriva dans les carrosses du roi, sur les (mie heures, à la maison de Bontemps, où il y avoit quelques rafraîchissements pour ses gens ; il n'y prit point de café, et monta a cheval presqu'aussitôt. Il arriva ici dans la cour du Roi avec M. le comte de Brionne, à sa droite, et M. de Verneuil, à sa gauche ; il descendit à la salle des ambassadeurs. Tout le monde étoit déjà placé, il y avoit longtemps, dans la galerie et dans les appartements. Tout se passa sans aucune confusion. Tous les hommes de la Cour n'a voient point de billets et étoient entrés par l'oeil-de-bœuf, de là,

JANVIER !74!i. 71

par la chambre du Roi, le cabinet du conseil, le cabinet des perruques et la porte de glace. Le Roi s'étoit babillé dans sa nouvelle chambre, d'où il sortit pour aller à la messe passant par la galerie , comme à l'ordinaire ; il ne mit son habit pour l'audience qu'un peu auparavant; La porte de glace qui donne de l'œil-de-bœuf dans la galerie étoit fermée, et il y avoit un gradin éontre cette porte. Toutes les dames habillées passoient par la chambre du Roi et par le cabinet des perruques pour entrer dans la galerie. Les dames habillées et les hommes de ce pays-ci n'a voient point de billets ; mais tous les autres hommes et les dames non habillées qui avoient demandé des places avoient des billets; les uns et les autres entroient par le coté de la chapelle. Je mettrai ci-après la copie de ces billets (i). Les uns étbientpour la galerie; les autres pour le salon de la Guerre, les autres pour les appartements; Il n'y avoit point de gradins dans les appartements, hors dans les deux tribunes de la musique. 11 y en avoit des deux cotés dans le salon de la Guerre; celui du fond de ce salon occupoit les trois croisées qui donnent sur la terrasse, etfermoitpar conséquent la première croisée de ce salon, du côté du parterre du nord. La seconde, qui est vis-a-visdu trône, et la troisième, qùi està coté de la porté des appartements, dévoient être libres j mais comme il y avoit eu un embarras pour placer les femmes de chambre de la Reine et de Mesdames, qui étant de service doivent être en grand habit, on avoit mis dans celle croisée du milieu du salon de la Guerre, vis-à-vis le trône, un gradin bas pour friacef les femmes dé chambre de la Reine habillées. Par l'événement elles n'y ont point été placées; la gelée, la neige et quelques incommodités ayant empêché plusieurs dames et femmes de Paris, qui avoient

(1) Ils portaient quêtes portes seroient ouverte* à boit heures, el fermées à dix heures et demie. (iïote du duc iitl.ufnes. )

des billets, de venir, il s'est trouvé plusieurs places dans la galerie à remplir, où les femmes de chambre de la Reine et de Mesdames ont été placées. L'ambassadeur turc ne monta que sur les deux heures; le Roi vint un moment auparavant s'asseoir sur son trône. L'habit du Roi éloit d'une étoffe d'or brodée, avec un Saint-Esprit de diamants; et l'habit de M. le Dauphin à peu près de même, excepté qu'il avoit des boutons de diamants, et le diamant d'Angleterre (1) à son col.

Voici qu'elle étoit la séance : 11 n'y avoit d'assis que le Roi, les dames qui étoient sur les gradins et celles qui étoient à côté du trône. A la droite du trône étoit M. le Dauphin (2), à la gauche M. le duc de Chartres (3). A la droite de M. le Dauphin , M. le comte de Charolois, M. le prince de Conty et M. le comte d'Eu. A la gauche de M. de Chartres, M. le comte de Clermont, M. le prince de Dombeset M. le duc de Penthièvre.

Derrière le trône, un peu à droite , M. le duc de Bouillon, grand chambellan (4), et à la gauche MM. de Gesvres, de Rochecbouart et d'Aumont , premiers gentilshommes de la chambre (5).

Il y avoit deux tribunes aux deux côtés du trône, fermées par des planches d'environ quatre pieds de haut, posées en figure de demi-ceintre et prenant à peu près depuis la porte du salon de la Paix, d'un côté, jusqu'à la

(1) Ce doit être le diamant appelé le Piègent, qui avait été acheté, en 1717, en Angleterre.

(2) Derrière M. le Dauphin étoient M le doc de ChâUllon, M. l'évêque de Mirapoix, M. de Muy, sous -gouverneur, et les deux gentilshommes de U manche. (Note du duc de Luynes.)

(3) M. le duc d'Orléans n'étoit point ici. {Note du duc de Luynes.)

(4) Il n'y avoit point de capitaine des garde*. M. le maréchal de Koailles étoit occupé à recevoir l'ambassadeur à la salle des gardes et ne pouvoit dans cette occasion être remplacé par M. le duc d'Aven. {Note du duc de Luynes.)

(5) M. deFlenry, qui est le quatrième, n'étoit point ici. ( Note du duc de Luynes. )

croisée qui y étoit entièrement enfermée, et de l'autre jusqu'à la glace. Du salon de la Paix, Ton montoit trois marches et ensuite autant à droite et à gauche; le dehors de ces deux tribunes couvert d'un lapis de velours cramoisi bordé d'une frange d'or. On comptoit qu'il pourrait tenir quatorze personnes dans celle qui étoit à gauche, et huit dans l'autre. Dans celle de la gauche , dans l'embrasure de la fenêtre, il y avoit un gradin seulement de deux bancs. La Reine avoit choisi cette tribune ; elle y étoit dans son fauteuil censée incognito, mais tout aussi à découvert que le Roi; Madame sur un pliant à sa droite , Mmc la Duchesse à sa gauche, M,le de Sens à la droite de Madame , le chef de brigade derrière le fauteuil de la Reine (c'étoit M. de la Billarderie, frère du major); M. de Nangis à sa droite et Mme de Luynes a sa gauche. A la droite de M. de Nangis, Mme de Tallard; derrière, MmMde Talleyrand, de Boufflers, de Mérode et M"* la princesse de Talmond ; et M. de Balagny, secrétaire des commandements de la Reine, quoiqu'il n'y eût point de place, s'étoit mis aussi derrière. Dans l'autre tribune, M me Adélaïde, sur un pliant, au milieu; Mademoiselle a sa droite, MUe de la Roche- sur-Yon à sa gauche. Derrière Mrae Adélaïde , un exempt des gardes qui est de quartier (c'étoit Laferrière), M""9 de Villefort et de la Lande, sousgouvernantes, dM"" d'Andlau et de l'Hôpital.

Par ce que je viens de marquer, l'on voit que la première glace de la galerie, à droite, de même que la première croisée , à gauche, à compter depuis le salon de la Paix, étoient enfermées dans les deux tribunes; ensuite il y avoit trois marches. A la seconde glace à droite, il y avoit une petite banquette où étoient les quatre secrétaires d'État. M. de Saint-Florentin n'arriva qu'en même temps que le Roi, les trois autres étoient arrivés avant le Roi. M. deMaurepas étoit le premier, M. Amelotle second, M. de Breteuil le troisième. Dans la seconde croisée à gauche, il n'y avoit personne. Quelques pas après l'en-

coignure de laseconde croisée et de la seconde glace, commençaient quatre marches au bas desquelles étoient posés, à droite, les gradins, pour les dames, qui alloient d'un bout à l'autre de la galerie. Il n'y avoitque la porte de glace (1) pour entrer dans le cabinet dû Roi ou il n'y avoit point de gradins. A gauche , le long dès croisées, vis-à-vis lesgraditis des dames, et dans toute la longueur de la galerie, étoient des espèces de marches sur lesquelles étoient les hommes ; il y en avoit quatre dé hau> teur. Depuis un bout de la galerie jusqu'à l'autre, on avdit mis des tapis à terre et subies marches des hommes, de même que sur les marches et les estrades tjui condùisoient au trône. Les gradins des dames étoient couverts de pluche cramoisie. Au premier gradin ; le plus élevé et le plus près du trône , il y avoit deux places de gardées pour Mme* d'Antin et de Mailly, qui ne vinrent qu'an nto* ment avant le Roi. An bas des gradins des hommes , & gauche, tout auprès des premières marches, é toi tune banquette pour les ambassadeurs. Le nonce étoit le premier. Derrière les ambassadeurs étoient tous les étrangers qui avoientèu des billets, mais sans aucune distinction; nous étions même plusieurs mêlés avec eux. Les dames en grand habit tenoient depuis le commencement des gradins jusqu'à ta Diane (2); ce qitt en faisoit à peu près quatrevingts. Dans le reste de la galerie il y en aveit environ cent soixante. Pour les hommes on ne pouvoit pas en juger aussi aisément. Ce qui est certain, d'est que tous les gradins étoient remplis et que l'on était fort serré; ainsi

(1) La Reine en allant à la mette passa par la chambre do Roi et le cabinet des perruques, et se promena un moment dans la galerie, s'avançant du côté du trône à la porte de glace qui entre dans la galerie. Bf. de Bouillon prit ta robe de la Reine et la porta jusqifa ce qu'elle fat bors de la galerie, (rfote <M due de Luynet.)

(2) La Diane à la biche, qui fait aujourd'hui partie du musée des antiques au Louvre , se trouvait alors dans la galerie de Versailles.

l'on peut estimer sept ou huit cents, tout au plus. L'on entroit dans les appartements avec beaucoup de facilité, parle prodigieux nombre de barrières qu'on avoit mises; il y en avoit, je crois, dix-sept ou dix-huit. On avoit fait une salle des gardes dans la pièce qui est au haut de l'escalier de marbre ; ce fut là que M. le maréchal de Noailles alla recevoir l'ambassadeur, à la porte de cette pièce, au haut de l'escalier, et le conduisit jusqu'au pied du trône marchant à sa droite, ou plutôt à la droite de M. de Brionne, lequel étoit le plus près de l'ambassadeur; à la gauche étoit M . de VerneuiL L'ambassadeur fit sa première révérence, à l'arcade qui sépare le salon de la Guerre d'avec ln galerie, la seconde révérence, au milieu de la galerie, et la troisième, au pied du trône. Le Roi étoit seul couvert; il ôta son chapeau à la première révérence de l'ambassadeur; il l'ôta encore deux ou trois fois, mais je ne l'ai pas assez remarqué pour l'écrire précisément. L'ambassadeur monta jusqu'auprès du trône, où il fit son compliment en langue mahométane, lequel fut expliqué aussitôt après par l'interprète. Le compliment et l'explication me parurent durer assez longtemps; il n'y eut presque que les princes du sang qui purent l'entendre; il exprimoit, à ce que j'ai ouï dire, le désir d'entretenir l'union, l'intelligence et labonne amitié, faisant souvenir en même temps le Roi que ce n'étoit que par égard et par considération particulière pour S. M. que l'empereur son maître avoit arrêté le cours de ses victoires pour faire ta paix avec l'empereur. Pendant cette harangue, le secrétaire d'ambassade étoit derrière, assez loin et seulement sur les premières marches, tenant une espèce de corbeille ou bassin plat, couvert d'un satin cramoisi , sur laquelle étoit la lettre du Grand Seigneur. Aussitôt après l'explication de la harangue, le secrétaire d'ambassade s'avança, la remit à l'ambassadeur, qui la présenta au Roi, lequel la remit aussitôt à M. Amelot. J'ai oublié de mettre dans ma description de la séance,

qu'à la droite du trône, à fort peu de distance, il y avoit une petite table, faite à peu près comme une crédence, et couverte, quiétoit destinée à mettre la lettre de l'ambassadeur. Il y avoit soixante-sept ou soixante-huit Turcs qui précédoient l'ambassadeur, qui se rangèrent en haie des deux côtés de la galerie; il y en avoit outre cela un grand nombre d'autres qui n'entrèrent que dans la pièce qui est avant celle où sont les tribunes de la musique.

Je n'ai point encore marqué ce qui s'est passé pour l'arrangement des troupes. Les deux régiments des gardes françoises et suisses étoient en bataille dans l'avenue, depuis la maison de Bon temps jusqu'à la place qui est devant les écuries. Dans la place étoient : à droite, les quatre compagnies des gardes du corps, c'est-à-dire un détachement de quatre-vingts maîtres de chaque compagnie; ils formoient quatre corps séparés. Vis-à-vis d'eux, sur la gauche, étoient les quatre compagnies rouges. La compagnie écossoise , qui est Noailles , étoit la plus près de la grille d'un côté, comme les gendarmes étoient de l'autre. C'étoit le quartier d'octobre et le quartier de janvier qui formoient ce détachement (1). J'ai mar-

(I) Les gardes do corps étoient rangés en bataille sur deux rangs sur la place d'armes, leur gauche k la grille de la grande cour du château , et leur droite à la petite écurie faisant (ace au pavé. La compagnie de Noailles fermoit la gauche et ibrmoit un escadron de quatre-vingts maîtres avec deux étendards ; ensuite Villeroy, Charost et Harcourt, qui formoient chacune un escadron de quatre vingts maîtres avec deux étendards.

Les quatre compagnies rouges étoient postées vis-à-vis, les gendarmes ayant leur droite à la grille de la grande cour et formoient un escadron de cent maîtres sur deux rangs et deux étendards ; ensuite les chevau -légers de même ; ensuite les mousquetaires gris et les noirs, qui avoient leur gauche à la grande écurie et formoient de même, chaque compagnie, un escadron de cent maîtres.

L'on avoit doublé les gardes françoises et suisses qui occupoient leurs postes dans la grande cour des ministres; le surplus des gardes françoises et suisses étoient postées, savoir, les gardes francises le long de TaTenue de Paris, du

qué ci-dessus qu'au 1" janvier lecapitainedes gardes avoit relevé, et les chefs de brigade, qui prétendent relever comme les capitaines ; mais les exempts, ni le guet n'avoient point relevé ; ils ne relevèrent qu'hier. Les deux guets des gendarmes et des chevau-légers y étoient aussi. Pour les mousquetaires (1), on sait qu'ils ne servent point par quartier et qu'ils demeurent toujours à Paris quand le Roi est à Versailles. Dans la cour des ministres, on avoit doublé la garde. La garde piit les armes et rappela suivant l'usage. Ils ne battent au champ, comme Ton sait, que pour le Saint-Sacrement , pour le Roi et pour la Reine. Il y eut une contestation pour le commandement de la maison du Roi. M. de Soubise représentoit qu'il est sans difficulté que lorsqu'il n'y a point de capitaine des gardes du corps , le capitaine-lieutenant des gendarmes, en son absence celui des chevau-légers, et en l'absence de tous deux ceux des mousquetaires , suivant leur rang, commande la Maison. Il rap porto it l'exemple de ce qui s'étoit passé en 1721 à l'audience de Méhémet- Effendi, père de celui-ci; M. le prince de Rohan monta à cheval et salua l'ambassadeur à la tête des gardes du corps. M. de Soubise disoit enfin que les quatre compagnies des gardes du corps n'étant que par détachement , il n'y avoit qu'un seul capitaine de quartier seul en droit de les commander, ce qui est d'un usage constant, hors le seul cas du sacre où deux capitaines des gardes du

côté de la petite écurie, et les gardes suisses vis-à-vis, du côté de la grande écurie,

M. le duc d'Harcourt , lieutenant général , commandoît tout le détachement de la maison du Roi. 11 ne fut point salué par les troupes. Lorsque l'audience fut finie, les troupes eurent ordre de se retirer. Il fut question de savoir si les chevau-légers formeraient la gauche des compagnies rouges , comme ils font à l'armée et aux revues du Roi , ou s'ils se porteroicnt par rang de corn» pagine, ainsi qu'il se pratique dans les marches du Roi lorsque toutes les troupea de sa maison sont assemblées pour sa garde, attendu que le poste d'honneur est celui qui approche le plus près de la personne de S. M. {Note du duc de Lxiynes.)

(1) Il n'y en avoit que cent par troupes. (Note du duc de Luynes.)

corps ont le bâton (1) eo même temps; que par conséquent, M. le maréchal de Noailles, capitaine des gardes en quartier, étant occupé à recevoir l'ambassadeur dans les appartements, c'étoità lui M. de Souhise a commander la Maison* Sur tout cela il fut décidé ; que les circonstances n 'étaient point pareilles à ce qui s'étoit passé en 1721; qu'alors, il n'y avoit point le quartier montant et le quartier descendant ; mais que le quartier de janvier ou guet n'ayant pas encore relevé, c'était 4 M- le duc d'Harcourt à monter a cheval et a commander la Maison ; c'est ce qui fut exécuté hier.

Au sortir de l'audience du Roi, l'ambassadeur se retira en faisant les mêmes révérences, excepté qu'il fît sa (roi* sième révérence ;\ quoique distance des premières marches du trône, marchant jusque-là a reculons ou de côté. Il étoit habillé d'une grande robe de drap vert ; c'est la couleur qui est la plus estimée che? les Mahpmétans, Son se* crélaire d'ambassade étoit aussi habillé de vert, le turban bordé de blanc, comme les antres, mais le dessus étoit vert, ce qui désigne chez eux les geqs de lois. U n'y a que ceux qui sont de la race de Mahomet qui portent le bord du turban vert, Parmi les Turcs qui accompagnoient l'ambassadeur, il y en avoit qui avoient des capuchons rouges sans turban. On m'expliqua que c'étoit les Bostangis ou jardiniers. M. de Verneuil, en reconduisant l'ambassadeur, lui fit remarquer M. de la Billarderie, major des gardes, qui étoit venu le recevoir dans la salle, et lui dit qu'il feroit bien de le prier à dîner. L'ambassa-

(1) Le capitaine de la compagnie écossaise a ce jour-là le bâton et la droite sur le capitaine en quartier.

11 y a encore une autre occasion on les quatre capitaines des gardes peuvent être ensemble avec le balon, c'est au lit de justice; s'il s'en trou voit qui ne fussent point pairs , ou que ceux qui te sont eussent leurs enfanta reçus en survivance de leurs charges, ils pourraient être tous quatre avec leurs bAtons sur le banc qui leur est destiné. Ceux qui sont pairs et reçus prennent séance comme pairs. (Note du duc de Luynes.)

depr se retourna »pssi|ôt, et avec beaucoup de politesse Jui dit en françois : « Je vous prie, monsieur, de me faire. l'hppnepr 4e venir dîner avec moi 4 la table du Roi. 9

Au sortir de faudienoe, l'ambassadeur retourna à la salle des ambassadeurs, où quelque temps après M de Yerpepil vint l'avertir pour l'audience de If. le Dauphin. L'on avoit dressé dans le cabinet de M. le Dauphin, contre la muraille qui fait face à la terrasse de l'orangerie, un trône. Auppn des princes ne descendit à cette audience après laquelle* l'ambassadeur retourna encore & la salle. 4 ai oublié de marquer une circonstance ; c'est que l'ambassadeur, après avoir présenté au Roi la lettre du Grapd Seigneur, et avant de se retirer, présenta à S. M. sou gendre et son fils. Les présents du Grand Seigneur, que l'ambassadeur a apportés , étoient ici dès le mercredi au soir ou dès le jeudi matin, dans la petite galerie d" Roi. Le Roi envoya quérir l'ambassadeur dans cette petite galerie, et lui parla assez longtemps en préseqce de douze ou quinze personnes, lui faisant des questions sur ses services , ses blessures, ^'ambassadeur parut fort satisfait 4es bontés du Roi. Les présents consistent en une tente (2) garnie de belles étoffes en dedans, dont les bâtons sopt tourpés et travaillés avec soin ; un équipage de cheval complet, parfaitement bien émaillé et rempli d'upe grande quantité de diamapts, rubis et émerapdes(3) ; di* paires de pistolets, dopt une plus belle et

(l) Le» princes torrJÙP», BfM. de Bouiljpn et de Soutyae, y descendirent comptant que Ton se couvriroit. M. de Chàtillon monta sur-le-champ chez le Roi pour loi demander ses ordres, et le Roi lui dit que son intention étoit que tout «e passât comme dans la galerie. (Note du duç de Luynet.)

(î) Cette lente a été tendue le jeudi et le vendredi sur la terrasse, vis-à-vis le milieu de la cour de marbre. Il y avoit dan» la tente un sopha avec des carreaux, et les mats de la tente étoient garnis de nacre de perles. {.Sote du due de Luynes.)

(3) Il n'y a pas une de ces pierres qui ne soit fort vilaine , mais la grande

plus enrichie encore que les autres ; onze ou douze fusils bien travaillés, mais de peu d'usage, et une douzaine de pièces d'étoffe. Dans l'équipage du cheval il y a jusqu'à un gros clou d'argent et une chaîne d'argent pour attacher le cheval , et un très-grand bassin d'argent, creux , pour lui donner à boire.

L'ambassadeur fut chez M. Araelot et chez M. le Cardinal.

M"* de Crillon fut présentée par M-* la duchesse de Tallard, mercredi, veille de l'audience ; elle est petite, a l'air ignoble, n'est point jolie et surtout a de fort gros yeux, et a même le droit plus gros que l'autre. Cependant c'est par amour, et l'amour le plus violent, que Crillon Ta épousée. Le mariage a été fait en vingt-quatre heures ; on n'a pas même eu le temps de dresser un contrat, et le père, qui est un banquier nommé Couvet, a mis hors de chez lui sa fille le lendemain de son mariage. 11 avoit annoncé que cela se feroit ainsi en donnant son consentement au dit mariage. Au reste, on dit qu'elle a eu 40,000 francs une fois payés, encore même ne sait-on pas si cela est bien sûr. MM. de Crillon sont gentilshommes du corn la t d'Avignon. Crillon a son père et sa mère qui ne jouissent que d'environ 8 ou 10,000 livres de rente, à Avignon, et qui cependant vivent assez honorablement; il est duc du Pape, mais le fils n'a rien que ce que son oncle, M. l'archevêque de Narbonne (1), veut bien lui donner.

M. de Mailly-d'Haucourt a remercié aujourd'hui le Roi pour la compagnie des gendarmes écossois. Cette compagnie étoit vacante depuis cinq ou six mois que M. de Rubempré avoit donné sa démission au sujet de la dispute entre lui et M. du Chàtelet pour le commandement de la gendarmerie, comme je l'ai marqué ci-dessus; et cette

quantité et le travail tendent le présent magnifique. (A'ofe du duc de Luynes.)

(I) Jean-Louis de Bei-tuas de .Crillon.

compagnie n'avoit pas été remplie. C'est M- de Mailly, dame du palais, qui Ta obtenue pour M. de Maillyd'Haucourt.

M. l'ancien évèque de Mirepoix, précepteur de M. le Dauphin, a obtenu la place d'honoraire à 1' Académie des inscriptions et belles-lettres, vacante par la mort de M. le cardinal de Polignac ; et M. l'abbé de Saint-Cyr, sous-précepteur, a obtenu celle de l'Académie françoise, vacante par la même mort.

Du lundi 29, Versailles. — Il y a longtemps que je n'ai écrit, étant malade depuis quinze jours d'une grande fluxion avec la fièvre. Depuis ce temps-là voici à peu près ce qui s'est passé.

M. le duc de Fleury arriva ici il y a environ quinze jours; c'étoit le surlendemain de l'audience du Turc; il est venu de l'armée de Bohème sur un congé de M. de Belle-Isle. Son régiment est en garnison dans Prague, et M. le Cardinal ayant été malade, il a cru qu'il pouvoit venir ici faire un tour de trois semaines pour savoir de ses nouvelles.

Les premiers jours de la semaine dernière, Mrae de Bauffremont présenta sa belle-fille; elle est fille de feu M. de Mommeins, lieutenant général qui a servi dans les gardes du corps; elle a dix-huit ans; elle n'est pas grande, mais assez jolie. Il y a six ans qu'elle est mariée ; elle a toujours demeuré en Bourgogne avec Mme de Mommeins sa mère. Mm*de Mommeins est venue ici savec elle; elle n'a jamais été présentée. 11 n'y avoit à la présentation que la bellemère. M. de Bauffremont ne vouloit pas que sa belle-fille fût présentée ; il a dit ici hautement qu'il ne regardent pas comme un désagrément que sa femme ne soit point assise, quoique faite pour l'être; que puisqu'elle étoit du sang royal (1), c'étoit autantl'affaireduUoique la sienne;

(l) Elle est CoortPitay. (Sote du duc de Luynes.)

t. iv. u

8î MÉMOIRES DU DUC DE LUY1SES.

mais que pour sa belle-fille, qu'il regardoit comme son sang , il n'étoit pas nécessaire qu'elle fût présentée pour

» demeurer debout. Il a écrit à peu près dans ce même

esprit à M. le Cardinal et ensuite s'en est allé à Paris. On a pris le temps de son absence pour Caire la présentation ; il est aisé de juger que tout cela est un jeu joué. M. de Bauffremont s'est voulu donner la satisfaction de parler et n'a point été sûrement fâché quesa belle-fille, qui vient ici pour demeurer au moins six mois dans ce pays-ci, fût

• a portée de pouvoir faire sa cour.

Le même jour, M"r de Castellane présenta sa fille. Mme de Castellane est Boulier; elle a marié sa fille à un homme de la maison de son mari, qui s'appelle Castellane comme lui.

Dimanche dernier, on prit pour trois semaines le deuil de la reine de Suède (1). Quelques jours auparavant, M. le baron de Fleming, qui n'a point de caractère, mais qui est chargé des affaires de Suède , avoit remis une lettre de notification du roi son maître. M. la comte de Tessin qui est encore ici n'a point de caractère.

La mort de M. du Guesolin et celle de M. de Mont brun avoient fait deux places vacantes dans la maison de M. le duc d'Orléans. Mon tbrun étoit chambellan ; mais comme il y avoit un surnuméraire (2), il n'y avoit qu'une de ces places à remplir, et elle a été donnée à H. de Clermont-Gallerande,' frère de M. de Clermont-Gallerande, premier écuyer de M. le duc d'Orléans; c'est la place de premier gentilhomme de la chambre.

M. de Bercy mourut il y a dix ou douze jours de la petite vérole ; il avoit été intendant des finances et étoit gendre de feu M. Desmareta; c'étoit un homme de beau-

(1) UlriqueÉléonore, fille de Charles XI, roi de Suède, morte le 5 décembre précédent.

(7) C est un de* fil* de M. de Montbolwier. (A'o/e du due de Luymt.)

474JL, 83

ooup d'esprit et de mérite et que Von a regardé longtemps comme à portée d'être fait contrôleur général.

M. le duc d'Estissac n'avoit qu'une fille, Agée de deux ou trois ans, de M,lc de la Rochefoucauld; elle mourut il y a douae ou quinze jours.

M"'e la maréchale de VUlars est depuis cinq ou six jours hors d'affaire ; elle a eu une petite vérole qui a commencé d'une manière que les médecins ont cru que c étoit apoplexie; ils l'ont môme traitée pour cette maladie; elle a été extrêmement mal et l'on ne croyoit pas même qu'elle en pût revenir.

Avant-hier 27, M, le chevalier de Belle-lsle arriva de Francfort ici sur les deux heures après midi ; il étoit parti le 23, veille de l'élection, pour venir a Manheirn. U se rendit le 24 à Turkheim, où il avoit donné rendez- vous au courrier que lui devoit envoyer M, le maréchal de Belle-lsle; il reçut ce courrier le 2fc à sept heures du soir à Turkheim, et partit aussitôt. On ne peut guère faire une plus grande diligence. U a apporté la nouvelle que l'électeur de Bavière, roi de Bohème, avoit été unanimement élu empereur; il prend le nom de Charles VII ; il ne sera sacré et couronné que les premiers jours du mois prochain. M. le Cardinal, en présentant le chevalier de Bellelsle au Roi, lui dit ; « Sire, voilà un grand événement pour le règne de Y. M - ; elle a lait un empereur et n'a, pas voulu l'être. » Le Roi dit en arrivant au chevalier de Belle-lsle qu'il le faisoit lieutenant général de ses armées.

Le Roi dit le même jour que le roi de Prusse marchoit à la tête de cinquante mille hommes du côté de Vienne. Voici comme cela s'est passé. M. de Belle-lsle, voyant que le général Neuperg persistoit à ne vouloir pas abandonner Budweiss et que M. de Kevenhuller d'un autre côté continuoit à tenir Lintz bloqué, avoit écrit au roi de Prusse pour lui représenter qu'il seroit bien essentiel, dans pareilles circonstances, qu'il voulût bien ordonner au général Schwérin, qui est en Moravie, de s'avancer du côté

de Vienne pour faire une diversion. Sur cela le roi de Prusse a mandé à M. de Belle-Isle que puisque cela lui faisoit plaisir il feroit encore mieux, qu'il alloit lui-même se mettre à la tête de l'armée. En conséquence, il a envoyé dire à M. de Valory, notre ministre à sa cour, qu'il partoit pour Dresde ; et au lieu des fêtes qui étoient préparées pour le mariage du prince Guillaume, son frère, et qui se dévoient continuer pendant ce carnaval, il est parti sans aucun équipage pour Dresde. Il a demandé au roi de Pologne de lui donner les vingt mille Saxons qui sont avec M. de Polastron entre Teutchbrodt et Iglau; il lui a dit qu'il espéroit qu'on ne lui refuseroit pas le corps de troupes de M. de Polastron (1), et qu'il comptoit avec ces corps réunis et environ trente mille hommes qu'il a en Moravie, s'avancer du côté de Vienne.

On a eu nouvelles ces jours-ci que M. le maréchal de Terring, qui étoit parti de Pisekpour aller à Passau, et de là du côté de la liante Autriche, avec huit ou neuf bataillons bavarois assez foi blés, avoit trouvé par delà Passau, dans une plaine, un corps de hussards autrichiens assez considérable qui l'avoient attaqué, qu'il s'étoit défendu longtemps, mais qu'il avoit été obligé de se retirer avec perte.

11 y eut jeudi dernier bal en masque chez Mesdames; tout se passa comme au bal précédent, dont j'ai parlé ci-dessus. La Reine y alla après son souper, et y resta une heure ou une heure et demie; le Roi n'y fut point.

Hier, il y eut bal en masque chez H. le Dauphin. On dansoit dans le grand cabinet de M. le Dauphin et dans son cabinet d'étude. Il y avoit deux tables dans le cabinet

(1) M. de Polastron n'a avec lui que le régiment du Roi, le régiment d'Andlau-cavalerie et quelques détachements de grenadiers ; il parott que Ton est très-coutcnt de la conduite qu'il lient, de la discipline qu'il fuit observer, et que dailUurs les Saxons se louent beaucoup de lui. (Noie du duc d* Luynts.)

de glaces où l'on jouoit à cavagnolé, et la collation étoit dans la salle de M. de Chàtillon.

M"* de Mailly a presque toujours été enrhumée depuis quinze jours et n'a point sorti de sa chambre ou de son lit. Sa semaine étoit la semaine dernière; elle n'a point du tout été chez la Reine; elle a toujours demeuré pendant ce temps et couché dans le petit appartement dont j'ai parlé ci-dessus, qui a été fait sous le nom de M. de Meuse. Le Roi continue à y dîner tous les jours et y soupe toutes les fois qu'il ne soupe pas au grand couvert.

Gomme la gelée a duré très-longtemps , le Boi n'alla à la chasse que samedi dernier pour la première fois depuis plus de quinze jours; il n'a pas paru s'ennuyer d'être si longtemps sans chasser, et quelqu'un même lui en ayant parlé, il lui dit : « Mais ne sommes-nous pas bien ici? » Il dit même, dans une autre occasion, à un officier des gardes qui étoit derrière sa chaise : « Je ne me soucie plus autant de la chasse que vous croyez. » On parle de réformes dans les deux meutes et dans la grande et la petite écurie.

Le chevalier de Soudeil, chevalier de Malte et exempt des gardes du corps de la compagnie de Noailles, quitte. Ce bâton a été donné à M. de la Faye , capitaine de dragons. On conserve à H. de Soudeil son rang de colonel réformé et on le met à la suite du régiment de Noailles; il aura 1,080 livres d'appointements , comme colonel réformé, et compte aller tenir galère. M. de la Faye lui donne W),000 francs.

Il y a déjà quelques jours que le Roi a accordé à M. de Saint-Aignan pour son second fils, qui est devenu présentement son aîné, le régiment de cavalerie vacant par la mort de M. le duc de Beauvilliers, son fils aîné, et au chevalier de Saint-Aignan, le quatrième de ceux qui restent, la compagnie que son frère avoit dans le régiment de Beauvilliers. Cette affaire a souffert beaucoup de difficultés; on vouloit donner le régiment au lieutenant-

86 MÉMOIRES i)U DUE Dfc LUYNKS.

colonel, qui est dans le cas d'en mériter un , et enh'n il a été décidé que M. de Saînt-Aignan payeroit à ce lieutenant-colonel le prix du régiment.

M. de Meuse continue à diner tous les jours dans le petit appartement avec le Roi et MTC de Mailly, ou avec Mme de Mailly, quand par hasard le Roi est a la chasse; il soupe de même tonte» les fois que le Roi soupe dans ce petit appartement ou chez M™* la comtesse de Toutouse ; et il faut avouer que cet honneur demande une assiduité et une exactitude qui peut dans certaines occasions donner un peu de contrainte et de gêne. M. de Meuse, qui a bien servi et qui est lieutenant général, demandoit k servir dès l'annéè passée, et cela avec beaucoup d'empressement; il en parla dans ce temps-là au Roi, qui lui dit : « Ce sera pour Tannée 1742. v> Dans cette occasion-oi, il a jugé à propos de faire souvenir le Roi de ce qu'il lui avoit fait l'honneur de lui dire. Le Roi lui répondit : « Je m'en souviens fort bien , mais j'ai changé d'avis ; je ne veux pas ^rae vous mè quittiez. » M. de Meuse > plus occupé de la douleur de ne point servir que des marques de bonté que le Roi lui donnoit dans cette occasion, parut triste et rêveur à ce discours; le Roi lui dit; « Il ne faut point prendre un air aussi triste, je suis persuadé de toute votre volonté ; mais que voulez-vous faire en continuant le service, vous n'êtes plus jeune> vous avez une assez mauvaise santé; que voulez-vous "devenir, maréchal de France? ne puis-je pas vous faire d«c et pair et chevalier de l'Ordre? Tenez- vous donc tranquille «t ne «oyez point aussi affligé que vous le paroissez. »

il mourut il y a quelques jours un huissier de la chambre de la Reine, nommé Oesfossez ; cette place a été donnée au nommé Mozac, concierge dèTrianon et valet de chambre tapissier de la Reine. Je mets ee fait, quoique peu intéressant, parce que les huissiers se mettent d'un ordre au-dessus des valets de «chambre.

FfcYRIKR 17411.

L'Université présente ua ciei^e au Roi, è la Reine et an Dauphin. — - Réception de chevaliers du Saint Esprit. - Le P. Tainturier. — Mort de la comtesse de Brionnc. — Prise de Lintz. — Mort du chevalier de Bétons. — Audience des États de Bretagne. — Appartement de M«* de MoiUy. — Présentation de la marquise de Yérac. — Bal chez le Dauphin. — Cale de Madame. — M"* d'Aumont. — Portrait du roi de Prusse. — Contestation entre le maréchal de Rroglie et M. de Séchelles. — Audience de IVnvoyé de Mivlène. — Le Roi et M,m' de Mailly. — Mariage du prnoe d'Havné. — Retraite do ministre anglais Robert Walpole. — Conversation du Roi. — L'éréque de Soissons achète la charge de premier aumônier. — Le comte d'Œttingen. — Visites de l'ambassadeur turc. — Régiments donnés.

Du samedi 8 février, VênmUm. — Avancer, vedle de la Chandeleur, l'Université vînt ici en corps, suivant l'usage, apporter un cierge au Roi, à la Reine, à M. le ftauphin et à Mesdames. Le recteur avoit une robe longue bordée de fourrures. La Reine le reçut dans sa chambre, debout contre la table de marbre ; c'est ce qu'on appelle audience particulière. La harangue du recteur ne fut pas extrêmement longue et me parut bien. On présenta ce même jour deux autres cierges au Roi et à la Reine dans la matinée, l'un par le supérieur des Pères de la Trinité, qui fit un compliment fort court et assez médiocre, l'autre par la confrérie du Saint-Sépulcre; celui-là sans compliment. L'après-dlnée , le Sr Mercier, contrôleur de la maison de la Reine, lui apporta an cîerge; c'est l'usage. La différence qu'il y a entre ces différentes présentations de cierges, c'est que la Reine reçoit de sa tnain les trois premiers, et qu'à l'égard de celui qui est présenté par le Sr Mercier, c'est la dame d'honneur qui le reçoit dans la chambre de la Reine pour le présenter à S. M.

Hier, jour de la Chandeleur, il n'y eut que trois réceptions (1), M. le cardinal de Tencin et M. l'archevêque de Narbonne étant absents. M. l'évéque de La«gres(2) et

(1) De chevaliers de Tordre du Saint-Esprit.

(2) Gilbert de Montmoria de Saint Herem.

88 MÉMOIRES DUt DUC DE LU Y NES.

M. l'archevêque de Bourges (1) furent reçus immédiatement avant la messe; aussitôt après, M. de Langres alla s'habiller pour dire la grande messe. On croyoil qu'il n'y auroit peut-être pas un assez long intervalle pour qu'il eût le temps de s'aller habiller; mais le Roi dit qu'il attendait s'il étoit nécessaire. M. le duc de Penthièvre fut reçu immédiatement après la messe; ses parrains furent M. le duc d'Orléans et M. de Chartres. Les revers du man- . teau de M. le duc de Penthièvre étoient couverts de diamants, et le manteau tout neuf. Mme la comtesse de Toulouse avoit mandé quelques jours auparavant à Mme de Mazarin que le Roi trouvoit bon qu'elle lui prêtât les pierreries de la Couronne. Moe de Mazarin, qui est toujours à Paris depuis environ quatre mois, à cause de sa maladie, écrivit à la Reine pour lui demander ses ordres au sujet des dites pierreries, et la Reine lui manda de les donner.

Ce fut AT" d'Andlau qui quêta.

Hier fut le premier sermon du prédicateur du carême ; c'est le P. Tainturier, jésuite; il prêche bien, à ce qu'il parolt, et avec un air d'autorité et en même temps de familiarité que quelques personnes'trouvent trop grande. Il faut convenir qu'il a le défaut de parler trop vite et pas assez haut. Son compliment fut assez bien ; ce fut, à parler vrai, une instruction plutôt qu'un compliment.

Hier au soir, Ton apprit la mort de Mme la comtesse de Brionne. C'étoit la seconde fille de feu M. le duc de Gramont; elle est morte d'une fièvre maligne en cinq ou six jours de temps ; elle étoit ici au dernier bal en masque chez Mesdames.

On apprit avant- hier au soir que le général Kevenhuller s'étoit rendu maître de la ville de Lintz, capitale de la haute Autriche. M. deSégur, lieutenant général, n'avoit que huit ou dix mille hommes pour défendre tout ce pays ; il a tenu tout le plus longtemps qu'il a été possible et

il) Frédéric- J<Mr»>€ d« la RoehofoncîMld de Roye.

FÉVRIER 1749. 8g

avoit été obligé de sa renfermer dans Lintz. La reine de Hongrie y a fait marcher une artillerie nombreuse et a même donné presque tous ses attelages pour la conduire. M. de Ségur, et toute la garnison, a été obligé de promettre d'être un an, à compter du jour de la capitulation, sans servir contre la reine de Hongrie. Le grand-duc étoit venu en personne à ce siège et avoit fait mettre le feu aux faubourgs. Lintz est une très-mauvaise place et n'a pu résister contre une très-nombreuse artillerie qui a tiré sans cesse pendant quatre jours. Les ennemis se sont avancés jusqu'à Passa u, qui est une ville ouverte et dont ils se sont rendus maîtres sans peine. Le sentiment de M. le maréchal de Belle-lsle n'étoit point de risquer les troupes du Roi dans un endroit aussi désavantageux; il vouloit qu'elles se retirassent sous Passau , d'autant plus que la haute Autriche, n'ayant point de places fortes, est toujours fort aisée à reprendre. L'électeur de Bavière, aujourd'hui empereur, a toujours persisté à vouloir que l'on restât dans Lintz. M. le maréchal de Terring, qui avoit été détaché de l'armée de H. de Broglie pour tacher de secourir cette place, a été battu en chemin. Ce sera un détail curieux dans la suite des temps que la quantité de fautes que l'on a faites dans cette campagne. On ne peut les imputer qu'au peu d'expérience de l'électeur et de son général M. de Terring, et en même temps au peu de fermeté qu'ont eue nos lieutenants généraux, qui n'ont jamais pu faire exécuter les projets formés par M. de Belle-lsle. Le temps qui a été employé inutilement à faire des courses jusqu'auprès de Vienne est la première cause de tout ce qui est arrivé depuis. U parolt que l'on est ici résolu à renvoyer un corps considérable de nouvelles troupes au plus tôt. Tout dépend présentement de ce que fera le roi de Prusse ; il doit avoir joint ses troupes, les Saxons et le petit corps de H. de Polastron et même avoir marché droit à Tabor et Budweiss. Le général Neuperg, qui commandoit le corps d'armée qui occupe ces deux postes, en a

î>0 MÉMOIRES DU DUC DL LUY1NES.

remis le commandement au prince Charles de Lorraine et s'est retiré à Vienne ; il retourne commander ,à Luxembourg, où il étoit avant cette guerre.

Du lundi 5, Versailles, —r M. le chevalier de Bezons mourut avant-hier, à Paris, de la petite vérole; il est mort le troisième ou quatrième jour de cette maladie ; il l'avoit gagnée de M"1* de la Feuillade , sa sœur, avec laquelle il s'étoit enfermé et qui en est guérie. Il ne reste plus des enfants de M. le maréchal de Bezons que M. l'évoque de Carcassonne et Mn< de la Feuillade. lie marquis de Bezons, qui étoit l'ainé, a laissé plusieurs enfants, dont l'alné peut avoir quatorze ou quinze ans. Le chevalier de Bezons étoit colonel du régiment de Beaujoiois-Infanterie.

J'appris hier que M. de Conflans, qui avoitle régiment d'infanterie d'Auxerrois en avoit donné sa démission.

Hier les États de Bretagne eurent audience ; ce fut audience publique*. La Reine les reçut dans le grand cabinet avant sa chambre ; H. de Nangis seul derrière le fauteuil, comme à l'ordinaire. Us étoient conduits par II. de Dreux •qui marchoit devant. C'est M. Tévéque de Quitnper (1) qui portoit la parole. Il avoit à sa droite M. le duc de Penthièvre , comme gouverneur, et à sa gauche M. le comte de Saint-Florentin, coin me secrétaire d'État de la province. Il n'y avoit avec lui que le député du tiers état, lequel se mit à genoux, suivant la coutume. Le député de la noblesse est M. le duc de llohan, qui sert à l'armée de Bavière. 11 étoit en dernier lieu a Lintz avec son régiment.

M. de Vassé, qui étoit ici depuis la prise de Prague, prit congé hier; il s'en retourne à l'armée. U avoit espéré, pendant son séjour ici, finir son mariage avec.MUe de Pesé, sa cousine germaine; mais comme cette affaire ne pouvoit pas se terminer de quelque temps et que son régiment marche, il a pris le parti de s'en aller, fa , , . - — ■ ■

(I) Il s'appelle de Coiller. (Note du duc de Luynes.)

FflVRIRR 174*. 91

Hier dimanche , le Roi ne fut point au salut , s'étant trouvé un peu enrhumé le matin; cependant il est allé aujourd'hui à la chasse , d'où il va coucher à la Meutte pour revenir demain après souper.

M"e de Mailly a toujours resté jusqu'aujourd'hui dans le petit appartement dont j'ai parlé ; elle y joue tous les soirs lorsque le Roi travaille avec M. le Cardinal. Cet appartement est au-dessus de la petite galerie ; on y monte par un petit escalier qui monte de la cour de Mac la comtesse de Toulouse chez Mœe d'An tin. Il y a d'abord un passage, à la droite duquel est la salle, à manger, laquelle joint les petits cabinets du Roi; ensuite un petit corridor, assez étroit, sur le double duquel est un office et une cuisine à droite; à gauche, une garde-robe de femme de chambre et une garde-robe de commodité ; ensuite la chambre, qui est jolie mais fort petite , éclairée par une seule fenêtre et où il y a un lit en niohe ; ensuite le cabinet où il y a deux fenêtres et qui est joli et à peu près comme la chambre. C'est là où le Roi travaille à ses plans, àes après-dlnées, et quelquefois écrit. •

Du mardi yrasft, Versailles. — J'ai oublié de marquer que l'ambassadeur d'Espagne donna il y eut hier huit jours un grand bal en masque, à l'occasion de l'heureux aeoouohement de Madame Infante.

J'ai marqué ci-dessus que l'ambassadeur turc avoit donné au Roi onze ou douze paires de pistolets ; S. M. en a fait présent de trois paires que Mme de Mailly a demandées pour M. de Luxembourg et qu'elle lui a envoyées par M> de Vassé, une que le Roi a donnée à M. le duc de Villeroy et une à M. d'Ayen.

Il y a cinq ou six jours que M"" la duchesse de la Rochefoucauld présenta M™5 la marquise do Vérac; c'est la bellefille de feu M. le marquis de Vérac, lieutenant général et chevalier de l'Ordre.

Du mercredi des cendres 7, Versailles. — Il y eut hier bal en masque chez M. le Dauphin ; il commença à dix

heures. La Reine, qui soupoitavec des dames, suivant la coutume (car c'est la semaine de M""* d'Antin et de Montauban ), descendit au bal sur les onze heures, et n'y resta qu'environ une heure. Le Roi arriva à une heure de la Meutte (1), où il avoit soupé, et vint au bal fort peu de temps après; il y a resté jusqu'à trois heures. Mm' de Mailly y vint aussi. M** la princesse de Conty y étoit avec un domino noir; tout le monde lacroyoit a Paris; elle arriva tout d'un coup avec un masque, affectant de ne, se point tenir droite, de sorte qu'elle parut beaucoup plus petite qu'elle ne Test ; cependant M. le Dauphin la reconnut d'abord. M. le Dauphin, M"6 Adélaïde, le petit d'Estaing et M11' de Chalais étoient tous quatre masqués en Espagnols. M. le Dauphin et M. d'Estaing avoient un habit court, de velours noir. M"»' Adélaïde et Mlude Chalais avoient une robe de velours noir; à la robe de M"e Adélaïde il y avoit des bandes couleur de feu, pour égayer un peu cet habillement; ces quatre habillements formèrent ce qu'on appelle un quadrille. M. le Dauphin avoit beaucoup de diamants sur son habit. Il y avoit un autre quadrille bleu et blanc (2), composé de M. le duc et Mmc la duchesse de Rochechouart, de M. de Marsan et de Mme d'Andlau. M"* de la Tournelle étoit masquée en Chinoise, M,Bcde Flavacourt en pèlerine, M. de Flavacourten Arabe ; il y avoit encore plusieurs autres jolis habits de masques. On dansoitdans le grand cabinet de M. lè Dauphin, et l'on y dansoit continuellement; il y avoit aussi des violons dans le cabinet d'étude où l'on dansoit aussi de temps en temps (3). Dans le cabinet de glaces, il y avoit

(1) Les dames étoient M"« de ia Roche-sur- Yon, M"" de Mailly, de Chalais, de Talleyrand et de Sassenage. (Note du duc de Lu y nés.)

(2) Il y en avoit encore on troisième blanc avec des fleurs. C'étoient M. et Mme de FitzJaroes, H. de Monaco et M"' de Matignon. 11 y a environ deux mois que M. de Monaco commença à reparoltre 'ci. ( Note du duc de Luynes.)

(3) Sur les trois heures du matin on fit revenir ces violons dans le grand

deux tables pour le cavagnole, mais sur lesquelles on commença d'abord par manger ; il y avoit des pâtés, des jambons, des daubes , mais toute la viande fut desservie à minuit. La collation étoit dans la salle à manger de M. de Chàtillon. En tout, le bal étoit très- vif et fut trouvé charmant (1). Ml,e de la Roche-sur-Yon y vint aussi en arrivant de la Meutte; elle étoit masquée en domino noir. Madame n'y étoit point ; elle est malade depuis dix ou douze jours ; elle a toujours eu depuis qu'elle est au monde beaucoup de boutons et d'élevures qui ressemblent fort à la gale. Madame Infante avoit cette même maladie et en a été guérie par les médecins d'Espagne. La gale de Madame a fort augmenté , et on a été obligé de lui faire garder son lit (2). Mu* d'Aumont, fille aînée de M. le duc d'Aumont, étoit au bal; elle a onze ans passés; elle n'est point jolie, mais elle est faite à merveille et a l'air d'une petite miniature ; elle ressemble beaucoup à M. d'Aumont; elle a de la grâce, elle parolt avoir de l'esprit, elle n'est point embarrassée et elle danse à merveille. M"* la maréchale de Duras et M"" d'Aumont la menèrent hier chez la Reine pendant le jeu ; elle baisa le bas de la robe; elles l'avoient menée aussi chez M™* Adélaïde ; elle n'a point été présentée au Roi; elle n'est venue ici qu'à l'occasion du bal.

Je mets ici le portrait du roi de Prusse que mon fils m'a envoyé de Prague il y a quelques jours :

« Le roi de Prusse est petit, assez gras sans être trop gros, une physionomie spirituelle , de jolis yeux , un visage rond , gai et vif, d'assez belles dents , des cheveux bruns bien plantés, l'air noble.

(1) Il a duré jusqu'à six ou sept heures. (Note du duc de Luynes.)

(2) M«« de Ventadour, qui aime beaucoup Madame, imagina hier, pour la dédommager un peu du bal, de lui donner une petite mascarade; pour cet effet elle se masqua elle-même et fit masquer M|ue de la Lande, qui est une des sous-gouvernantes , M. de Saint Pau et M"e de Casteja. Il faut observer que Mue de Ventadour a environ quatre-vingt-dix ans , que M. de Saint-Pau n'est guère plus jeune, et que M»* de la Lande et M»« de Casteja sont aussil fort âgées. (Xote du duc de Luynes.)

« 11 a de TesDrit et des counoissanees sur tout, assez suoerûci elles:

il a un peu abandonné les science», dont il paroissoit être occupé quand il étoit prince royal. Il décide vivement, promptement et absolument toutes les affaires, et n'aime pas les représentations, les longue? discussions ni les donneurs d'avis. Il n'assemble jamais sou conseil; on lui rend compte des affaires sommairement , et on dit que souvent il les décide de même. Il questionne vivement, spirituellement ; ses questions engagent et même obligent à des réponses concises; il est curieux des usages de tous les pays et s'en informe soigneusement, mais principalement des usages militaires, dont il est extrêmement occupé, voulant examiner les habillements, armements, manœuvres et usages de toutes les troupes.

■ Il a du talent pour le métier de la guerre, mais il le sait et ne veut point profiter de celui des autres et leur demander leur avis.

« Il est poli et cherche à dire des choses obligeantes, quoique dans le fond il soit haut. Il compte pour rieu la peine des autres , donne l'exemple pour la fatigue et la vie la plus dure. Il est sobre.

« Il ne peut se refuser une plaisanterie fine et méchaute sur ooux qu'il trouve ridicules; mais il ne trouve pas mauvais qu'on lui réponde, pourvu que la réponse soit bonne . quand même elle seroit un peu forte.

• Il aime les François et sent combien cette nation est au-dessus de la pesanteur et du rampant de ses peuples. Il a de très-grandes qualités; ses défauts appartiennent plutôt à son âge qu'à son caractère, et on peut espérer qu'il sera un jour un grand prinoe. »

Du samedi 10, Ver$aiUes. M. le chevalier de Belle- Isle prit congé hier ; il retourne a Francfort, U parolt constant que M. le maréchal de Belle-Isle viendra ici fort peu de temps après le couronnement de l'empereur.

Il y a eu une contestation entre M. le maréchal de Broglie et M. de Séchelles (1). M. de Broglie s'est plaint que M. de Séchelles, sans son ordre, s'étoit engagé à fournir au roi de Prusse les subsistances dont il auroit besoin et qu'il avoit demandées lorsqu'il est parti pour se mettre à la tète de ses troupes et de celles de Saxe. M. de Séchelles a représenté que n'ayant point eu le temps de prendre les ordres de M. le maréchal de Broglie, parce que le roi de Prusse vouloit une réponse sur-le-

(!) Intendant de l'armée de Bohême

ohamp, sans quoi il ne seroit pas parti, il avoit cru devoir s'engager pour ne pas retarder une entreprise aussi nécessaire ; que d'ailleurs il étoit en état de prendre cet engagement sans faire aucun tort aux fournitures nécessaires pour l'armée de Al. de Broglie. L'affaire a été portée ici et jugée en faveur de H. de Séchellee. Il faudrait savoir plus en détail que jejie sais les raisons de part et d'autre pour bien juger. U parait que 11. de Broglie a raison en général, mais que dans le cas particulier et la circonstance pressante où s'est trouvé M. de Séchelles, il ne pou voit faire autrement que ce qu'il a fait.

On attend toujours des nouvelles de ce que fera le roi de Prusse; ce que Ton sait jusqu'à présent, c'est qu'il ne veut agir en rien de concert avec M. le maréchal de Broglie; il ne veut ni le voir ni lui écrire; il parolt qu'il n'a point oublié la réception que M. de Broglie lui fit à Strasbourg, il y a environ dix-huit mois.

M. de Bezons, fils aîné du marquis de Bezons et petitfils du maréchal, vint ici hier; c'est M. de Maubourg (1), son oncle, qui l'amena. Il a demandé le régiment de Beaujolois qu'avoit M. le chevalier de Bezons, son oncle ; il reraerçia hier. Cette grâce est d'autant plus considérable que M. de Bezons est encore au collège. Il est vrai que les malheurs de cette famille rendoient la demande favorable.

M. le comte de Brionne est venu ici aujourd'hui faire sa révérence et en même temps son remerclment pour le régiment d'Auxerrois qui vient de lui être donné; il étoit vacant par la démission de M. de Contiens, comme , j'ai marqué ci-dessus. M. le chevalier de Lorraine, frère de M. de Brionne, et M. de Lesparresont venus en même temps faire leur révérence.

Depuis le retour de la Meutte, Mme de Mailly est retournée

(i) M. de Maubourç avoit épousé me tille de feu M. le m«récfa«l de BetotM,

qui est morte. (Note du duc de Luynes.)

dans le petit appartement; elle joue tous les jours que le Roi travaille avec M. le Cardinal, depuis six heures jusqu'à neuf. Elle ne joue point les autres jours parce que c'est jours de chasse et que le Roi soupe vers les sept heures. Elle ne compte retourner dans son appartement que pendant sa semaine. Les jours que le Roi ne va point à la chasse , il est souvent à travailler dans le cabinet à des plans avec H. Gabriel le fils.

J'ai oublié de marquer ci-dessus que M. le marquis de Clermont-Gallerande, premier écuyer de M. le duc d'Orléans, s'étant retiré avec une pension, M. le duc d'Orléans a donné cette place à M. de Bulleroy, gouverneur de M. le duc de Chartres.

Du i,r dimanche de carême, 11, Versailles. — Le Roi a recommencé mercredi à dîner au grand couvert; il y dînera tout le carême les jours qu'il n'ira point àla chasse, hors les dimanches qu'il compte souper au grand couvert, à cause que le sermon commence de meilleure heure et que le conseil finit tard.

On a quitté aujourd'hui le deuil de la reine de Suède; j'ai marqué ci-dessus le jour qu'on l'avoit pris.

Du mardi \3, Versailles,. — L'envoyé de Modène(l), évèque d'Apollonie, qui est un évèché in partibus, a eu aujourd'hui audience du Roi et de la Reine. J'étois à celle de la Reine. Il étoit conduit par M. de Verneuil seulement; c'étoit audience publique. M. le Cardinal y étoit et s'y est assis un moment. La Reine étoit dans son fauteuil ; elle ne s'est point levée à l'arrivée de l'envoyé, ni en sortant. M. de Nangis étoit seul derrière S. M. Le compliment a été en italien. •

Du mercredi 14, Versailles. — Quoique cette semaine soit celle de Mm* de Mailly, elle n'est point retournée à son appartement, selon son projet; elle reste toujours dans

(I) U s'appelle Sâbatini, et n'est évéqae que depuis peu de temps. (Note au duc de Lu y nés.)

le petit appartement dont j'ai parlé; le Roi y soupe tous les jours de chasse; et, les jours de grand couvert, M"" de Mailly dîne en gras avec M. de Meuse, et le Roi y remonte aussitôt qu'il a dîné. Ces jours-là, le Roi y prend son lait le soir, et depuis plusieurs jours il est descendu à onze heures et demie chez Mme la comtesse de Toulouse, où il n'est pas longtemps; mais jusqu'à ce moment toute la compagnie qui est admise dans ce petit appartement y reste. Au sortir de chez Mnela comtesse de Toulouse, le Roi va se coucher.

M. l'abbé de Broglie a quitté sa retraite; il est ici depuis quelques jours ; il ne veut voir ni le Roi ni la Reine, mais seulement M. de Ghâtillon et M. le Cardinal pour veiller à ce qui regarde M. son frère ; il a vu M"" de Mailly, qui parolt s'intéresser pour lui ; il a vu aussi Mme la comtesse de Toulouse; mais il n'en a pas été bien reçu.

Du samedi 17, Versailles. — Le mariage de M. le prince d'Havréavec MUe deSanto-Gemini (1), que j'ai marqué plus haut, s'est fait à Paris le lundi 12 de ce mois. Il devient grand d'Espagne par ce mariage, et s'appelle le comte de Priego.

M. le chevalier d'Harcourt, envoyé de Francfort par M. le maréchal de IJelle-lsle pour apporter la nouvelle du couronnement de l'empereur, arriva hier après le coucher du Roi ; il n'a vu S. M. que ce matin à son lever; il a été ensuite présenté à la Reine ; le Roi lui a fait beaucoup de questions sur le détail du couronnement. Cette cérémonie a été faite le 12.

Le Roi est parti aujourd'hui pour Choisy, d'où il ne reviendra que jeudi. Les dames de ce voyage sont M** la maréchale d'Estrées, M""* deGramont, de Mailly, d'Antin et de Ruffec.

Du Vendredi 23, à Versailles, — Mercredi dernier, il y

(i) Elle ne parle point du tout françoi» ; on dit qu'elle est bien faite , mais qu'elle ressemble en laid à M. le comte de Bavière. (Note du duc dr. Luynes.) T. IV. 7

eut sermon comme à l'ordinaire. La Reine y étoit seule pour la première fois du carême , et en pareil cas l'usage est, comme je l'ai déjà dit, que le prédicateur fasse un compliment à la Reine. Le prédicateur ût ce compliment •X la fin de son exorde ; il me parut qu'il fut approuvé avec raison. En tout on est fort content du P. Tainturier; il parle familièrement, mais avec autorité et en fort bons termes ; il ne paroit pas que son style soit touchant, mais il est fort et persuasif.

Le Roi a su pendant Choisy que Walpole s*ëtoit démis de tous ses emplois. C'étoit lui qui avoit la principale autorité en Angleterre et qui avoit la confiance du roi Georges. Walpole a senti la nécessité que le roi d'Angleterre se raccommodât avec le prince de Galles, et que ce raccommodement ne se feroit jamais tant qu'il seroit en place. Voyant d'ailleurs que le parti qui l'avoit soutenu jusqu'à présent diminuoit, il a demandé seulement permission au Roi d'Angleterre de se démettre de tous ses emplois. Jusqu'à présent il n'avoit point voulu accepter la dignité de pair, pour ne pas sortir de la chambre des communes; mais à cette occasion-ci le roi d'Angleterre a déclaré qu'il l'avoit fait pair.

J'ai marqué ci-dessus la conversation que le Roi avoit eue avec M. de Meuse Quelques jours'avant le voyage de Choisy, le Roi, Mœe de Mailly, M. de Meuse étant tous trois seuls ensemble , le Roi parla de cette conversation et dit à M. de Meuse qu'il savoit qu'elle avoit transpiré, qu'elle avoit été rapportée à M. le Cardinal, qu'on l'avoit fort augmentée et que l'on lui avoit fait tenir des discours qu'il n'avoit point tenus. M. de Meuse lui dit qu'il ne comprenoit pas par où cela pou voit être revenu à M. le Cardinal; qu'il savoit bien que M. le Cardinal ne l'aimoit point, et sûrement qu'il n'auroit point parlé en sa faveur à S. M. Le Roi ne répondit rien ; mais M,ne de Mailly prit la parole et dit qu'elle voyoit bien que c'étoit elle qui en étoit l'occasion, parce qu'étant chez M01' la comtesse de

Toulouse, où il n'y avoit que le bailli de Froulay et M. de Meuse, elle avoit entendu Mme la comtesse de Toulouse parler à M. de Meuse d'aller en campagne et de servir, et lui faire sur cela des plaisanteries; qu'elle avoit remarqué la peine et l'embarras de M. de Meuse, quj étoit sorti sans rien répondre; qu'elle avoit cru devoir en cette occasion dire à Mrae la comtesse de Toulouse ce qui s'étoit passé entre le Roi et M. de Meuse; que cette conversation avoit été en présence du bailli de Froulay, lequel est ami de M. de Maurepas et la lui avoit sûrement contée; mais qu'elle étoit bien sûre de la vérité et de la probité du bailli, et que sûrement il n'avoit rien augmenté à la conversation. Sur cela elle parla assez vivement contre M. de Maurepas. Le Roi prit la parole et dit que l'on pouvoit reprocher de la légèreté à M. de Maurepas sur certaines choses, et entra sur cela en quelque détail, mais qu'il avoit des preuves que cette légèreté ne s'étendoit pas sur des choses essentielles, puisqu'il y en avoit qui n'avoient été sues que de lui et de M. de Maurepas et dont personne n'avoit jamais été instruit. « Cela est bien extraordinaire, répondit Mmc de Mailly vivement; s'il n'étoit pas secret en pareil cas, il faudroit donc que la tète lui eût tourné. » v On attend M. le maréchal de Belle-lsle dimanche ou lundi. La détermination du roi de Prusse de marcher avec ses troupes seules et d'aller du côté de Presbourg et de Vienne, au lieu de marcher du côté de Budweiss, donne lieu ici à beaucoup de raisonnements. On dit d'ailleurs que M. de Broglie a envoyé ordre à M. de Polastron de le venir joindre, et que M. de Polastron n'a point exécuté cet ordre. Les amis de M. de Broglie prennent occasion de là % ( le crier contre M. de Polastron; mais comme son caractère essentiel et universellement reconnu est de la plus grande exactitude et de l' attention la plus parfaite à ne manquer à aucun devoir, il est sûr que ces cris n'ont besoin que d'éclaircissements pour être détruits.

Il est décide que l'ambassadeur turc viendra ici mardi

avec les autres ambassadeurs, sans autre cérémonie, et qu'il verra la Reine dans la galerie en passant.

Du dimanche *25, Versailles. — Aujourd'hui grand couvert le soir, à cause du conseil d'État et du sermon. Le Roi a été aujourd'hui au sermon; il n'y avoit point été ni mercredi ni vendredi dernier.

M. Févèque de Soissons (Fitz-James) remercia hier le Roi pour la charge de premier aumônier; il l'achète 350,000 livres de M. le cardinal d'Auvergne (1), qui l'avoit achetée 100,000 écusdeM. le cardinal de FleuYy, comme je l'ai marqué dans le temps. 11 y a longtemps qu'il étoit question de cet arrangement, et M. l'évèque de Melz (Saint-Simon ) a eu grand désir d'avoir cette charge; elle ne vaut que 12 à 15,000 livres de rente. M. le cardinal d'Auvergne ne l'auroit pas vendue vraisemblablement, s'il avoit pu obtenir une abbaye de plus ; mais comme son voyage de Rome a dérangé ses affaires et qu'il a des dettes, il s'est déterminé à vendre pour les payer.

M. le comte d'OEttingen arriva hier ici de la part de l'empereur pour faire part au Roi de l'élection et du couronnement. 11 ne prend aucun caractère, ni d'ambassadeur extraordinaire, ni d'envoyé. M. le Cardinal lui a dit que le Roi étoit extrêmement content de cet arrangement et le regardoit comme une marque d'amitié. M. d'OEttingen est jeune, il a environ vingt-sept à vingt-huit ans ; il est grand, bien fait et d'une assez jolie figure ; c'est un homme de grande condition qui venoit peu à la cour de l'électeur de Ravière. Un grand procès qui décidoit de l'état de sa fortune et qu'il avoit contre un de ses parents l'ayant obligé de venir à Munich , il y trouva M"' de Defowkre, nièce du comte de Terring, aujourd'hui feld-mairéchal; il lui plut , et il Ta épousée il y a environ quatre

(l)M. le cardinal d'Amergne avoit un brevet de retenue de 200,000 livres. Le même brevet a été donné à M. l'évèque de Soiswn». (Xote du duc de Luynes.) .

ou cinq ans. Cette nièce de M. de Terring est grande, bien faite, sans être jolie; elle a quatre ou cinq ans moins que son mari. On prétend que l'électeur s'intéressant fort alors à ce qui la regardent, désiro t de la marier. Quoi qu'il en soit, il prit alors en grande amitié H. le comte d'Œttingen ; il Ta envoyé à Rome et à Vienne pour différentes affaires* et n'a point voulu absolument que le procès qu'il avoit fût jugé; il a engagé les deux parties à s'accommoder, et par cet accommodement, M. le comte d'Œttingen a eu kO ou 50,000 livres de rente. U a d'abord été à Paris voir M. de Grimberghen qui , n'étant pas en état de l'amener lui-même ici, lui a donné pour le conduire un bomme qui est à la tète de toutes ses affaires et en qui il a beaucoup de confiance, qu'on appelle M. de la Salle. Après avoir vu hier H. le Cardinal, ils vinrent chez moi ; ils comptoient que ce seroit M** de Luynes qui présenterait aujourd'hui M. d'Œttingen à la Reine; mais il a trouvé ce matin chez M. le Cardinal M. de Verneuil, qui s'est chargé de toutes les présentations. C'est M. le Cardinal qui l'a présenté ce matin au Roi, au lever, dans la chambre, à la porte du cabinet; M. d'Œttingen a remis à S. M. une lettre de l'empereur. Il n'avoit point de lettre pour la Reine; il lui a été présenté au retour de la messe, mais sans cérémonie. Il ne compte rester ici qu'environ trois semaines.

Mme de Mailly, au retour de Choisy, est retournée dans son petit appartement; cependant elle étoit ce matin dans son appartement ordinaire , où il y avoit un monde prodigieux.

Du lundi 26, Versailles. — Hier, M™* de Lutzbourg fut présentée au Roi et à la Reine. Elle n'est point jolie, mais elle est grande et bien faite; elle est fille de M. Borio, chargé des affaires du duc de Guastalla. C'est Mn0 de Lutzbourg, sa belle-mère, qui a fait la présentation.

Du mercredi 28. — L'ambassadeur turc vint hier ici suivant ce qui avoit été arrangé ; il fut au lever du Roi

102i MEMOIRES DU DUC DE LUYNES.

comme les autres ambassadeurs et le Roi lui parla beaucoup. On lui proposa d'entendre le motet de la messe du Roi, et on le mena pour cela dans une chambre qui est auprès de la chapelle, où se font les répétitions de la musique et où les musiciens s'assemblent tous les jours avant la messe. Après que la Reine fut sortie de la messe, l'ambassadeur vint dans la galerie avec son îils et son gendre et accompagné de M. de Verneull; il s'établit dans le bas de la galerie, près le salon de la Paix , qui forme le cabinet de la Reine. Il salua la Reine en passant; et lorsqu'elle fut entrée dans le salon, elle s'arrêta à l'entrée et resta debout appuyée contre la table du jeu. Toutes les dames étant entrées et s'étant mises en cercle autour de la Heine, l'ambassadeur entra avec M. de Verneuil et fit une profonde révérence à la Reine, sans aucun compliment. Ce fut la Reine qui lui parla la première et lui dit qu'elle avoit été fort touchée du désir qu'il avoit eu de la voir. L'ambassadeur lui présenta son fils et son g*endre ; le fils est fort petit et parolt avoir environ quatorze ou quinze ans; son gendre s'appelle le Maréchal, est assez petit et n'est pas d'une jolie figure ; il a déjà épousé les deux filles de l'ambassadeur. La première étant morte, on lui a donné la seconde. Le fils ni le gendre ne savent pas parler françois, mais pour l'ambassadeur il parle fort bien notre langue et sans aucun accent. Il resta fort peu chez la Reine, et se retira par la galerie» en faisant une profonde révérence. Il devoit faire un petit compliment à la Reine, mais il l'avoit oublié, à ce que me dit M. de Verneuil. Il vint ensuite rendre visite à Mme de Lin nés chez elle ; il s'y assit et fût quelque temps en conversation. Il a l'air sérieux, on pourroit même dire triste, cependant on dit qu'il ne l'est pas toujours. Il étoit vétu d'une grande robe de drap doublée et bordée d'une fourrure blanche. M. de Verneuil le mena ensuite chez M. le comte de Noailles, où il étoit prié à dîner. A ce dîner étoient six dames : M"' la maréchale d'Estrées, Mme d'Antin, Mœe de

Gramont, MmM de Mailly et d'Orgeville , Mrot' la marquise de Ruffec; M. le maréchal de Noailles , M. le duc d'Ayen et M. de Meuse. L'ambassadeur ne boit point de vin ; c'est une des pratiques de leur religion; mais son gendre en boit volontiers; il a seulement grande attention que son beau-père ne l'aperçoive, pour éviter une sévère réprimande, et il a toujours les yeux sur l'ambassadeur, même pendant qu'il boit. Au sortir de chez M. le comte de Noailles, il vint rendre visite à Mae Amelot, et retourna ensuite à Paris. Il doit revenir tous les mardis et ne prendra congé qu'à Fontainebleau.

Le Roi disposa hier du régiment des Cravates, en faveur de M. le marquis de Cernay, sous-lieutenant des chevaulégers d'Anjou (1), et du régiment de Berry en faveur du marquis de Pont-Saint-Pierre. Le régiment de Berry étoit vacant par la démission de M. le prince d'Havré , qui depuis son mariage a pris le nom de comte de Priego, et qui quitte le service de France pour passer à celui d'Espagne. M. de Pont-Saint-Pierre avoit le régiment des Cravates depuis dix-sept ans ; il est brigadier. Ce qui Fa déterminé à demander un autre régiment, c'est que M. de Flavacourt, qui a une compagnie dans les Cravates et qui est aussi brigadier, se trouvant plus ancien que M. de Pont-Saint-Pierre , le commande aux termes de l'ordonnance rendue l'année dernière ; d'ailleurs le prix des deux régiments est égal ; il sont bleus l'un et l'autre , mais celui des Cravates est beaucoup plus ancien que Berry. M. de Oernay a épousé une nièce de M"e de Fulvy, bellesœur de M. le contrôleur général.

Mariage de M. de Forcalquier avec M"e d'Antio. — Arrivée du maréchal de

Belle-Iale. - Nouvelle* de l'armée. — Régiment et guidon donnés. -

(1) C'est un exemple à remarquer, qu'un officier de gendarmerie ait obtenu un régiment. (iVWe du duc dt. Lutjnci.)

Mme de Grancey. — Assemblée des ministres i Issy. — Femmes de chambre de la Reine. — Mort de M. d'Heudicourt. — La comtesse de Priego. — Le maréchal de Belle-laie est nommé duc héréditaire. — Mort de M. de Courson. — La comtesse de Toulouse à la paroisse. — Abbaye de Poissy. — Pâques de la Reine. — Audience de congé de M. de Montijo. — Cène de la Reine. - Régime du Roi pendant le carême. — Compliment du P. Tainturier au Roi. — Régiment et guidon donnés. - M™ de Saint- A b *

Du dimanche k mars, Versailles. — Le contrat de mariage de Bi. de Forcalquier avec Mm< la marquise d'Ântin a été signé ce matin, et le mariage doit se faire mardi. Il y a longtemps qu'il est question de ce mariage, et on y a songé presque aussitôt après la mort de M. le marquis d'Antin ; mais M. le maréchal de Brancas désiroit beaucoup d'avoir la permission de céder sa grandesse à son fils. Cette manière de céder la dignité en conservant les honneurs n'est pas d'usage en Espagne comme en France; mais en pareil cas le roi d'Espagne accorde quelquefois une grandesse à vie, ce qui répond au brevet de duc en France. Dans cette occasion-ci, cette grâce a été refusée jusqu'à présent, quoique l'ambassadeur d'Espagne paroisse avoir fait de bonne foi des démarches pour l'obtenir ; on fait espérer présentement qu'elle sera accordée entre ci et deux ou trois mois; mais on ira pas voulu attendre ce terme pour faire ce mariage. L'oncle et tuteur de Mme d'Antin, qui est venu de Normandie exprès pour cette affaire, veut s'en retotorner, et MM. de Brancas sont bien aise de finir. On a seulement jusques à présent résolu d'attendre que la grâce soit accordée pour la présenter.

Le nouveau corps de troupes qui doit passer le Rhin et qui est, dit-on, destiné pour la Bavière , est d'environ trente-deux mille hommes ; on sait d'hier les( officiers généraux; j'en mettrai la liste ci-après. .

M. le maréchal de Belle-Isle arriva hier au soir; il a été parfaitement) bien jreçu par le Roi et par M. le Cardinal ; ce n'est pas que les ennemis qu'il a ici en grand

nombre n'aient fait courir le bruit qu'il a été reçu fort froidement. On a fait courre aussi des bruits sur M. de Polastron, qui a, dit-on, refusé d'obéir à M. le maréchal de Broglie , qui lui avoit ordonné de venir le joindre. On prélend aussi qu'il n'avait pas rendu compte à H. le maréchal de Broglie de la conférence qu'il avoit eue avec le roi de Prusse. Ces faits ne sont pas conformes à la vérité, et il est constant par les lettres que M. de Polastron a écrites et celles qu'il a reçues de M. le maréchal de Broglie, dont on représente des copies, que M. de Broglie, en l'avertissant de l'arrivée du roi de Prusse , lui mandoit en même temps de suivre en tout les ordres de ce prince ; que M. de Polastron montra avec plaisir cette lettre au roi de Prusse et se disposa en conséquence à le suivre dans l'entreprise qu'il avoit formée d'attaquer Iglau ; mais que trois jours après, ayant reçu une lettre de M. de Broglie qui lui ordonnoit précisément de le revenir joindre, il avoit cru devoir cacher cet ordre au roi de Prusse, et demander un nouvel éclaircissement à M. le maréchal de Broglie , en lui représentant les circonstances dans lesquelles il se trouvoit et lui envoyant copie de la lettre antérieure qu'il avoit reçue de lui, d'autant plus qu 'Iglau n'étoit pas encore évacué et que les Saxons ayant ordre aussi de s'en retourner, c'étoit mettre le roi de Prusse hors d'état de rien entreprendre. D'ailleurs il est prouvé que M. de Polastron a rendu compte à M. de Broglie de tout ce qui s'est passé entre lui et le roi de Prusse.

Du mardi 6 , Versailles. — L'on sait depuis quelques jours que M. le chevalier de Causan, capitaine-lieutenant commandant le régiment de Conty-Infanterie , a donné sa démission dudit régiment et a obtenu une pension de 1,500 livres. M. le prince de Conty a nommé à sa place M. le marquis de la Carte, sous-lieutenant de gendarmerie dans la compagnie des gendarmes d'Orléans , où il avoit rang de mestre de camp. Le changement de M. de la Carte a fait un mouvement dans la compagnie

qu'il quitte, et le guidon vacant à cette occasion a été donné à M. d'Ossun (1).

Du dimanche il, Versailles. — Le Roi revint jeudi dernier de Choisy, après souper; il y étoit depuis lundi. Les dames de ce voyage étoient M""* de Mail ly, d'Antin, de Chalais , de Talleyrand , et M"* la maréchale d'Estrées. A ce voyage-ci, le Roi s'est beaucoup promené; il y a eu jeu comme à l'ordinaire ; au voyage précédent , où je n'étois pas non plus, il y avoit eu un petit spectacle. Le Roi y avoit fait venir les petits enfants qui dansent à la Comédie italienne, leur père et la demoiselle Rolland; on y avoit dressé un théâtre , où ils dansoient.

Mme de Grancey est venue ici ces jours derniers; il y avoit quelques années qu'elle n'avoit paru à la cour ; elle pria M™0 de Luynes par cette raison de la nommer à la Reine. C'est une femme d'environ quarante ans; il n'y a rien à diresur sa figure; elle a une fort belle taille. Elle est veuve de M. de Grancey qui avoit servi dans la marine, lequel étoit frère de M. le maréchal de Médavy et dé M. de Grancey qu'on appeloit Babille, premier mari de M"" de Belle-Isle. Mme de Grancey est Aubert de Tourny, sœur de l'intendant de Limoges. Elle a acquis la terre de Grencey, qui est en Bourgogne, par des arrangements faits dans la succession de cette maison.

M. de Belle-lsle se trouva mercredi , à Issy, a une assemblée de tous les ministres , chez M. le Cardinal ; cette

(1) Ce n'est point le guidon vacant par te changement de M. de la Carte, c'est celui vacant par la démission volontaire de M. le marquis de Laval , qui étoit guidon de la compagnie des gendarmes de Flandre. Ce M. de Laval est chevalier d'honneur de S. A. ». [ la duchesse douairière d'Orléans] et gendre de M. d'Épinay. L'on *ait que feu M™** d'Épinav, belle-mère de ce M. dt Laval, étoit attachée à S. A. R.; elle étoit fille de feu M. le marquis d'Ot gouverneur de M. le comte de Toulouse et swur de la grande madame de Clermont, dame d'atours de S. A. R. M. de Clermont , son mari a été premier écuyer de M. le duc d'Orléans; leur fille est M™* de Clermont que l'on appelle aujourd'hui Mme la duchesse de Brancas , qui cependant n'a point été présentée sous ce nom. ( Note du duc de Luyrtes.)

assemblée dura quatre heures. M. de Belle-Isle voulut rendre compte du commencement de ses négociations et de tout ce qui s'étoit passé, tant à la politique qu'au militaire, et rapportant les preuves par écrit des faits qu'il avançoit; il ajouta plusieurs représentations sur Tindécence des discours qui avoient été tenus contre lui. Cesdiscours effectivement ont été poussées jusqu'au point que son arrivée ayant été retardée par un accident arrivé à sa voiture, on envoya savoir chez lui à Paris si on ne l'a voit pas mis à la Bastille; et outre cela trois ambassadeurs ont écrit d'ici à leurs cours respectives qu'il ne falloit plus compter sur le crédit de M. de Belle-lsle, qu'il étoit extrêmement diminué. Les représentations de M. de Belle-lsle, à Issy, faites avec force et précision, parurent opérer alors l'effet qu'il désiroit. M. le Cardinal lui fit beaucoup d'amitié et les ministres parurent convaincus. On attend avec impatience quelles seront les décisions en conséquence.

M. le chevalier d'Harcourl demanda hier l'agrément du Roi pour son mariage avec Mme Briçonnet. Mme Briçonnet est parente de Mme de Fleury par les Lagrange ; son mari , qui a voit été nommé intendant de Montauban , mourut l'année passée avant d'avoir pu profiter de cette grâce.

Du lundi 12, Versailles. — M"e de Grave fut présentée hier par M"' de Sens ; elle est fille de M. de Laval-Montmorency et soeur de M. de Laval qui épousa l'année passée MH< de Fervaques.

M"* Foubert, femme de chambre de la Reine , mourut il y a trois ou quatre jours de la petite vérole. Ces places sont fort recherchées quoiqu'elles soient de peu de revenus, puisqu'elles ne rapportent que 1,200 livres pour gages et nourritures, et qu'il y ait de l'assujettissement et de la fatigue, et une dépense assez considérable en habits, sans aucun profit. La fille de M"* Foubert, qui a vingt-cinq ans, demandoit à remplacer sa mère; M. le Cardinal a

fait beaucoup de difficultés, disant que le nombre ne devoit être que de douze et qu'il y en avoit quatorze ; enfin, sur les représentations que l'une étoit la coiffeuse de la Reine, dont le service est de tous les jours, une autre la nourrice de M. le Dauphin, qui de droit devient première femme de chambre de Mme la Dauphine , il fut enfin décidé que Mu* Foubert auroit la place.

M. d'Heudicourt mourut hier ; il avoit été grand louvetier et avoit cédé cette place par le mariage de sa fille à feu M. de Belzunce; il demeuroit presque toujours ici; on lui avoit conservé son appartement dans un corridor, au-dessus de MIU de la Roche-sur-Yon , dans un pavillon qu'on appelle la surintendance. Il n'étoit pas vieux, mais il avoit beaucoup vécu. Il menoit ici une vie assez singulière; il alloit chez le Roi, chez la Reine tous les jours; d'ailleurs dans assez peu d'autres endroits; se couchoit dans son lit toutes les après- dlnées , mangeoit souvent et buvoit encore, à ce que l'on dit ; d'ailleurs faisoit peine à voir de la façon dont il marchoit , paroissant ne pouvoir pas se soutenir. On dit qu'il avoit été aimable, ayant de l'esprit, et qu'il avoit beaucoup lu. J'ai ouï dire que son caractère d'esprit étoit caustique. Comme il étoit dans l'usage d'aller toujours seul et apparamment de n'avoir pas d'autre garde-robe que les commodités publiques , c'est en descendant de ce lieu qu'il tomba sur l'escalier et se cassa la tète en plusieurs endroits. Un passant le releva ; on le ramena chez lui ; il fut saigné ; il avoit encore alors sa connaissance, mais il la perdit le moment d'après et mourut en fort peu de temps. Son appartement fut donné dès le soir à M. de Flamarens. C'est l'appartement de la charge. M. d'Heudicourt avoit conservé V,000 livres » de pension sur la charge de grand louvetier , dont 2,000

passent à Mm* d'Heudicourt. Mm* d'Heudicourt est sœur de M. d'Hautefort.

Du vendredi 16, Venailles. — Mme la comtesse de Priego fut présentée avant-hier par M"* la duchesse d'Havré, sa

belle-mère ; il y avoit à la présentation M"e la duchesse d'Havré , la belle-fille , et M™ la princesse de Ghalais. Mme de Priego prit le tabouret à sa présentation chez le Roi, suivant l'usage, et elle le prit hier chez la Reine. Elle est bien faite, mais point jolie; elle ressemble un peu au comte de Ravière , d'autres disent à son mari. J'ai déjà parlé ci-dessus de M™e de Priego ; mais voici quelques circonstances plus détaillées que Mm* d'Havré m'a dites. M. de Priego, père de la mère de Mm* de Priego , n'étoit point grand d'Espagne. MM des Ursins voulant faire le mariage de M. le prince de Lanti, frère de Mma la duchesse d'Havré, avec Mlu deCordoue, fille de M. de Priego, obtint du roi d'Espagne une grandesse héréditaire pour M . de Priego le père, laquelle de voit passer à sa fillé après sa mort. Il fut dit que M. de Lanti prendrait le nom et les armes de Priego. La fille de M. de Priego, belle-sœur de Mme la duchesse d'Havré, mourut avant son père, laissant une fille qui prit le nom de M"' de Cordoue. M. de Lanti, tuteur et gardien noble de sa fille , son beau-père étant mort, prit le nom et les armes de Priego ; mais comme la mort de sa femme l'avoitmis hors d'état de recueiUirune grandesse qui cependant avait été créée en sa faveur, mais qui passoit sur la tète de sa fille, Mne des Ursins obtint du roi d'Espagne une grandesse pour M. de Lanti- Priego, laquelle fut attachée à une petite terre appelée Santo-Gemini , et ne doit durer que pendant la vie, de M. de Lanti. Parle mariage de M. le prince d'Havré avec M"e de Cordoue, la grandesse vient de passer à M. le prince d'Havré, et de ce moment M. de Lanti-Priego a pris le nom de Santo-Gemini.

Le Roi déclara hier M. le maréchal de Relle-lsle duc héréditaire (1). Ce duché sera vérifié au Parlement comme

(1) Le mercredi (avant-hier) M— de Mailly vint ici de très-bonne heure; nous parlâmes beaucoup de M. de BelUMs'.e et de la nécessité qu'il y avoit pour l'intérêt du Roi et de l'État qu'il reçût une marque des bontés de S. M.

celui de Chevreuse, Duras, Lorges, etc. C'est sur la terre de G i sors que ce duché est attaché. M. le Cardinal dit à M. de Belle-Isle que le Roi vouloit lui en apprendre luimême la nouvelle, elle mena chez le Roi ; en arrivant, le Roi lui dit qu'il étoit si content de ses services qu'il vouloit lui donner une marque de sa satisfaction et qu'il le iaisoit duc. M. de Belle-ïsle, après avoir assuré S. M. de sa respectueuse reconnoissanceetde son attachement, ajouta qu'il croyait pouvoir dire que la grâce qu'il recevoit dans le moment ne seroit point inutile au service de S. M., que les discours que l'on avoit tenus contre lui s'étoient répandus à un tel point qu'ils pouvoient donner lieu de croire que le Roi n'avoit plus la même confiance en lui, et qu'il étoit indispensablement nécessaire qu'on pût le croire toujours honoré de cette même confiance pour qu'il fût à portée de travailler utilement pour les intérêts du Roi dans le ministère dont il étoit chargé.

J'ai oublié de marquer que mercredi ou jeudi dernier le contrat de mariage de M. le chevalier d'Harcourt fut signé ici. M. le maréchal de Belle-lsle, comme parent des Harcourt, les suivit à cette signature. Étant allé avec eux chez M. le Cardinal , S. Ém. parut étonnée de le voir, et lui demanda de quand il étoit revenu de Paris ; M. de

M"* de Mailly parla avec beaucoup de vivacité sur la nécessité de cette grâce, n'y prévoyant de difficulté que din.« la volonté de M. le Cardinal, pour laquelle le Roi veut toujours avoir beaucoup d'égards et de considération. L'on insista fortement dans cette conversation sur l'importance dont il étoit pour le bien public, dan» les circonstances présentes, qu'il fût accordé à M. de Belle-Isle une grâce incessamment. Ce sentiment parut être celui de M"* de Mailly, et elle en étoit si remplie qu'elle ne cessoit d'en |>arler. Comme le Roi a toujours marqué satisfaction et bonté particulière à M. de Belle-lnle, la grâce qui fut déclarée le lendemain pouvoil bien être déjà arrangée, el M°* de Mailly pouvuit même le savoir sans en rien dire, car elle est secrète; et il est vraisemblable qu'a\ec I amitié qu'elle a toujours marquée j>our M. de Belle-lsle et toul ce qui k regarde, elle avoit parlé de lui plusieurs fois au Roi. Quoi qu'il eu soit, le lendemain, comme on parloil, au coucher de M. le Cardinal, de la grâce qui avoit été déclarée dans la soirée, il échappa à S. Km. de dire: « Mmc de Mailly aura été bien aise. *

Belle-Isle lui répondit qu'il n'étpit point sorti d* Versailles. « Pourquoi pe vousai-je donc pas vu? » dit M. le Cardinal. «Sij'avois eu quelque chose à dire à V. Ém., répondit M. de Belle-Isle, j'aurois eu l'honneur de lui rendre mes devoirs ; elle sait bien que dès qu'elle aura des ordres à me donner, je suis toujours prêt à les recevoir. »

Il y a aujourd'hui huit jours que M. l'abbé de Saint* Cyr fut reçu à l'Académie françoise; ce fut H. Destouches qui lui répondit.

L'ambassadeur turc vint encore ici mardi avec les autres ambassadeurs; il eut l'honneur de voir Mesdames ce jour-là, sans cérémonie, comme il avoit vu la Reine.

Ce même jour mardi, mourut M. de Courson , conseiller d'État et du conseil royal; il étoit beau-frère de feu H. des Forts ; il avoit environ soixante-six ans. La place de conseiller du conseil royal des finances a été donnée à M. d'Ormesson , beau-frère de M. le chancelier, et celle de conseiller d'État à M. de Creil, intendant de Metz.

J'ai marqué ci-dessus qu'il y avoit un guidon de gendarmerie vacant (1); il fut donné il y a quelques jours à M. de Crèvecœur; c'est le petit-fils de M. de Saint- Pierre, premier écuyer de S. A. K.

Du lundi 19 , Versailles, — J'ai oublié de marquer que le dimanche 11 de ce mois, qui étoit le dimanche de la Passion, Mme la comtesse de Toulouse étoit à la paroisse ; le prêtre qui faisoit le prône lui adressa la parole (2) en commençant. Cela me parût nouveau , d'autant plus que j'y ai vu plusieurs fois M. le duc d'Orléans, et que jamais on ne lui adresse la parole. L'on m'a dit qu'on avoit averti plusieurs fois le prêtre qui devoit faire le prône que Mme la comtesse de Toulouse y seroit, et que

(1) Voy . le 0 mars ; c'est |>ar le changement de M. de la Carte. I Noie du duc de Luynes. )

(2) M. le comte de Noaille» dit que cela est sans difficulté, qu'on l'a adressée une fois à M. le duc d'Orléans } mais qu'il a défendu expressément de ne plus la lui adresser. ( Note du duc de (Mynes.)

cet avertissement n'avoit eu aucun effet que de déterminer le prêtre, à la troisième fois , à demander à M. le curé ce qu'il devoit faire; que M. le curé avoit répondu que ce n'étoit point l'usage dans la paroisse du Roi ; il en avoit été ensuite rendre compte à M. le Cardinal ; que S. Ém. ayant pris Tordre du Roi, avoit dit à M. le curé que l'on pouvoit adresser la parole à M"* la comtesse de Toulouse; elle prédicateur du carême à Notre-Dame lui a aussi adressé la parole au commencement et après VAvi Maria. Dans les prônes on ne lui adresse [ la parole ] qu'une fois. Au sermon elle est vis-à-vis la chaire, mais dans un banc. Au prône elle est sur une chaise au milieu de la croisée de la nef, le dos tourné au chœur.

J'appris à cette occasion , il y a quelques jours , une prétention des princes du sang qui n'avoit pas si bien réussi ; c'est au sujet des ports de lettres qu'ils prétendoient ne devoir point payer. M. le comte de Clermont étant venu ici , le Roi lui dit qu'il avoit entendu dire qu'il ne vouloit point payer de porte de lettres, mais qu'il avoit tort parce qu'il devoit les payer comme les autres.

Je ne sais si j'ai marqué ci-dessus que le prieuré de Bon- Secours étoit vacant par la mort deM"e de Rohan; on a réuni à ce prieuré l'abbaye de Malnoue.

L'abbaye de Poissy (!) , vacante par la mort de

(1) Ce n'est qu'un prieuré perpétuel , cependant on l'appelle ordinairement abbaye.

11 n'étoit même autrefois que triennal et étoit à la nomination du Pape. Cette maison est de l'ordre de Saint-Dominique. Le feu roi Louis XIV, ayant fait rebâtir l'église et fait construire plusieurs nouveaux bâtiments, en considération des bienfaits de ce prince à cette maison, S. S. lui accorda .le droit de nommer la prieure, à condition cependant qu'elle ?eroit prise dans la maison même, sinon dans une autre maison du même ordre. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'immédiatement après cette grâce, le Roi nomma M™ de Chaulnés prieure de Poissy, et elle n'étoit ni de la maison , ni de l'ordre. Depuis Mme (je ciiaulncs il n'y en a point eu d'autres que Mme de Mailly, qui vient de mourir, laquelle étoit religieuse professe dans la maison depuis 1682. Mmn de Chaumes et de Mailly avoient pris des bulles du Pape ; il n'est pas encore décidé si MM« de Sainte-Hermine en prendra. Les dominicains prétendent qu'il

MARS tut. ns

M- de Mailly, vient d'être donnée à M«* de Sainte-Hermine, soeur de M"" d'OrgeviUe et d'Alègre.

La Reine a fait aujourd'hui ses paques. Il n'y avoit point ici de princesse du sang ; c'est M™0 de Luynes qui a tenu le côté de la nappe , à droite , et Mmr d' Ancenis le côté gauche ; c'est l'ancienneté des duchés qui décide en pareil cas ; Mme de Luynes et Mmc d' Ancenis étoient les deux plus anciennes. M"' de Montauban, qui est ici , qui est de semaine et qui a été ce matin à la messe de la Reine, à la chapelle (1), n'a pas suivi S. M. ce matin à la paroisse. 11 parolt constant qu'il n'y a point d'exemple qu'en pareilles cérémonies les rois et les reines ayent jamais été servis que par les fils de France , par les princes du sang et par les ducs.

Du jeudi saint 22, Versailles. — M. de Montijo , ambassadeur d'Espagne à la diète de Francfort, qui étoit venu ici passer quelques jours, prit hier son audience de congé; c'étoit audience particulière, sans cérémonie; il fut cependant conduit par M. deVerneuil. Il s'en retourne à Francfort (2).

Le Roi alla hier à ténèbres* comme à l'ordinaire. L'on a retranché le psaume qu'on avoit accoutumé de chanter en musique; ce qui rend les ténèbres beaucoup plus

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Du vendredi saint 23. — La cène de la Reine fut hier comme à l'ordinaire. Madame y étoit et M1*4 Adélaïde ; elles portoient le pain et le vin , suivant l'usage. Madame

n'est pas nécessaire et que l'approbation du général de leur ordre suffit. (Note du duc de Luynes. )

(1) Les jours que la Reine fait ses dévotions elle retourne toujours à la messe, à la chapelle, à son heure ordinaire (A'ote du duc de Luynes.)

(2) Il étoit parti de Francfort pour venir rendre ses respects à don Philippe à son passage en France; sur la permission qui lui en avoit été donnée , il s'éloit avancé jusqu'en Provence, où il reçut ordre de sa cour de retourner au plus tôt à Francfort, et c'est en s'en retournant qu'il a passé par ici. (Me du duc de Luynes. )

fut toujours suivie ou par Mmu de Tallard ou par MBe de la Lande, et outre cela, pour porter les plats, huit dame9 titrées et cinq qoq titrées. Les titrées étoient Mm" les duchesses de Urissac, de Rocheehouart, d'Àncenis, de Bo liftiers, de Villars, de Fitz-James, d'Àrrtin et de Fleury; elles marchoient suivant l'ancienneté des duché» ; et les dames non titrées étoient H,ne* de Me rode, de Bouzols, de Rupelmoade jeune, de Talleyrand et de Mailly, qui march oient comme je les marque. Il y aroit outre cela M'nc d'Andlau, qui étoit venue avec Madame , mais qui ne portoit point de plats, parce que le nom bre étoit rempli. L'intention de la Reine avoitétede taire avertir plus de dames que le nombre nécessaire , afin que celles qui seraient lasses pussent se reposer; cependant par l'événementil n'y eut que BP* d'Andlau de surplus, et elle n'eut point d'occupation.

La cérémooie commença comme à l'ordinaire par le sermon. Ce fut le gardien des capucins de Mo rit fort qui prêcha; il étoit venu le matin a pied de Montfort, et s'y en retourna le soir coucher. Son sermon fut très-mauvais; il le commença par un éloge de la Reine, à qui il fit encore trois autres compliments pendant le sermon; il en fit aussi un pour le Roi et pour M. le Cardinal, qui n'y étoient ni l'un ni l'autre; il y parla même de Mesdames. Les dames titrées avoient des carreaux au sermon pour se mettre à genoux au Miserere» Immédiatement après le sermon, M. l'évéque de Cahors ( du Guesclin), qui avoit assisté au sermon dans la place que j'ai déjà marquée en pareille occasion , monta sans mitre dans la chaire. On commença le Miserere en faux-bourdon ; ensuite M. de Cahors dit les oraisons accoutumées, fit l'absoute et donna la bénédiction ; après quoi le diacre chanta l'Évangile du jour, porta ensuite le livre à baiser à l'évéque, et ne le donna point a baiser à la Reiue. La Reine ensuite lava les pieds , Madame lui présentant la serviette; après quoi se lit la cène, et la Reine alla de là à ténèbres.

A la cène du Roi, ce fut un récollet qui prêcha ; son sermon ne fut pas mauvais, à ce que l'on dit; l'ordinaire est que Ton ne donne rien aux prédicateurs de ce jour.

Les deux derniers jours de ténèbres (1) ont été comme le premier ; on n'a point chanté de psaume en musique, ' mais seulement le Miserere en faux-bourdon.

Du samedi mini 24 , Vermitlëê. Hier le Roi fut au sermon et à tout l'office. L'adoration de la croix, À l'ordinaire; M. le Dauphin et Madame, M. le due de Chartres, M. le prince de Dombes, M. le comte d'Eu, M. le duc de Peûthièvre. M. le Cardinal étoit au sermon, après lequel il alla se mettre dans une des petites tribunes d'en bas.

Aujourd'hui le Roi a été à neuf heures à la chapelle et a assisté à tout l'office (2) qui a duré jusqu'à midi. Après quoi il est parti pour la chasse, ayant même le projet de revenir pour YO fitii et filiœ ; mais il n'est pas arrivé d'assez bonne heure. Comme le Roi se leva hier à huit heures, quoique le sermon ne commençât qu'à dix , et qu'il paroissoit occupé de quelque affaire, on crut qu'il Vouloit se confesser ou au moins voir le P. de Linières; mais si cela a été on ne l'a pas su. Le Roi a fait très-régulièrement maigre tout le carême, non-seulement en public, mais même dans ses petits appartements; il n'a pas voulu que l'on y servit du gras que pour M™ de Mailly et pour M. de Meuse uniquement, et ce que l'on a servi en gras a été fort uni , fort simple et fort court. 11 y a quelques jours que M. le duc d'Ayen, qui n'a presque point mangé dans les petits appartements de tout le carême, parce qu'il fait gras, devoit y souper en revenant de la chasse; M- de Mailly dit au Roi que M. d'Ayen s'étoit trouvé mal et qu'il espéroit que S. M. voudroit bien lui permettre de manger un morceau gras; le Roi ne répondit rien;

(1) Chantées en haut par la chapelle «lu Roi. ( Note du duc de Luynes. )

(2) L'office a clé chanté par la chapelle, le» complic* et VOfilii et filx* par la musique. {Note du due de Luynes.)

Mme de Mailly en parla encore une ou deux fois, et enfin le Roi lui dit : « S'il est malade, il n'a qu'à le manger là dedans. » Dans un premier moment de vivacité, M™' de Mailly ajouta: « Cela étant; je m'en vas donc manger un morceau avec lui, » et se leva. Toutcela ne fit point changer le Roi ; Mme de Mailly se remit à table , et M. d'Ayen alla dans une autre chambre, où on lui envoya à souper en gras.

Comme le Roi est sujet à des rhumes qui ont ci-devant donné beaucoup d'inquiétudes, on lui a conseillé de prendre du lait , d'autant plus qu'il lui fait du bien. 11 a donc pris du lait à sa collation pendant tout le carême. Hier, il a voit dîné au grand couvert avec des légumes et des racines, sans aucun poisson, suivant l'usage. Le soir il toussoit assez souvent et se se n toit même la poitrine échauffée ; cependant il ne voulut point prendre son lait, quelque instance que l'on fit ; il parut même que ces instances lui déplaisoient, etii mangea pour toutes choses un morceau de pain et but un verre d'eau. M. de Meuse, qui est toujours dans ce particulier , et qui y mange tous les soirs et tous les matins , est dans l'usage de prendre du lait le soir, à cause de la goutte ; hier au soir, il avoit fait apporter son lait , mais voyant que le Roi n'en prenoit point, il ne voulut point en prendre non plus, et dit même au Roi qu'il ne croyoit point que cette action fût trop méritoire, que c'étoit l'exemple de S. M. qui l'y déterminoit. Le Roi ne le pressa point et lui dit seulement : « Vous êtes touché de mon exemple, et je voudrois bien suivre le vôtre en d'autres choses. »

Il y a quelques jours que le Roi a donné à M. le vicomte de Courtomer un guidon de gendarmerie dans les chevaulégers de Bretagne ; il étoit vacant parla retraite de M. le marquis de Faudoas de Normandie.

Du mercredi 28, VersuiUes. — Dimanche, le Roi entendit la messe en bas; ce fut M. de Cahors qui officia et Mme de Soubise qui quêta. L'après-dlnée il y eut sermon;

c'est le dernier du carême ; le prédicateur fait toujours un compliment àla fin. Celui du P. Tainturierfut extrêmement approuvé; je mets ici la copie de ce compliment :

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