‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 31 sur 88 · Lktxbb db M. de Poysibux · texte numérisé non relu

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Nieder-Altaicb, 29 juin 1743.

La paix du roi de Prusse, dont nous ignorons jusqu'aux moindres conditions, n'a pas répandu d'allégresse ni de confiance dans notre petite armée; c'est un événement bien triste; peu surprenant néanmoins, et dont il est aisé de sentir tous les inconvénients qui peuvent en résulter, sans qu'il soit nécessaire de les détailler. Le plus grand sans doute est la séparation des armées du Roi, qui ne se rejoindront que très-difOcilement et peut-être point du tout, si M. le prince Charles veut en empêcher la réunion. Il est inutile au reste de philosopher sur notre position actuelle, et dans de pareilles circonstances il faut des résolutions et non des raisonnements.

Nous attendons les ordres du Roi, et pour être en état de les exécuter, tels qu'ils soient, M. le duc d'Harcourt a très-prudemment pris le parti de renvoyer hier les équipages à Edershausen, sur le Naab.

Chacun se mêlant ici de faire des systèmes selon son opinion, les uns disent que le Roi fera aussi la paix de l'empereur avec la reine de Hongrie, et d'autres croien tque l'armée de Westphalie viendra nous joindre. Ce dernier parti pourroit peut-être réussir ; mais je ne voudrais pas être l'auteur du projet. L'on croit que le maréchal de Torring va être rappelé à Francfort, et que M. de Seckendorf le remplacera daus le commandement des armées.

Les Hessois ont été arrêtés à Neumark par ordre de ce maréchal, sous le puéril prétexte que ne voulant pas fourrager le pays de son maître, et les François lui refusant de l'aider des magasins du Roi, il n 'auroit pas de subsistances, en sorte qu'il reste pour cela séparé d'un corps de 4,000 hommes qui lui scroit très-utile, et à nous aussi.

Le brait court toujours dans l'armée de M. de Kcvenhullcr que ce général nous attaquera et les Bavarois au premier jour, chose qu'il ne peut faire en même temps; mais je crains que l'orage ne tombe sur les derniers, et que portant la plus grande partie de ses forces de ce côté-là, il ne nous amuse de ce côté-ci pour nous empêcher d'y envoyer du secours. J'espère cependant que le maréchal de Torring n'attendra pas cette extrémité pour se retirer de PladlingsousDeckendorf, où il sera plus en sûreté et plus près de nous. Je n'ai pas le temps d'en dire davantage, partant pour aller donner la chasse à 4 ou 500 hus-

A L'ANNÉE 174t. »i7

sards qui viennent de se présenter devant une de nos grandes gardes

de cavalerie.

tosl'scriptum , du 30 juin.

J'arrive démon détachement ; j'ai appris, chemin faisant, que les ennemis étoient tous passés de ce côté-ci, et que ne pouvant plus subsister dans leur camp, le bruit étoit général parmi eux qu'ils viendraient nous attaquer après demain ( chose dont je doute encore). Nous prenons cependant nos mesures en conséquence, et M. le duc d'Harcourt, à tout hasard, fit hier son ordre de bataille. •

L'armistice des Saxons n'est plus un secret. Cela étant, il n'y a point d'autre parti à prendre pour le Roi que de faire la paix, et le tout au plus tôt. Reste à savoir si elle pourra l'être avant les événements que nous sommes tous les jours au moment d'éprouver, tant en Bohême qu'ici, et si la reine de Hongrie, pour nous mettre hors d'état de lui faire du mal de longtemps, ne voudra pas profiter de l'occasion pour tâcher de détruire nos armées. La politique du moins le voudrait ainsi, et je crois que cela ne déplairait nullement au roi de Prusse, qui doit bien penser que la France ne lui pardonnera pas sitôt son infidélité.

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