‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 33 sur 88 · Extrait pb la lbttre de M. d'Havbincoort à. M. le duc · texte numérisé non relu

Extrait pb la lbttre de M. d'Havbincoort à. M. le duc

DR LUTNES

Ounkerque, 4 Juillet 1743.

Que d'événements extraordinaires et fâcheux depuis que je n'ai eu l'honneur de vous voir, Monsieur. Nous les avons sus ici, je crois, plus tôt que vous; car comme le commerce d'ici à Londres est aussi vif et presque aussi prompt que de Paris à Orléans, les Anglois se sont hâtés de nous apprendre la conclusion du traité du roi de Prusse. Personne d'abord n'en a voulu rien croire ; le lieu suspect d'où venoit la

nouvelle et l'opinion que l'on avoit de ce prince, que nous avons eu jusque ici la fureur de regarder comme un héros, tout cela combattait la vérité; enfin, Ton est persuadé, et je ne puis vous peindre l'effet que cela produit parmi le peuple même et les troupes : on ne saurait l'appeler consternation, c'est plutôt rage animée par la compassion de ce qu'a souffert et de ce que souffre notre malheureuse armée de

Bohême, aussi honteusement abandonnée par cet indigne allié

Les Anglois ont fait des réjouissances publiques à Londres pendant plusieurs jours, et les gens qui en arrivent ici tous les jours disent que rien n'égale la joie de cette nation. Une lettre que je vis hier d'un Anglois à un de ses amis ici me prouve qu'il y a pourtant d'honnêtes gens parmi eux, et que même des Anglois savent, en jouissant de la perfidie, mépriser le perfide. Voici mot pour mot l'article de cette lettre : « Au reste nous sommes bien heureux dans les circonstances présentes que ce prince ( le roi de Prusse ) ait bien voulu nous faire le sacrifice de la réputation, qu'il avoit commencé d'acquérir, et se déshonorer en notre faveur, en manquant ainsi de foi à ses alliés.... » Il y a ici 18 bataillons qui travaillent a ce retranchement ; la rareté des fourrages et le peu qu'il y a d'eaux douces, qui sont presque taries, a empêché jusque ici de faire venir notre cavalerie ; mais les quatre escadrons qui sont ici et les six qui sont à Saint-Omer et à Calais peuvent se rendre au moindre besoin ici en moins de huit heures. La cavalerie angloise qui est embarquée depuis huit jours n'a pas encore mis à la voile ; mais nous nous attendons à les voir passer à la vue de cette

rade aujourd'hui ou demain Cette nuit, sept hommes à cheval

sont venus pour entrer dans le retranchement, le long du canal de Fumes ; cette partie est gardée par un poste de grenadiers dont les sentinelles ont crié qui vive ; les cavaliers n'ayant point répondu , deux sentinelles ont fait feu sur eux ; ils ont tourné bride et sont partis à toutes jambes, mal payés comme vous voyez de leur curiosité.

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