‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 36 sur 88 · Lettre oe M. db Puysieux · texte numérisé non relu

Lettre oe M. db Puysieux

Ntakr-Altalch. 9joUioM7M.

Nous avons encore été tourmentés tous ces jours-ci par les hussards et pandours ; quoique cela soit assez incommode, l'officier et le soldat commencent cependant à s'y accoutumer.

Entre les différents objets que peut avoir M. de Kevenhuller, il seroit assez difficile de démêler bien distinctement le véritable. Il sembleroit par toutes ses manœuvres, et surtout par l'attention qu'il a eue de faire reconnoître exactement et sans cesse notre position , qu'il auroit le dessein de nous attaquer ( chose dont je doute néanmoins ) ; peut-être aussi a-t-il cru qu'en nous tourmentant il dous obligeroit à décamper ; ce que nous ferons bientôt , et que nous n'avons pu faire jusqu'à présent, ayant été obligés préalablement de retirer plusieurs postes éloignés de nous, et d'évacuer les effets du Roi ; ce qui

demaude du temps.

L'on nous mande de Prague que le maréchal de Belle-lsle devoit passer dans le camp autrichien pour y traiter de la paix ; il est à souhaiter qu'il réussisse, car dans la position où sont les armées du Roi, l'on ne peut guère se flatter qu'elles puissent se réunir à temps , ni qu'elles fassent des progrès bien éclatants. L'abandon général de nos alliés et la perfidie du roi de Prusse met S. M. dans le cas de songer plutôt à conserver ses troupes qu'à continuer la guerre.

AI'PINDIO:

15. LRTTBB DB M. LE CARDINAL DBFlBUHY AU COMTE DB K.OMGSSCK .

VemillM, M Juillet 1743.

M. le maréchal de Belle-lsle ne m'a pas laissé ignorer, Monsieur, la bonté que V. Ex. a eue de se souvenir de moi dans la conférence qu'il a eue avec elle, et je me flatte que mes sentiments pour sa personne et pour ses talents lui sont connus depuis trop longtemps pour ne pas être persuadé que je serai toujours très-sensible aux marques de l'honneur de votre amitié. Je m'en serois tenu pourtant au simple remercîraeut que je lui en dois, si je ne me croyois pas obligé de lui témoigner la peine extr^in^ qu e j'ai eue en apprenant qu'on me regardoit à Vienne comme l'auteu r principal de tous les troubles qui agitent aujourd'hui l'Allemagne. Il ne me conviendroit pas dans le moment présent de me justilier d'une accusation que je ne mérite certainement pas, et moins encore de la faire aux dépens de personne. Je ne puis pourtant m'empécher d'assurer V. E. que votre courue me rend pas justice. Bien des gens savent combien j'ai été opposé aux résolutions que nous avons prises, et que j'ai été eu quelque façon forcé d'y consentir par des motifs pressants qu'on a allégués, et V. Ex. est trop instruite de ce qui se passe pour ne pas deviner aisément celui qui mit tout en œuvre pour déterminer le Roi à.entrer dans une ligne qui étoit si contraire à mon goût et à mes principes.

J'ai regretté souvent , Monsieur, de n'être point à portée de m'en ouvrir avec V. Ex., parce que la conuoissauce. quej'aideson caractère et de ses lumières me faisoit présumer qu'il eût été très-possible de trouver des moyens de prévenir uue guerre qui ne pouvoit qu'opérer de grands malheurs et l'effusion du sang humain. Dieu ne l'a pas permis, et j'ose protester que c'est ce qui cause toute l'amertume de ma vie.

V. Ex. sait tout ce que j'ai tenté sous le règne du feu empereur, de glorieuse mémoire, pour établir une solide et ferme union entre nos deux cours ; je l'a vois regardée comme le maintien de la tranquillité publique et surtout de la religion. Je ne veux ni ne dois entrer dans tous les obstacles qui s'y sont opposés ; mais je crois avoir donné des preuves non équivoques de la droiture de mes intentions et de tout ce que j'ai fait en conséquence pour parvenir à un projet si désirable.

Lesgrands maux ne sont pourtant presque jamais sans remède, quand on est également disposé de tous côtés à le chercher. Il s'agit aujourd'hui d'arrêter du moins les suites funestes d'une guerre qui est prête à embraser toute l'Europe. Je ne puis qu'approuver tout ce que V. Ex. a dit à M. le maréchal de Belle-laie, et je conviens qu'il est juste que

A T/AN.1ÉE lïS*

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les propositions d'utt accommodement soient proportionnées à la situation où se trouvent les puissances respective.

Mais vous êtes trop équitable aussi, Monsieur, et vous connaissez trop l'incertitude des événements pour ne pas convenir aussi que quelques succès dont Dieu favorise quelqu'un , l'humanité, la religion, ni même la politique ne doivent pas porter à en abuser ni à en tirer tous les avantages dont on pourrait se flatter. Ce serait mettre des barrières insurmontables à une sincère réconciliation et laisser des semences d'une haine et d'une division éternelles.

Si votre cour veut bien donner son approbation à ces réflexions et se prêter à des conditions modérées et raisonnables , qui ne blessent pas l'honneur du Roi , j'espère que V. Ex . aura lieu d'être contente de nos propositions. L'Europe ni la religion ne sont pas dans un état tranquille , et la principale attention des grandes puissances doit être de tâcher à leur donner une forme durable et constante.

Le Roi ne veut rien pour lui, et V. Ex. n'ignore pas que j'en ai donné une preuve bien convaincante dans les propositions que me Ut M. Wassenaer il y'a six mois. SI J'eusse étélibre, je n'aurais rien oublié pour en faire usage ; mais, sans nommer personne , vous savez que nous étions malheureusement liés; quoi qu'il en soit, je ne chaDge point de système et je crois encore que rien n'est plus essentiel pour la tranquillité de l'Europe qu'une parfaite union entre nos deux cours.

Cest un ouvrage digne de V. Ex., et je mourrais content si les troubles présents contribuoient à la rétablir et à la consolider. Je saisis avec empressement cette occasion de vous renouveler les assurances du cas infini que je fais de l'honneur de votre amitié et des sentiments les plus distingués avec lesquels je fais profession , Monsieur, d'honorer V. Ex.

Lb cardinal db Flbury.

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