Lettre de M. de Puysibux
Wieder-Altalch, 9 aoAt 474L
M. d'Harcourt, ayant reçu hier l'ordre de remettre le commandement de cette armée au comte de Saxe, alla le lui porter sur-le-champ ; et après lui avoir remis les papiers et les chiffres de la Cour, il assembla les officiers généraux et leur fit part des volontés du Roi Le désintéressement et le zèle que M. le duc d'Harcourt a fait éclater dans cette occasion, la dignité qu'il y a mis, les propos obligeants qu'il a tenus publiquement sur son successeur, lui ont mérité généralement les applaudissements et les regrets de toute cette arm»c, qui fait sur cela des raisonnements et des réflexions dont je laisse le soin au public, de vous instruire.
L'on est persuadé, et avec raison, que nous quitterons incessamment ce camp-ci , et comme ce ne sera sûrement pas pour aller en avant, . l'on ne doute pas que ce ne soit pour aller en Bohême. Notre marche jusqu'à Égra n'aura pas des obstacles insurmontables, si las mesures sont bien prises; mais je la crois impraticable de là à Prague, si M. le prince Charles et M. le Grand-Duc font ce qu'ils doivent. Nous avons tant fait de sottises que nous pouvons bien espérer que nos ennemis en feront à leur tour ; et c'est en partie sur cela sans doute que nous fondons notre jonction à l'armée de Bohême. Quoi qu'il en soit, il est Certain que dans des situations telles que celles où nous nous sommes précipites insensiblement, il est bien difficile de prendre des partis qui ne soient sujets à de grands inconvénients.
M. de Konigseck a déclaré à M. de Belle-Isle que la reine sa mattresse lui avoit ordonné d'interrompre toute conférence avec lui, voulant traiter directement avec la Cour, supposé qu'elle jugeât à propos d'entrer dans la suite en quelque négociation. Cette circonstance, qui est vraie, est susceptible de différentes interprétations; mais il en résulte un point non équivoque, c'est que par là M. de Belle-Isle n'est plus chargé de rien. Si la confusion et le désordre sont des remèdes à nos maux, nous devons nous flatter d'une très- prochaine guérisou.