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Notre passage en Bohême reprend crédit. S'il a lieu, ce ne peut être que dans la vue d'aller dégager le maréchal de Broglie, supposé qu'il én soit encore temps, et de repasser tout de suite en France de compagnie, ou bien d'essayer de rétablir les affaires délabrées et sans ressources de l'empereur. Quoi qu'il en soit de ces deux différents objets, l'on pense que pour parveuir plus sûrement à la jonction dont il s'agit, il faudroit absolument que nous marchassions en Bohême tous ensemble, Bavarois et François, et que notre marche fût concertée entre le général impérial et le nôtre II n'y a qu'une objection à faire sur cela, c'est que par là on laisse la Bavière entièrement à découvert ; objection fondée, et que l'on ne conteste pas ; mais l'on tient que pour la sauver il faut l'abandonner, et se borner à la garde des places ; car si le Roi veut encore soutenir la guerre en ce pays-ci (ce qui est devenu presque impossible), il faut nécessairement se résoudre à ne la faire qu'en un seul et unique endroit.
Nous continuons à jouir d'une assez grande tranquillité dans notre camp; nous fîmes hier un fourrage général, qui ne fut point inquiété.
Le maréchal de Seckendorf, qui étoit parti de Berlin pour se rendre à l'armée de l'empereur, y est retourné, ayant été arrêté en chemin par un courrier du roi de Prusse qui le prioit de revenir sur ses pas, sous prétexte qu'il avoit appris depuis son départ des choses de la dernière importance. Sur quoi, l'on dit que ce prince, peu satisfait de sa première infidélité, veut y mettre le comble en amusant l'empereur et en lui retenant le seul homme de guerre qu'il ait à son service.
M. le comte de Saxe ayant appris hier que M. de Kevenhuller avoit envoyé du côté de Grafenau 8 à 900 Pandours et Croates, qui lottgeoient la Regen et avoient chemin faisant comme investi le détachement du Sr de Grassin, capitaine de grenadiers, qui étoit de ce côtélà pour établir quelques contributions sur les frontières de Bohême et rassembler des fourrages, prit le parti d'envoyer deux détachements choisis, de 1,000 hommes chacun, afin de couper la retraite aux ennemis et les euvelopper. L'un de ces détachemeuts, commandé par M. de Clermont, s'est porté par la droite entre la Regen et Grafenau. L'autre, aux ordres de M. de Rambures, a pris sur la gauche; ils ont rencontré les ennemis , qui se sont retirés de bois en bois ; ils leur ont donné la chasse. Nous n'en savons pas davantage, ces deux détachements n'étaut pas encore rentrés ; nous savons seulement que les ennemis nous ont blessé plusieurs officiers et grenadiers, qui ont été rapportés cette
nuit à notre camp. On ignore du reste leur perte, et s'ils se sont échappés.
Nous apprenons dans le moment que le détachement de M. de Clermont a été celui qui a rencontré les ennemis ; on leur a tué ou blessé 50 hommes; ils nous en ont aussi tué quelques-uns.