DE MA1LLBB0IS A M. LE DUC DE CHAEOST
Du camp de Biberen, 4 septembre 1742.
Nous arrivâmes le 22 à Schwalbach ; nous y eûmes séjour le 23 ; ce camp n'étant éloigné que de deux lieues ou environ de Francfort , l'empereur fit l'honneur aux troupes du Roi qui composent la première colonne de l'armée de la venir voir et de les passer en revue , accompagné de l'impératrice, de toute la maison impériale, de toute sa Cour et de tous les ministres étrangers qui se trouvent auprès de lui. Quoique le temps d'une marche n'en soit pas un propre à faire une revue de parade , S. M. Impériale et toute sa Cour parurent extrêmement contents de la beauté des troupes du Roi. Après la revue , M. le Maréchal conduisit l'empereur, l'impératrice et toute leur suite sous des tentes qu'il avoit fait dresser à portée du camp, où fit il servir
appendice
un magnifique ambigu. Les troupes défilèrent devant LL MM. Impériales ; et après qu'elles furent rentrées dans leur camp tous les commandants des corps, suivis de tous les officiers qui les composent, eurent l'honneur de leur foire la révérence, et LL. MM. les reçurent avec une extrême bonté.
Tous les officiers qui ont été à Francfort ont été enchantés de la bonté avec laquelle l'empereur a bien voulu leur parler et de la façon dont ils ont été reçus à sa Cour ; il n'y a pas un de ceux qui lui ont été nommés à qui il n'ait dit quelque chose d'obligeant en particulier et en général sur le corps dont ils étoient. On serait trop long si on vouloit détailler toutes les louanges fines et délicates que ce prince a données à la nation , et en particulier aux troupes que le Roi envoie à son secours.
Le prince royal est d'une assez jolie figure, ni trop grand, ni trop petit pour son âge ; il a les plus beaux cheveux du monde ; il paraît avoir de l'esprit , et il a été d'une politesse et d'uue attention extrême pour tous les François, aussi bien que les princesses ses sœurs. Elles sont toutes deux extrêmement aimables par leur caractère -, la cadette est d'une beaucoup plus jolie figure que Palliée.
M. le comte de Montijo , ambassadeur extraordinaire du roi d'Espagne, et qui vit avec une spleudeur et une magnificence au-dessus de tout ce qu'on en peut dire, a reçu chez lui tous les officiers françois avecfune politesse et une attention extrême.
M. le comte de Torring arriva le 26 de l'armée de Bavière à Francfort; il avoit un air fort assuré, et en entrant chez l'empereur il dit tout haut à ceux qui s'approchèrent de lui pour lui faire la révérence : « Messieurs, je viens défaire un métier auquel je ne suis pas heureux. »
M"' la maréchale de Belle-Isle, à qui tout le monde a été rendre ses devoirs avec grand empressement, a fait à son ordinaire des merveilles pendant tout le temps du passage des troupes du Roi près de Francfort; on a été enchanté de sa politesse et de son attention à nommer à l'empereur les principaux officiers et à ne rien oublier de ce qui pouvoit leur attirer quelque marque débouté ou quelque politesse delà part de Sa Majesté.
Le 24, l'armée vint camper à Bergen, le 26 à Kahl , le 26 à Aschaffenbourg, le 27 séjour, le 28 à Wurtz, le 29 àMitlenberg, le 30 à Walthurm , le 31 séjour, le 1er septembre à Bischofheim, le 2 à Mariendal(l), le 3àRiberen, et le 4. séjour.
Nous apprîmes à Walthurm jqu'il avoit paru du côté de Bainberg et
(I) On MeriwnuVim
de Nuremberg un corps de «,000 hussards que les ennemis envoyoient pour nous harceler pendant notre marche et brûler les magasins qui ont été faits sur notre route. M. le Maréchal, qui étoit resté à Francfort, pour certaines dispositions nécessaires, nous rejoignit à Mariendal. On a fait trois détachements eu avant : le premier de 600 dragons et de huit compagnies de grenadiers, commandés par M. de Frémur, brigadier, et M. le duc de Lauraguais, colonel d'infanterie; le second de 800 dragons aux ordres de M. de Coigny; et le troisième de la brigade enlière de Rosen- Cavalerie aux ordres de M. de Balincourt, lieutenant général. Il y a apparence que les deux premiers détachements se réuniront à ce troisième, ce qui formera une tête que les hussards et pandours n'oseront sûrement attaquer, couvrira la marche de l'armée et sera en état de protéger nos magasins et dépôts.
Tous les équipages de l'armée de Bohême, et les troupes qui les gardoient, qui étoient auprès de Nuremberg, se sont repliés sur nous avec assez de précipitation, à la nouvelle de l'approche des hussards ; et dans cette retraite il y a eu une perte considérable de chevaux et de bagages dont les paysans ont pillé une grande partie. Nous les avons néanmoins trouvés campés en bon ordre près d'un village voisin de ce lieu de Riberen. Nous voici à plus de moitié de notre route ; l'armée en très-bon état, fort peu de malades et de désertion, et une trèsgrande volonté dans le soldat ; aussi sont-ils mieux qu'ils n'ont jamais été dans aucune autre marche , par les soins de M. le Maréchal , et de MM. de la Grandville et de Brou. Rien n'est plus honorable à M. le Maréchal et à M. de la Grandville que le bien-être où nous nous trouvons. On trouve qu'il tient un peu du miracle quand on songe que toutes les dispositions étoient faites pour le retour de l'armée en France, que les ordres pour marcher en Bohême arrivèrent le 29 de juillet, et que le 9 d'août toute l'armée s'est mise en mouvement et a continué sa marche avec autant de facilité et des subsistances aussi abondantes que si elle avoit marché dans le cœur du royaume.