Lettre de M. de Puysieux
Studt-Am-Hof, 12 septembre 1742.
Nous séjournons ici encore aujourd'hui ; nos équipages en partent ce soir, et nous demain, pour aller en deux jours à Schwandorf sur.la Naab. Nous laisserons en partant d'ici la Regen sur notre gauche jusqu'à Regenstauf, lieu où nous passerons cette rivière L'on craint fort que nos équipages ne soient insultés en chemin.
Nos espions rapportent que l'on disoit dans le camp de M. de Kevenhuller que ce général, toujours campé à l'abbaye de Meten, proche Deckendorf, feroit iucessamment le siège de Straubing, ou qu'il nous attaquerait avant que nous eussions joint M. de Maillebois à Ambci>'. Le temps nous apprendra lequel des deux ; et je pense que ce ne sera ni l'un ni l'autre.
A peine avons-nous eu passé le débouché de Donaustauf, que les hussards de Meutzel . 2) se sont répandus dans les plaines qui sont entre l'Iser et le Lech ;.ils vinrent hier au nombre de 2,000 vis-à-vis de
(1) Faubourg de Ratisboime, sur la rive gauche du Danube, au ronnuentdt la Regen.
(1) Oe colonel commandait un ri-os corps de troupes légère*.
A I/AflNfcE 1742
notre camp, et nous canonnérent, le Danube entre eux et nous; nous leur ripostâmes de façon qu'ils se retirèrent en grande hâte. On leur tua 12 ou 15 hommes ; nous n'avons perdu personne.
Leur commandant somma la ville de Ralisbonne de lui livrer passage pour venir attaquer les François; la gasconnade fut trouvée bonne et le passage refusé. Les troupes impériales doivent se séparer ce soir de nous. M. de Seckendorf le déclara hier à M. le comte de Saxe, qui en fut un peu surpris ; elles iront se poster à Kelheim ou dans les environs, pour s'opposer à l'irruption que lesj hussards et pandours se préparent à faire dans la Bavière ; les ravages dont M. do Seckendorf a été témoin, de son camp, l'ont engagé sans doute à prendre le parti de s'arrêter sur le Danube pour être en état de s'opposer aux courses de ces Tartares, qui. brûlent et ravagent tout.
L'on pense que la route que nous prenons est plutôt celle de Strasbourg que celle de Prague, et cela est assez vraisemblable, sauf le chapitre des accidents et les sottises que nous pourrons faire en chemin.
500 pandours se sont présentés devant Ou m, ville du Palatinat ; ils ont sommé 850 Bavarois qui la gardoient de se rendre, et sur le refus que ces derniers en ont fait, les pandours y ont mis le feu et les ont forcés de se rendre à discrétion ; après quoi ils ont réduit toute la ville en cendre.
Nous apprenons ( mais cela mérite conlirmation ) que M. de Kevenhuller a fait passer hier la plus grande partie de ses troupes à la rive droite du Danube, et que ce général doit se rendre demain en personne à Ralisbonne, et qu'il a fait entrer du gros canon dans Munich ; ce qui prouverait que l'intention de la reine de Hongrie seroit d'attirer le fort de la guerre en Bavière, eu cas que le Roi voulût faire hiverner des troupes eu ce pays-ci et que la paix ne se fasse pas.