Lettre de M. de Puysieix
De Schwaudorf, 13 septembre 1742.
Nous sommes arrivés hier ici sans avoir éprouvé la plus petite contradiction, et depuis notre départ de Stad-Am-Hof nous n'avons pas vu un seul hussard à notre arrière-garde.
Ce camp-ci est bon, et nous y resterons quelques jours pour donner le temps à MM. -Je Maillebois et de Saxe de concerter leurs opérations ; ils doivent s'aboucher ensemble aujourd'hui dans un village du coté d'Amberg.
La première division de l'armée de Westphalie n'est qu'à deux grandes journées d'ici ; elle a même déjà poussé un détachement de dragons jusqu'à Nabtrarg, en sorte que nous pouvons nous regarder dès
à présent comme réunis à cette armée; on prétend que celle-ci lui servira comme d'avant-garde dans sa marche.
M. de Seckendorf est à Kelheim avec les Impériaux ,M. de Kewenhuller avec les Autrichiens entre Pogen et Straubiog, ayant un pont sur le Danube. Est-ce pour achever de ruiner la Bavière et en tirer de nouvelles contributions que ce dernier se tient là , ou est-ce pour être toujours à portée de nous couper toute communication avec nos derrières lorsque nous serons plus avancés ou que nous voudrous nous retirer ?
Le défaut de subsistances commence à se faire sentir ; ce sera là toujours notre plus grand ennemi, et l'on doit s'y attendre.
Nous avons appris par les dernières nouvelles de Bohême que M. le prince Charles commençoit à déménager, et qu'il avoit déjà retiré une partie de son gros canon de devant Prague; sur quoi.M. le maréchal de Maillebois a écrit à M. le comte de Saxe qu'il voyoit avec une sorte de plaisir que sa mission alloit devenir trop facile. On le souhaite plus que l'on ne l'espère. 11 est constant que M. le prince Charles, sans se commettre, pourra nous embarrasser beaucoup , ne fut-ce que pour le retour. Au reste, il est inutile de philosopher d'avance sur des choses qui sont encore assez obscures.
On croit que nous entrerons en Bohême par Mies et Pilsen, en nous portant un peu plus à droite ou à gauche suivant les circonstances et les difficultés que l'on trouvera.