‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 65 sur 88 · Lettre de M. de Pitvsieux · texte numérisé non relu

Lettre de M. de Pitvsieux

A WobenBtrauss, ce 19 septembre 1742.

L'armée de Westphalie que nous avons jointe ici, et dans laquelle la nôtre est fondue actuellement, part dans ce moment pour se porter deux lieues en avant du côté de Waidhausen ; la cavalerie que nous avons amenée de Bavière séjourne ici ; elle rejoindra demain le reste de l'armée à Waidhausen ; l'on a été forcé de la laisser en arrière faute de subsistances.

Une partie de l'armée de M. de Kevenhuller jointe aux divers détachements que M. le prince Charles a faits de la sienne se sont portés sur les débouches de la BobJme et occupent Pilsen, Mies, Plan et autres lieux, où ils ont fait des abatis fort profonds pour nous en dis* puter rentrée.

Sur cette disposition des ennemis, H. de Maillebois paraît s'être déterminé à leur représenter plusieurs têtes ; et pour cet effet il a fuit partir ce matin M. le duc d'Harcourt avec 36 piquets d'infanterie, 10 compagnies de grenadiers , 8 escadrons de dragons et du canon. Ces troupes doivent aller camper ce soir à Torschenreit, demain à Mahring, après-demain à Cretttz, où elles seront joiutes par dix autres bataillons. Elles se porteront demain à Plan ; et si elles forcent cette petite ville à se rendre et qu'elles puissent passer les abatis en question, elles se rendront à Mies pour le même objet.

Pendant que M. d'Harcourt fera cette diversion, un autre corps de troupes se portera dans le centre vers Tachau, et le gros de l'armée marchera vraisemblablement à Hayd, qui est la partie droite vers laquelle MM. de Balineourt et de Putange se sont déjà présentés depuis deux jours avec quelque risque d'en être repoussés, et c'est ce qui a apparemment déterminé le maréchal de Maillebois à marcher en personne de ce côté-là dès aujourd'hui.

Tels son,t à peu près les arrangements pris pour pénétrer à Pilsen et de là à Prague. Ils sont bons sur le papier, mais il faut en avoir le dénoûment. Le plus heureux serait sans doute un honnête accommodement entre nous et la reine de Hongrie qui mit la gloire du Roi et ses troupes en sûreté. La jonction de noire armée à celle de Westphalie y apporte un peu de confusion , tant dans les ordres que dans les subsistances ; il faut espérer que cela ne durera pas.

M. le comte de Saxe n'étoit pas d'avis que l'on tint la route que l'on prend pour aller dégager M. de Braglie; il vouloit que I on se portât sur Égra, route un peu plus longue, mais plus sûre, à ce qu'il prétend, et plus aisée pour les subsistances, par les secours de toutes espèces que l'on aurait tirés d'Êgra .

L'on vient de donner avis à M. de Saxe que la queue de nos équipages étoit attaquée ; je monte à cheval avec tous les piquets de cavalerie de l'armée pour les aller dégager.

Suite de la même Lettre.

A huit heure* du soir.

J'arrive ; nos équipages sont rentrés dans le camp à bon port, bien qu'un convoi de six cents chariots de pain biscuité.

A L'AISNKK 17 4SI.

J'ai appris à mon retour que M. le comte de Saxe conserverait encore quelque temps le commandement de son armée sous le titre de réserve ; en conséquence nous partons demain matin et nous allons sous ses ordres joindre M. d'Harcourt à Mahring, et Ton croît que de là nous pourrons prendre la route d'Égra. Je ne sais point encore si M. de Maillebois, persistant dans sa première résolution, continuera de diriger sa marche avec son armée droit sur Pilsen.

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