‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 66 sur 88 · Lettre de M. db Poysieux · texte numérisé non relu

Lettre de M. db Poysieux

Au camp de Bramabof, 23 septembre 1742.

Nous arrivâmes hier au soir ici avec la réserve de M. le comte de Saxe, ou pour mieux dire notre ancienne armée de Bavière. Nous y séjournerons plus ou moins suivant les circonstances. C'est sans contredit le plus vilain lieu de la nature, mais le meilleur pour s'y tenir sur la défensive; nous nous y retranchons afin d'être en état de résister à M. le prince Charles, au cas qu'il lui prît euvie de tourner son principal effort de ce côté-ci.

La téte de son armée n'étoithier éloignée de nous que de cinq lieues, et il étoit en personne avec le reste du côté de M. de Maillebois, qui est toujours vers Hayd, ce maréchal n'ayant pu jusqu'à présent forcer les passages de ce côté-là, que les ennemis défendent par plusieurs abatis et retranchements ; en sorte que nous craignons qu'après avoir perdu du temps il ne soit obligé de revenir par celui-ci pour pénétrer jusqu'à Prague, ce qui lui aura fait perdre un temps d'autant plus précieux, que portant avec nous toutes nos subsistances, nos moments sont comptés.

Il est étonnant et fort heureux que M. le prince Charles n'ait pas disputé à M. le comte de Saxe ni à M. le duc d'Harcourt, qui étoient eu avant avec un gros détachement, ces passages-ei ; cela lui auroit été d'autant plus facile qu'il nous a fallu passer trois délilés abominables pour arriver ici : il faut sans doute que ce prince n'ait point été informé de notre marche.

M. le duc d'Harcourt, qui, comme je l'ai dit, avoit marché en avant avec un gros détachement, Ut attaquer hier la petite ville de Plan, située à une lieue d'ici, dans une belle et grande plaiue, et la prit par capitulation; il y avoit dedans 300 hommes de garnison qui ont été faits prisomiiers de guerre, et en outre un détachement de 200 cuirassier s qui s'y étoient retirés à son approche. Nous y avons perdu une trentaine d'hommes tués ou blessés; les dragons d'Harcourt et de Languedoc s'y sont distingués; le (ils de M. d'Hérouville y a été blessé d'une balle qui lui perce la cuisse, et M. d'Apremont, major de Languedoc- Dragons, y a reçu trois coups de fusil, dont il est à l'extrémité. Il y a eu encore quelques autres officiers subalternes tués ou blessés.

M. deMaillebois a mandé hier à M. le comte de Saxe qu'il comptoit de lui envoyer ici huit bataillons ; s'ils arrivent, nous percerons, n'ayant plus de défilés à passer et le pays qui est devant nous étant ouvert. 11 seroit à souhaiter que nous eussions une plus nombreuse cavalerie, étant certains que si M. le prince Charles a dessein de nous attaquer, il le fera dès que nous serons embarqués dans la plaine. Je crois que M. de Maillebois viendra ici en personne et qu'il y amènera toute sa cavalerie.

La cavalerie de M. de Maillebois commence à arriver dans notre camp, et il la suivra demain ou après-demain.

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