‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 75 sur 88 · Extrait d'une Lettbb du mabïchal de Maillebois · texte numérisé non relu

Extrait d'une Lettbb du mabïchal de Maillebois

im camp de Schlackenvcrth, «lu ifi octobre au soir.

.l'ai tenté tous les moyens de percer jusqu'à mes confrères à Prague, ce qui étoit ma missiou. Mes premières manœuvres ont engagé le * grand-duc à lever le siège, ce qui les a mis au large et en état de se ravitailler copieusement. J'ai heurté ensuite à toutes les portes, ou pour mieux dire à toutes les gorges, qui conduisent en Bohême; j'ai trouvé partout le grand-duc bien établi avant moi, avec d'autant plus de facilité qu'il décrivoit toujours la corde et que je faisois toujours l'arc.

J'ai tenté ensuite le passage le long de la rivière d'Eger, sur le conseil de M. de Broglie, et croyois que par cette raison il le faciliteroit d'autant plus efficacement que la Cour le souhaitoit, mais je n'ai pu l'ébranler pour favoriser notre jonction, qui ne se pouvoit faire sans sou secours, tant pour l'opération militaire que pour les vivres dont nous n'avions pas suffisamment pour arriver jusqu'à lui. Mon confrère Belle- Isle me marque dans ses lettres tout ce qu'il lui a proposé à ce sujet, mais sans pouvoir l'y engager.

I-es choses en cet état, je n'ai d'autre parti qu'à rétrograder pour chercher à vivre soit dans le haut Palatinat, soit ailleurs, en attendant les ordres de la Cour, qui n'out jamais du vous causer inquiétude sur l'événement d'un combat, car, soit dit entre nous, « favois lettre du 11 septembre qui me défendait de me livrer a aucun événement qui pût être douteux ». Pesez bien ces termes soulignés. Il est vrai que par une lettre du 28 du même mois, arrivée le $ octobre, on me délie les mains , et on me permet d'accepter le combat si on me le présente ;

mais le moment étoit passé, et de le recevoir et de le pouvoir donner. De ce détail vous conclurez qu'ayant fait de ma part tout ce qui étoit humainement possible, j'éprouverai, comme cela arrive toujours, la censure des gens mal instruits ou de mauvaise volonté , et que l'on ne peut instruire parce que l'on ne le peut sans dire beaucoup de choses qu'on ne peut dévoiler et qui chargeroieut ceux qui ont contribue à nos malheurs. J'aime mieux n'entrer dans ces détails qu'avec mes amis et mes maîtres, persuadé qu'ils rendront justice à ma conduite, dont ils n'ont ignoré aucunes circonstances.

Page 1