LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
et, d un autre côté, que les voitures d'artillerie qui doivent être prises à Salamanque et conduites à Madrid pour y être réparées n’ont pu y être envoyées.
« A l’époque de mon mouvement, voulant le faire avec rapidité, chaque régiment a formé un petit dépôt, dans lequel il a placé tous les hommes malingres et la plus grande partie de ses équipages. J’ai réuni tous ces petits dépôts à Toro, sous le commandement d’un officier supérieur. Ces dépôts ont avec eux les effets d’habillement, les ouvriers, etc. J’ai de même, pour la cavalerie, laissé à ces dépôts tous les chevaux à refaire qui auraient péri dans nos marches et qui, aujourd’hui, sont en état de servir. Aussitôt après mon arrivée à Badajoz, j’ai envoyé un officier pour faire partir tous ces dépôts pour Talavera, afin que l’armée, en arrivant ici, trouvât tous les secours dont elle aurait besoin; mais le duc d’Istrie s’est opposé à leur départ. J’ai envoyé postérieurement, et à diverses reprises, des officiers pour renouveler les mêmes ordres; mais le comte Dorsenne s’y oppose également; de manière que je' suis dans la' pénible situation de voir s’écouler, sans fruit et sans utilité, le temps de repos que les corps pourraient employer si utilement à se mettre en état d’entrer en campagne. A mon départ de Salamanque, j’ai fait évacuer tous mes malades sur Valladolid, parce
que Salamanque était assez découvert. J’ai placé à Valladolid un officier supérieur, pour réunir et commander tous les hommes sortant des hôpitaux, un officier, et certain nombre de sous-ofticiers par chaque régiment, afin de former des détachements au fur et à mesure de leur guérison. Quinze cents hommes sont en état de rejoindre; mais, au lieu de me les renvoyer, on leur fait faire des détachements et divers services à l’armée du Nord, de manière que ces hommes, qui sont sans solde, sans aucun secours, qui ont assez d’ofiiciers pour les conduire, mais non pour les commander dans le service, se dispersent partout, désertent ou se soustrayent au service de mille manières différentes, et seront en grande partie perdus pour leurs régiments. J’ai réclamé en vain; il règne en Espagne un esprit d’égoïsme et de localité qui est funeste au service de l’Empereur et qu’il est urgent de réprimer. Je demande, avec la plus vive instance, à Votre Altesse d’écrire à M. le comte Dorsenne d’une manière tellement impérative, qu’il envoie, sans plus de retard, les cinq cents chevaux qui me sont destinés, et qu’il ne se permette plus de retenir ni un seul soldat ni un seul cheval qui appartienne à l’armée de Portugal. Enlin, monseigneur, puisque le Nord me devient à peu près étranger, je demande également à Votre Altesse qu’on relève et qu’on me renvoie la garnison de Ilodrigo.