‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 113 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

cette époque je ferai également rassembler les bois nécessaires aux réparations du pont d’Alcantara, afin que ce travail, qu’on regarde comme difficile, mais cependant comme praticable, puisse être exécuté sans retard. Indépendamment des motifs cidessus et qui me paraissent sans réplique, il devient indispensable de laisser l’armée en repos pendant les grandes chaleurs, sous peine de la voir fondre par les maladies; elle a besoin, non-seulement de repos pour sa santé, mais aussi de repos pour se réparer.

« J’espère que Sa Majesté conclura, du compte que je viens de vous rendre, que j’ai pris toutes les mesures convenables pour soutenir et secourir l’armée du Midi de tous mes moyens; et, quoique l’expérience m’ait déjà prouvé qu’il était bon de ne pas trop compter sur la parole de M. le duc de Dalinatie et sur sa fidélité à remplir ses engagements, Sa Majesté ne rendrait pas justice à mon amour pour le bien public et à mon dévouement à son service si elle doutait que je ne fisse plus que mes devoirs en cette circonstance comme en toute autre. La promptitude, au surplus, avec laquelle je suis parti de Salamanque, le peu de moyens que j’avais à ma disposition, et qui m’auraient autorisé à retarder de quelque temps mon mouvement pour les augmenter, sont, j’ose le croire, un garant de ce que je ferais à l’avenir, s’il en était besoin. Je n’hé-

2lf. MÉMOIRES DU DUC DE HAGUSE.

siterai jamais à aller avec toutes mes forces au secours du maréchal duc de Dalmatie lorsqu’il le faudra; mais j'avoue que je redouterais extrêmement d’être dans une situation inverse.

« Il me reste à parler à Votre Altesse de la situation dans laquelle se trouve l’armée. Sa Majesté suppose que depuis plus d’un mois j’ai reçu les chevaux d’artillerie de la garde que le duc d’Istrie devait me fournir. Je le ai réclamés à plusieurs reprises, toujours en vain, et en ce moment le comte Dorsenne refuse d’une manière formelle de les donner avant d’en avoir reçu un pareil nombre de France, ce qui évidemment est contraire aux intentions de l’Empereur; car, s’il n’eût pas voulu me donner un secours immédiat, il aurait donné l’ordre de me les envoyer directement de France. Le comte Dorsenne annonce que, quand il aura reçu cinq cents chevaux, il n’en enverra que trois cent quatrevingt-sept; attendu, dit-il, qu’il doit faire entrer en compte cent treize chevaux que le duc d’Istrie a donnés au prince d’Essling il y a trois mois, et qui me paraissent tout à fait étrangers à ceux-ci.

« Il résulte de la non-exécution des ordres de Sa Majesté que l’artillerie de l’armée est aujourd'hui dans une situation pire que celle où elle était à l'époque où j’ai commencé mon mouvement, puisqu’il y a eu quelques pertes de chevaux, quelques pertes de bœufs qui n’ont pas été remplacés,

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