‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 119 sur 268 · LIVRE XV.- CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV.- CORRESPONDANCE

avons dans ces provinces, en se repliant, lui opposeraient une armée considérable, et alors, sans doute, l’armée de Portugal devrait faire, pour l’armée du Nord, ce qu’elle ferait pour l’armée du Midi. L’objet important est que votre ligne d’opération soit sur Talavera et- Madrid, parce que votre armée est spécialement destinée à protéger celle du Midi. Enfin, monsieur le maréchal, l’armée de Portugal étant attaquée de front, son mouvement de retraite est encore sur Madrid, parce que, dans tous les cas possibles, ce doit être sa ligne d’opéralion. Il faut donc que tous les dépôts quelconques appartenant à l’armée de Portugal soient dirigés sur Talavera et Madrid. L’Empereur a même ordonné que la garnison de Rodrigo fut relevée par l’armée du Nord; mais ce dernier ordre ne pourra être exécuté que plus tard.

« Le 26 e régiment de chasseurs, qui est un régiment entier, doit vous avoir rejoint. Mandez-lemoi. Il est fort important que vous ayez au moins six mille hommes de cavalerie. Correspondez le plus fréquemment possible avec moi et sur tous les détails tant militaires que d’administration.

« Le général Dorsenne recevra, par mon aide de camp, l’ordre impératif de faire partir, dans les vingt-quatre heures, tous vos dépôts et détachements. Tout ce qui est en état de servir sera dirigé en gros détachements sur Placencia, et le général

iv. la

52G VÉMOIRES 1IU DUC DE RAUUSE.

Üorsenne vous enverra l’état et l’itinéraire. Quant aux hommes malingres, il les dirigera sur Madrid, puisque votre ligne d’opération est désormais sur Madrid, en sorte qu'il ne lui restera plus un seul homme appartenant à votre armée.

« Je vous préviens aussi, monsieur le maréchal, que, vraisemblablement, l’Empereur se déterminera à diriger de Valladolid, par Salamanque, sur i’iacencia tous les renforts que conduit le général Vandermaesen. Tout ce qui est pour l’armée du Midi se réunira à la colonne du général Vandermaesen et en suivra le mouvement, et ensuite cette troupe se rendra d’Almaraz, parTruxillo, à l’armée du Midi.

« Mon aide de camp, après avoir vu partir les troupes et même le corps du général Vandermaesen, continuera sa route par Avila, Placencia et Almaraz, et reviendra parTruxillo et Madrid; et l’intention de Sa Majesté est que vous le chargiez de rapporter des états exacts de la situation de l’armée. »

LK MAJOR GÉNÉRAL' AU MARÉCHAL MARMONT

• Paris, le 24 aoûl 1811.

« L’Empereur trouve, monsieur le maréchal, que vous ne correspondez pas assez avec moi. Sa Majesté désire que vous écriviez aussi souvent qu’il

est possible et que vous envoyiez des renseignements très-détaillés sur tout ce qui vous concerne, des états exacts, et toujours très-récents, de la situation et de remplacement de vos troupes.

« Sa Majesté pense qu'il serait nécessaire que vous vous assurassiez du passage du Tietar en y faisant un pont pour les hommes à pied, afin que la division que vous avez à Placencia puisse se porter à vous rapidement. C’est sur le Midi que vous devez porter vos regards; toute entreprise de l’ennemi sur lé Nord serait insensée, et il trouverait partout des renforts considérables qui compromettraient son existence. »

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT

« Madrid, le 1 " septembre 1811.

« Monsieur le duc, par la première lettre que vous m’avez écrite, vous me files connaître que vous aviez besoin de vingt mille fanègues de blé par mois; je m’empressai d’ordonner que les quarante premiers mille fanègues qui seraient levés dans la province d’Avila et dans le partido de Talavera seraient livrés à l’armée de Portugal; j’espérais, par là, assurer la subsistance de vos troupes pendant les mois d’août et de septembre, et je me réservai à pourvoir par la suite selon vos besoins. Vous me files connaître que vous n’aviez

pas d'argent; je vous répondis que le produit des contributions des provinces qui entourent Madrid était tel, que Sa Majesté Impériale, ayant connu l’insuffisance de ces moyens, avait daigné venir à mon secours par un prêt mensuel, qu’ainsi vous deviez sentir qu’il était de toute impossibilité que je vous fisse donner de l’argent. Je 11e crois pas vous avoir caché ce que tout le monde sait : que mes employés civils ne sont pas payés depuis quinze mois, et ma garde depuis dix; cependant je vous écrivis que je trouvais bon que vous levassiez les contributions de la province d’Estramadure, qui m’étaient dues, et que vous en employassiez le produit pour les besoins de l’armée de Portugal. Je vous ai fait envoyer tout le biscuit, farines, voitures, artillerie, enfin tout ce dont j’ai pu disposer; je n’ai fait aucune distinction entre l'armée de Portugal et celle du Centre, puisque leur but est le même; mais j’avais pensé que les mesures que j’avais prises pour assurer le service des deux armées et des diverses parties de mon administration auraient été respectées par les généraux de l’armée que vous commandez; il n’en a pas été ainsi. O11 a levé sur divers points, occupés par votre armée, la totalité de la récolte; on a par là exaspéré les habitants et fait abandonner les champs et les villages, surtout dans la province d’Avila; dans celle de Tolède on a d’abord frappé

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