L I V R B XV. — CORRESPONDANCE
ses dans la caisse du receveur central, en raison des distances et de la difficulté des communications, je ne puis eu envoyer à Votre Altesse un état général. Tout ce que je sais par les rapports des divers arrondissements, c’est qu'ils s’élèvent à cent soixante et onze mille francs, à compte de l’impôt de un million que j’ai établi par un arrêté dont copie est ci-jointe. Mais la levée de cet impôt ne pourra pas se réaliser si les obstacles qui s’y opposent restent les mêmes. J’ai eu l’honneur de vous rendre compte que le roi d’Espagne, sur l’assistance duquel je croyais pouvoir compter pour me donner les moyens d’administrer, avec autant d’ordre que possible, les provinces déterminées pour l’arrondissement de l’armée de Portugal, me la refuse; le préfet de Tolède ne me fait pas même l’honneur de répondre à mes lettres et a donné formellement l'ordre à toutes les autorités de se refuser à toutes les réquisitions de l’armée de Portugal. Les ministres ont déclaré que l’armée de Portugal ne devait lever aucun impôt dans la province de Tolède, et les mômes ministres donnent des ordres, dans les provinces d’Avila et Talavera, qui sont en opposition avec les miens. J’ai demandé au roi un commissaire supérieur pour mettre de l’ensemble dans l’administration et être mon intermédiaire dans l’exécution de toutes les dispositions administratives qui seraient relatives à ces provinces; il m’a
envoyé M. Amoros, conseiller d’État, mais qui aujourd’hui se retranche sur ce que ses instructions et les ordres des ministres sont en opposition avec ceux que je donne, et qui tendent à consacrer la totalité des ressources de l’arrondissement à l’armée. Enfin, désirant dans toutes mes opérations me servir des employés espagnols, afin de ménager l’opinion et faire une chose agréable au roi, je ne puis cependant suivre cette marche, attendu que je n’ai pu obtenir du roi l’ordre qu’ils eussent à m'obéir.
« Quant aux rentrées en denrées, elles sont assez peu considérables, par la raison qu’eu égard à la nullité absolue de nos transports il a fallu répartir les troupes chez les habitants, de manière à les faire vivre par le secours des autorités locales et sur les lieux mêmes.
« On n’a envoyé de l’orge et du grain que dans les lieux où il était absolument indispensable d’ajouter aux ressources des habitants. Ces ressources sont presque partout épuisées, et il faudra replacer l'armée en arrière pouren trouver de nouvelles; ainsi de proche en proche, tant que nous n’aurons pas des moyens de transport. On s’occupe à dresser l’état de toutes les denrées qui ont été requises et réunies, et j’aurai l’honneur de l’adresser à Voire Altesse par la première estafette.
« L’armée de Portugal est dans la situation la