LIVRE XV. - CORRESPONDANCE
plus difficile; le territoire que Sa Majesté lui a assigné n’est pas le quart de ce qui serait nécessaire à son entretien. L’Estraniadure n’avait d’autre richesse que celle de ses troupeaux; ils ont été mangés depuis trois ans; il ne reste qu’un désert tout à fait inculte. La province d’Avila, qui est peu considérable, a eu cette année une récolte qui ne s’élève pas à la moitié de celle des autres années. Enfin la province de Tolède m’est disputée par le roi, et mes ordres y sont méconnus, tant pour ce qui est relatif à l’administration qu’au mouvement des troupes, ce qui met à la discrétion d’un général -qui n'est pas sous mes ordres mes dépôts et mes hôpitaux.
« L’armée de Portugal a des besoins de toute espèce; mais, avec le peu de ressources qui lui est offert, avec la contrariété qu’on rencontre partout et qui naît encore de la division des commande" inents, j’avoue que je ne puis envisager les résultats qu’avec une vive inquiétude. L’Empereur est étonné que je n’écrive pas plus souvent à Votre Altesse. Ce n’est pas faute de lui écrire, c’est que mes lettres ne lui parviennent pas. Je n'ai pas pu obtenir seulement qu’à Madrid un fit la moindre disposition pour assurer la communication avec l’armée et l’arrivée des estafettes et des courriers; et, quoique j’aie placé des troupes jusqu’à douze lieues de Madrid, il est arrivé fréquemment alors que des dé-
pèches sont restées douze ou quinze jours entre Madrid et Talavera, oubliées dans un village par insouciance ou par l’abandon où sont toutes les branches du service. Que puis-je faire là où je n’ai nulle autorité? La responsabilité ne peut en peser sur moi.
<« Les besoins de l’armée de Portugal sont étendus en raison de la force de cette armée et en raison de tous les moyens qu’elle a consommés dans la campagne de Portugal; elle a un territoire trèsborné, stérile en grande partie ou dévasté; elle ne possède pas une seule ville qui offre des ressources, et encore mon autorité est sans cesse contrariée par une autorité que je ne puis combattre. À côté de cela, l’armée du Midi est dans le pays le plus fertile de l’Espagne, abondant en toute espèce de denrées, riche en argent, plein de villes d’une grande population, et administré depuis deux ans d’une manière méthodique et par une autorité reconnue. L’armée du Nord a un territoire immense et de la plus grande fertilité. L’armée d’Aragon est dans une position meilleure encore. L’armée de Portugal est donc la seule dont aucune ressource ne soit proportionnée à ses besoins et dépendant de tout le monde pour ses communications. Pour assurer l’arrivée des secoure que Sa Majesté lui envoie, l’Empereur peut juger de sa position dans cette stérile vallée du Tage, où elle ne peut rien créer