‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 171 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE. SI · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE. SI

on doit remarquer avec étonnement le changement survenu dans son langage. Lorsqu’il y avait dixmille hommes de plus à l’armée du Midi, et que l’armée du Nord avait quinze mille hommes de la garde et possédait Rodrigo; quand, en outre, l’armée de Portugal était dans la vallée du Tage, Napoléon tremblait pour Badajoz (voyez la correspondance de 1 S 1 1 ) ; et c’est quand cette vallée est dégarnie, quand l’armée de Midi est affaiblie, qu'il prétend que cette armée n'a pas besoin de secours, . et qu’en m’occupant d’elle je fais une chose qui ne me regarde pas.

« Un dernier mot sur la question de l’occupation des Asturies, sur laquelle revient sans cesse Napoléon, véritable idée fixe qui s’est emparée de lui. Sans doute une longue base d’opération est nécessaire pour qu’une armée soit en sûreté ; mais d’abord le principe n’est pas applicable aux circonstances de la guerre d’Espagne. Ce ne sont pas des corps d'armée qui peuvent ici se porter sur les communications, ce sont des insurgés, des bandes que le pays produit et que le sol traversé par la route recrute, entretient et nourrit. Plus le pays qui n'est pas occupé est étendu, et plus les bandes y sont nombreuses, sans doute; mais cependant l'occupation extrême protège moins utilement les communications que celle qui est plus restreinte, surtout si les corps qui en sont chargés peuvent se

mouvoir avec plus de facilité. Or les Asturies, situées sur le revers septentrional des montagnes, forment un bassin enfoncé qui est séparé du rovaume de Léon par des défilés très-difficiles, et les troupes placées sur le plateau, à l’entrée de ces défilés, pouvant parcourir la plaine, sont mille fois plus utiles que celles qui, jetées à l’extrémité, en sont séparées et sont réduites à occuper quelques villes; elles protègent plus utilement et concourent d’une manière plus efficace aux opérations principales.

Ici encore, Napoléon revient à ses rêves d’offensive, devenus une monomanie de son esprit, un caprice de son imagination, et il dit qu'une division française, placée dans les Asturies, menacerait la Galice. D’abord, que signifie cette prétention constante d’offensive quand on n’a pas le nombre de troupes nécessaires pour occuper convenablement cl avec fruit le pays conquis? Alors une augmentation de territoire est, au contraire, une cause de faiblesse de plus, et puis je nie que la bonne offensive doive partir des Asturies; elle doit évidemment venir de la province de Léon ; il vaut mieux descendre du plateau, pour arriver sur les bords de la mer et suivre le cours des eaux, que de franchir autant de bassins et de contre-forts qu’il y a de ruisseaux. L’occupation des Asturies n’avait donc aucun avantage, mais renfermait des inconvénients

Page 1