LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
obligé à renoncer pour cette année à l’expédition du Portugal, vu la tournure que prenaient les af-., faires générales de l’Europe, l’Empereur vous a ordonné de vous porter sur Valladolid, avec votre armée, que vous êtes arrivé inopinément à Salamanque, les Anglais, qui ont bien calculé que ces mouvements n’avaient pu se faire en conséquence des leurs, ont été atterrés; et si, du 1 7 au 18, avec les trente mille hommes que vous aviez dans la main, vous aviez marché à tire-d’aile, sans livrer bataille, mais faisant mine de le vouloir, l’ennemi, qui était déconcerté par votre arrivée, était résolu de lever le siège de Rodrigo. Qui vous empêchait, en effet, de vous porter avec vingt-cinq mille hommes entre Salamanque et Rodrigo?
« C’est une opération qu’on pourrait même faire avec dix mille hommes en prenant position sans s'engager, et retournant sur Salamanque si l'ennemi présentait trop de forces. La guerre est un métier de position, et douze mille hommes ne sont jamais engagés quand ils ne veulent pas : à plus forte raison trente mille, surtout lorsque ces trente mille hommes étaient suivis par d’autres troupes. Mais le passé est sans remède.
« Je donne l’ordre que tout ce qu'il sera possible de fournir vous soit fourni pour compléter votre artillerie et pour armer Salamanque. Vingt-quatre heures après la réception de celte lettre. l'Empe-
reur pense que vous partirez pour Salamanque, à moins d’événements inattendus; que vous chargerez une avant-garde d’occuper les débouchés sur Rodrigo et une autre sur Almeida; que vous aurez dans la main au moins la valeur d’une division; que vous ferez revenir la cavalerie et l’artillerie qui sont à la division du Tage; que vous renverrez la division Bonnet dans les Asturies. Vous ne donnerez pas de division à l’armée du Nord, parce qu'elle
sera renfofcée parla division Pourtant,
comme ce mouvement sera brusque, il faut lui donner le temps d’opérer son effet, et ce ne peut être que huit jours après que vous serez arrivé à Salamanque et que ces dispositions seront faites que leur effet aura eu lieu sur l’ennemi; ce n’est qu’alors que vous pourrez entièrement évacuer le Tage. En attendant, il semble à l’Empereur qu’une seule division d’infanterie sur ce point est suffisante.
« Le roi enverra au moins douze cents hommes de cavalerie et trois mille hommes d’infanterie. Appuyez cette division; réunissez surtout votre cavalerie, dont vous n’avez pas de trop et dont vous avez tant besoin. Lorsque vous verrez que votre mouvement offensif a produit un effet, vous retirp- , rez du Tage d'abord une brigade et ensuite une autre brigade; mais en même temps vous augmenterez vos démonstrations d’offensive, de manière que