‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 177 sur 268 · LIVRE XV. - CORRESPONDANCE . .V · texte numérisé non relu

LIVRE XV. - CORRESPONDANCE . .V

étaient à Lisbonne ; vos troupes étaient fatiguées, dégoûtées, sans artillerie, sans train d’équipage. Badajoz était attaqué depuis longtemps; une bataille dans le Midi n’avait pu faire lever le siège de cette place. Que deviez-vous faire alors? Vous porter sur Almeida pour menacer Lisbonne? — Non; parce que votre armée n’avait point d’artillerie, point de train d'équipage, et qu’elle était fatiguée. L’ennemi, dans cette position, n’aurait pas cru à cette menace;, il aurait laissé approcher jusqu’à Coïmbre, aurait pris Badajoz, et ensuite serait venu sur vous. Vous avez donc fait, à celteépoque, ce qu’il fallait faire ; vous avez marché rapidement au secours de Badajoz. L’ennemi avait barre sur vous, et l'art de la guerre était de vous y concentrer. Le siège en a été levé, et l’ennemi est rentré en Portugal. C’est ce qu’il y avait à faire. Depuis, monsieur le maréchal, vous êtes revenu dansle Nord; lord Wellington s’est reporté sur le véritable point de défense du pays; et, depuis ce temps, vous êtes en présence.

« Si, après avoir rejeté lord Wellington au delà de Ciudad-Hodrigo, vous fussiez resté dans la province de Salamanque, ayant vos avant-gardes sur les directions du Portugal , lord Wellington n’aurait pas bougé; mais vous vous êtes porté sans raison sur le Tage. Les Anglais ont cru que vous vous disposiez à entrer dans l’Alentejo pour vous réunir

au duc Je Dalmatie et faire le siège d’Elvas. Ils manœuvrèrent en conséquence et restèrent attentifs lorsque votre mouvement sur Valence leur a fait connaître qu’ils n’avaient rien à craindre.

« Dans ce moment, monsieur le duc, votre position est simple et claire; par conséquent, elle ne demande pas des combinaisons d’esprit. Placez votre armée de manière que sa marche puisse se réunir et se grouper sur Salamanque. Ayez-y votre quartier général; que vos ordres, vos dispositions, annoncent à l’ennemi que la grosse artillerie arrive à Salamanque, que vous y formez des magasins, que tout y est dans une position offensive. Faites faire continuellement la petite guerre avec les postes ennemis. Dans cet état, vous êtes maître de tous les mouvements des Anglais. Si Wellington se dirige sur Badajoz, laissez-le aller; réunissez aussitôt votre armée et marchez droit sur Almeida, et poussez des pointes sur Coïmbre. Wellington reviendra bien vite sur vous. Mais les Anglais ont trop de savoirfaire pour commettre une pareille faute. Ce n'est pas l’envoi de quatre à cinq mille hommes sur Valence qui a fait faire aux Anglais leur mouvement pour s’emparer de Ciudad-Rodrigo, c’est la marche, si inutile, que vous avez fait faire d’une grande partie de votre artillerie, de votre cavalerie; c’est la dissémination d’une grande partie de votre armée.

« Écrivez au duc de Dalmatie et sollicitez le roi de lui écrire également pour qu’il exécute les ordres impératifs que je lui donne de porter un corps de vingt mille hommes pour forcer le général Hill à rester sur la rive gauche du Tage. Ne pensez donc plus, monsieur le maréchal, à aller dans le Midi, et marchez droit sur le Portugal si lord Wellington fait la faute de se porter sur la rive gauche du Tage.

« La division Caffarelli doit être arrivée en Navarre. L’Empereur ordonne qu’une division italienne vienne renforcer l’armée du Nord. Mettezvous en correspondance avec le maréchal Suchet à Valence, afin qu’il puisse marcher avec ses forces pour soutenir Madrid, s’il y a lieu. Profitez du moment où vos troupes se réunissent pour bien organiser et mettre de l’ordre dans le Nord. Qu’on travaille jour et nuit à fortifier Salamanque; qu’on y fasse venir de grosses pièces; qu’on refasse l’équipage de siège; enfin qu’on forme des magasins de subsistances. Vous sentirez, monsieur le maréchal, qu’en suivant ces directions, et qu’en mettant poulies exécuter toute l’activité convenable, vous tiendrez l’ennemi en échec. Londres elle-même tremblera de la perspective d’une bataille et de l’invasion du Portugal, si redoutée des Anglais, et enfin, au moment de la récolte, vous vous trouverez tout à fait en état d’investir Rodrigo et de prendre cette place à la barbe des Anglais, ou de leur livrer ba-

r..-0 MÉMOIRES nu DUC DE RAGUSE

taille, ce qui serait à désirer; car, battus aussi loin de la mer, ils seront perdus et le Portugal perdu. L’artillerie qui arriverait pour armer Salamanque servirait pour Almeida et pour Rodrigo. En recevant la bataille au lieu de la donner, en ne songeant qu’à l’armée du Midi, qui n’a pas besoin de vous, puisqu’elle est forte de quatre vingt mille hommes des meilleures troupes de l’Europe, en ayant de la sollicitude pour des pays qui ne sont pas sous votre commandement et abandonnant les Asturies et les provinces qui vous regardent, un combat que vous éprouveriez serait une calamité qui se ferait sentir dans toute f Espagne. Un échec de l’armée du Midi la conduirait sur Madrid ou sur Valence, et ne serait pas de même nature.

« Je vous le répète, vous êtes le maître de conserver barre sur lord Wellington en plaçant votre quartier général à Salamanque, en occupant en force celte position et en poussant de fortes reconnaissances sur les débouchés. Je ne pourrais que vous redire ce que je vous ai déjà expliqué ci-dessus. Si Badajoz était cerné seulement par deux ou trois divisions anglaises, le duc de Dalmatie la débloquera; mais alors Wellington affaibli vous mettrait à même de vous porter dans le centre du Portugal, ce qui secourrait plus eflicacement Badajoz que toute autre opération. Mais, lorsque par les nouvelles dispositions de l’Empereur, qui l’ont

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