‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 184 sur 268 · LIVRE XV.- CORRESPONDANCE. ôil · texte numérisé non relu

LIVRE XV.- CORRESPONDANCE. ôil

m’avez fait l’honneur de m’écrire le 11 février; plus je les ai méditées, plus je me suis convaincu que, si Sa Majesté était sur les lieux, elle envisagerait la position de son armée de Portugal d’une tout autre manière. Votre Altesse me dit que j'aurais dû concentrer mes troupes à Salamanque, mais elle oublie que précédemment les ordres de l’Empereur étaient d’avoir trois divisions au delà des montagnes. Si je concentrais l’armée à Salamanque, elle ne pourrait y vivre quinze jours; et bientôt un désert semblable à celui qui sépare Rodrigo de Salamanque séparerait Salamanque de Valladolid, ce qui rendrait pour l’avenir bien pire la situation de l’armée. L’Empereur veut que je fasse des mouvements offensifs sur Rodrigo; mais Sa Majesté ignore donc que le plus léger mouvement ici cause une perte énorme de moyens, et spécialement de chevaux, équivalente à celle qui résulterait d’une bataille; de manière qu’il faut restreindre ses mouvements pour un objet déterminé et positif et qui promette des résultats. Si l’armée faisait un mouvement sur Rodrigo aujourd'hui, elle ne pourrait pas passer l’Aguada, parce que dans cette saison cette rivière n’est pas guéable. L’armée ne pourrait pas rester, faute de vivres, trois jours devant Rodrigo, et cette simple marche, qui n’aurait aucun résultat et n’aurait donné aucun change à l’ennemi, parce qu’il connaît

bien l’impossibilité absolue où nous sommes de rien entreprendre, cette simple marche, dis-je, ferait perdre a l’armée cinq cents chevaux et la rendrait incapable de faire aucun mouvement pendant six semaines, parce qu’il faudrait qu’elle se dispersât jusqu’à vingt et vingt-cinq lieues pour aller former sa réserve de vivres, et qu’elle eût le temps de les rassembler et de les préparer. Au mois d’avril de l’année dernière, l’armée de Portugal a perdu presque tous ses chevaux d’artillerie et le plus grand nombre de ses chevaux de cavalerie, pour être restée entre la Coa et l’Àguada pendant six jours; et cependant la saison était plus avancée et le pays moins désert qu aujourd’hui.

« Sa Majesté pense que je ne dois point envoyer mes troupes se perdre sur les derrières; mais n'ai-je pas dû relever sept mille hommes de la garde et les troupes de l’armée du Nord dans les postes qu’elles occupaient, postes qui ne peuvent être abandonnés sans bouleverser tout le pays et renoncer aux moyens de vivre.

« Votre Altesse me parle du siège de Rodrigo. Si je reçois des transports et un équipage de vivres, cette opération sera facile après la récolte; mais, avant et sans ces moyens, il est absolument impossible d'y songer. Votre Altesse me dit qu’il est de mon honneur de faire tout ce qui sera utile au ser vice de l’Empereur; mais je n’ai point ici de torts

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