LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
« J’arrive dans le Nord au mois de janvier, et je ne trouve pas un grain de blé en magasin, pas un sou dans les caisses, des dettes partout, et, résultat infaillible du système absurde d’administration qui a été adopté, une disette réelle ou factice dont il est. difficile de se faire une juste idée. On n’obtient dans les cantonnements des subsistances journalières que les armes à la main; il y a loin delà à la formation de magasins qui permettent de faire mouvoir l’armée.
« Nous ne sommes pas à deux de jeu dans l’espèce de guerre que nous faisons ici avec les Anglais; l'armée anglaise est toujours réunie et disponible, parce qu’elle a beaucoup d’argent et beaucoup de transports. Sept à huit mille mulets sont employés pour le transport de ses subsistances. Le foin que toute la cavalerie anglaise mange sur les bords de la Coa et de l’Aguada vient d’Angleterre. Que Sa Majesté juge, d’après cela, quel rapport il y a entre nos moyens et les leurs, nous qui n’avons pas un magasin qui renferme quatre jours de vivres pour l’armée, et aucuns moyens de transport, nous qui ne pouvons pas envoyer une réquisition avec fruit au plus misérable village sans faire un détachement de deux cents hommes, et qui sommes obligés de nous éparpiller à des distances énormes et d’ètre constamment en conrse pour subsister.
« Quelque faibles que soient les garnisons des
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villes, on ne peut exprimer quelle difficulté il y a à les pourvoir de subsistances. Ainsi, quelque effort que j’aie fait, Val ladolid ne renferme pas pour cinq jours de vivres.
« Cet état de choses ne changera entièrement qu’après la récolte, avec des principes d’administration plus raisonnables, et avec plus d’ordre qu’on n’en a mis jusqu’ici. D'ici à cette époque, l'armée sera dans la position la plus difficile qu’on puisse dépeindre, et il serait injuste d’attendre beaucoup d'elle. On ne peut rien faire ici qu'avec du temps : il faut créer scs moyens, les organiser, et pour cela il faut être à l’époque des ressources; malheureusement j'arrive ici quand elles sont épuisées.
« Il est possible que Sa Majesté ne soit pas satisfaite de mes raisons; mais j’avoue que je ne conçois pas la possibilité d’exécuter ce qui m’eàt prescrit sans préparer des désastres pour l’avenir. Si Sa Majesté en juge autrement, je lui renouvellerai avec instance la prière de ine donner un successeur dans mon commandement, qui alors doit être confié en de meilleures mains.
« En attendant, je vais, conformément à ma lettre d'hier, faire tous mes efforts pour sauver Badajoz; si j’y parviens, quand les apparences indiqueront que l’ennemi renonce à toute offonsivedans le Midi, je ramènerai alors toutes mes troupes dans la Vieille-Castille, et je ferai réoccuper les Asturies.