‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 190 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

aussi de n’avoir pas fait des magasins à Salamanque et Valladolid lorsque je n’y commandais pas. Ces reproches, tout pénibles qu’ils sont, ne me rendront pas coupable.

« Votre Altesse m’accuse d’être la cause de la prise de Rodrigo : je crois y être tout à fait étranger. Rodrigo a été pris, parce qu’il avait une mauvaise garnison, trop peu nombreuse, et un mauvais général ; parce que le général de l’armée du Nord a été sans surveillance et sans prévoyance. Je ne pouvais, moi, avoir l’œil sur cette place, puisque j’en étais séparé par une chaîne de montagnes et par un désert qu’un séjour de six mois de l’armée avait formé dans la vallée du Tage.

« L'Empereur est étonné que je n’aie pas marché, du 17 au 18, avec les trente mille hommes que j’avais rassemblés. Je n’avais pas de troupes du 17 ou 18; mais les troupes qui étaient en marche pour relever celles de l’armée du Nord dans leurs cantonnements avaient reçu, en route, les ordres nécessaires pour se réunir à Salamanque le 22. Ces troupes ne formaient que vingt-quatre mille hommes et ne pouvaient y arriver plus tôt. A cette époque, la place était prise depuis quatre jours. La reprendre sur le-champ était impossible, puisqu’elle ne pouvait pas être bloquée, attendu que, la rivière n’étant pas guéable, je ne pouvais la passer, et que lord Wellington aurait conservé sa communication

avec Rodrigo, sans qu'il eût été possible de l'empêcher. Ainsi l’armée anglaise, sans pouvoir être forcée à recevoir bataille, pouvait défendre cette place. L’armée de Portugal, qui n’avait d’ailleurs avec elle ni grosse artillerie ni vivres pour rester longtemps et manœuvrer, aurait donc fait sans objet et saps résultat une marche pénible et destructive de tous ses moyens.

« L’expérience de la guerre d'Espagne m’a appris que la grande affaire dans ce pays était la conservation des hommes et des moyens, et c’est à cela que je me suis attaché particulièrement.

« L’Empereur trouve que je fatigue mes troupes par des marches inuliles. Personne ne s’occupe plus que moi de leur éviter des fatigues, et je ne conçois pas que cette observation s’applique aux détachements qui sont dans la vallée du Tage, car je ne les y ai point envoyés; je me suis contenté d’arrêter les troupes qui venaient de la Manche, à l’instant où, après la prise de Rodrigo, j’ai appris que le 21 janvier lord Wellington avait fait partir deux divisions pour l’Estramadure; comme je considérais alors comme un de mes devoirs de secourir le Midi, ces dispositions étaient toutes naturelles.

« Lorsque le général Ilill a marché sur Merida, j’ai bien vu que c’était une diversion, et j’ai si peu pris le change, qu'en me portant sur Salamanque.

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