LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
« Dans ses lettres des 18 et '21 février Votre Altesse me dit que Sa Majesté trouve que je me mêle de choses qui ne me regardent pas; qu’il est déplacé à moi d’être inquiet pour Badajoz qui est une place très-forte, soutenue par une armée de quatrevingt mille hommes; que l’armée anglaise qui voudrait faire le siège de Badajoz, fùt-elle forte de quatre et même de cinq divisions, l’armée du Midi serait en mesure de délivrer cette place; elle m’or- • donne formellement de renoncer à l’idée de venir au secours de Badajoz; elle ajoute que, si lord Wellington s’v porte, il faut le laisser faire, certain qu’en marchant sur l’Aguada il sera bientôt contraint de revenir; enfin, d’après les lettres des 18 et '21, il est clair que Sa Majesté m'affranchit de toute espèce de responsabilité sur Badajoz, pourvu que je fasse une diversion sur l’Aguada; d’après ces lettres si précises, où les intentions de Sa Majesté sont si fortement exprimées, je me rends à Salamanque, et je rappelle mes divisions du Tage, excepté une seule qui couvre Madrid, jusqu’à ce que l’armée du Centre envoie des troupes pour la remplacer.
« Aujourd’hui Votre Altesse m’écrit que je suis responsable de Badajoz si lord Wellington en fait le siège avec plus de deux divisions; et il semble à la fin de sa lettre que Sa Majesté me laisse le maître de secourir cette place, en portant des troupes sur
r,ii-2 MÉMOIRES 1)U DUC DE RAUUSK.
Je Tape. Ainsi, après avoir, par des ordres impératifs, détruit mes premières combinaisons qui avaient préparé et assuré un secours efiicace à Badajoz, après m’avoir d’abord enlevé le choix des moyens, on me le rendà l’instant où il ne m’est plus possible d’en faire usage. En effet, lorsque je me disposais à marcher avec quatre divisions au secours de Badajoz, j’avais trois divisions dans la vallée du Tage, cantonnées dans la Manche ou la province de Tolède, placées à six ou sept marches de Badajoz, ce qui leur donnait le moyen d’arriver à l’ennemi encore munies de huit jours de vivres, et de le combattre après avoir fait leur jonction avec l'armée du Midi. Aujourd’hui que ces troupes ont repassé les montagnes, qu’elles ont consommé leurs subsistances de réserve en s’éloignant, qu’il m’a été impossible d’obtenir de Madrid les secours nécessaires pour former un magasin à Almaraz, quoique depuis six mois j’en aie constamment renouvelé la demande, les troupes qui partiraient d'iei auraient consommé toutes les subsistances qu’il serait possible de leur donner avant d’arriver devant Badajoz. L’an passé, je n’aurais jamais osé faire le mouvement que j’exécutais si je n’avais été certain que le blé était mûr dans l’Estramadure, et, effectivement, c’est en faisant la moisson que les soldats vécurent le jour de leur arrivée sur Ja r.uadiana. A l'époque actuelle, et Almaraz ne