V RE XV. — CORRESPONDANCE
renfermant pas les approvisionnements nécessaires, ce mouvement ne peut se faire qu’en deux fois et avec l’intervalle nécessaire pour donner aux troupes le temps de faire, à portée de Badajoz et dans un pays qui produise quelque chose, une réserve de vivres, et le pays est plus éloigné de ma position actuelle que Badajoz même; c’est pour cela (pie j’avais laissé des troupes sur le haut Tage. Mon mouvement était faisable dans la position que j’avais prise; il est presque impraticable dans la position où je suis maintenant, vu l’époque de la saison, et le temps rapproché des opérations probables de l’ennemi.
« J’espère que Sa Majesté appréciera la position cruelle dans laquelle ces dispositions contradictoires m’ont placé et qu'elle reconnaîtra que la responsabilité ne peut peser sur un général «pie lorsque, lui ayant indiqué d'une manière générale le but à atteindre, on lui laisse constamment le choix des moyens.
« Après avoir mûrement réfléchi à la situation compliquée dans laquelle je me trouve, et considérant qu’avant tout la tâche qui m’est donnée est la conservation du Nord et que cette tâche est beaucoup plus grande que celle du Midi; considérant que la nouvelle d’un débarquement des Anglais à la Corogne, quoique peu probable, prend cependant de la consistance, et que diverses dispositions
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des troupes portugaises et de la Galice, qui sont à Dragance et sur l’Esla, annoncent l’offensive ; enfin vos lettres des 18 et 21 faisant entrer l’armée d’Aragon dans les calculs du secours que peut recevoir l’armée du Midi, et mes dispositions, malgré les énormes difficultés qu’elles présentent dans l'exécution, étant faites pour une marche de quinze jours sur l’Aguada, déjà commencée, je continue ce mouvement sans cependant, je le répète, avoir une très-grande confiance dans les résultats qu’il doit donner.
« Je mets en mouvement la division du Tage pour la porter sur Placencia en faisant répandre le bruit qu’elle se réunira avec l’armée par le col de Peralès pour entrer en Portugal, et je pars d’ici avec trois divisions; c’est tout ce que je puis porter sur l’Aguada, devant laisser une division sur l’Esla pour faire face aux Portugais et à la Galice; le général Bonnet n’attendant pour rentrer dans les Asturies que l’ouverture des passages fermés par les neiges; devant occuper constamment Astorga, Léon, Placencia, Yalladolid et Zamora, sous peine de voir ce pays en combustion et nos embarras s’accroître d’une manière incalculable; devant conserver la communication de Burgos avec Madrid, de Yalladolid avec Salamanque et de Salamanque avec l’armée; combattant sur la Tonnés, j’aurais une division de plus en ligne, ce qui ferait cinq di-
visions, et le nombre de sept que Sa Majesté compte que je peux y rassembler ne peut s’y trouver que lorsque l’armée du Centre aura avec deux divisions, placées dans les postes avancés sur ces communications et sur l’Esla, remplacé les deux divisions que j ? en tirerais.
« J’ai écrit au général Dorsenne pour l’engager,* si la chose lui est possible, à porter une partie de ses troupes dans le sixième gouvernement afin d’y remplacer les miennes et de rendre disponibles, dans le mouvement à faire dans ce moment, celles qu'il aura relevées. J’ignore s’il fera droit à ma demande, mais j’en doute, n'ayant pas encore reçu les bataillons de marche qu’il doit m’envoyer et qui me sont annoncés depuis longtemps.
« Monseigneur, je ne puis croire que Sa Majesté se fasse une idée exacte de la difficulté de son armée du Portugal; elle lui accorderait les secours qui lui sont si nécessaires, et les secoure jusqu’à la récolte, c’est de l’argent, seul moyen d’assurer la subsistance des troupes réunies. L’armée de Portugal est incapable aujourd’hui d'aucune offensive sérieuse, d’aucune opération suivie, et sa situation ne changera que lorsqu'elle aura quelques magasins. L’économie du peu d’argent nécessaire à assurer les opérations jusqu’à la récolte peut être payée, d’ici à trois mois, bien cher en hommes et en argent. »
CE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARsIoNT
« Paris, le 4 avril 1812
« Votre aide de camp vous aura fait connaître que l’Empereur vous laisse carte blanche; mais Sa Majesté a jugé convenable de confier au roi d’Espagne le commandement des armées de Portugal, du Midi et de Valence, pour les diriger vers un seul et même but, ainsi que la direction politique des affaires d’Espagne.
« L’Empereur considère
de troupes qu’on puisse faire, sans quoi les brigands fileraient sur Saint-Sébastien, et il faudrait employer contre eux six fois plus de forces qu’il n’en faut jtour occuper les Asturies. »
LF. MARÉCHAL JOl’RDAN AI MARÉCHAL MARMONT.
fl T« laver», le* 9 avril 1812.
« Un commerçant qui arrive de l'Estramadure rapporte les nouvelles suivantes :
« Le 22 du mois dernier, il se trouvait en El Castuin, où il a ouï dire que les troupes impériales de Badajoz empêchaient les Anglais de placer leurs batteries.
« Le 22, ce commerçant se mit en route pour retourner à la lavera: il passa par Médina de las
Torrès, où auparavant étaient les Anglais, et, lors de son passage, il n’y eu avait aucun.
« A Guarena, il y avait des Anglais qui se retiraient versAbajo. AMedellin, il n’y avait ni Anglais ni Français. A Sanlo-Benilo, les Français y étaient, et à Miajadas, il y avait un petit parti de Portugais.
« 11 entendit le l'eu de la place jusqu’au 2 avril, époque où il se trouvait à Miajadas. Par conséquent, la nouvelle de la reddition de Badajoz, répandue avant, est fausse. »