‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 211 sur 268 · V R K XV. — COHRESPOXHANCE. "tSô · texte numérisé non relu

V R K XV. — COHRESPOXHANCE. "tSô

l'ennemi dans ses opérations, ne pouvant le maîtriser. Je le répète, jusqu’à la récolte, il n’y a que <le l’argent qui puisse rendre à l’armée quelque mobilité. 11 semblerait que Sa Majesté ignore la situation présente de l’Espagne, celle de son année de Portugal, le nombre et les forces toujours croissantes des guérillas, et les difficultés épouvantables que présente ici le plus léger mouvement exécuté en corps d’armée. Je supplie Votre Altesse de m’expliquer pourquoi, dans un pareil ordre de choses, les ordres sont si précis et si impératifs, si ce n’ést pour qu’on les suive. En faisant ce que l’Empereur trouve aujourd’hui que j’aurais dû faire, il est possible que je n’eusse pas réussi à sauver Badajoz. Dans ce cas, de quel poids ne seraient pas contre moi les reproches de l'Empereur et quelle responsabilité n’aurais-je pas encourue? Ce n’est pas que je redoute la responsabilité, je me sens au contraire toute la force de la supporter; mais il faut qu’après m’avoir donné des moyens proportionnés aux besoins de l’armée on me laisse quelque latitude dans le mode de leur emploi.

« L’Empereur me compte, comme étant destinées à combattre l’armée anglaise, deux divisions de l’armée du Nord, sa cavalerie et une partie de sou artillerie. J’ai demandé il y a six à sept semaines au général Dorsenne de faire relever dans quelques postes les troupes que je me proposais de conduire

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en l'oi’tugal. Non-seulement il n'a relevé aucun de mes postes, mais même il ne m'a pas encore envoyé deux des trois régiments de marche qu'il avait à moi; il m'a, de plus, déclaré qu’il lui était absolument impossible de me promettre aucun secours pour l’avenir. Ainsi, si l’armée marche aux Anglais, il faut, pour qu’elle soit en situation de combattre, qu’elle évacue tout le pays et porte la confusion à son comble, et, si elle ne prend pas celte mesure, elle se trouve très-inférieure en nombre. D'après cela, Sa Majesté peut apprécier ma position.

« Je ne pense pas que personne ait plus de patriotisme que moi, plus d’attachement pour l'Empereur cl. mette à un plus haut prix la gloire de ses armes. Ainsi donc Sa Majesté peut être assurée du zèle avec lequel je seconderai le roi d’Espagne. Mais je prends acte ici que je ne puis être responsable de ses dispositions, et l'Empereur trouvera sans doute juste ma réserve lorsqu’il calculera les conséquences qui peuvent résulter de la disposition que vient de prendre le roi pour conduire trois divisions de l’armée de Portugal sur Séville par la Manche. »

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