LIVRE XV. — CORRKSI’ON IIAiXCK
« Ayant une fois renoncé à la marche sur leTage, je rie pouvais y revenir brusquement, attendu qu’au' même instant j’avais rappelé les officiers que j’avais envoyés à Madrid avec des fonds pour presser l’envoi des subsistances sur Almaraz, et qu’alors tous les envois avaient complètement cessé. Avec quinze jours de vivres, j’aurais passé le Tage: mais comment subsister ensuite avec les moyens du pays compris entre le Tage et la Guadiana, le désert le plus affreux qui existe, et en présence de l’ennemi? La destruction de l’armée en aurait été la conséquence nécessaire. Il n’y avait que des envois prompts de Madrid qui pussent pourvoir aux besoins de l’armée, et je ne pouvais y compter, car je n’ai trouvé dans cette ville ni secours, ni force, ni volonté. A l’époque où nous sommes, on ne peut pas faire un mouvement sur celte frontière sans l’avoir préparé un mois d’avance, et, après que ce mouvement a été exécuté, l’armée est incapable pendant longtemps de se mouvoir de nouveau. Je crois l’avoir dit plus d’une fois, l’Empereur n’a point d’armée ici; car, quoiqu’il ait de braves soldats. ils ne peuvent ni se mouvoir ni se tenir réunis, faute de moyens de transport et de magasins. Aous me dites que j’ai annulé l’armée au commencement de la campagne; ce qui annule l’armée, c’est l’absence totale de moyens et le refus que l’Empereur a toujours fait de lui en accorder, tan-
dis qu’il est assez connu que l'ennemi en a surabondance. On ne peut former des magasins qu’avec de l'argent, et l’Empereur n’a jamais voulu en donner. On nous a même enlevé les moyens de transport qui nous avaient été accordés, au moment où ils nous étaient le plus nécessaires. Permcttez-moi de le «lire : il n’y a peut-être pas d’exemple qu’une armée ait été laissée dans un pareil abandon; peutêtre même suis-je autorisé à dire que, sans ma sollicitude et mes soins de tous les instants, il serait déjà arrivé de grands malheurs. L’Empereur voit toujours, dans son armée de Portugal, une armée nombreuse, une armée reposée et disponible; mais il oublie que quatorze à quinze mille hommes sont indispensables pour 1’occupation du pays, ce qui réduit d’autant la force pour combattre; (pie, comme nulle part un ordre, une simple lettre, ne peuvent être portés que par cent cinquante ou deux cents hommes, et qu’on n’obtient pas une seule ration sans l’action immédiate d une force imposante, la totalité des troupes se trouve continuellement en mouvement, et elles se fatiguent réellement plus qu’elles ne le feraient en campagne, quoiqu’elles paraissent tranquilles dans leurs cantonnements. 11 n’y a jamais eu dans ma conduite ni tâtonnement ni fluctuation, mais bien le sentiment de la faiblesse de mes moyens jusqu’à la récolte, et la conviction de la nécessité de se contenter de chercher à arrêter