‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 249 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

lerie réunit plus de trois mille combattants. Cependant, je n'en espérais pas moins les secours de l’armée du Nord, qui continuait ses promesses, dont l’exécution semblait être commencée, mais dont nous n’avions encore aucun effet.

« La huitième division de l’armée de Portugal occupait les Asturies. Ces troupes étaient complètement isolées de l’armée par l’évacuation de toute la province de Léon et de Benavente; elles se trouvaient sans secours et sans communication avec l’armée du Nord, parce que, d’un côté, les trineadours, qui avaient dû venir de Bayonne, n’avaient pu être envoyés à Gijon, et que, de l’autre, le général en chef de l’armée du Nord, quoiqu’il l’eût promis d’une manière formelle, s’était dispensé de faire faire un pont sur la Daga et d’y établir des postes. Cette division n'avait pu emporter que très-peu de munitions, faute de moyens de transport. Elles étaient en partie consommées, et elle ne savait comment les remplacer. Sa position pouvait devenir à chaque instant plus critique si l’ennemi s’occupait d’elle sérieusement; tandis que, si elle restait ainsi isolée, elle demeurait tout à fait étrangère aux événements importants qui allaient se passer sur le plateau de la Castille. Le général Bonnet, calculant dans cet état de choses, et considérant, d’après la connaissance qu’il a du pays, qu’il est beaucoup plus difficile de sortir des Asturies que d'y rentrer

quand l’ennemi veut s’opposer à l’entrée ou au départ, il se décida à évacuer cette province et à aller prendre position à Reynosa. Là, ayant appris que l’armée de Portugal était en présence de l’armée anglaise et qu’elle était au moment de combattre, il n’hésita pas à se mettre en mouvement et à la rejoindre.

«Fort de ce secours important, de l’augmentation que ma cavalerie venait d'avoir, n’ayant plus rien de positif de l’armée du Nord, instruit, d’ailleurs, de la marche de l’armée de Galice, qui, sous peu de jours, devait nécessairement me forcer à un détachement pour l’éloigner, je pensai que je devais agir sans retard. Je devais craindre que ma situation, qui s’était beaucoup améliorée, ne changeât en perdant du temps; tandis que celle de. l’ennemi devait devenir meilleure à chaque instant par la nature même des choses. Je résolus donc de repasser le Duero; mais ce passage est une opération difficile et délicate; elle ne peut être entreprise qu’avec beaucoup d’art et de circonspection, en présence d’une armée en état de combattre. J’employai les journées des 15, 14, 15 et IG juillet à faire beaucoup de marches et de contre-marches qui trompèrent l’ennemi. Je feignis de vouloir déboucher parToro, et je débouchai par Tordesillas, en faisant une marche extrêmement rapide. Ce mouvement réussit si bien, que toute l’année put

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