‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 248 sur 268 · LIVRE XV. - CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. - CORRESPONDANCE

tuation la plus épouvantable: elle dut donc se rendre à discrétion après avoir eu la gloire de repousser deux assauts, et de faire perdre à l’armée anglaise plus de quinze cents hommes, c’est-à-dire plus du double de sa force. Cët événement se passa le 28, à midi. L’armée, n’ayant plus d’objet dans son opération au delà de la Tormès, et tout au contraire indiquant qu’il était sage d’attendre les renforts annoncés d’une manière formelle par l’armée du Nord, je me décidai à rapprocher l’armée du Duero, sauf à passer cette rivière, si l’armée anglaise marchait à nous, et à y prendre une bonne ligne de défense, jusqu’à ce que le moment de l’offensive fut venu. Le 28, l'armée partit et prit position sur la Guarena; le 29, sur la Trabanjos, où elle séjourna ; l’ennemi ayant suivi le mouvement avec toutes ses forces, l'armée prit position le 1" juillet sur le Zapardiel, et, le 2, elle passa le Duero à Tordesillas, lieu que je choisis pour le pivot de mes manœuvres. La ligne du Duero est excellente; je fis avec détail toutes les dispositions qui pouvaient assurer la bonne défense de cette rivière, et je ne pouvais douter de faire échouer toutes les entreprises de l’ennemi, s’il tentait le passage. Le 3, lendemain du jour où nous avions passé le Duero, il fil quelques rassemblements de forces et quelques légères tentatives pour effectuer ce passage sur Polios, point qui lui était fort avan-

tageux. Les troupes que je disposai, et quelques coups de canon, le firent promptement renoncer à son entreprise.

«Tout en attendant les secours de l’armée du Nord, promis d’une manière si réitérée et si solennelle, je cherchai à ajouter, par ma propre industrie, aux moyens de l’armée. Ma cavalerie était bien inférieure à celle de l’ennemi. Les Anglais avaient près de cinq mille chevaux, anglais ou allemands, sans compter les Espagnols, formés en troupes régulières; je n’en avais pas deux mille. Avec cette disproportion, comment manœuvrer son ennemi?

Comment profiter des succès qu’on peut obtenir? Je n’avais qu'un moyen d’augmenter ma cavalerie, c’était celui de disposer des chevaux inutiles au service de l’armée et appartenant à des individus qui n’avaient pas droit d’en avoir, qui en avaient un nombre excédant celui que la loi leur accorde. Je n’hésitai pas à prendre ce moyen, quelque rigoureux qu’il fût, puisqu’il s’agissait de l’intérêt imminent de l’armée et du succès de ses opérations. J’ordonnai donc l’enlèvement, sur estimation et moyennant le payement de leur valeur, des chevaux qui se trouvaient dans la catégorie précitée. J’en fis également enlever un grand nombre qui se trouvaient dans un convoi venant d’Andalousie. Cette mesure, exécutée avec sévérité, donna, en huit jours, mille hommes à cheval de plus, et ma cava-

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