‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 251 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

« L’armée resta dans sa position toute la soirée du 18; elle y resta de même pendant toute la journée du 19. L’extrême chaleur et la fatigue qu’on avait éprouvées pendant celle du 18 rendaient nécessaire ce repos pour rassembler les traînards. A quatre heures du soir, l'armée prit les armes et défila par sa gauche pour remonter la Guareùa et prendre position en face de l’Olmo. Mon intention était de menacer tout à la fois l’ennemi et de continuer à remonter la Guarena, afin de la passer avec facilité, ou bien, si l’ennemi se portait en force sur la haute Guarena, de revenir, par un mouvement rapide, sur la position qu’il aurait abandonnée. L’ennemi suivit mon mouvement. Le 20, avant le jour, l’armée était en marche pour remonter la Guarena. L’avant-garde franchit rapidement cette rivière là où elle n’est qu’un ruisseau et occupa le commencement d’un immense plateau qui se continue sans aucune modulation jusqu’à peu de distance de Salamanque. L’ennemi chercha à occuper le même plateau; mais il ne pu! y parvenir. Alors il se détermina à suivre un plateau parallèle qui se rattachait à la position qu’il venait de quitier, et qui lui offrait partout une position dans le cas où j’aurais marché à lui. Les deux armées marchèrent ainsi parallèlement avec toute la célérité possible, et tenant leurs masses toujours liées, afin d’être à tout moment en état de combattre. L’ennemi, ayant cru

pouvoir nous devancer au village de Cantalpino, dirigea une colonne sur ce village, dans l’espoir de pouvoir être avant nous sur le plateau qui le domine et vers lequel nous marchions; mais son attente fut trompée : la cavalerie légère que j’y envoyai et la huitième division, qui était à la tète de la colonne, marchèrent si rapidement, que l’ennemi fut forcé d’y renoncer. Bien mieux, le chemin de l’autre plateau le rapprochant trop du nôtre, et celui que nous avions ayant l’avantage du commandement, quelques pièces de canon, qui furent placées à propos, incommodèrent beaucoup l’ennemi; car une bonne portion de l’armée fut obligée de défiler sous ce canon, et le reste fut obligé de repasser la montagne pour l’éviter. Enfin je mis les dragons à la piste de l’ennemi. L’énorme quantité de traînards qu’il laissait en arrière nous aurait donné les moyens de faire trois mille prisonniers s’il y eût eu plus de proportion entre notre cavalerie et la sienne; mais celle-ci, disposée pour arrêter notre poursuite, pour presser la marche des hommes à pied à coups de plat de sabre, pour transporter même les fantassins qui ne pouvaient plus marcher, nous en empêcha. Cependant il est tombé entre nos mains trois à quatre cents hommes et quelques bagages. Le soir, l’armée campa sur les hauteurs d’Aldea-Kubia, ayant ses postes sur la 'Formés, et l’ennemi reprit sa position de San-Christoval.

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