‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 257 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

jours prendre ses ordres avant d’entreprendre des opérations qui sortaient de ce système. Placé, par une suite des dispositions générales, à Salamanque, il était tout simple de vous y défendre si vous étiez attaqué; mais vous ne pouviez vous éloigner de ce point de plusieurs marches sans en prévenir votre général en chef. Je ne puis vous dissimuler, monsieur le maréchal, que l’Empereur envisage votre manière d’agir dans le cas indiqué comme une insubordination formelle et une désobéissance à ses ordres. Cependant vous avez fait plus encore; vous êtes sorti de votre défensive sur le Duero, où vous pouviez être secouru par des renforts de Madrid, pour prendre l’offensive sur l’ennemi sans attendre les ordres du roi ni les secours qu’il était à même de vous envoyer. Sans doute vous avez pensé qu’ils vous étaient inutiles, et l’espérance du succès que vous avez cru pouvoir obtenir seul vous a entraîné à agir sans attendre des renforts dont la proximité du roi vous donnait la certitude; mais c’est précisément ce que l’Empereur condamne, puisque vous vous êtes permis délivrer bataille sans y être autorisé, et que vous avez compromis par là la gloire des armes françaises et le service de l’Empereur. Si du moins, en vous décidant à courir les chances d’un combat, vous aviez fait ce qui dépendait de vous pour en assurer le succès, on pourrait supposer que vous avez craint de laisser échapper une

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occasion favorable; mais, par une précipitation que rien n’explique, vous n’avez pas même voulu attendre le secours de la cavalerie de l’armée du Nord, qui vous était si important et dont vous étiez certain, en retardant la bataille de deux jours seulement. Cette conduite, si difficile à concevoir, a fait d’autant plus d’impression sur l’Empereur, que Sa Majesté a vainement cherché, dans votre rapport, les motifs qui vous ont fait agir; elle n’y a rien trouvé qui lui ait fait connaître l’état réel des choses; et, comme elle veut être éclairée à cet égard, elle exige de vous une réponse précise et catégorique aux questions suivantes :

« Pourquoi n’avez-vous pas instruit le roi que vous aviez évacué Salamanque de plusieurs marches, et demandé ses ordres sur le parti que vous aviez à suivre?

« Pourquoi êtes-vous sorti de votre défensive sur le Duero et avez-vous passé de la défensive à l’offensive sans attendre les renforts que vous aviez demandés?

« Pourquoi vous êtes-vous permis de livrer bataille sans l'ordre de votre général en chef?

« Enfin pourquoi n’avez-vous pas au moins retardé de deux jours, pour avoir les secours de la cavalerie que vous saviez en marche?

« Je vous invite, monsieur le maréchal, à m’adresser, le plus tôt que vous pourrez, une réponse à

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