LIVRE XV. — CORRESPOND A. N CE
« Première question. Sa Majesté m’accuse d’avoir manqué à la subordination en évacuant Salamanque sans en rendre compte au roi et de n’avoir pas demandé ses ordres sur le parti que j’avais à suivre.
« Il est difficile de concevoir sur quel fondement < cette accusation peut être portée contre moi. Nonseulement j’ai rendu compte au roi de l’évacuation de Salamanque, mais je l’avais même prévenu depuis longtemps de la nécessité qu’il y aurait d’évacuer cette ville lorsque l’ennemi se porterait sur la Tormès, parce que l’armée de Portugal, ne pouvant y être réunie d’avance, ne serait point en état de le combattre à son arrivée; le roi était informé de ma position comme moi-même. Les lettres que j'ai eu l’honneur de lui écrire, ainsi qu’au maréchal Jourdan, les 2 2, 24, 26 et 29 mai; 1", 2, 5, 8, 12, 13 et 14 juin, qui, toutes, jusqu’au 14 juin, lui sont parvenues, l’ont instruit dans le plus grand détail de tout ce qui avait rapport à l’armée de Portugal ; mais, pour lever tout doute à l’égard du peu de fondement de l’accusation qui m’est faite, je joins ici un paragraphe de ma lettre au maréchal Jourdan du 29 mai, dont le sens n’est pas équivoque. J’y joins également la copie d’un paragraphe de ma lettre du 13 juin, qui lui rappelle que l’évacuation de Salamanque sera nécessaire pour le rassemblement de l'armée; enfin la copie de ma lettre
du 14 juin qui lui annonce que l’armée anglaise .est en pleine marche, et que je vais manœuvrer conformément à ce que je lui ai annonoé par mes précédentes lettres. Cette dernière lettre du 14 juin lui est également parvenue et très promptement, car le roi m’a répondu à cette lettre le 18. Le reproche qui m’est donc fait d’avoir évacué Salamanque sans en rendre compte au roi est sans aucune espèce de fondement.
« Depuis mon départ de Salamanque, j’ai écrit au roi et au maréchal Jourdan les 22 et 28 juin, 1", 0 et 17 juillet. Les quatre premières ont été expédiées par triplicata, et, si elles ne sont pas parvenues, la faute ne peut m'en être imputée.
« Deuxième question. L’Empereur demande pourquoi je suis sorti de ma défensive du Duero et pourquoi j’ai passé de la défensive à l’offensive.
« J'ai repris l’offensive : 1° parce que j’avais acquis la certitude que je ne pouvais compter sur aucun renfort de l’armée du Nord; 2° parce qu’aucun secours de l’armée du Centre ne m’était ni promis ni annoncé que dans le cas où le général llill se réunirait à lord Wellington ; 3° parce que l’armée de Galice avait passé l’Orbigo, que les milices portugaises avaient passé l’Esla et qu’en différant peu de jours j’allais me trouver dans la nécessité de détacher un corps de six ou sept mille hommes et de cinq cents chevaux pour leur faire tète