LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
et nie couvrir de ce côté, ce qui m’aurait affaibli d’autant vis-à-vis de l’armée anglaise qui alors, sans doute, serait venue à moi ; 4° parce que les instructions écrites du roi en date du 18 juin, dont je joins ici copie, me prescrivent d’attaquer lord Wellington si le général Uill n’a point fait sa jonction avec lui et qu’une lettre du maréchal Jourdan du 50 juin (la dernière que j’aie reçue de Madrid), en m’exprimant l’étonnement du roi sur ce que je n’avais pas encore attaqué les Anglais, me pressait de le faire dans la crainte que le général Ilill ne rejoignit lord Wellington et que ma position ne s’empirât.
« Je vais donner sur chacun de ces articles les explications nécessaires.
« 1° A l’ouverture de la campagne, le général Caffarelli me lit les plus belles promesses; et j’étais autorisé, d’après ses premières lettres, à croire que, dans le courant du mois de juin, je recevrais un puissant renfort de l’armée du Nord. Ce fut en grande partie l’obligation où j’étais de l’attendre, et d’autres circonstances que mon rapport a fait connaître, qui occasionnèrent alors la prise des forts de Salamanque. Les lettres des 20, 20 juin et 1 1 juillet, du général Caffarelli, en exagérant d’une manière ridicule la force des bandes, le danger d’un débarquement dont les côtes étaient menacées (débarquement qui s’est réduit à peu près à rien, attendu que la flotte qui était en vue n’avait
pas quatre cents hommes de troupes à bord), m’annoncèrent successivement la diminution des renforts qu’on devait m’envoyer; et enfin, par sa lettre du 26 juin, il m’annonça que je ne pouvais plus compter sur un seul homme d’infanterie, ha copie de cette lettre est ci-jointe; elle lèvera toute espèce de doute à cet égard. Restaient donc seulement la cavalerie et l’artillerie, dont la promesse n’avait pas discontinué, mais qui ne s'effectuait pas Je crus cependant fortement à l’arrivée de ce dernier secours, et j’attendis; mais je fus instruit bientôt qu’au lieu de quatre régiments sur lesquels j’avais droit de compter la légion de gendarmerie avait ordre de rentrer en France et ne viendrait pas, et <jue le général Caffarelli, qui voulait conserver près de lui un corps de cavalerie, j’ignore dans quel objet, gardait le 15" de chasseurs, et qu’enfin ce secours, si solennellement promis, se réduisait à six cents chevaux des i" hussards et 51 e chasseurs, et huit pièces de canon, qui étaient réunies à Burgos depuis le 15 juin, mais dont le départ, constamment annoncé, ne s’effectuait jamais. J’attendis encore, et tant que le retard à mon mouvement n’empirait pas ma situation; mais, lorsque j’eus la certitude que l’avant-garde de l’armée de Galice était arrivée à Rioseco, et que, selon les apparences, j’aurais, sous peu de jours, sur les bras quinze mille hommes, de mauvaises troupes sans doute,
mais qui nie forceraient à un détachement de six à sept mille hommes et de cinq cents chevaux, je n’hésitai pas à négliger un secours de six cents chevaux, qui devenait nul, puisque j’étais obligé de l’opposer à l’armée de Galice, et qui, pour l’avoir attendu, me forcerait à m’affaiblir de six ou sept mille hommes d’infanterie. Le retard de l’arrivée de ces six cents chevaux était inexplicable, car le général Caffarelli ne pouvait en faire aucun usage. Aucun obstacle ne s’opposait à leur arrivée à Yalladolid, et, quoiqu’ils n’en fussent qu’à trois marches, je les attendais vainement depuis un mois. Il ne pouvait donc y avoir que l’ineptie la plus complète ou l’intention formelle de me tromper dans tous mes calculs qui put ainsi retarder sa marche. L’une et l’autre hypothèse m’empêchaient également de prévoir quand ces délais auraient enfin un terme; mais le péril était là, et chaque jour le rendait plus imminent. Je ne pouvais donc pas tarder à me décider ; mais, quand même l’armée de Galice n’eût pas dû venir jusqu’à moi, la conservation d’Astorga exigeaitque je hâtasse mes opérations; car, quelque effort que le général Bonnet eût fait pour approvisionner cette place, il n’avait pu y réunir des vivres que jusqu'au 1" août. Cette place était bloquée, et, pour la délivrer, je ne pouvais pas faire un détachement moindre de sept ou huit mille hommes; mais ce détachement ne pouvait être fait qu’après un
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succès sur les Anglais, et après les avoir éloignés du Duero, car ce détachement, fait avant, aurait mis l’armée de Portugal en péril; et, l'armée de Portugal battue, ce détachement, jeté hors de sa ligne naturelle, eût été bien compromis. Il fallait donc éloigner l’armée anglaise pour faire le détachement d’Astorga; et, si l’on calcule qu’il fallait bien comptersur huit à dix jours en opérations contre les Anglais, et que, de Salamanque, il y a huit marches jusqu’à Astorga, on peut juger qu’il n’y avait pas de temps à perdre, le 10 juillet, pour sauver une place qui n’avait de vivres que jusqu'au 1" août. Aussi, le 10 juillet, n’ayant aucune nouvelle du départ de Burgos des six cents chevaux et des huit pièces de canon de l’armée du Nord, et, tout étant prêt pour mon passage du Duero, je l’effectuai le 17 au matin.
« 2° La lettre du roi du 18 juin m’annonce que les quatre mille hommes que Sa Majesté faisait réunir dans la Manche se réuniraient au comte d’Erlon pour venir au secours de l’armée de Portugal si celui ci était dans le cas de venir s’v réunir; mais celui-ci ne devait y venir que dans le cas où Hill rejoindrait Wellington : Hill n’avait pas rejoint Wellington. Ainsi je n’avais rien à gagner à attendre, puisque je ne devais être renforcé que dans le cas où l'armée ennemie aurait reçu un accroissement à peu près de même force.