‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 265 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE

Napoléon nie renvoie, et qui me rejoint le Sa. I.e‘28, j’entre en campagne, ignorant encore l’investissement de Badajoz. Le i avril, le prince de Neufchâtel m’écrit que l’Empereur me laisse carte blanche, mais cette dépêche ne me parvient qu’après la moitié du mois de mai.

Maintenant Napoléon, 16 avril, blâme l’opération exécutée, et dit que, puisque le feu était à la maison, il fallait marcher par Almaraz; mais c’est ce que je m’étais tué de lui représenter; c’est ce qu’il a blâmé si directement et qu’il oublie; car si, six semaines plus tôt, le feu n’était pas à la maison, il était facile de reconnaître qu’il y serait mis bientôt, et alors il était sage de rester à portée pour pouvoir l’éteindre; il ne veut pas se rappeler que l’armée n’avait aucune mobilité et ne pouvait pas faire le moindre mouvement sans l’avoir préparé longtemps d’avance..

Au surplus, au milieu de ses reproches, de ses blâmes et de son humeur, il cherche une justification personnelle, et il prouve ainsi qu’il reconnaît ses torts, en disant que les instructions étaient données à trois cents lieues de distance, ce qui faisait croire sans doute qu’à ses yeux elles n’étaient pas impératives. Mais alors il ne fallait pas les libeller d’une manière si précise; il fallait comprendre les raisons absolues qui m’avaient obligé à adopter un système purement défensif, en liaison et en combi-

i7l) MÉMOIRES DU DUC DE R AG l'SE.

naison constante avec le Midi, seul système qui pût remplir le triple objet de réunir promptement les troupes nécessaires pour livrer bataille, de vivre en repos, mais d'être toujours prêt à agir jusqu’à la récolte, en conservant précieusement les vivres économisés pour les mouvements qui deviendraient nécessaires.

Je le répète, si j’eusse gardé cette position, Wellington n’aurait rien osé entreprendre. Mais, du moment où le système d’une offensive impuissante a prévalu, il a pu agir avec sécurité, et un secours direct qui fût parti des bords de l’Aguada le J" avril pour Badajoz, au moment où j’ai appris le commencement du siège, n’aurait rien produit d’utile, Kir je ne pouvais pas arriver à temps, puisque, dans la nuit du 6 au 7, la ville a été emportée, et la défense a été si courte, que le maréchal Soult, qui avait préparé les moyens de secours dont il pouvait disposer, et n’était occupé que de ce soin, n’est arrivé avec ses troupes en face des Anglais, à Almendralejo, à deux marches de Badajoz, que le 8, c’està-dire deux jours après la reddition.

La fin de la lettre du prince de Neufchàlel pourrait peut-être faire supposer que Napoléon attribuait à l’humeur la conduite que j’ai tenue; s’il en était ainsi, il aurait été dans une grande erreur; car, assurément, il n’y a eu d'autres mobiles dans ma conduite que de la soumission; et cette soumis-

Page 1